CORENTIN LE FLOC'H,
Cultivateur à Quanquisern en Lignol,
Député de la Sénéchaussée d'Hennebont
(Lignol, 31 janvier 1754 - Lignol, N... 1796 1794)


Le mot floc'h est un adjectif breton qui signifie écuyer : aussi le nom de famille Lefloc'h est-il très répandu dans toute la Basse-Bretagne.

 

acte naissance Corentin Le Floc'h

 

Né au manoir de Canquisern en Lignol [le 31 janvier 1754], Corentin Lefloc'h appartenait à une riche famille de cultivateurs qui s'était acquis dans toute la région des marches de Cornouailles et de Broërec une influence considérable, parce que tous ses membres avaient conservé le costume national. Or, lorsque les électeurs de la sénéchaussée d'Hennebont se réunirent pour élire trois députés, il fut convenu qu'on en donnerait un au commerce de Lorient, un à la bourgeoisie d'Hennebont et qu'on réserverait le troisième pour la campagne. Delaville-Leroux représenta Lorient ; Coroller du Moustoir, Hennebont : et Lefloc'h fut élu tout d'une voix par les électeurs ruraux.

 

Corentin Le Floc'h

 

Il parut à Versailles en gilet blanc bordé de lisière, en grande veste et en cheveux longs : son succès fut tel, que, malgré l'uniforme noir de rigueur, il garda son costume.

Lefloc'h vota avec la gauche et ne fit pas autrement parler de lui, tandis que son frère François, maire de Lignol, à la fin de 1789 et député à la seconde assemblée fédérale de Pontivy le 15 février 1790, secrétaire-adjoint de cette Assemblée qui en prit trois parmi les laboureurs "pour mieux connaître leurs besoins", y prononça, le 18, un discours sur l'abolition du domaine congéable.

Au retour de l'Assemblée constituante, Corentin Lefloc'h qui avait en vain uni ses efforts à ceux de Dusers et de Lucas Bourgerel pour obtenir l'acceptation de Guégan après son élection comme évêque constitutionnel, fut élu maire de Lignol, à la place de son frère, et aida l'année suivante à l'organisation du régime républicain. Il signe encore les registres en 1794, mais je ne sais pas exactement à quelle époque il cessa ses fonctions, parce que les registres municipaux de Lignol sont perdus pour les années 1795 et 1796.

D'après une tradition de famille très précise et qui doit être acceptée, puisque les descendants directs de l'ex-constituant existent encore, Corentin Lefloc'h fut fusillé par un parti de chouans, lors de la reprise d'armes de 1796, dans la même nuit que les abbés Allanic et Jollivet, l'un curé, et l'autre, vicaire constitutionnel de Lignol.

 

Cantizern Cassini

 

On l'arracha de son lit, on lui donna le temps de faire une courte prière et on le fusilla devant une armoire qui a été conservée dans la famille, à Kerhuen, près Canquisern, et qui porte encore la trace de l'une des trois balles dont on le transperça presque à bout portant. La bande était commandée, les uns disent par Jean Jan, qui aurait emporté les boucles de souliers du maire, les autres par Videlo.

Après la mort de Corentin, qui ne laissait que des filles, son frère François redevint maire de Lignol et l'un des petits-fils de celui-ci, Pierre Lefloc'h, habitant la paroisse de Lignol, a épousé sa cousine-germaine, Marguerite Carréric, petite-fille de Corentin, en sorte que leurs enfants descendent directement des deux frères.

La seconde fille de Corentin épousa un cultivateur nommé Gravé, aussi en Lignol, et la troisième s'est mariée en Inguiniel.

(Je dois la plupart de ces renseignements à l'obligeance de M. l'abbé L'Hôpital, recteur de Lignol, qui a bien voulu se livrer pour moi à une véritable enquête sur la famille Le Floc'h)


Extrait : Recherches et notices sur les députés de la Bretagne ... par René Kerviler - 1885-1889

 


 

VIE PRIVÉE 

Mariage à Lignol, le 25 janvier 1773 : Corentin, 19 ans et Marie Robic, âgée d'environ 23 ans.

De cette union, sont issus : 

- Corentin, né le 22 janvier 1775 et décédé, à l'âge de 6 ans, le 13 septembre 1781

- Marie, née le 1er février 1777, mariée à Jacques Gravé, le 21 vendémiaire an V (12 octobre 1796)

- Marie-Anne, née le 25 juillet 1779, mariée à Marc Granic à Lignol, le 28 pluviôse an IX (17 février 1801)

- Marguerite, née et baptisée le 3 juin 1781, mariée avec François Carreric, le 7 février 1806.

- Guillemette, née le 5 décembre 1784

- Anne, née le 3 février 1786

Sa femme, Marie Robic, est décédée au village de Canquizern, le 27 juillet 1786, à l'âge de 35 ans, probablement des suites de la naissance d'Anne. (AD56 - Registres paroissiaux de Lignol)

 

acte de décès de Marie Robic

 

"En 1792, Corentin Le Floc'h se fait fabriquer un magnifique lit clos sur lequel il fait inscrire fièrement "Corentin Le Floc'h, maire de Lignol". (Anecdote extraite du livre : Les élites rurales dans l'Europe médiévale et moderne - par François Menant et Jean-Pierre Jessenne - 2007)

 

Signature Le Floch

 


 

26 MAI 1907 - MANIFESTATION COMMÉMORATIVE A LIGNOL

Lors de cette manifestation, l'instituteur de Lignol, M. Gilles, "osa affirmer que c'était un prêtre qui avait assassiné Corentin Le Floc'h" ; il rappelait la déclaration du sabotier (un nommé Le Duguo) qui assistât à l'assassinat : "la bande de paysans de Guern-Melrand était commandée par un homme habillé en paysan mais dont l'encolure révélait un noble ou un bourgeois". "Or, disait encore M. Gilles, qui ressemble plus à un noble ou à un bourgeois, qu'un prêtre !" (Courrier Breton, du 9 juin 1907)

Cette affirmation fit couler beaucoup d'encre dans la presse morbihannaise de 1907.

 

Lignol mairie - Le Floc'h

 

Le Floch - Lignol - 1907

 

Le Floch article en breton

 


 

DATE DE SON DÉCÈS

Sur le site de l'Assemblée Nationale, il est indiqué que Corentin Le Floc'h est décédé le 8 novembre 1794, et fusillé à bout portant en 1796. (???)  Wikipédia note que l'assassinat du maire, tout comme celui d'Allanic, curé constitutionnel, et de Jollivet, vicaire, eut lieu dans la nuit du 8 au 9 novembre 1794. Or, Allanic signe le dernier acte d'état-civil (le décès de Jean Guillemot), le 19 brumaire an III, c'est-à-dire le 9 novembre 1794. S'il avait été tué durant la nuit, il est évidemment impossible qu'il ait signé des actes le 9.

Les registres s'arrêtent hélas à cette même date pour reprendre le 3 nivôse an V (23 décembre 1796).

Les actes de mariage de ses deux premières filles n'apportent aucun élément nouveau, ni d'ailleurs celui de sa troisième fille, Marguerite, puisqu'il indique que feu son père, Corentin, est décédé le 15 brumaire an II, c'est-à-dire le 5 novembre 1793, ce qui est tout-à-fait impossible.

mariage de Marguerite Le Floch

 

L'article ci-dessous du Courrier des Campagnes vient étayer ma conviction sur le fait que l'assassinat n'a pas eu lieu dans la nuit du 8 au 9 novembre 1794 :

 

Le courrier des campagnes

 

Article du Journal Le Courrier des Campagnes du 5 février 1911
ENTRE CHOUANS ET BLEUS
LA FIN D'UNE LÉGENDE

M. L'ABBÉ NICOL, dans un ouvrage historique des plus documentés et des plus suggestifs (Corentin Le Floch et les prêtres jureurs de Lignol), vient de faire justice d'une légende odieuse qui tendait à faire croire que les évêques de Vannes avaient choisi pour vicaire général, après la Révolution, un assassin.

L'auteur commence par exposer les faits avec une impartialité et netteté. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1794, successivement Jean-Thomas Allanic et François Jollivet, curé et vicaire jureurs de Lignol, Corentin Le Floch, ancien constituant et maire de cette localité, furent tués par une bande.

Le meurtre de ce dernier, en présence de sa fille, fut particulièrement barbare et cruel.

- "Le chef de bande qui opéra ces massacres, dans la nuit tragique, était l'abbé Benjamin Videlo, ancien recteur de Bubry", disent certains anticléricaux notoires qui parlent de la chouannerie et de ses victimes, mais qui oublient volontiers la Révolution, ses crimes atroces et ses bourreaux sanguinaires.

Dans le Morbihan où les plages de Quiberon semblent encore retentir de sanglots, où le Champ des Martyrs d'Auray est endeuillé par les souvenirs qu'il rappelle et les sombres sapins qui l'ombragent, où la Garenne de Vannes a vu les chiens altérés venir boire le sang de Sombreuil et de Mgr d'Hercé, certains devraient se rappeler que les horreurs ordinaires des guerres civiles ne sont souvent que de trop douloureuses représailles et que la responsabilité en incombe aux provocateurs, à ceux qui, en voulant les opprimer, fermer leurs églises, persécuter leurs prêtres, en guillotinant, sur l'échafaud dressé sur la grande place de Lorient, leurs parents et leurs amis, armèrent les bras de paysans laborieux et débonnaires.

Quoiqu'il en soit, M. l'abbé Nicol a pris à coeur de démontrer que l'abbé Videlo, ancien vicaire général du diocèse de Vannes, a été absolument étranger aux meurtres qui ont ensanglanté Lignol, en 1794, et il réussit à le prouver surabondamment.

Il démontre avec un luxe de documents et une richesse de détails dignes des plus grands éloges, qu'à l'époque du triple drame, l'abbé Videlo et un de ses frères, ancien vicaire de Bubry, se cachaient dans un "énorme landier", situé aux confins de deux ou trois paroisses.

La nuit ils vaquaient aux occupations de leur ministère, visitant les malades, confessant et administrant les mourants.

M. l'abbé Nicol produit à la lumière et à la barre de la raison ainsi que de la conscience du lecteur les multiples dépositions de nombreux témoins qui confirment son opinion, qui établissent sa thèse, non seulement sur le terrain de la vraisemblance, mais encore sur le roc solide de la vérité.

D'ailleurs, comment Mgr de Pancemont qui fut le premier évêque de Vannes après la signature du Concordat de 1802, et après lui, Mgr de Beausset, en 1812, Mgr Garnier, en 1826, puis Mgr de la Motte de Broons auraient-ils investi M. Videlo de leur confiance et la lui auraient-ils tous maintenue, s'il avait eu du sang sur ses mains consacrées ?

La conclusion est, d'ailleurs, des plus simples. Pour achever sa démonstration et confirmer la certitude, M. l'abbé Nicol nomme, désigne, exhibe en chair et en os le chef de la bande des meurtriers de la nuit du 9 au 10 novembre 1794.

Ce chef était Louis de Pluméliau, Calan de son vrai nom, qui commanda cette lugubre expédition comme il en conduisit tant d'autres analogues que l'auteur de ce livre si consciencieux raconte et énumère.

Partout on trouve les mêmes procédés, les mêmes attitudes, les mêmes parole, les mêmes gestes qui trahissent le même auteur, le seul et vrai coupable.

Calan, pris un beau jour par les Bleus, fut fusillé près de Landévant, alors que l'abbé Videlo mourut à Vannes, à l'âge de 95 ans, le 2 novembre 1851 ...

Georges Loire

 

effets d'un Vendéen

 

CALAN, dit LOUIS, de Pluméliau, se faisait nommer par sa troupe le général Salomon, à cause de son parler "mystique et sentencieux".

Cet homme a été pris peu d'instants après l'attaque du Faouët (29 janvier 1795), muni d'un fusil à deux coups, au château de Kerdréan, commune de Plouay, appartenant à la ci-devant comtesse de Bosdéru.

Retenu en prison jusqu'à ce qu'on pût le traduire au tribunal criminel de Vannes, il fut transféré du Faouët à Hennebont, et c'est dans cette ville que Bruë, revenant de Quimperlé, le prit avec son escorte pour le mener au chef-lieu du département. Attaqué près de Landévant par des forces considérables, Bruë craignit que son prisonnier ne lui fût enlevé, et sans autre jugement il le fit fusiller sur place.

J'ai les signes distinctifs, contre-révolutionnaires et royaux de ce commandant. Ils consistent : 1° en une épaulette en faux or qu'il avait prise au ci-devant curé de Tugdual, officier de la garde nationale, tué par lui ; 2° En un chapeau garni d'une cocarde de soie blanche, ayant à chaque noeud une fleur de lis brodée en argent avec le nom de Jésus et de Marie ; une frange de soie blanche, provenant de l'écharpe d'un officier municipal de Pontscorff, l'entourait, une croix de plomb était au milieu de cette cocarde. De l'autre côté du chapeau se trouvait un scapulaire brodé, garni d'une frange en argent provenant encore d'une autre écharpe. Autour de la cuve de ce chapeau étaient des plumes de paon ; il avait en panache des plumes noires qu'il avait enlevées du chapeau d'une citoyenne qu'il avait tuée à Pontscorff. Le corps de cet homme était ceint de l'écharpe de l'officier municipal de Pontscorff dont il avait eu soin d'extraire le blanc pour faire des cocardes. Il a été interrogé plusieurs fois, tant par mes collègues Guezno et Guermeur que par moi ; jamais, il n'a voulu donner aucun renseignement. Il paraissait ne pas craindre ; cependant au moment d'être fusillé, il a, m'a-t-on assuré, été très lâche. Cet homme avait cinq pieds 4 pouces, était vigoureusement bâti, mais féroce et sans talent (Note de Bruë).

(Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan - Année 1925)


LES VICTIMES 

M. STASSINET, Président de l'Association Souvenir Chouan de Bretagne, a eu la gentillesse de me faire parvenir quelques informations complémentaires concernant les victimes, ce dont je le remercie vivement.

On sait donc que deux prêtres, Allanic et Jolivet, ainsi que Corentin Le Floc'h furent assassinés cette nuit-là. Il faut y ajouter un troisième prêtre, comme on peut le voir ci-dessous :

- Jean-Thomas Allanic prête les différents serments avant de rendre ses lettres de prêtrise le 25 avril 1794 en même temps que son ex vicaire et ex-carme Jolivet ; il quitte la soutane et se marie. Il devient secrétaire-greffier de la municipalité.

- François Jolivet. Ayant fait profession chez les Carmes de Vannes, il est ordonné prêtre en 1789 ; il prête les différents serments et est nommé vicaire de Lignol en 1794. Il est sommé de rendre ses lettres de prêtrise le 25 avril, il refuse et est emprisonné ; il sera libéré le 11 juillet, remettra ses lettres de prêtrise et quittera la soutane le 26 septembre. Il est tué en même temps qu'Allanic.
- Le troisième est Jacques Perron (ou Peron), vicaire d'Allanic depuis 1781 (il a été ordonné en 1757) ; il prête les différents serments à la Constitution. Le 25 avril il est emprisonné au Faouët pour ne pas avoir remis ses lettres de prêtrise, ce qu'il fait, quittant la soutane et promettant de se marier. Il devient greffier du Juge de paix pour le canton.
Sources : Ouvrage de l'abbé André Moisan "Mille prêtres du Morbihan face à la révolution" La Découvrance 1999, lequel a puisé ses sources dans Entre Chouans et Bleus de l'abbé P.Nicol  Lafolye, Vannes 1910.