LA CHEVETELIÈRE

LA CHEVETELIERE CASSINI


André Boujer ou Bouhier, seigneur de la Chevestelière, conseiller et secrétaire du Roi Henri IV, fut inhumé dans la Chapelle du Baignon, le 4 mars 1647.

Il est intéressant de savoir qu'en même temps que l'ami du bon Roi Henri IV, il fut le fondateur de la maison de la Chevetelière.

Nous en avons la preuve certaine dans une pièce authentique ... que nous allons reproduire :

"Henri, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous, présents et à venir, salut !
Notre ami et féal conseiller et contrôleur général de Nostre grande Chancellerye, maistre André Bouhier, nous a fait dire et remonstrer que la terre de la Chevestellière lui compute et appartient, par donnation à lui faicte, de laquelle dépendent plusieurs possessions et de grand revenu, outre que la scituation en est belle et agréable, en laquelle le dict Bouhier a résolu de faire sa résidance habituelle, lorsqu'il sera hors les quartiers esquelz il nous doibt le service de son dict estat ;
Toutefois, estant la dicte terre scitué au pays du Bas-Poitou, proche de plusieurs places occupées par noz ennemis, et d'ailleurs fort-esloignée des bourgs et villages, il est certain que sa demeure et séjour n'y peuvent estre sans danger apparent, d'estre pris prisonnier, pillé et ravagé par les dicts ennemis, et encore en temps de paix, subjects aux entreprises des volleurs et vagabonds, tellement qu'il n'est conseillé d'y establir son domicile, qu'au préalable la maison de la dicte terre ne soit fortifiée et rendue en suffisante deffense et pour résister à l'effort des dicts ennemis qui font courses ordinaires aux environs d'icelle, et encore en temps paisible pour oster aux vagabonds de s'y attaquer, comme il leur serait très facile, la dicte maison demeurant en l'estat qu'elle est.
Ce qui luy tourne à très grand préjudice et dommage en demeurant frustré de la plupart du revenu qui en deppend, outre que les terres et possessions demeurant incultes et en mauvaises façons, pour n'oser, dict le suppléant, y résoudre sa résidence, pour le notoire danger qu'il courrait à ruyne, voyre perte de sa personne, s'il s'y habituait.
Nous suppliant très humblement de faire faire des fortifications et luy octroyer nos lettres sur ce nécessaires, désirant le traiter favorablement, affin de l'obliger d'autant plus au service qu'il nous doit dans sa dicte charge, luy avons de nostre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royalle, permis, accordé et octroyé, permettons, accordons et octroyons, par ces présentes signées de nostre main, qu'il puisse faire fortifier icelle maison de la Chevestelière, de fossez, tours, deffenses, pontlevys et autres choses nécessaires pour la conservation d'icelle, sans que pour ce, il soit tenu prendre autre permission ni congé de quelque seigneur que ce soit, dont de nostre autorité et souveraineté, nous l'avons rellevé et dispensé, relevons et dispensons par ces dictes présentes ; et sans aussi que, en la dicte fortiffication il luy soit par nos officiers ou autres donné aucun trouble ny empêchement, au contraire ; lequel faict mis ou ordonné lui estoit, nous voulons iceluy être levé et le tout mis incontinent et sans délay à pleine et entière délivrance et en son premier estat et sur ce, avons imposé et imposons silence à nostre procureur général et tous autres.
Il appartiendra à tous nos autres justiciers et officiers que de nostre présente grâce, permission et de tout le contenu cy-dessus, ils facent, souffrent et layssent jouir et user plainement, paisiblement et perpétuellement le dict Bouhier, ses hoirs (héritiers) et ayant cause, sans que, en ce il lui soit mis ou donné aucun trouble et empêchement, au contraire, ainsi si faict estait, l'ostent et remettent, ou facent oster, remettre ou réparer incontinent et sans délay au premier estat, car tel est nostre plaisir.
Et affin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à ces dictes présentes sauf en autres choses nostre droict et l'autruy en toutes.
Donné à Amiens, au moys de juillet, l'an de grâce mil cinq cent quatre-vingt-seize et de nostre règne le septième !
Henri
Par le Roy : De Neufville.

 

LA CHEVETELIERE CADASTRE


Le Roi Henri IV avait donc autorisé André Bouyer à fortifier son domaine de la Chevestelière. Ce qui dut se faire vers l'an 1600.

La maison fut bâtie tout près de la rivière la Vertonne et entourée de douves profondes comme les châteaux de l'époque, le pont-levis donnait au couchant. Il est intéressant d'en suivre les détails au plan cadastral.

Aujourd'hui, elle est complètement disparu pour faire place à une maison plus moderne, propriété de la famille Gautreau (1925)

Les registres de la Chapelle-Achard nous donnent des noms jusqu'en 1733.

En 1608, baptême de Jehanne Bouyer (ou Bouhier), fille d'André Bouhier et de Jehanne Mourain, son épouse ;

En 1617, "Demoiselle Jehanne Mourain", dame de la Poullurière et de la Chevestelière, épouse de André Bouhier, signe comme marraine.

En 1647, dans la chapelle du Baignon, à Bourgneuf, sépulture d'André Bouhier, escuyer, seigneur de la Chevestelière, conseiller et secrétaire du Roy et de ses finances, contrôlleur de la grande Chancellerie de France".

En 1654, fut "insépulturée", en la chapelle de Bourgneuf, Catherine Morisson, dame de la Piardière et de la Chevestelière.

En 1672, Jeanne Morisson est signalée comme épouse de Robert Bouhier, seigneur de la Chevestelière.

En 1726, sépulture de Marie Massé, de la Chevestelière.

En 1731, Demoiselle Marie Joslain décède à la Chevestelière.

En 1733, sépulture de Louis Fradet de la Fradinière, fils de Messire de la Fradinière, décédé à la Chevestelière à l'âge de 10 ans.

En 1733, baptême de Jacques-Christophe de Launay, fils de Jacques-Christophe de Launay ..., né à la Chevestelière.

 

ARMOIRIES RANFRAY

 

L'an II de la République, le 18 frimaire (10 décembre 1793) à 10 heures du matin eut lieu, dans la salle d'audience du Directoire du district des Sables-d'Olonne, en présence du président Mourain, et du procureur syndic, Poiret, la vente de la Chevetelière, appartenant aux émigrés : Henri-Louis Ranfray de la Bajonnière, demeurant précédemment à Chaligny, commune de Sainte-Pexine, et Armand-Marie-Louis de la Bajonnière, demeurant précédemment à Touvent, commune de l'Île d'Olonne ; fils de Anne-Jacquette de Buor et de Louis Ranfray de la Bajonnière.

La Chevetelière se composait alors de 32 boisselées de terres labourables, 50 boisselées de landes, 20 journaux de prés, 5 journaux de pâtis, 10 arpents de taillis et 10 journaux de vignes.

La mise à pris était de 9600 livres, suivant affiche du 3 frimaire, la vente devait donner lieu à de premières enchères et 15 jours plus tard à l'adjudication définitive.

 

La Chevetelière google map

 

Le 18 frimaire, il ne se présenta personne, et plusieurs feux ayant été allumés successivement et s'étant éteints sans aucune enchère, un procès-verbal de première criée fut rédigé et signé par le président et le syndic.

Le 6 nivôse suivant, à 10 heures du matin, en présence des administrateurs du district et du procureur-syndic, adjudication définitive de la Chevetelière, sur mise à prix de 9600 livres.

Au 6e et dernier feu, la Chevetelière fut adjugée au citoyen Biret, demeurant aux Sables, moyennant 10530 livres payables par dixièmes, le premier dans le mois à compter du jour de l'adjudication, et les autres chaque année avec intérêts à 5 %.

Biret avait pour concurrent le sieur Genaudeau, qui selon toutes probabilités, devait représenter en la circonstance les intérêts des propriétaires - dépossédés parce qu'émigrés - Henri et Armand de la Bajonnière.

Le même jour que la Chevetelière, et dans les mêmes conditions, se fit l'adjudication du Giraudet.

Cette ferme, contenant alors 10 journaux de prés, 60 boisselées de pâtis, 80 boisselées de terres labourables et 100 boisselées de landes, appartenait à la même famille Ranfray de la Bajonnière, dépossédée parce qu'émigrée. Ses biens étaient vendus comme biens nationaux.

La mise à prix du Giraudet fut 8000 livres, ... après enchères du citoyen Biret et du citoyen Genaudeau, fut adjugé à Aimé-Charles-Louis-Modeste Biret, moyennant la somme de 8150 livres.

A cette époque, le Giraudet était exploité par François Pasteau, comme la Chevetelière l'était par Jean Gibouleau, au moins les y trouvons-nous en l'an IX (1801), ainsi que le relate un jugement rendu par Pierre Birotheau des Burondières, juge de paix à la Mothe-Achard.

Gibouleau et Pasteau avaient été assignés par le sieur Ranfray de la Bajonnière, qui revendiquait ses droits de propriétaire : il voulait se faire remettre les bestiaux et tous instruments aratoires des deux métairies. Le citoyen Biret, l'acheteur, défendit par huissier de s'en dessaisir.

Les parties n'ayant pas pu se concilier, le juge de paix les renvoya devant les juges compétents.

L'année suivante, le 10 brumaire (novembre), Gibouleau quitta la Chevetelière et fut remplacé par les frères Louis et Mathurin Gautreau, précédemment fermiers à la Mancellière, de la Chapelle-Achard. En plus de la Chevetelière, les frères Gautreau prenaient à bail pour 7 années, le Giraudet, les Noues, et les 4 fermes de l'Audouinière, en l'Île d'Olonne, moyennant un prix annuel de 3000 livres tournois (environ 3000 fr) payables au propriétaire, en sa demeure de la Chevallerie, commune de Ste-Gemme-la-Plaine, près Luçon.

Le bail passé à la Mothe-Achard, en l'étude de Me Bisson, notaire, portait que le bailleur donnait aux preneurs, à titre de souche morte, pour une somme de 7000 f. de gros bestiaux et 170 brebis estimées, à dire d'experts, deux francs la pièce.

Le bail était signé : Ranfray de la Bajonnière. Ce qui indique que les anciens propriétaires étaient rentrés en possession de leurs biens précédemment vendus au citoyen Biret.

D'ailleurs, un acte passé en Préfecture de la Vendée, à Fontenay-le-Peuple, le 2ème jour complémentaire de l'an VIII, enregistré le 9 nivôse suivant, en fait foi. Il est signé : Le Faucheux et Henri Ranfray de la Bajonnière.

Plus tard, la famille de La Roche-Saint-André hérita de la Chevetelière de la famille Ranfray de la Bajonnière.
La famille Gautreau continua de l'habiter et de la faire valoir. Vers 1820, elle en devenait définitivement propriétaire.

AD85 - Bulletin paroissial de Saint-Mathurin - 1925