P. SERRES
MISSIONNAIRE A SAINT-LAURENT-SUR-SÈVRE
1794 

Exécution P


Le 31 janvier, rapportent les Chroniques paroissiales, J.-Pierre Boucret, commandant la troisième division de l'armée infernale de Turreau, faisait son entrée à Saint-Laurent.

Dès le soir de son arrivée, il écrit au général en chef : "Je suis arrivé à cinq heures. Saint-Laurent étant assez considéré, il me faudrait au moins deux jours pour purger ce pays. Je ferai comme à Maulévrier, je brûlerai tout avant de partir". Et le 2 février, dans sa correspondance datée de la Verrie, on lit : "Je me suis dépêché de brûler tout Saint-Laurent."

Malheureusement l'incendie ne suffit pas à marquer les traces de son passage : le pillage et les massacres.

La maison des Missionnaires, convertie en hôpital pour les soldats blessés des deux partis, comme la Sagesse, reçut plus d'une fois la visite des soldats de Boucret. Le R. P. Supiot, supérieur général, surpris un jour par leur arrivée subite, n'eut que le temps de se blottir dans un coin. Comme il faisait un peu sombre, ceux-ci le prirent pour un tas de fumier déposé dans la cour et passèrent leur chemin.

Mais le P. Serres, se trouvant dans le bourg, fut rencontré par ces hommes féroces qui, insensibles au dévouement avec lequel il soignait leurs blessés, le fusillèrent sans pitié. Un jeune soldat, qui le connaissait et l'aimait, se jeta à ses pieds avant l'exécution.

 

Plusieurs frères du Saint-Esprit, eurent le même sort. "Quatre d'entre eux furent arrêtés dans le bourg et eurent la gloire de verser leur sang pour la religion dans ces jours : le Frère Boucher, né à Saint-Laurent, âgé de soixante ans, qui travaillait au jardin ; le Frère Olivier, un breton, âgé de trente ans ; le Frère Jean, du même âge, et le Frère Antoine. Le Frère Olivier était grand et robuste. Les républicains cherchèrent à l'entraîner dans leur parti. "Celui-là, disaient-ils, nous fera un beau soldat". Mais comme le bon Frère rejetait cette proposition avec horreur et mépris, ils l'empalèrent, épouvantable supplice, pour le faire souffrir davantage.

Le Frère Antoine, emmené à Cholet, fut fusillé. Deux autres Frères devinrent aussi les victimes de la Révolution, mais nous ne savons dans quelles circonstances.

La maison des Missionnaires du Saint-Esprit fut heureusement préservée, par une protection naturellement inexplicable, des incendies que les républicains allumèrent à diverses reprises et dont elle garda longtemps les traces. (Les républicains dans leur rage massacrèrent aussi les blessés royalistes de l'hôpital).

Extrait : Le Clergé Vendéen, victime de la Révolution Française - par l'Abbé A. Baraud - 1904