POUJADE DE LADEVÈZE, homme de lettres, avait, avant la révolution, embrassé l'état ecclésiastique ; mais les évènements le firent changer de projet : il s'occupa, dès le commencement des troubles, de la rédaction de divers journaux, tous opposés aux principes révolutionnaires, notamment l'Ami du Roi, dont l'abbé Royou, et M. l'avocat Royou, son frère, étaient les principaux auteurs : il entreprit ensuite le Courrier universel, composé avec les débris d'une autre feuille.

JOURNAL LE VERIDIQUE

 

Le Courrier porta différents titres, et finit par être réuni à une ancienne feuille de la révolution, appelée Journal des débats, qu'avait entreprise le constituant Biauzat, et qui fut continuée par l'imprimeur Baudoin, mais qui ne contenait que le tableau des opérations des diverses assemblées.

De cette réunion, s'est formé, en 1800, le Journal des débats politiques et littéraires, qui, élevé au plus haut degré de prospérité par le professeur Geoffroi, est l'une des plus importantes des feuilles françaises. Cette réunion eut lieu au commencement du consulat de Buonaparte ; et, d'après des arrangements entre les entrepreneurs, on assura à M. Ladevèze une rente, qui cessa de lui être payée quand Buonaparte jugea à propos, en 1810, de s'emparer de la propriété de ce journal pour en gratifier ses serviteurs les plus zélés.

Cette propriété ayant, à la restauration, été rendue à qui elle appartenait, M. Ladevèze a actionné devant les tribunaux les hommes de Buonaparte, et les a sommés de lui restituer ce qui lui revenait sur les produits du journal. Cette affaire a été évoquée au conseil-d'état, qui n'a point encore prononcé.

Dans la séance de la Convention du 19 septembre 1795, Tallien avait provoqué l'arrestation de M. Ladevèze, en l'accusant d'être salarié par le parti royaliste, pour prêcher la guerre civile.

De nouvelles dépositions furent recueillies contre lui, et il fut condamné à mort par contumace, le 22 octobre suivant, pour avoir dit dans son journal, en parlant des membres de la Convention : "Vous prétendez qu'il y a des hommes purs dans son sein ; eh bien ! choisissez-les, et je trouverai encore parmi eux des voleurs, des brigands et des assassins".

Quelques mois après cette catastrophe le système du gouvernement ayant un peu changé sous le directoire, M. Ladevèze vint se constituer prisonnier pour purger sa contumace, et il fut renvoyé absous.

Biographie des hommes vivants ... - ouvrage rédigé par la Société de gens de lettres et de savants - Tome quatrième - juillet 1818