Le passage de S.A.R. MADAME dans la Vendée est une époque à jamais mémorable dans les faits historiques, et l'on conservera religieusement dans le pays, le souvenir d'une foule d'anecdotes auxquelles ce voyage a donné lieu.

 

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En voici quelques-unes recueillies par le journal de Bourbon-Vendée :

"Quand S.A.R., en habit d'amazone, parcourait les lignes des Vendéens, l'un de ces vieux serviteurs auxquels elle avait adressé la parole, disait : "Pourquoi notre bonne princesse ne m'a-t-elle pas présenté sa main à baiser ou mille écus ; elle aurait vu, malgré que je sois bien pauvre, que ce n'est point l'intérêt qui nous a fait marcher."

"Qui pourrait rendre la naïve sensibilité d'un bon paysan, qui, les yeux pleins de larmes, entendant S.A.R. dire avec émotion : "Ah ! mes amis, que je suis bien aise de me trouver au milieu de vous. - Et nous donc, ma bonne dame !"

"Les enfants remplaçaient leurs pères ; S.A.R. ayant dit à un jeune homme : "Vous êtes trop jeune pour avoir fait la guerre ? - Oui, mais c'est la carabine de mon père, mort de ses blessures, que je vous présente."

"Derrière cette triple haie de Vendéens armés, les femmes se pressaient pour entrevoir S.A.R. ; les petits enfants s'étaient glissés entre les jambes de leurs pères, ils y étaient à genoux, les mains jointes et les yeux élevés naturellement vers le ciel, pour apercevoir la princesse. Ce tableau enchanteur ferait un sujet bien digne de la lithographie et même de la peinture."

 

"C'est sous la tente même où déjeunait MADAME, duchesse d'Angoulême, au camp des Alouettes, que M. le préfet exprima le voeu qu'une chapelle fut fondée par S.A.R. sur ce beau plateau. "Combien cela coûtera-t-il, demanda-t-elle ? - Cinq mille francs au plus, répliqua le préfet - Et bien, je les donnerai l'année prochaine, car cette année j'ai beaucoup dépensé, et cependant je ne puis rien refuser de ce qui dépend de moi dans la Vendée."

"Après la revue, S.A.R. remonta à cheval, et se dirigea sur Mortagne, accompagnée d'une suite nombreuse. Les plus douces émotions remplissaient l'âme de cette bienfaisante princesse. M. le préfet était auprès d'elle ; elle lui dit : "J'ai beaucoup voyagé ; cela m'a rendu bien pauvre ; cependant je voudrais soulager quelques infortunés de la Vendée. Vingt mille francs sera-ce assez ?" Des larmes d'admiration et de reconnaissance furent la seule réponse du préfet, qui, un instant après, lui dit : "Ah ! MADAME, faites que je ne sorte jamais d'un département où la présence de Votre Altesse Royale me cause tant de bonheur !"

"Tout à tour, pendant cette course rapide, faite à cheval, S.A.R. s'entretint avec les généraux de Sapinaud et du Pérat (tous les deux anciens chefs vendéens, et le dernier commandant aujourd'hui le département). C'était sur le sol même où ils avaient fait la guerre, et où se sont passés tant de mémorables évènements, qu'elle leur demanda des détails sur les fameux combats de Torfou, de Montaigu, des Quatre-Chemins et autres, où la valeur vendéenne avait obtenu des victoires si complètes ; elle saisit cette occasion de combler de bontés ces serviteurs dévoués et fidèles."

"S.A.R. fit aussi appeler auprès d'elle M. de Penhoët, colonel de gendarmerie ; elle lui parla avec intérêt de sa famille et lui prouva qu'elle connaissait ses malheurs comme ses droits aux bontés du Roi. Ce brave colonel sortit tout ému d'un entretien qui l'aidera long-temps à supporter les revers de fortune qu'il vient d'éprouver."

"Le lieutenant-général la Houssaie, se trouvant à Mortagne, où il avait suivi depuis Bourbon S.A.R. Elle lui dit avec surprise : "Vous êtes venu jusqu'ici, général ? - MADAME, répondit le général, je désirais être témoin de la fête des Vendéens. - Ajoutez, M. le général, que c'est aussi la mienne".

Extrait : Le propagateur - Tome premier - 1823