Saumur église St-Pierre

 

Commission Militaire de Tours : 3 juillet 1793


Jean-Jacques François, cinquante-quatre ans, est l'ancien secrétaire du marquis de POYANNE, lieutenant-général des armées du roi et commandant l'une des cinq brigades du Royal Carabiniers de Monsieur, celle qui vint tenir garnison à Saumur de 1763 à 1788 et qui est, en somme, l'ancêtre de l'École de Cavalerie.


Le marquis de Poyanne servait une pension à François qui, à ce titre, peut déjà être suspect quoiqu'il ait servi la Révolution puisqu'il est commis dans les bureaux du district de Saumur, garde-magasin des poudres pour le service de l'Armée des Côtes de La Rochelle et commissaire d'artillerie de la ville de Saumur.


Mais il l'est davantage à d'autres titres et les témoignages s'accordent à l'assurer.


Mercier du Rocher rapporte qu'il avait encloué trois canons, une demi-heure avant la bataille, "sur la place de la Billange, aux portes des halles". Savary, dans son ouvrage la Guerre des Vendéens et des Chouans contre la République Française dit qu'il "avait multiplié les cartouches sans balles dans les livraisons faites à l'Armée de Doué". Quant à Roberjot, qui commandait la place de Saumur, depuis le 23 mai, en remplacement de Beffroy, colonel de la Légion Germanique, voici ce qu'il écrit dans le rapport qu'il fit, le 12 juin 1793, à la Commission Centrale de Saumur reconstituée à Tours :

"Un trait d'horreur qui doit fixer votre attention c'est le scélérat François, commis du district, chargé du soin des magasins à poudre, dont il avait la clef, qui eut la témérité d'enclouer sur la place, au moment du combat, trois pièces de canon. Je le fis arrêter sur-le-champ et j'allais le livrer à la fureur du peuple lorsqu'il m'assura qu'il en avait reçu l'ordre du procureur de la commune. J'ai donné des ordres en conséquence pour mettre ce dernier en état d'arrestation et en instruire sur-le-champ les commissaires de la Convention, qui se rendirent à la municipalité, où étaient détenus les dénommés malgré l'ordre que j'avais donné de les faire conduire à la maison d'arrêt. J'ignore ce que sont devenus ces scélérats ..."

Effectivement, le dimanche 9 juin 1793, jour de la prise de Saumur, FRANÇOIS a bien encloué, vers 4 heures de l'après-midi, trois pièces d'artillerie ; une aux armes d'Angleterre et deux autres dépourvues d'agrès, de munitions, sans coffret, sans avant-train, sans crochet de tirage. Les Vendéens ne sont entrés qu'après l'enclouage. Il prétend qu'il avait l'autorisation de le faire - et ce par le Procureur de la Commune - si les pièces ne pouvaient être enlevées. Mais François ne peut produire d'autorisation écrite.


D'autres charges pèsent sur l'accusé, l'accablent même. Les rebelles ne lui ont-ils pas donné une garde pour protéger sa personne et n'a-t-il pas fait imprimer à Saumur, encore aux mains des Vendéens, le 23 juin, un mémoire pour se disculper, mémoire ayant vu le jour "chez un imprimeur d'un soidisant roi, sous le règne d'un soidisant Louis XVII" et dans lequel "par les termes mêmes qu'il contenait il semblait vouloir appeler la faveur des brigands contre les patriotes de Saumur."


FRANÇOIS avait de toute évidence accumulé les fautes.


Convaincu d'intelligence avec l'ennemi, convaincu encore d'avoir encloué sans ordres les canons - à supposer même qu'ils fussent inutilisables - il ne pouvait sauver sa tête.


Le lendemain, au moment de son exécution, FRANÇOIS subit un ultime interrogatoire. Le document vaut d'être cité.


"Le Président de la Commission militaire ayant été en exécution de la loi du 12 mai der conduit par un détachement de la force armée au lieu de l'exécution de la peine de mort prononcé contre jean jasque FRANÇOIS étant assisté en outre du citoyen DELAUNAY membre de laditte Commission et ce à l'heure de huit du matin s'étant approché dudit FRANÇOIS sur le lieu de lexécution le président lui a dit vous êtes dans un moment sans ressource pouvez vous par leffet de quelque remord ou regret déclarer si vous avez quelque connaissance utile soit à la République ou quelque citoyen.

"ledit FRANÇOIS a répondu - Oui je sait quil est des traîtres, le château de Saumur n'a pas été approvisionné en bois et en subsistance par ROBERJOT qui était chargé de cette affaire et que ROBERJOT est un traître que le pont-levi du chasteau à la demi-lune était à raser depuis deux jours avant lataque de Saumur que DABADIT ingénieur ny a rien fait qu'on y a pas posé de madriers pour y mettre du canon, que les rebelles ont profité de l'ouverture de ce passage ce qui présente une haute trahison de la part dudit DABADIT ingénieur, il rencontra DABADIT à qui il demanda sil avait un retranchement du côté de notre dame ; que DABADIT lui répondit qui allait y faire couper le chemin qu'il a vu l'ouvrage quon y a fait et que le retranchement n'avait pas trois pieds de profondeur ce qui n'a pu faire obstacle à l'entrée des Rebelles et quil connaît le préjudice qui en est résulté parce que c'est son métier, que la batrie du bastion gauche du château a été mal dirigée par ledit DABADIT il ny a pas eu de défense active, que les barbettes étoient d'un pied trop haut lorsque lon fut obligé dy placer du canon de manière que lembrassure que l'on fut obligé d'y faire ralentit d'autant la défense que l'on en attendait et ont les dit président membres de la ditte commission, greffier et huissier signé."


Aussitôt après l'exécution de François, la Commission Militaire ordonnait l'arrestation de Roberjot, chargé de l'approvisionnement du château de Saumur, et de l'ingénieur aux armées D'Abadit.


Roberjot, "informé par la clameur publique" de la dénonciation in extremis de François, se présentait spontanément à la Commission qui lui interdisait de quitter Tours, posait les scellés chez lui et l'invitait à se justifier.


Le 4 juillet, Roberjot était lavé de tout. Les généraux Duhout et Menou, les Représentants du Peuple à l'Armée des Côtes de La Rochelle attestèrent à qui mieux mieux des judicieuses dispositions prises par lui pour la défense du château de Saumur dont l'approvisionnement, bouche et guerre, était suffisant. Roberjot n'était coupable ni de négligence, ni de trahison. Patriote, courageux, actif, vigilant, probe, n'est-il pas tout dévouement pour la République. Par jugement de ce 4 juillet, il était déchargé des dénonciations et accusations portées contre lui.


Bulletin de la Société archéologique de Touraine - T29 - 1944