FRANÇOIS-MARIE-GUILLAUME LEGENDRE naquit le 1er novembre 1766 à Cormeray (dans le canton de Pontorson).


Voici ce que dit de lui, dans sa monographie de Reffuveille l'abbé Masselin, qui fut curé de cette paroisse :

"Le sieur Charles Moulin (curé intrus) était resté seul à Reffuveille jusqu'au mois d'avril 1792. A cette époque on lui donna un vicaire, et ce vicaire fut François-Marie-Guillaume Legendre, dont il est nécessaire de parler un peu.

Né à (Cormeray), François-Guillaume Legendre avait fait une partie de ses études, puis avait embrassé la carrière militaire. Libéré du service et de retour dans sa famille au commencement de l'année 1792, il songea à se faire prêtre, et la facilité avec laquelle M. Bécherel admettait aux ordres tous ceux qui se présentaient, l'engagea à mettre son projet à exécution.

Il se présenta à M. l'Évêque de la Manche, et reçut de lui la tonsure et les ordres mineurs le 2 mars 1792, le sous-diaconat le lendemain, le diaconat le 24 mars et la prêtrise le 7 avril. Les lois de l'Église ne permettent pas des ordinations si rapides ; il faut, en pareil cas, que le Pape accorda lui-même ces dispenses, comme cela est noté dans le registre de ses Ordinations. (On appelait ces ordinations les fournées de Bécherel.)

Dès qu'il fut prêtre, M. Legendre fut élu vicaire de Reffuveille et y arriva vers la mi-avril 1792. Son premier acte est du 23 avril. Il avait alors 28 ans. C'était aussi l'âge de son curé, dont il se montra le digne émule.

 

 

SIGNATURE LEGENDRE

 

 

 

Tous deux s'entendirent à merveille et remplacèrent le chant des cantiques ordinaires de l'Église par celui de la Marseillaise. Tous deux étaient ardents patriotes ; il y avait cependant cette différence que le sieur Legendre ne se montra jamais persécuteur ; il empêcha même son curé de continuer à user des moyens violents dont il s'était servi jusque-là pour faire assister les fidèles à ses offices. Par suite, quoique sa conduite n'eût rien de sacerdotal et ne lui conciliât l'estime de personne, il jouit cependant d'une certaine popularité.

Mais son séjour à Reffuveille ne fut que d'une année. Au commencement de 1793, lorsque le décadi eut remplacé le dimanche, M. Legendre, ennuyé du rôle qu'il jouait depuis un an, se souvint de son ancien métier et résolut de le reprendre. Il se rendit à l'église, un jour que les patriotes y célébraient le décadi, monta dans la chaire et adressa aux assistants ces paroles qui ont été conservées textuellement :

"Citoyens de Reffuveille, vous pouvez regarder ce que je vous ai dit jusqu'à ce jour comme de la poudre de niais. Je veux maintenant un autre rôle ; je vais consacrer ce qui me reste de force et de courage à la défense de la patrie en danger. Venez, braves jeunes gens qui m'écoutez, venez vous ranger avec moi sous les drapeaux de notre bonne République, et, en signe de notre dévouement, crions ensemble : Vive ! Vive la République !"

Cette harangue eut un bon effet et rendit un grand service à la paroisse de Reffuveille, car elle détermina dix ou douze jeunes gens, des plus turbulents et des plus exaltés, à partir avec lui.

Voilà une page de la vie du général Legendre qui, probablement, n'est guère connue.

Assez triste prêtre, l'ex-abbé Legendre fut très bon soldat, passa par tous les grades et devint le général Legendre. Il fut créé baron de l'Empire, par lettres patentes du 27 novembre 1808.

Il mourut à Saint-Germain-en-Laye, le 24 avril 1828.

 

 

SIGNATURE LEGENDRE BARON

 

 

M. F.-M.-G. Legendre, baron d'Harvesse, commandeur de l'Ordre royal de la Légion d'Honneur, chevalier de l'Ordre royal militaire de Saint-Louis, maréchal de camp, veuf en premières noces de Thérèse-Jeanne Fouque, et époux en deuxièmes de dame Jeanne Pariès.

On ne lui connaît pas de postérité.

Revue de l'Avranchin - Tome XIII - Année 1906

 

acte décès Legendre d'Harvesse

 


LE GÉNÉRAL BARON LEGENDRE D'HARVESSE

François-Marie-Guillaume Legendre, était né à Cormeray, au canton de Pontorson, le 1er novembre 1766. Son père, nommé également François, remplit plus tard dans cette commune les fonctions d'agent municipal. Sa mère s'appelait Étienne-Jeanne Cadrat. L'un et l'autre devaient appartenir à des familles très modestes, car une soeur du général, que nous croyons avoir été unique, et qui est morte à Cormeray, en 1847 ou 1848, avait épousé deux forgerons.


A peine âgé de 21 ans, François Legendre s'enrôla dans le régiment de Forez, le 1er septembre 1787 ; il y fut nommé caporal, le 8 janvier 1790 et fourrier, le 10 juin suivant. Embarqué à Brest pour l'expédition d'Amérique, le 1er février 1791, il revint bientôt en France et toucha terre à Cherbourg, le 10 juin, puis quitta l'armée le 1er décembre de la même année.


Legendre entra alors au séminaire, se fit ordonner prêtre et fut nommé vicaire de la paroisse de Reffuveille.

 

Reffuveille

 


Mais quand les frontières furent envahies par l'étranger et lorsque se fit entendre l'appel général aux armes, il abandonna aussitôt son village et reprit spontanément le service militaire, en s'enrôlant, le 10 juin 1793, comme soldat dans le 10e bataillon des volontaires de la Manche, composé de 1.200 hommes, pris presqu'exclusivement dans les deux districts d'Avranches et de Mortain.


Élu capitaine, puis chef de bataillon par ses camarades, à Mortain même, où eurent lieu les scrutins, les 5 et 19 septembre suivants, il contribua grandement à l'organisation de cette légion, qui fut incorporée au Havre, dans la 28e demi-brigade, transformée en demi-brigade et enfin dénommée le 40e régiment de ligne. Sous ses ordres, il compta entre autres, parmi ses officiers, Théodore Millet et Charles Duval.


Presqu'aussitôt après, le bataillon de Legendre fut envoyé en Vendée et en Bretagne, où il resta un certain temps, et où il fit les campagnes de 1793 et des ans 2, 3 et 4.


Passé en Italie, le commandant se distingua le 26 nivôse an 5, au combat d'Anghiari. Attaqué par une forte colonne ennemie, commandée par le général Provera, il soutint le choc avec son seul bataillon, repoussa les Autrichiens, et les culbuta avec tant de vigueur qu'il mit le désordre dans leurs rangs, fit 2.400 prisonniers de leur arrière-garde et leur enleva plusieurs pièces de canon.


Envoyé de nouveau en Vendée, avec l'armée des côtes de l'Océan, pendant les ans 6 et 7, Legendre revint ensuite à l'armée d'Italie et fit avec elle les guerres de l'an 8 et de l'an 9. Nommé chef de brigade sur le champ de bataille le 8 prairial an 8, dans le 40e de ligne, il se trouva le 25 du même mois, à la mémorable journée de Marengo.


Nous voulons rappeler ici dans quels termes les généraux Gardanne, Victor, Bisson et Ferrey rendirent compte de sa conduite dans cette circonstance.

"Placé avec sa demi-brigade en avant du village de Marengo, le chef de brigade Legendre s'opposa, depuis 8 heures du matin jusqu'à 5 heures du soir, à tous les efforts de l'ennemi, qui voulait pénétrer dans la plaine. Il reçut plusieurs charges de cavalerie à portée de pistolet, en faisant cesser les feux pour ménager ses munitions et exécuta toutes les manoeuvres avec autant de précision et de sang-froid que s'il eut été à un exercice de parade."


Le 4 nivôse an 9, au passage du Mincio, vers Pozzolo, Legendre fut pendant toute la journée aux prises avec l'ennemi : il fit faire à sa demi-brigade des prodiges de valeur, en sachant à propos ordonner la charge où la retraite, et il donna alors la plus haute idée de ses talents militaires par la manière dont il tira parti des troupes placées sous son commandement.


Rentré en France après la paix générale, il alla tenir garnison à Brest en l'an 11, puis fit partie du camp de Saint-Omer pendant les ans 12 et 13.


Membre de la Légion-d'Honneur le 19 frimaire an 12, il en devint officier le 25 prairial suivant, et fut nommé électeur du département de la Manche.


Il fit ensuite les campagnes de l'an 14, dans la division Suchet, au 5e corps de la Grande-Armée et fut nommé général de brigade, par décret du 3 nivôse, en récompense de sa brillante conduite à Austerlitz, quelques jours auparavant. Il continua de servir à la Grande-Armée pendant les guerres de 1806 et de 1807, en Prusse, et en Pologne, et après le traité de Tilsitt, il fut nommé chef d'état-major du 2e corps de la Gironde par décret du 9 novembre 1807, pour servir sous les ordres du général Dupont, le frère de Mgr Dupont-Poursat, évêque de Coutances.


Créé baron de l'Empire, le 19 mars 1808, Legendre se trouva compris dans la funeste capitulation de Baylen, le 22 juillet suivant. Disgracié pour cette faute grave, le général fut admis d'office à la retraite, par décret du 9 février 1809, et il resta éloigné du service jusqu'au 6 août 1814, époque à laquelle il fut remis en activité pour être employé à l'armée d'Italie.


La Restauration le rendit à ses fonctions.


Le général Dupont, son ancien chef, ayant été alors nommé par le gouvernement provisoire, commissaire du département de la guerre, appela auprès de lui le général Legendre, auquel il confia l'emploi de secrétaire-général du ministère de la guerre, par décision du 5 avril 1814, et il fut rétabli dans son grade par ordonnance du 23 du même mois, rendue par Monsieur, comte d'Artois, lieutenant général du royaume. Le 8 juillet suivant, Louis XVIII le créa chevalier de Saint-Louis et lui accorda, le 23 août, le titre de commandeur de la Légion-d'Honneur.


Lorsque le général Dupont, après avoir quitté le ministère fut appelé au gouvernement de la 22e division militaire, le général Legendre fut honoré des fonctions de chef d'état-major de ce gouvernement, par ordonnance du 18 décembre 1814. Il occupait encore ce poste lors du retour de Napoléon de l'île d'Elbe. Dans cette circonstance, le 10 mars 1815, il adressa une proclamation aux troupes stationnées dans la 22e division pour les engager à rester fidèles à la cause du roi : il fut mis en non-activité le 26 du même mois.


A la 2e rentrée du roi, Legendre resta dans sa position de non-activité, et fut compris comme disponible dans le cadre de l'état-major de l'armée à l'organisation du 30 décembre 1818. Mais quoique porté dans la deuxième catégorie de l'ordonnance, il ne fut jamais employé sous la deuxième restauration. Il n'obtint d'elle, croyons-nous, que l'unique faveur d'ajouter à son nom patronymique celui de d'Harvesse, pour le distinguer de plusieurs autres officiers du nom de Legendre.


Enfin, le général Legendre d'Harvesse, fut mis définitivement à la retraite le 1er décembre 1824, à compter du 1er janvier 1825. Il se retira alors à Saint-Germain-en-Laye, où il est mort le 24 avril 1828.


Le dernier survivant de ses neveux, fils de sa soeur unique, est mort adjoint au maire de la commune de Cormeray, le 7 mai 1882.

Le général baron Legendre d'Harvesse - par M. Hippolyte Sauvage - Impr. de J. Durand (Avranches) - 1895