Châtelain 53

 

Claude Gilberge, curé de Châtelain, emprisonné par les révolutionnaires, fut guillotiné à Château-Gontier, le 9 août 1794, à l'âge de soixante-huit ans.

Le nom de Gilberge est inscrit au livre de sang de la Terreur.

 

 

acte naissance Claude Gilbergé

 


Il était né à Bécon (Maine-et-Loire) le 6 avril 1726. Curé de Châtelain, il se distingua par la vertu et la piété. Il se cacha pour éviter la persécution des révolutionnaires. Arrêté le 13 octobre 1792, il fut conduit, avec d'autres prêtres réfractaires, à Laval, puis de là, à Rambouillet.


Un récit inédit, qui figure aux archives de la cure de Ménil, parmi les manuscrits, contient de tristes détails sur cette détention.


C'est le 23 octobre que les patriotes de Laval, effrayés par la nouvelle de l'approche des Vendéens, entassèrent les prêtres détenus, à l'exception de quatorze vieillards infirmes, sur de mauvaises charrettes, pour les mener à Rambouillet. Les malheureuses victimes étaient liées deux à deux, comme des galériens et attachés ensemble avec de grosses cordes. Lorsqu'ils cherchaient à descendre de voiture, les ecclésiastiques étaient frappés de coups de plat de sabre, puis poussés dans les cours des auberges, où ils passaient la nuit, étendus sur le pavé boueux, exposés à toutes les intempéries de la saison, parfois on leur permettait de se réfugier dans les écuries.

 

château de Lassay

 

A Lassay, où ils firent leur première halte, ils couchèrent dans la cour du château : la nuit suivante, ils furent parqués en plein air, à Pré-en-Pail, et l'humidité froide leur glaçait les os. Quant ils voulurent se lever, leurs gardiens les menacèrent de la fusillade s'ils bougeaient et, pendant quelques instants, leurs bourreaux se préparèrent à les massacrer. Ils s'encourageaient les uns les autres à bien mourir et appelaient de tous leurs voeux la fin de leur cruel martyre. Mais le chef de l'escorte n'osa pas prendre sur lui la responsabilité de cette tuerie et le cortège se remit en marche.

Il y avait quarante-huit heures que les prisonniers n'avaient rien mangé. Les personnes charitables qui leur présentaient des aliments étaient brutalement repoussées par les soldats qui les abreuvaient de coups et de grossières injures.

Partout on répandait, sur le passage du sinistre cortège, le bruit que "les calotins avaient été pris brandissant d'une main un crucifix et de l'autre un poignard".

A Chartres, ils restèrent deux jours enfermés dans une église abandonnée et humide. Ils arrivèrent enfin, le 26 novembre, à Rambouillet où la populace les accueillit par d'horribles cris et se rua sur eux pour les égorger. On les jeta dans d'obscures cachots, où ils végétèrent sur la paille, sans soins et sans feu, sans secours, pendant deux hivers. La majeure partie des prisonniers mourut de misère.

Au mois de janvier 1794, les membres du tribunal révolutionnaire de Laval envoyèrent un commissaire réclamer les prêtres détenus à Rambouillet, sans doute pour les guillotiner. Le concierge de la prison, touché de compassion, obtint des membres du comité de Dourdan, dans le ressort duquel était située la maison de détention, de ne pas accéder à la demande du commissaire.

Les prisonniers restèrent à Rambouillet, et, après la mort de Robespierre, ils furent remis en liberté.

 

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Claude Gilberge, moins heureux, fut arrêté sous prétexte d'avoir entretenu des correspondances contre-révolutionnaires avec diverses personnes et notamment avec sa nièce, Renée Gilberge, qui avait été guillotinée le 7 messidor précédent. Il avait alors soixante-huit ans.

Voici le compte-rendu de son procès, daté du 22 thermidor an II (9 août 1794), d'après les archives du greffe du tribunal révolutionnaire de Laval :

"Au nom de la République françoise, la Commission révolutionnaire établie dans le département de la Mayenne a rendu le jugement suivant :

Vu les actes d'accusation et les interrogatoires :

de Claude Gilberge, ci-devant prêtre et curé de la commune de Châtelain, âgé de soixante-huit ans, prévenu d'avoir entretenu une correspondance contre-révolutionnaire ;

de Jean-Baptiste Malécot, ci-devant officier à l'élection de Château-Gontier, âgé de soixante-quatre ans, prévenu d'avoir eu des intelligences avec les contre-révolutionnaires de l'intérieur.

La Commission révolutionnaire déclare :

Claude Gilberge, convaincu d'avoir entretenu une correspondance contre-révolutionnaire, fanatisé les esprits faibles par ses écrits hypocrites et mensongers, excité à la révolte ses ci-devant paroissiens par le récit de plusieurs miracles opérés en faveur des prêtres restés fidèles à leur sainte religion : le tout enfanté par une imagination perfide et cruelle pour grossir les satellites du crime et aiguiser les poignards liberticides.

Jean-Baptiste Malécot, convaincu d'avoir eu des intelligences avec les ennemis du dehors, secondé leurs desseins en partageant les principes ou despotisme, cherché à étouffer dans l'âme des patriotes et surtout dans les temps de crise, le courage et l'énergie du républicanisme, en annonçant l'envahissement prochain au sein même de la France par des armées innombrables, grossi par conséquent les ennemis de l'intérieur et contribué de tout son pouvoir à allumer le flambeau de la guerre civile qui dévaste les départements de l'Ouest.


En conséquence, la Commission révolutionnaire, l'auditoire invité à parler pour ou contre les accusés, ouï l'accusateur public dans ses conclusions, vu la loi du 14 décembre 1792 (vieux stile), dont le président a donné lecture ...

Condamne à la peine de mort Claude Gilberge, prêtre et curé réfractaire et Jean-Baptiste Malécot, ci-devant officier à l'élection de Château-Gontier, atteints et convaincus d'avoir attenté à la souveraineté du peuple et provoqué au retour de la tyrannie, ordonne qu'il seront livrés au vengeur du peuple pour être mis à mort dans les vingt-quatre heures, déclare tous leurs biens acquis et confisqués au profit de la République, conformément à la loi.

Ordonne en outre que le présent jugement sera imprimé, affiché, etc .."

 

signature Claude Gilberge


Claude Gilberge et son compagnon furent guillotinés ensemble. Un jeune homme qui devait être plus tard, à son tour, curé de Châtelain, vit le couteau sinistre s'abattre sur ces deux têtes.

Une plaque commémorative, placée en 1822, dans l'église, perpétue le souvenir du martyre de Claude Gilberge.

 

 

BIBLE ET CHAPELET

 

Extrait : Monographie communale - Châtelain - AD53 - MS80 23/03 - p. 22-23-24