RENÉ-CHARLES LUSSON
VICAIRE A SAINT-GEORGES-DE-MONTAIGU
1794

 

Saint-Georges-de-Montaigu

 

RENÉ-CHARLES LUSSON, fils de René et de Louise Trastour, est né le 10 juillet 1761 à Les Herbiers (85).

acte naissance René-Charles Lusson

 

Au début de la Révolution, on trouve M. Lusson vicaire à Saint-Georges-de-Montaigu sous M. Fouasson, curé de cette paroisse.

signature Fouasson

 

Caractère ardent et plein de foi, le jeune vicaire était peu disposé à accepter les idées nouvelles, et encore moins à prêter le serment schismatique. Les administrateurs du département ne l'ignoraient point. Aussi le vicaire de Saint-Georges fut-il des premiers persécuté. Un arrêté du département de la Vendée, du vendredi 9 mars 1792, ordonnait à un certain nombre de prêtres du diocèse, parmi lesquels "Fousson, ex-curé, et Lusson, ex-vicaire de Saint-Georges", de se rendre au chef-lieu du département pour s'y constituer prisonniers, sous l'inculpation "d'abuser des mystères d'une religion sainte pour égarer les habitants des campagnes et les exciter à la révolte, etc ..." L'arrêté était signé : M. Fayau, pour le vice-président ; Cougnaud, secrétaire général.

M. Fouasson se décida à partir pour l'exil. Son vicaire ne l'imita point et demeura courageusement à son poste, bien décidé à affronter la haine des persécuteurs qui devaient bientôt se transformer en bourreaux. Le jeune prêtre, qui connaissait bien son Bocage, semblait avoir deviné que l'heure de la lutte était proche, que les Vendéens, fidèles à leur Dieu, ne tarderaient pas à se révolter contre les violences auxquelles ils étaient en butte, et il tenait à partager le sort de son troupeau au moment du danger.

A partir du mois de mars 1792 et jusqu'à l'époque du soulèvement, l'abbé Lusson se tint caché dans les environs de Saint-Georges pour échapper aux recherches de l'autorité. Cette campagne, avec ses fourrés, ses buissons et ses bois, était, au reste, très propice pour dissimuler la retraite du prêtre proscrit.

"Lorsque l'insurrection éclata dans le district de Montaigu, écrit M. Henri Bourgeois, et que les paysans, poussés à bout et enfin révoltés contre les oppresseurs de leur conscience et de leur religion, se décidèrent à recourir aux armes, le vicaire de Saint-Georges s'empressa, comme l'abbé Barbotin en Anjou et comme tant d'autres prêtres, de se mettre à la disposition des chefs insurgés et il devint le premier aumônier de l'armée catholique du Centre, où son frère, aubergiste à Saint-Fulgent, figurait en qualité de capitaine de paroisse."

Les aumôniers étaient nécessaires dans les rangs des Vendéens, qui laissaient sans défense, en leur pays, femmes et enfants, pour relever leur courage et les soutenir dans la lutte pro aris et focis. Chaque fois qu'il s'agissait de marcher au combat, tous ces soldats improvisés se mettaient à genoux, offraient à Dieu le sacrifice de leur vie pour la double cause de l'autel et du trône. Un prêtre leur faisait une courte exhortation à la suite de laquelle il donnait une absolution générale, que chacun recevait prosterné avec une grande ferveur. Ils se relevaient ensuite et marchaient d'un pas ferme à l'ennemi.

Pendant la bataille, les aumôniers qui d'abord priaient ardemment et levaient les mains au ciel comme de nouveaux Moïse, couraient bientôt à ceux qui venaient d'être blessés, les soutenaient dans leurs bras, confessaient les mourants et, sous le feu même de l'ennemi, prodiguaient aux uns et aux autres toutes les consolations et tous les secours de la religion.

Le ciel accordait la victoire aux Vendéens, leur premier soin était d'aller rencontrer Dieu dans les églises, si elles étaient proches et si elles n'étaient pas encore souillées par l'ennemi. Si elles étaient encore souillées par l'impiété sacrilège et qu'on n'eût pas le temps de les purifier et de les bénir, les prières et l'action de grâce se faisaient sur le champ même de la victoire, où souvent les prêtres célébraient la messe.

Telles furent uniquement les occupations des prêtres à la guerre, et en particulier celles de l'abbé Lusson. Jamais il ne se trouva dans les rangs des soldats vendéens pour manier un fusil ou une arme quelconque. Plus noble et plus élevé était son rôle devant l'ennemi.

Prêtre courageux et intrépide, M. Lusson était en même temps poète à ses heures et pour les besoins de la cause vendéenne. Il avait trouvé original de composer, sur l'air de la fameuse Marseillaise, une poésie en patois du pays qu'on lira à la fin de cette notice.

Cette parodie de la Marseillaise, connue sous le nom de Marseillaise vendéenne, eut vite un grand succès parmi les insurgés et elle contribua même, si l'on en croit les rapports officiels publiés par M. Chassin, à la victoire des Vendéens au Pont-Charrault, le 19 mars 1793. Ce jour-là, en effet, le général de Marcé, parti de Chantonnay pour Saint-Fulgent, à son arrivée à Pont-Charrault, se trouva en présence d'une troupe armée qu'il crut reconnaître à distance pour une colonne d'insurgés et il se disposait à l'attaquer. Mais, entendant l'air de la Marseillaise chantée dans le lointain, le représentant du peuple Niou, qui l'accompagnait, s'opposa à l'attaque. Il prenait les Vendéens pour un détachement de la garde nationale de Nantes venue à leur secours. Les Vendéens, voyant l'hésitation de leurs ennemis, prirent leurs positions et attaquèrent subitement les républicains, qui furent battus et prirent la fuite jusqu'à Sainte-Hermine.

L'abbé Lusson ne connut sans doute jamais ce fait d'armes dont il fut la cause indirecte, car alors il continuait d'exercer ses fonctions d'aumônier dans les rangs de l'armée catholique à Noirmoutier, d'où il ne devait pas revenir. Il se trouvait dans cette île, avec d'Elbée, lors de la prise de Noirmoutier par les républicains. C'était une victime désignée d'avance aux balles ennemies.

On sait qu'avec lui se trouvaient alors dans l'île un certain nombre de prêtres âgés ou infirmes, venus là pour y trouver un peu de paix et de repos.

Tous ces ecclésiastiques connaissaient l'acharnement des Bleus contre l'habit qu'ils portaient. Aussi n'implorèrent-ils point la pitié de leurs chefs et se préparèrent-ils à mourir dès qu'ils furent saisis.

En parlant des exécutions sanglantes qui suivirent leur victoire, Bourbotte et Tureau écrivaient au Comité de salut public, le 8 janvier 1794 : "Après avoir fait cerner cette île par les bâtiments de notre petite flotte, nous la fouillâmes d'un bout à l'autre, et cette battue fit sortir des bois, des souterrains même, un déluge de prêtres, de femmes et d'émigrés. Nous avons créé à l'instant une commission militaire pour juger tous ces scélérats ; nous les avons fait conduire au pied de l'arbre de la Liberté ..."

 

Noirmoutier château

 

Ce "déluge de prêtres" se bornait à dix-sept. Mais c'était déjà trop. Ils arrosèrent de leur sang un grand peuplier, transplanté du bois de la Blanche sur la grande place, sous le nom d'arbre de la Liberté, et moururent avec cette résignation et cette fermeté dont la religion pénètre ses martyrs. Dugast-Matifeux rapporte que tous ces prêtres, plus ou moins blessés par les soldats Bleus, quelques-uns même agonisants, furent enfermés pendant trois jours et trois nuits avant d'être fusillés, privés de soins et de nourriture.

Quant à M. Lusson, la tradition rapporte qu'il reçut la mort en face du château, au coin de la rue du Grand-Four, le long du mur de la maison qui a appartenu depuis à Mme veuve Merland.

 

signature Lusson

 

 

Voici la Marseillaise Vendéenne telle qu'elle a été publiée par M. Dugast-Matifeux dans le Phare de la Loire du 12 avril 1892, et reproduite par M. Henri Bourgeois (Vendée Hist, 1897)


1
Allons, armées catholiques,
Le jour de gloère est arrivé.
Contre nous de la République
L'étendard sanglant est levé (bis)
Ontondez-vous dans tchiés campagnes
Les cris impurs d'aux scélérats ?
Le venant duchque dans vous bras
Prendre vous feilles et vous femmes !
Refrain
Aux armes ! Poitevins, formez vous bataillons !
Marchons, marchons !
Le sang daux Blieux rougira vos seillons !
2
Quoé ! daux infâmes hérétiques
Feriant la loé dans nous foyers !
Quoé ! daux muscadins de boutique
Nous écraseriant sô lus pieds ! (bis)
Et le Rodrique abominable,
Infâme suppôt dau démon,
S'installerait en la maison
De noutre Jésus adorable !
3
Tremblez, pervers, et vous, timides,
La bourrée daux deux partis !
Tremblez ! Vous intrigues perfides
Vont enfin recevoir lus prix (bis)
Tot est levé pre ve cambattre,
De Saint-Jean-de-Monts à Biaupréau,
D'Angers à la ville d'Ainvault,
Nous gâs ne velant que se battre !
4
Chrétiens, vrais fails de l'Église,
Séparez de vous ennemis
La faiblesse à la paour soumise
Que voirez en pays conquis, (bis)
Mais thiés citoyens sanguinaires,
Mais les adhérents de Camus,
Tchiés prêtres jureux et intrus,
Cause de totes nos misères !
5
O sainte Vierge Marie,
Coudis, soutins nos bras vengeurs.
Contre ine sequelle ennemie,
Combats avec tes zélateurs. (bis)
A vous étendards la victoire
Est premise de tchiau moument :
Que le régicide expirant
Voie ton triomphe et noutre gloère

Extrait : Le Clergé Vendéen, victime de la Révolution Française - par l'Abbé Armand Baraud - 1904