Depuis son 1er Abbé : Jean de Calencio, jusqu'à son dernier : Dom Pérignon en 1791, Boschaud connaît toutes les vicissitudes de l'Histoire : les révoltes, les pillages et brigandages, puis les rivalités de la Guerre de Cent Ans, la Commende qui s'installe au XVIe siècle, puis les Guerres de Religion qui détruisent l'église abbatiale et, point final, la Révolution qui saisit Boschaud comme Bien national pour le revendre à un certain Ménesplier.

Enfin au XIXe siècle, M. de Verneilh redécouvre Boschaud envahie de végétation ; il fallut un siècle encore pour que l'État français s'y intéresse, en devienne propriétaire, la classe Monument Historique et se charge de sa restauration.

Par convention en date du 6 juillet 2007, l'État a cédé Boschaud à la commune de Villars qui en est ainsi devenue propriétaire.

Son architecture est passionnante, associant les grands principes cisterciens à un style typique du Périgord (construction savante à file de coupoles sur pendentifs).

Aucun endroit n'est plus romantique que ces ruines cisterciennes, jugées uniques par les spécialistes. Pleines de mystères, elles n'ont pas livré tous leurs secrets ! (Informations trouvées sur place)

 

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ABBAYE DE BOSCHAUD


Il y a peu de localités plus ignorées que Boschaud ; ce n'est pas même une paroisse. Les mines de l'abbaye et le petit village qui les entoure dépendent de la commune de Villars, arrondissement de Nontron.

A l'époque de la fondation de Boschaud, qui remonte au milieu du XIIe siècle, il n'y avait guère plus pour les nouveaux monastères de sites riants et de riches vallées. Une forêt à défricher leur suffisait, aussi ingrat que fût le sol, aussi sauvage que parût la contrée, tant l'ordre de Cîteaux avait d'ardeur pour le travail agricole. De la plaine de Champagnac ou de Brantôme aux plateaux supérieurs du Limousin, entre la Dronne et son affluent le Trincou, s'étend sur une longueur de six à sept lieues;, un faîte boisé dont Peyrouse, autre abbaye du même ordre et du même temps, occupe l'extrémité. Boschaud s'y trouve caché, et les voyageurs qui vont de Quinsac à Villars passent tout auprès sans se douter de son existence. Malgré l'élévation du lieu, malgré l'importance des ruines, elles ne sont en vue d'aucun côté, parce qu'elles sont placées au fond d'un petit bassin dominé de toutes parts. De là le nom latin de l'abbaye de Bosco-Cavo ou du Bois-Creux. Aujourd'hui encore, des landes stériles et de maigres taillis environnent partout les défrichements des premiers moines de Boschaud.


"L'estat de l'église du Périgord" donne des détails interessants sur la fondation de Boschaud. "Nous apprenons", dit le père Dupuy, page 53, "par la table imprimée au pied de saint Bernard, à la dernière impression, comme dès son vivant et l'an 1153, l'abbaye de Petrosa de Peyrouse fût fondée le 29 mars et se trouve la 69e en rang de l'ordre de Clervaux, qui est la troisième fille de Cîteaux. C'est merveille de l'autorité que ce sainct patriarche avoit acquis dans ce peu de temps depuis sa réformation dans la chrestienté pour l'establissement de son ordre, pour lequel tous contribuoient par une saincte oemulation. L'abbaye de Peyrouse dans peu fût splendide en grands revenus desquels elle dota l'abbaye de Boschaud (de Bosco-Cavo), qui reçut pour son establissement une partie de ses revenus de sa libéralité. Mais le sacré trésor du corps d'un sainct martyr estoit le plus riche gage de l'abbaye de Boschaud, lequel on voit encore aujourd'hui dans les ruines déplorables de cet ancien édifice, sous le grand autel, sans qu'on sache son nom. Ce grand ami de Dieu, S. Bernard, mourût la mesme année de la fondation de Peyrouse, le vingtième d'août, etc."


Quoique Boschaud soit une succursale de l'abbaye de Peyrouse, dont elle a reçu le trop plein, elle n'en a pas moins porté jusqu'à la révolution le nom et le titre d'abbaye, comme les autres monastères cisterciens. Elle n'était point d'ailleurs à comparer, pour la grandeur de l'église et des bâtiments claustraux, à Cadouin, ni surtout à Saint-Amand de Coly, qui a compté, dit-on, jusqu'à quatre cents moines.

 

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Ces abbayes cisterciennes du Périgord, qui se sont conservées intactes ne sont point des églises à coupoles, quoiqu'elles en aient une à pendentifs byzantins au point d'intersection de la nef principale et des transepts. Cela s'explique par leur date, relativement récente, et mieux encore par leur origine, qui les rend moins provinciales que les autres. La forte discipline des Bernardins, la centralisation qui caractérise leur ordre, avait souvent pour effet de les soustraire, jusqu'à un certain point, aux influences locales.


Nos abbayes de Cîteaux ne sont pas non plus conformes au type si nettement défini par M. le comte de Montalembert. Elles sont bien cisterciennes par la simplicité, par le puritanisme de leur architecture ; mais elles n'ont point un "chevet carré avec quatre chapelles sur le transept" (Bull. Mon., XVIIe vol, p. 130) Cette forme originale, que les disciples de saint Bernard finirent en effet par adopter, ne se rencontre guère dans notre pays que dans des abbayes indépendantes à l'ordre de Cîteaux, à la Règle (le séminaire de Limoges) et à la Couronne, près Angoulême. La Règle, cette grande et célèbre abbaye de femmes, remonte à Pépin le Bref par sa fondation ; mais, par sa construction, elle paraîtrait du XIIe siècle et de la seconde moitié plutôt que de la première. Pour la Couronne, elle est de 1171 à 1201. De ces deux édifices, l'un est entièrement détruit, mais on en possède le plan ; l'autre est seulement ruiné et présente des restes magnifiques dans le premier style ogival. - Aux trois exceptions signalées par l'illustre historien de l'ordre de Saint Bernard, il faut positivement ajouter ces deux-là ; mais elles sont aussi motivées "par le désir d'éviter la décoration et la construction difficile des absides ordinaires", et pourraient, d'après leur date, passer pour des imitations d'églises cisterciennes.

 

PLAN


Donc, l'abbaye de Boschaud, qui offre une série de coupoles, est doublement exceptionnelle. - Il y a une coupole très-bien conservée à l'intersection des transepts ; une autre, sur la première travée de la nef, à laquelle il manque un de ses piliers du côté méridional, et dont la calotte reste néanmoins suspendue de la manière la plus pittoresque (on y lit à grande peine quelques mots d'une inscription de dédicace, tracée à l'encre rouge en lettres cursives). Au pilier correspondant du côté nord, on reconnaît les retombées et les arrachements d'une troisième coupole. Enfin, par l'étendue des substructions, on se convainc qu'il y en avait quatre en tout. Mais les deux dernières sont détruites dès le temps des protestants, comme le dit Dupuy et comme l'attestent de mesquines réparations du XVIIe siècle.


Ces coupoles de Boschaud sont remarquablement petites ; l'espacement des piliers n'est que de 5 m 25 ; encore y a-t-il, dans leur partie supérieure, des encorbellements pour soutenir les arcs-doubleaux. Le plus grand écartement des murs est de 6 m 60 seulement, et le diamètre de la coupole n'atteint pas 6 m, malgré l'existence d'une retraite destinée à faciliter la pose de cintres. L'unique coupole de l'église voisine de Saint-Jean de Cole est plus grande à elle seule que toute l'abbaye de Boschaud, y compris ses transepts et ses absides.

 

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La coupole qui s'élève en avant du choeur, à Boschaud, est surmontée non pas d'un clocher, - ils étaient interdits par les statuts cisterciens, - mais d'un massif carré supportant un toit comme à Cadouin, tout juste ce qu'il fallait pour loger des cloches. Vers l'orient, il y a un oeil-de-boeuf éclairant l'intérieur de la coupole, qui appartient certainement à la construction primitive, puisque les jets d'eau du toit de l'abside se redressent carrément pour l'encadrer. M. l'abbé Michon a observé des oeils-de-boeuf de ce genre dans plusieurs petites églises de son diocèse, et ce n'est pas le seul rapport qu'ait Boschaud avec les monuments à coupoles de l'Angoumois. Par ses transepts voûtés en berceau, par les coupoles multipliées dans la nef, par sa triple abside, cette abbaye se rapproche des édifices byzantins situés hors du Périgord, et en particulier de ceux des environs de Cognac, beaucoup plus que des nôtres ...

 

OEIL DE BOEUF

 

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La construction de l'église de Boschaud est excellente et n'admet que des pierres de taille d'appareil moyen et régulier, même pour les murs de remplissage et pour la calotte des coupoles. Ce qu'elle offre de plus singulier, c'est la retombée des arcs-doubleaux qui fortifient chaque grand arc transversal. Régulièrement, il aurait fallu, pour les supporter, des pilastres en avant des piliers ; mais, comme la nef était déjà trop étroite, on les a arrêtés à la cinquième assise au-dessous des chapiteaux ou du tailloir qui en tient lieu. Dans nombre d'églises, cet arrangement résulte d'une restauration ; mais, à Boschaud, les encorbellements sont nécessairement anciens et leurs moulures se montrent identiques sur d'autres points de l'édifice. On comprendra qu'il fallait, sur le plan, indiquer par des lignes ponctuées les arcs-doubleaux, en omettant leurs supports. - Il n'y a de pilastres qu'à l'entrée du choeur. On avait commencé par l'abside ; mais après l'avoir élevée à cinq mètres de hauteur, on modifia la disposition projetée pour les grands arcs, et l'on déplaça légèrement le pilastre, qui repose en partie sur un encorbellement.

gravure 1851

 


La décoration a toute la simplicité voulue. Les tailloirs sont arrondis et modernes de profil, mais sans moulures. Il n'y a d'arcatures qu'à l'extérieur de l'abside principale ; et de colonnes, qu'à la fenêtre centrale de cette abside ; encore n'ont-elles pas de chapiteau sculpté. Les piscines, dont chaque abside est pourvue, ont aussi des colonnettes sans sculptures. Les seuls modillons du transept nord sont historiés, mais avec tant de maladresse et d'inexpérience, que le constructeur n'a pas eu grand mérite à renoncer aux sculptures. Pour l'architecture proprement dite, il était plus habile. Le plan est incontestablement bien tracé. La hauteur relative des piliers, l'ogive aiguë des grands arcs, les grandes arcades feintes qui accompagnent intérieurement et extérieurement chaque travée, enfin les encorbellements des piliers, donnent à l'ensemble une certaine élégance pittoresque. - On en jugera par la gravure que nous devons au concours fraternel de M. Jules de Verneilh, et qui représente les ruines de Boschaud dans leur état actuel, avec leurs coupoles éventrées et leurs murailles couvertes de lierre. A gauche du dessin, c'est-à-dire au sud-ouest, sont les bâtiments claustraux percés d'une série d'ogives romanes. Le cloître se trouvait là. On remarque dans le mur les trous des poutres, et au-dessus les lancettes étroites du dortoir. A l'opposé, vers le sud-est, régnait une autre cour, mais sans galeries intérieures, et c'était toute l'abbaye.

 

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Il ne subsiste point d'autels anciens dans l'église ; mais, au-dessus de celui de l'abside principale, on avait incrusté dans la muraille un simulacre de tombeau, creusé en auge, et orné d'une petite arcature à ogives trilobées. Il était évidemment destiné à contenir les reliques du martyr inconnu dont parle le père Dupuy. Cette sorte de retable, qui date de la fin du XIIIe siècle, a survécu à l'enlèvement de l'autel. - Un tombeau du même temps a été conservé, mais relevé contre la muraille. C'est une dalle, sculptée d'un grand écusson losangé et d'autres ornements, parmi lesquels quelques écussons beaucoup plus petits ; le tout un peu en relief, et rappelant de loin les dalles tumulaires du nord de la France.


Extrait : L'architecture byzantine en France : Saint-Front de Périgueux et les églises à coupoles de l'Aquitaine - par M. Félix de Verneilh - 1851

 

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CARTE POSTALE 4

CARTE POSTALE 3