SAINT-MATHURIN (85)

registre Saint-Mathurin 1608

 

Vers l'an 1700, l'église (ou chapelle) de Saint-Mathelin, près Bourgneuf, était sous le vocable de la Sainte Vierge : on l'appelait Notre-Dame du Baignon.


Chaque année, le jour de la fête patronale, le 15 août, -depuis qu'il n'y avait plus de prêtre en cet endroit, c'est-à-dire depuis 1750 environ - les curés de la Chapelle-Achard y venaient dire la messe.

Les registres attestent aussi qu'ils allaient y faire des baptêmes et des sépultures.

Un ancien curé de la chapelle croit qu'il ne saurait y avoir plus de 150 à 160 ans qu'il n'y a plus d'office à N.D. du Baignon, puisque les grands-pères de nos ancêtres y avaient entendu la messe.

Saint-Mathelin avait donc son curé, son église, son cimetière. Il y avait aussi son Conseil de Fabrique et un sacristain attitré, un vrai sacristain, comme toujours homme sérieux et choisi, en fait foi une délibération du 24 juin 1725.

Délibération du Conseil de Fabrique de Saint-Mathelin pour nommer un sacristain :

"Aujourd'hui, vingt-quatre juin mil sept cent vingt-cinq, nous sommes assemblés pour nommer un sacristain, Pierre Gaudin : Moi, maître Pierre-François Aubin, curé de la Chapelle-Achard, René Dron, fermier de la Commanderie de Bourgneuf, François Pénisson, Jean Gravoil, Martin Morisson, Louis Jouneau, Louis Gouechon, François Boizard, Jean Ruchaud et Louis Pénisson, tous lesquels consentent et consentons que le dit Gaudin fera désormais les fonctions de sacristain de la Chapelle de Bourgneuf, et en recevra le salaire comme son prédécesseur.
Ainsi signé le registre par ceux qui le savent."

C'est une preuve évidente qu'il y avait à Bourgneuf tout ce qu'il faut pour former une paroisse et une paroisse entièrement indépendante des voisines.

 

St Mathurin dépendance de la Chapelle Achard

 

Mais de fait, cette chapelle était bien dépendante de la Chapelle-Achard : maître Pierre Guillot, curé de cette église l'annote au commencement de son registre pour l'année 1646.

De plus, dès 1612, il en était ainsi, puisque maître Neau, alors curé, signale comme de sa paroisse les villages des Reffes, du Puy-Babin, de la Chabossière.

 

st mathurin commanderie

 

Saint-Mathelin était-il une paroisse ordinaire, ou simplement une chapelle érigée pour le service de la Commanderie et des gens qui en cultivaient les terres ?

De puissants motifs portent à croire que ce fut une véritable paroisse : en effet, il y avait là : prêtre, église, cimetière, conseil de fabrique, sacristain, toutes personnes et choses nécessaires et suffisantes d'une paroisse.
Le prêtre qui desservait Saint-Mathelin, donnait à sa chapelle le titre d'église. Sans doute, il supposait indiquer par là un lieu public et particulier à une population.

Le prêtre avait sûrement une juridiction, puisqu'il fait une distinction marquée entre ses paroissiens et ceux qui ne le sont pas. Ainsi, quand il faisait des baptêmes, il mentionnait toujours s'ils étaient de Saint-Mathelin, ou d'ailleurs. Nous en trouvons, par exemple, trois de l'Île d'Olonne, deux de Ste-Foy, un de la Chapelle-Achard. Ce dernier en particulier, semble montrer clairement qu'au 17e siècle, Saint-Mathelin était indépendant de la Chapelle-Achard.

A l'époque de la Chapelle de Bourgneuf, ou du Baignon, le territoire de Saint-Mathelin devait occuper une assez grande étendue : il devait comprendre de 400 à 500 havitants.

Monsieur l'abbé Richard y fit longtemps fonction de curé. Un de ses registres, qui se trouve à la Chapelle-Achard, mentionne dans un intervalle de 10 ans, 125 baptêmes. Ce qui donne une moyenne de 12 par an, et suppose, pour l'époque, une population de 4 à 500 âmes.

Il est bien regrettable que Monsieur l'abbé Richard n'ait jamais indiqué sur son registre la demeure des parents des enfants qu'il baptisait. Cette simple note nous aurait fixé indubitablement sur le territoire qu'il administrait.

Faisaient certainement partie de Saint-Mathelin, les Reffes, Porcher, le Puy-Babin, la Chabossière, la Rogerie, et d'autres villages encore puisque, ici le registre de la Chapelle-Achard l'indique.

Oui ou non, Saint-Mathelin était-il paroisse constituée, ou simplement une chapelle de secours dépendant de la paroisse-mère ?

Monsieur l'abbé Guilbaud, et tout récemment Monsieur l'abbé Gautier, tous deux anciens curés de la Chapelle-Achard, sont formels et n'hésitent pas à trancher la question : ils disent, et sans partialité : malgré son prêtre à demeure, son église, son cimetière et son sacristain, Saint-Mathelin a toujours dépendu de la Chapelle-Achard.

Et ils attachent au détail suivant une grande importance : en ce temps-là, les prêtres avaient l'habitude de toujours mentionner en signant, leur titre de curé ou de recteur. Or, Monsieur l'abbé Richard ne le fait pas et ne signe jamais comme prêtre.

Autre indication, il est bien vrai que de tout temps, on a donné le nom d'église au lieu de la prière publique. Au dire des différents curés qui ont succédé à M. Richard dans l'administration de Saint-Mathelin, on a toujours dit : la chapelle du Baignon près le village de Bourgneuf !

Il n'en est point ainsi, en effet, des paroisses qui avaient cessé d'exister avant la Révolution et qui n'ont pas été reconstituées. Par exemple, on dit encore de nos jours : l'église - et non pas la chapelle de St-Nicolas de Brem, de la Couture, des Pineaux (près Mareuil).

Il paraît tout probable qu'avant 1847, Saint-Mathurin n'a jamais été paroisse. La chapelle du Baignon fut construite et servi à l'usage de la Commanderie de Bourgneuf et des gens qui en dépendaient. Et elle cessa d'exister quand disparut la Commanderie. Quand cela arriva-t-il ? Ou à la suite des défaites des chevaliers de Rhodes, c'est-à-dire avant 1550, ou au moins avant la Révolution française (1789), c'est-à-dire vers la chute de la Féodalité.

En tout cas, c'est évidemment à la suppression de la chapelle de Bourgneuf, que l'agglomération de Saint-Mathurin (ou de Saint-Mathelin) fut définitivement jointe à la paroisse de la Chapelle-Achard.

Puisque cette chapelle du Baignon était sous l'invocation de la Sainte Vierge, Saint-Mathurin n'était que le patron secondaire de ce lieu. Pourquoi ce Saint fut-il choisi plutôt qu'un autre ? A quelle époque au juste commença-t-on à donner à notre pays le nom de Saint-Mathurin ? sans doute bien avant la fondation de la paroisse.

M. l'abbé Guilbaud, ancien curé de la chapelle, croit que le village de St-Mathurin s'appela d'abord Baisnon. Il en trouve la preuve dans les Registres de M. l'abbé Richard, et dans ceux des curés successifs de la Chapelle-Achard.

Il prétend aussi que depuis ces temps anciens jusqu'à nos jours quelques familles paraissent s'être conservées, par exemple une famille Caillonneau, "qui faisait le métier de farinier".

Les choses en étant là, et le nom de Saint-Mathurin était presque dans l'oubli, quand en 1847, Monseigneur l'Évêque de Luçon, Jacques-Marie-Joseph Baillès, cédant aux désirs d'une partie des habitants de la population de la Chapelle-Achard, qui ne pouvait que difficilement assister aux offices de la paroisse, érigea Saint-Mathurin en paroisse nouvelle.

 

La Bourine

 

L'église fut bâtie sur le bord de la grand route des Sables à la Mathe, dans un petit village appelé "La Bourine". Voici l'origine du mot :

Un nommé Boutolleau, dont les descendants partirent plus tard à Vairé, bâtit une petite maison en terre, où il vendait aux passants du vin et du sel. La maison reçut le nom de Bourine, qui resta longtemps à l'endroit. ... Elle fut un peu plus tard remplacée par une autre plus importante. Ce qui donna à plusieurs familles l'idée d'en faire autant.

Il y avait bien 5 ou 6 maisons à Saint-Mathurin quand on y construisit la première église et le presbytère en 1848 et 1849.

C'est en 1873 que fut définitivement arrêté la division de la Chapelle-Achard en deux communes. Cette affaire eut dans la contrée un grand retentissement, et pendant un certain temps, fut la cause immédiate de quelques désagréments entre les deux communes.

 

Saint-Mathurin 85


Origine et fondation du nouveau Saint-Mathurin, comme paroisse et comme commune :


Monsieur de Guinnebaud était nouvellement arrivé à la Millière. Avec quelques-uns des principaux personnages du village de la Bourine, il trouvait que cette partie de la paroisse de la Chapelle-Achard était bien isolée et déshéritée au point de vue civil comme au point de vue religieux. Et ensemble, ils résolurent d'y remédier, et voici comment :

On profita de la visite pastorale de 1846 : l'occasion paraissait heureuse et favorable.

L'Évêque de Luçon, à cette époque, était Monseigneur Baillès. Le jour de la confirmation à la Chapelle-Achard, une délégation de la "Bourine" se rendit auprès de sa Grandeur, et lui demanda de détacher une partie de la "basse paroisse" de La Chapelle, pour en former une nouvelle sous le nom de Saint-Mathurin, en exposant les justes raisons de leur requête.

L'idée plut à Monseigneur et lui sembla très justifiée. Quelque temps après, le Conseil municipal fut, par ordre de M. Paugea, Préfet de la Vendée, appelé à se réunir pour discuter la question. La discussion fut chaude. Les conseillers appartenant à la section de la Bourine - entr'autres MM. Gautreau, Barreau, Guérineau, Ruchaud - soutinrent de leur mieux leur cause et leurs intérêts. Ceux de la Chapelle en firent autant. La délibération qui fut prise, sans s'opposer directement et absolument à la demande, la rendait cependant presque irréalisable :
Délibération du Conseil municipal de la Chapelle-Achard au sujet de la demande des Notables de Saint-Mathurin de se constituer en paroisse :

"L'an 1846, le Conseil municipal de la Chapelle-Achard s'est réuni au lieu ordinaire de ses séances, par autorisation de la lettre de Monsieur le Préfet de la Vendée. Etaient présents : MM. Mercier de Lépinay, Boutolleau, Barreau, Ruchaud, Craipeau, Chotard, Guérineau, Goulpeau, Poiroux, Gautreau, adjoint et Aujard, maire.

Lesquels, après avoir mûrement délibéré

sur l'érection d'une Église à La Bourine, au nom de Saint-Mathurin, et que la cure soit érigée en succursale, nous y consentons volontiers, aux conditions que la future paroisse de Saint-Mathurin prendra ce qui lui appartenait autrefois, et non faire son choix dans toute la commune de la Chapelle, pour s'arrondir. Car la majeure partie du Conseil municipal s'y refuserait ou désirerait que le procès-verbal fut nul. Et si l'église se bâtit, nous déclarons n'être pour aucun frais, pas plus que dans l'établissement de la cure.

De tout quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal qui a été signé séance tenante.

Suivent les signatures."

Avec de pareils sous-entendus, peut-être malveillants, le projet devenait difficile à réaliser. Comment, en effet, arriver à retrouver les anciennes limites de l'antique Commanderie de Bourgneuf ? Il n'en restait aucun écrit, qu'une tradition vague, et rien de bien précis. On voulait évidemment réduire la future paroisse à une toute petite agglomération, à quelques villages, entourant Bourgneuf.

Des deux côtés, ici pour réussir, là pour empêcher, beaucoup de démarches furent faites, et de coups de langues donnés ... Mais la petite Bourine devait avoir gain de cause et changer de nom.

On pensait bien à la Chapelle-Achard que "La Bourine" ne pourrait jamais retrouver les anciennes limites de la chapellenie de Bourgneuf. On était dans l'erreur.

Quelque temps après la fameuse délibération du Conseil municipal, la haute administration faisait savoir aux demandeurs qu'il leur suffisait d'obtenir la signature du Maire, M. Aujard. La difficulté était de réussir à l'obtenir.

Les deux Messieurs Gantreau, grands amis de M. Aujard essayèrent bien, mais inutilement. D'autres personnages ne furent pas plus heureux dans leurs nombreuses démarches.

Enfin, M. Raymondeau, de Brandeau, en Vairé, épousant les intérêts de Saint-Mathurin, fut plus chanceux ou plus habile - s'il est dans le cas permis d'ainsi parler - et au moyen de libations amicales accompagnées de belles paroles, il fit signer à M. Aujard un papier en blanc, qu'il fut facile de remplir ensuite. Cette pièce fut envoyée à Paris avec les recommandations voulues.

Et le 24 avril 1847, une ordonnance royale était signée, qui autorisait l'érection de Saint-Mathurin en paroisse avec tout le territoire demandé.

La section de "La Bourine" fut enchantée de la décision favorable, notables en tête. Ce fut le contraire à la Chapelle-Achard même et surtout au Conseil municipal.

Il y eut bien tout d'abord quelques malaises entre la mère et la fille - La Chapelle et Saint-Martin - mais peu à peu ils disparurent et plus rapidement qu'on l'aurait cru.

Pour former le Conseil municipal, il fut entendu à l'amiable qu'on prendrait 6 membres dans chaque section.
Jusqu'en 1870, les choses allèrent ainsi et à la satisfaction générale. Vint la guerre. A cette époque, arrivait le moment de nommer un Conseiller d'arrondissement.

Pour faciliter aux électeurs de Saint-Mathurin leur devoir électoral, comme peut-être aussi pour obtenir plus de voix - disaient les mauvaises langues - le candidat M. de La Bassetière, obtint du maire, M. Pierre Richard, de la Florencière, de constituer à l'endroit de l'ancienne "Bourine" un bureau de vote.

M. Pierre Richard, de la Florencière, maire de la Chapelle-Achard, obtint donc de la Préfecture de constituer à Saint-Mathurin un bureau de vote pour l'élection d'un Conseiller d'Arrondissement. M. de La Bassetière fut élu.
A la Chapelle, on prit comme un coup de grâce l'élection aussi bien que la démarche.

Quelques semaines après, en effet, arrivaient les élections municipales. Comme d'habitude, chaque section présenta six membres. C'était chose entendue de part et d'autre.

Sur ces entrefaites, survinrent certains petits différents entre les notables de Saint-Mathurin et ceux de la Chapelle, et l'avant-veille du scrutin, une nouvelle liste de candidats était formée à Saint-Mathurin. Elle contenait 9 membres de Saint-Mathurin et 3 seulement de la Chapelle. Le lendemain, les auteurs de cette nouvelle liste la distribuaient eux-mêmes à domicile.

Grande colère à la Chapelle, quand on apprit la nouvelle liste, le samedi soir. Le temps manquait. On prit le parti de ne pas voter du tout, dans l'espoir fondé de faire échec à l'élection. Ce fut une nouvelle erreur et un nouveau dessous.

Le Préfet accepta la liste de Saint-Mathurin, et se borna à n'agréer que les 6 premiers membres pour former une Commission communale. Pendant 18 mois, cette Commission administra la commune. A la Chapelle, on ne cessa de dire que ce fut "selon son bon plaisir", mais l'histoire affirme au contraire que ce fut impartialement et en toute justice. Pour en faire foi, il suffit de donner et de connaître les noms honorables de MM. Constant Gautreau, De La Roche-Saint-André et De Guinnebaud - qui en faisaient partie.

L'occasion était unique pour Saint-Mathurin - déjà paroisse - de demander son érection en commune. Il sut la saisir. Au reste, à tout point de vue, et pour la paix, c'était la meilleure solution.

 

St Mathurin église

 

La paroisse de Saint-Mathurin - fondée en 1847 - devint commune en 1873. Par ordre de M. le Préfet, M. Barreau, notaire aux Sables et maire de cette ville, fut nommé Commissaire-enquêteur.

Les propriétaires, fermiers, métayers et tous les habitants de l'ancienne "Bourine" furent appelés à donner leur avis, qui était nettement favorable.

Le Receveur des Contributions directes de La Roche, demandait, avec chiffres à l'appui, au profit de la Chapelle, quelques rectifications dans le tracé paroissial.

Le curé de la Chapelle, M. l'abbé Guilbaud, y alla lui aussi de son rapport, et l'enquête du Commissaire se termina en faveur de la paroisse mère. M. le Sous-Préfet des Sables se rangea au sentiment du Commissaire.

Le Conseil d'arrondissement vota, et à la majorité de 2 voix, l'érection de Saint-Mathurin en commune fut décidée.

On n'en fut pas trop surpris à la Chapelle, où l'on savait les sympathies de M. de La Bassetière, président du Conseil d'arrondissement pour Saint-Mathurin.

Au Conseil général, la solution fut la même, et au Ministère, la question fut vite tranchée dans le même sens, grâce à un député, ami du ministre.

Saint-Mathurin avait enfin gain de cause, et devenait commune. C'était juste et raisonnable. Son premier maire devait être l'homme très serviable et chantre renommé, Monsieur Jean-Marie Barreau.

signature maire de Saint-Mathurin


AD85 - Bulletin paroissial de Saint-Mathurin - 1925