RÉAUMUR (85) - L'ABBÉ FRANÇOIS-RENÉ PIBOUIN

 

L'abbé Pibouin qui fut, après la tourmente révolutionnaire le premier curé de Réaumur, fut aussi, sans aucun doute l'ouvrier de la restauration de la chapelle Sainte-Marie. Toujours est-il qu'on a gardé comme un proverbial souvenir du zèle qu'il déploya constamment à développer parmi son peuple le culte de la Très Sainte Vierge.

 

Chalandrey église

 

Ce saint prêtre, dont la mémoire est l'objet d'une inaltérable vénération dans la paroisse, en était déjà vicaire en septembre 1785 [jusqu'en février 1786] (L'abbé Pibouin était moine génovéfain, ainsi que les prieurs de Réaumur).

acte mariage Gabriel Pibouin

 Acte de mariage de Gabriel Pibouin et de Marie Daligault

 

(Les registres paroissiaux de Chalandrey ne sont pas accessibles, seul l'état-civil peut être consulté ; selon les informations données sur Généanet.org, j'ai tenté de chercher dans ceux de Isigny-le-Buat, Le Buat, Les Chéris, Les Biards, Le Mesnil-Thébault, Vezins ... mais, hélas, sans succès ; je n'ai pas réussi à trouver l'acte de naissance de François-René Pibouin. Néanmoins, des Pibouin sont présents dans ces différents registres, dont Jeanne, soeur de François-René, élément d'une fratrie de huit enfants, semble-t-il, et dont la plupart signent leur nom  orthographié de cette manière : PIBOIN. François René est fils de Gabriel Pibouin et de Marie Daligault.)

 

Pibouin vicaire de Réaumur 1785 signature

 

[Dès le 21 février 1786, l'abbé Pibouin signe des actes en tant que vicaire de Chantonnay jusqu'en décembre 1788 ; puis, toujours à Chantonnay, dès le 2 janvier 1789, il signe "Pibouin, vicaire de Réaumur", ceci jusqu'à la fin du mois de janvier de cette même année 1789. Le 19 février 1789, son nom réapparaît sur les registres de Réaumur, jusqu'au 20 avril 1792]

 

Réaumur église

 

Lorsque vinrent les jours de malheur où nos ancêtres dans le sacerdoce eurent à choisir entre l'apostasie et la mise hors la loi, il refusa noblement de prêter serment à la constitution civile du clergé. Résolu à ne point abandonner des paroissiens auxquels le tenaient attaché, non moins que les exigences du devoir, le dévouement et l'affection qu'il leur avait voués, il dut, pour se soustraire au danger d'une arrestation devenue imminente, se tenir caché quelque temps au village du Plessis, dans un souterrain d'où il ne sortait que pour aller, lorsqu'il le pouvait sans trop d'imprudence, célébrer la sainte Messe au village de la Rousselière. Mais dénoncé bientôt par un patriote étranger à la paroisse - personne, dans Réaumur, n'eut été capable de cette lâche et odieuse délation - il se décida enfin, on ne sait à quelle date précise, à quitter le pays.

 

Réaumur le plessis

 

P1300092

 

Arrêté peu après, il fut incarcéré dans les prisons de Vannes. ...

Ce ne fut qu'au bout de onze mois de détention, le 19 floréal, an II (8 mai 1794) qu'il recouvra la liberté, en vertu d'un acte d'élargissement signé de l'officier municipal Girardin, après avoir déclaré au procureur-syndic qu'il choisissait la ville de Vannes pour lieu de sa résidence. C'est là qu'il vécut en effet, pendant une dizaine d'années, d'une sorte de vie commune avec quelques autres prêtres aussi dénués de ressources que lui.

 

Réaumur - abbé Pibouin signature

 

Or, dans les premiers mois de 1804, la nouvelle étant parvenue à Réaumur qu'il vivait encore, les habitants firent aussitôt d'instantes démarches pour l'obtenir comme curé. Leur requête ayant été agréée, sans perdre de temps, l'un d'eux - le père Vendée, un vétéran dont le nom prédestiné figure avec honneur dans les annales de la Vendée militaire - selle ses deux meilleurs chevaux et part à la grâce de Dieu, à travers les chemins souvent impraticables, pour l'aller quérir dans une ville vers laquelle on peut croire qu'il eut à se faire orienter plus d'une fois ... Quinze jours plus tard, l'abbé Pibouin reparaissait triomphalement au milieu de ses paroissiens qui tous versaient des larmes de joie en revoyant, après une absence de dix années, le vénérable confesseur de la foi. Mais leur bonheur fut assez éphémère : la mort du saint homme, survenue en 1811 [27 octobre, à l'âge de 55 ans], fut, dit-on, un vrai deuil pour toute la contrée.

 

acte décès abbé Pibouin

 

Extrait - Notice historique par Eugène RAFIN, curé de la Gaubretière - deuxième édition - 1945

 

 1780 - Jean Pons, chanoine régulier de la Congrégation de France, prieur-curé. Le 16 avril, il supplie humblement l'intendant de la généralité du Poitou de lui permettre de rebâtir en grande partie le presbytère. Il paraît que la permission lui fut donnée puisque la construction du Prieuré remonte à cette époque. Pons prêta le serment constitutionnel. Pendant une partie de la période révolutionnaire et après le rétablissement du culte, le premier curé de Réaumur fut M. Pibouin. Ce fut pour ce curé que fut construit le presbytère actuel.  (Bulletin paroissial de Réaumur - AD85 - 1936)

Jean Pons prêta le serment constitutionnel et se rendit acquéreur du prieuré, reconstruit par lui en 1789 et vendu nationalement le 19 thermidor 1791. Il mourut assez misérablement à Fontenay, laissant 300 francs pour les pauvres de Réaumur et 200 francs pour dire des messes à son intention.
Il avait un frère, chanoine théologal de Toulouse. Un autre de ses frères avait été massacré lors de l'insurrection des noirs à la Dominique. Le chanoine Pons terminait ainsi une lettre à M. Audé, notaire :
"... Permettez-moi d'ouvrir ici mon coeur sur la fin tragique de mon malheureux frère. J'en ai été d'autant plus frappé que je m'étais plus attaché à lui dans les premières années de ma jeunesse, ayant contribué à son éducation dans la maison paternelle. Ah ! il a été la dupe de la facilité extrême de son caractère, car il était naturellement bon et honnête. C'est là un témoignage que je dois lui rendre. Son malheur a été de s'être éloigné de moi. N'importe, je ne l'oublierai jamais, et je ne cesserai jamais de le pleurer et d'adresser mes prières à Dieu pour qu'il lui fasse miséricorde ..."

Extrait : L'Abbaye de la Sainte-Trinité de Mauléon par Dom Fourier Bonnard - Imprimerie Saint-Martin - Ligugé (Vienne) - 1900