ESTIENNE ANDRÉ STATUE


Né à Cadenet le 13 octobre 1777, Étienne André était encore un enfant quand la Révolution éclata. Coeur enthousiaste, épris de la liberté, il s'enrôla, dès l'âge de 15 ans, dans les bataillons de volontaires qui volaient à la défense de la patrie en danger.

 

ACTE NAISSANCE ANDRÉ ESTIENNE


Étienne débuta d'abord dans les campagnes d'Allemagne, comme tambour dans la 51e demi-brigade, et fut un de ceux qui, lors de la retraite de Moreau, traversèrent le Danube à la nage. Quelque temps après, à Arcole, il passait le canal de même et battait la charge sous une grêle de balles, donnant ainsi l'exemple d'une rare intrépidité.

Plus tard, à Marengo, ayant sa caisse emportée par un boulet, il prit un fusil des mains d'un grenadier mort et fit le coup de feu comme un simple soldat.

Le Directoire lui décerna, comme récompense, deux baguettes d'or, et, lors de la création de l'Ordre, Bonaparte le nomma chevalier de la Légion d'honneur (19 mai 1802). Étienne était alors tambour dans la garde consulaire.

Nommé, en 1830, tambour-maître à la garde nationale de Paris, il y fut toujours estimé pour sa bravoure, sa bonne conduite, et regardé comme une des vieilles gloires de nos armées.

A sa mort, qui survint en 1837 [le 29 décembre], on lui fit des funérailles dignes de ses longs et glorieux services. Mais la reconnaissance de ses contemporains ne s'arrêta pas là. De son vivant, un abus de confiance lui ayant fait perdre le fruit de ses économies, une souscription fut ouverte à Paris et dans Vaucluse pour subvenir aux besoins de sa veuve et de sa fille qu'il laissait, en mourant, dépourvues de toutes ressources.

Étienne a été digne de figurer, par son courage et ses exploits, sur le fronton du Panthéon. Il n'est pas moins digne de la statue que ses compatriotes et l'armée entière, par une souscription autorisée, lui ont érigée dans sa ville natale, rachetant ainsi l'oubli qui trop longtemps s'était fait sur son nom.

Le petit Tambour d'Arcole sera un modèle de patriotisme pour ses jeunes compatriotes et "battra le rappel dans leur mémoire".


Extrait : Galerie Française - Volume 15 - Vaucluse - par Louis Boyer

 

Estienne André tambour Arcole

 

Le passage du pont d'Arcole est un fait historique célèbre qui provoqua de nombreux actes d'héroïsme individuels.

Ce fut au cours de la seconde journée qu'André se distingua. Un de ses descendants, horloger, détenteur de ses baguettes et de sa croix se souvient du récit qui lui a été fait par les siens de cette action.

"Étienne, dit-il, était inactif avec ses camarades, toujours au même endroit. Son attention était attirée par une fumée compacte qui montait au-delà du groupe de maisons. L'idée lui vint que le feu devait gêner l'action au Pont d'Arcole. Il fit tout haut cette réflexion à son sergent : "Il faudrait, lui dit-il, passer de l'autre côté. - Sais-tu nager ? demande le sergent. - Té, si je sais nager, je crois bien ! - Alors il faut passer. - Mais ma caisse va se mouiller. - Mets-la sur mon sac, dit le sergent, et bat."

Tantôt sur le sac de son sergent qui le précède, tantôt sur sa tête, il bat ferme, ralliant quelques grenadiers qui vont vers la rive ennemie.

Les ennemis surpris et croyant avoir affaire à toute une troupe abandonnent les canons qui ne cessent de balayer le pont sur lequel Bonaparte, un drapeau à la main, la veille, victorieux, s'élançait."

Tout d'abord André ne reçut pour sa belle action que des baguettes d'or. En 1803, Bonaparte passait la revue de sa garde des consuls dans laquelle André était entré. Il s'arrêta devant le petit tapin qui portait ses baguettes d'or en sautoir et lui demanda sur quel champ de bataille il avait gagné cette récompense. Le tapin lui conta son histoire, "Ce n'est pas assez, mon jeune brave", répond Napoléon, et détachant de son habit la croix, il la fixa sur la poitrine du tambour.

Libéré, André s'était marié à une honnête fille sans avoir, Fanchette Gardelle, née à l'école militaire, aux Quatre Puits, où son père dirigeait le manège qui, sous Louis XV et Louis XVI, fournissait l'eau à cette école. Il en avait une fille qui mourut tout-à-fait pauvre, un banquier ayant achevé de le mettre sur la paille. Cette fille eut deux enfants, mort en pleine adolescence.

A sa mort, André avait près de lui le père de l'horloger de Malakoff, son neveu, qu'il initiait aux beautés du tambour, son instrument de prédilection, qu'il ne quitta jamais puisqu'il mourut tambour à la 10e légion de la garde nationale, qui lui avait confié ce poste en 1830.

 

acte décès André Estienne

 

ÉTATS DE SERVICES

Entré au Service en qualité de soldat dans le ci-devant Bataillon des Bouches du Rhône, devenu 51e 1/2 brigade de ligne, le 10 juin 1792.
Tambour audit corps, le 29 novembre 1792.
Passé Tambour au 1er régiment de Chasseurs à pied de l'ex-garde, le 6 floréal an X.
A fait les campagnes de 1792 et 1793, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9 aux Armées du Rhin et d'Italie, 10, 11, 12, 13 et 1806 aux Armées d'Italie, du Rhin et à la Grande Armée.
A passé le Danube à la nage le 2 messidor an VIII et a obtenu des baguettes d'honneur pour l'intrépidité qu'il montra à l'affaire d'Arcole où il passa le Canal à la nage sous le feu de l'ennemi, en battant la charge.
Congédié avec Retraite, le 15 juillet 1806. (Base Leonore - LH/909/7)

Brigadier des Gardes de l'Administration Forestière à Villars (Vaucluse) (Base Leonore - LH/909/7)

 

ESTIENNE ANDRÉ MONUMENT CADENET


LE TAMBOUR-MAÎTRE DE LA 10e LÉGION

Son acte d'héroïsme était classique. Dans les banquets civiques, en l'honneur de "l'autre", on s'entretenait souvent de lui. En 1831, les officiers généraux de la garnison de Paris étaient réunis au café Foy, au Palais-Royal, sous la présidence du général Lamarck. Mercier son colonel, invita ce soir-là André à venir avec sa caisse et ses baguettes d'honneur. Au dessert, il fut sollicité de faire le récit de son action d'éclat ; il s'y prêta avec une grande modestie et s'évanouit aux éloges que les officiers présents lui prodiguèrent, rappelant aussi sa belle conduite à Marengo, qui lui avait valu d'être porté à l'ordre du jour.

Le récit de sa mort est fabuleux. Elle arriva en 1837. Selon Mistral, ce fut à la suite d'une visite qu'il fit au Panthéon. Parmi les héros du fronton, figure - battant sa caisse - André lui-même, le petit tambour. "Regarde père", lui dit sa fille, en lui montrant l'image. Le père regarda, balbutia : "C'est moi ... si haut ! Et d'émotion il tomba raide mort !

Le Moniteur du 4 janvier 1838 se borne à mentionner les obsèques sans dire comment André cessa de vivre. Il note la cérémonie touchante au milieu d'un concours inusité d'officiers supérieurs, d'un détachement des gardes nationales, d'un peloton de la ligne. Ce fut le maire de l'arrondissement, M. Février, qui prononça le discours sur la tombe : "Adieu, Étienne, adieu, intrépide tambour d'Arcole. Sur cette terre, le fronton du Panthéon t'immortalisera et dans l'autre monde, s'il est un Élysée pour les braves, tu es bien sûr d'y prendre place !"

Une souscription fut ouverte à Paris par l'entremise du Moniteur en faveur de la veuve et de la fille d'André qui demeuraient alors rue de Grenelle-Saint-Germain.

Le tambour d'Arcole n'est pas un personnage de légende ; il est le héros bien réel d'une action certaine, bien établie, ne serait-ce que par cette pièce que signa son capitaine :

"Je certifie que le citoyen Étienne, tambour de la 51e demi-brigade, actuellement dans les chasseurs de la garde des consuls, a déployé dans toutes les occasions le courage et le sang-froid qui caractérisent le bon militaire. En rendant un témoignage éclatant de la bravoure du citoyen Étienne, je ne peux que louer sa conduite morale. Il s'est montré plein d'honneur et de délicatesse.
Paris, le 13 floréal an X de la République.
RAMOND, capitaine."

Estienne André signature


Extrait : La Vendée Républicaine - 8ème année - Samedi 17 décembre 1892 - n° 325

Il existe un manuscrit des Mémoires du Tambour d'Arcole qui fut mis en vente aux enchères publiques en 1971. (Base Leonore - LH/909/7)