LA CROPTE VUE

 

Les habitants du bourg de la Cropte entraînés par M. Enjubault (Mathurin-Etienne), notaire, adoptèrent avec ardeur les idées nouvelles et devinrent, selon une expression du temps, "d'enragés patriotes", tandis que la plupart de ceux de la campagne restèrent attachés à leurs opinions politiques et religieuses.

M. Enjubault habitait la Maison-Neuve-de-Beauvais. D'abord membre de l'Assemblée législative, il fut ensuite élu représentant du peuple à la Convention (1792). Il fit partie de la Plaine.

En 1791, la paroisse avait pour curé l'abbé Bigot, docteur en théologie. Très lié d'abord avec Enjubault, l'abbé Bigot n'en refusa pas moins le serment constitutionnel et dû s'enfuir. Après avoir fait une très courte apparition dans sa famille au Bourgneuf-la-Forest, il se rendit en compagnie de son frère à l'armée de Condé. Jusqu'à la rentrée en France des prêtres réfractaires, il vécut en Allemagne en donnant des leçons de français. En 1803, il redevint curé de La Cropte, où il exerça son ministère jusqu'en 1821, année de sa mort (le 7 août).

 

signature Bigot

Décès Louis Bigot La Cropte

 

L'ABBÉ LE ROYER

L'abbé Le Royer, prêtre assermenté succéda à l'abbé Bigot en septembre 1791. Le 2 novembre 1792, il céda la tenue du registre de l'État-Civil à la municipalité ...

L'abbé Le Royer était un ardent patriote.

Trois fois, les Chouans passèrent par le bourg de La Cropte pour aller attaquer Ballée. Cette localité était alors comme le boulevard du républicanisme dans cette partie de la région. On y avait mis une garnison, qui, aidée de la garde nationale et des patriotes réfugiés, sut repousser toutes les attaques des Chouans.

Plusieurs fois, les patriotes de la Cropte, l'abbé Le Royer y compris, durent se mettre en sûreté à Ballée, qui n'est distant que de 7 kilomètres.

Les Chouans avaient voué à l'abbé Le Royer, qu'ils appelaient "l'intrus", une haine mortelle. La dernière fois qu'ils passèrent par La Cropte (probablement en 1798), irrités de ne pouvoir mettre la main sur lui, ils incendièrent l'église, dont toute la nef fut consumée. Poursuivant leur oeuvre de destruction, ils se rendirent au presbytère où ils brûlèrent aussi la grange Dimeresse qui était "grande et belle" et plusieurs hangars ; puis réunissant tout ce qu'ils purent trouver des vêtements du curé assermenté, ils les enfermèrent dans une armoire à laquelle ils mirent le feu.

Après le départ des Chouans, quelques voisins pénétrèrent dans le presbytère pour voir dans quel état les incendiaires l'avaient laissé. Déjà le feu se communiquait à une poutre, immédiatement et arrêta cet incendie qui, dans la pensée des royalistes, devait faire aussi du presbytère un monceau de ruines.

L'abbé Le Royer n'ayant plus d'église quitta définitivement La Cropte pour Ballée. On ne sait ce qu'il devint depuis.

 

signature Le Royer

 

L'ABBÉ BACHELIER

On montre encore à la Grange-Coyère l'endroit où un prêtre réfractaire, l'abbé Bachelier, se cacha à plusieurs reprises. Avant 1791, il était titulaire d'un bénéfice dans la paroisse de Chemeré-le-Roi. Pour se soustraire aux recherches dont il était l'objet, il se réfugiait tantôt sur une commune, tantôt sur une autre, ne quittant chaque cachette que lorsqu'il ne s'y croyait plus en sûreté.

Il sut ainsi, pendant plusieurs années, échapper à toutes les poursuites. Mais le dimanche 26 avril 1795, au moment où il allait célébrer la messe à la ferme de la Grande Guyonnière en Chemeré-le-Roi, il fut arrêté par un détachement de soldats et de gardes nationaux de Ballée, qu'une dénonciation avait mis sur ses traces. En même temps, furent arrêtés le fermier, nommé Leduc et son fils aîné, âgé de 16 ans. Les soldats résolurent de conduire leurs prisonniers à Laval et se mirent avec eux en route pour cette ville.

Arrivé au bourg de La Cropte, le détachement s'arrêta pour dîner et enferma l'abbé Bachelier et ses deux compagnons dans un toit à porcs. Après leur repas arrosé, paraît-il, de copieuses libations, les soldats retirèrent leurs captifs du toit à porcs et reprirent le chemin de Laval. Mais il n'avait pas quitté le territoire de la commune qu'ils s'arrêtèrent à nouveau. Craignant que leurs prisonniers ne fussent graciés par le tribunal de Laval, ils se jetèrent sur eux, les percèrent à coups de baïonnettes, les dépouillèrent complètement, puis, les laissant sur le terrain, retournèrent à Ballée.

L'abbé Bachelier et Leduc père étaient morts ; mais le jeune Leduc respirait encore. Revenu à lui après le départ de ses meurtriers, il se traîna péniblement jusqu'à la ferme la plus proche dont les habitants, émus de pitié, le recueillirent, lui donnèrent généreusement les soins que réclamait son état et le tinrent caché jusqu'à sa complète guérison. Mais la commotion morale éprouvée par le jeune homme avait été telle, que pendant de longs mois, il resta dans un état complet de prostration et que sa raison, en fut profondément altérée pendant plusieurs années.

Quant aux cadavres de l'abbé Bachelier et de Leduc père, ils furent inhumés la nuit suivante dans le cimetière de Saint-Denis-du-Maine. On dit que plus de cinq cents Chouans assistèrent à cette sépulture.

 

 

La Cropte carte

 

 

Extrait : Monographie communale - La Cropte - AD53 - MS80 07/08 - p. 15-16