Renée Bordereau et non Bordeau comme elle est appelée par erreur dans l'autographe publié ci-dessous, est bien connue de ceux de nos collègues qui ont étudié l'hisoire des insurrections vendéennes pendant la Révolution et les Cent-Jours.
Elle a laissé des notes éditées à Paris par Michaud en 1814 et réimprimées en 1888 à Niort chez Favre sous ce titre : La Jeanne d'Arc vendéenne. Mémoires de Renée Bordereau dite Langevin, touchant sa vie militaire dans la Vendée, rédigés par elle-même, in-8°, 47 pages.

 

Renée Bordereau dite Langevin

 

La lettre qui suit est adressée au sous-préfet de Bressuire ; c'est un curieux document qui témoigne de l'inquiétude que les excentricités de Renée Bordereau inspiraient au gouvernement de la Restauration.

PRÉFECTURE DES DEUX-SÈVRES
CABINET
Niort le 30 septembre 1818.
Monsieur le Sous-Préfet,

Il paraît que des avis particuliers ont annoncé à S.E. le Ministre de la police générale que la nommée Renée Bordeau, surnommée Langevin, parcourt habituellement le Bocage en habits d'homme et coëffée d'un chapeau d'uniforme.

Quoiqu'il n'existe dans nos lois aucune disposition qui prohibe positivement ces sortes de travestissements, on ne peut se dissimuler qu'ils ne soient généralement contraires à la décence publique, et il entre dans les devoirs de l'Administration de remédier autant qu'il dépend d'elle, à ce que la législation peut avoir de défectueux sous ce rapport. Si donc ce que l'on dit de la femme Langevin n'est pas dénué de fondement, s'il est vrai qu'elle parcourre vos contrées, et qu'il vous soit possible de la mander auprès de vous, je vous invite au nom de S.E. à lui faire sentir que son propre intérêt doit la porter à quitter un costume qui l'expose à des insultes et peut, suivant les circonstances, fournir le prétexte d'attaquer ses intentions aussi bien que ses moeurs.

Je vous prie de ne charger du soin de la rechercher et de la conduire ou de l'inviter à se présenter devant vous que des personnes discrètes. Vous voudrez bien ensuite me faire connoître le résultat.

J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus distinguée, Monsieur le Sous-Préfet,
Votre très humble et très obéissant serviteur,

Pr Mr le Préfet absent et par délégation
Le Conseiller de Préfecture,
PASTUREAU (1)

P.S. - Cette femme a figuré dans la guerre de la Vendée où elle a commis plusieurs atrocités. Son histoire a paru imprimée en 1816, sous le titre L'héroïne vendéenne. Si elle refusoit d'obtempérer à vos invitations ou de suivre vos avis, vous ne négligeriez pas de faire surveiller de près ses démarches, mais toujours avec circonspection. Je crois même qu'il seroit prudent de la faire observer avant qu'elle sût qu'on s'occupe d'elle.
A Monsieur le Sous-Préfet de Bressuire.
Pour copie conforme :
JULES PELLISSON.

(1) Le conseiller de préfecture Pastureau appartenait à une ancienne famille qui a donné des maires à Niort et à Poitiers aux XVIe et XVIIe siècles. Il est question de lui dans le célèbre écrit de Chateaubriand, De la Vendée, qui parut pour la première fois en 1819 dans une revue ultra-royaliste, Le Conservateur.

Extrait : Bulletin de la Société Archéologique, Historique & Artistique. Le Vieux Papier - Tome septième - 1909

Voir également : http://shenandoahdavis.canalblog.com/archives/2013/05/20/27204764.html