En 1793, le gouvernement révolutionnaire qui persécutait la Religion, provoqua le soulèvement de la catholique Vendée. Une armée de bandits fut envoyée pour combattre les vaillants soldats de la foi. Ce ne fut, dans notre pays, qu'une suite de massacres et d'incendies. On compta les martyrs par milliers, et bien peu d'églises échappèrent aux torches des colonnes infernales.

 

La Grainetière gravure 3

 

A la Grainetière, non loin de Saint-Paul, s'élevait une abbaye habitée par des moines bénédictins. Nuit et jour, les religieux, du haut de leur clocher, surveillaient l'approche des révolutionnaires.

Un soir, la sentinelle crut voir briller dans l'ombre les armes des ennemis. Vite, elle sonne la cloche et donne le signal d'alarme.

Tous les moines accoururent, non pas pour défendre leur couvent, puisqu'ils n'avaient pas d'arme, mais pour protéger, de leurs corps, la sainte chapelle et l'hôte aimé du tabernacle.

Les Bleus, après avoir défoncé, à coups de haches, l'antique porte du monastère, se précipitèrent comme des forcenés, le blasphème à la bouche, et l'épée à la main, sur les pauvres religieux qui, les yeux levés vers le ciel, serraient dans une suprême étreinte, leurs crucifix et leurs chapelets.

 

Bible 7

 

Le massacre fut épouvantable. Le vénérable abbé, tout couvert de son sang et du sang de ses frères, eut encore la force de se relever, de gravir, une dernière fois, les marches de l'autel et de dire aux assassins : "Pour arriver jusqu'à l'autel, il vous faudra passer sur mon corps !" Cet héroïsme ne fut pas compris, et bientôt le courageux vieillard tomba, la poitrine transpercée par plusieurs coups d'épée. Alors le pillage commença. Quelle joie pour ces hommes ivres de haine et de vin, de briser les jolis vitraux de la chapelle, de démolir les bancs, de renverser les pieuses statues, de profaner les vases sacrés et chose plus ignoble encore, de jeter dans le sang et dans la boue, les divines hosties du tabernacle !!

Mais quels sont ces cris qui tout à coup retentissent dans l'horreur de cette triste nuit ? Les bandits les connaissent bien et ils se prennent à trembler comme des misérables. Ce sont les Vendéens qui, avertis par la cloche du couvent, accourent pour défendre les moines.

Hélas ! c'était trop tard. Ils eurent du moins l'occasion de venger leur mort. Tous les bleus furent tués et leurs corps furent jetés à la porte de cette chapelle qu'ils avaient si indignement profanée, tandis que les religieux furent ensevelis dans ce sanctuaire qu'ils avaient courageusement défendu, jusqu'à la dernière goutte de leur sang.


Émilienne ROUZEAU
AD85 - Bulletin paroissial de Saint-Paul-en-Pareds