LA POMPE FUNÈBRE DE MARIE-JOLY

MARIE JOLY PORTRAIT 3

 

 

Marie-Élisabeth, née à Versailles le 8 avril 1761 (paroisse Saint-Louis), débuta à 20 ans dans les rôles de soubrettes, et recueillit aussitôt les suffrages des amateurs du Théâtre-Français. Un critique théâtral de l'époque appréciait en ces termes le physique et le talent de l'actrice : "La citoyenne Joly douée d'un superbe organe, avoit une figure fort agréable, un peu maigre, mais spirituelle, très mobile, très fine et très distinguée, sa chevelure d'un joli brun clair, sa taille assez haute, svelte et gracieuse, enfin tout en elle, au moral comme au physique tout contribue à produire dans ses rôles une illusion complète."

 

acte naissance Marie-Elisabeth Joly


Et le feuilletonniste continuait en comparant Marie Joly à Thalie échappée du Parnasse, et en en faisant dans son genre l'égale du célèbre Préville. Au reste, elle était inimitable dans les servantes de Molière et de Marivaux.


Marie-Joly se piquait aussi de littérature. J.-J. Rousseau exerça sur elle une influence que nous allons voir se manifester jusque dans la mort.


En 1788, la citoyenne Joly faisait le pélerinage d'Ermenonville et déposait sur la tombe du philosophe la première couronne civique qui lui fut offerte : cette couronne en bronze portait l'inscription : OFFERTE EN MDCCLXXXVIII AUX MANES DE J.-J. ROUSSEAU PAR MARIE JOLY, ÉPOUSE ET MÈRE.

Car la citoyenne Joly avait (en 1781) épousé l'ancien capitaine de cavalerie Dulomboy dont elle eut cinq enfants.

 

capitaine DULOMBOY époux de Marie Joly

 


Malgré tout son talent, la comédienne fut arrêtée pendant la Terreur, internée à Sainte-Pélagie, relaxée au bout de cinq mois de détention, arrêtée de nouveau et libérée enfin de façon définitive après avoir signé l'engagement de jouer au Théâtre de la République.

La santé de Marie-Joly se ressentit de ces épreuves. Une maladie de poitrine dont elle souffrait depuis quelque temps s'aggrava au point que le bruit de sa mort courut dans Paris.

Elle se remit cependant quelque peu et employa ses dernières forces à surveiller les débuts au théâtre de ses deux filles aînées.

Le 16 floréal an VI (5 mai 1798), à 11 heures du matin, Joly expirait à l'âge de 37 ans.

Son dernier désir avait été "que sa dépouille mortelle fut apportée à Saint-Quentin-de-la-Roche, sur cette montagne solitaire, dans cette campagne qui fut si chère à son coeur."


Se référant à ce souhait suprême, le capitaine Dulomboy (ancien officier de cavalerie, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, maire de Tassilly) fit transporter le corps de son épouse dans cette campagne de Soumont d'où lui-même était originaire.

 

MARIE JOLY PORTRAIT

Et voici, d'après la Gazette du Calvados (n° 314, an VI), les détails de la cérémonie funèbre.

Lorsque les habitants de Potigny surent que le cercueil était près d'arriver, ils s'assemblèrent en grand nombre pour recevoir honorablement la dépouille de celle qu'ils connaissaient et estimaient. Ils la déposèrent dans l'église jusqu'à ce que fût creusé le tombeau qui lui était destiné.

Une foule considérable de curieux se portait chaque jour au haut du rocher afin de suivre les préparatifs de cette inhumation peu commune. Au cours des travaux, les ouvriers mirent à jour des vestiges de sépultures anciennes, dans lesquelles furent recueillis des fragments d'armes et notamment deux haches de pierre, des vases brisés et des morceaux de charbon.

La cérémonie eut lieu le 15 prairial avec beaucoup de décence et de simplicité, en présence des officiers municipaux et des autorités du canton, parmi lesquelles on remarquait les citoyens Poupinet, commissaire du Pouvoir Exécutif, Borin, juge de paix, etc.

La Garde Nationale sous les armes et un cortège considérable accompagnèrent la pauvre Joly à sa dernière demeure.

Ses quatre enfants portaient les coins du drap mortuaire. Le cinquième, âgé de 10 mois, était aussi présent sur les bras de sa nourrice, qui était la femme d'un petit propriétaire de St-Quentin, l'excellent Jean Pitrou. Le citoyen Poupinet prononça sur la tombe un discours fort bien tourné dans lequel il se montra très au fait des choses du Théâtre et du mouvement des Belles-Lettres.

Le Mausolée de Marie-Joly reproduit la forme de celui qui s'élevait dans l'Ile des peupliers sur la tombe de Jean-Jacques avant le transfert de ses cendres au Panthéon.

 

TOMBEAU MARIE JOLY

MARIE JOLY EPITAPHE

 

Le même artiste - Lesueur - en sculpta les ornements. Sur la face principale, de chaque côté de l'effigie couchée de Marie-Joly sont figurées sur les pilastres, Thalie et Melpomène. Sur les autres côtés, sur les rochers et sur les arbres entourant le monument, le mauvais goût de l'époque a multiplié les inscriptions ; les unes empruntées à Pétrarque et à l'Arioste, les autres composées par divers poètes de l'époque dont les oeuvres font près des premiers graffiti assez triste figure.

A cela s'ajoute la phraséologie sentimentale en prose en grand honneur dans ce temps-là et qui nous paraît aujourd'hui s éloignée de la véritable tristesse. L'inscription gravée sur la porte d'entrée en est un pompeux exemple : "Âmes indifférentes et froides, fuyez loin de ce séjour, dit-elle ; l'air qu'on y respire est l'élément des coeurs sensibles." Des propos semblables assaillent le visiteur à chaque pas.

L'obsession ne s'achève qu'à la sortie, où une dernière strophe d'un sentiment plus accessible à notre modernité, nous remercie de ce souhait, hélas ! irréalisable : "Voyageur ! poursuis ta route et demande à Dieu que ton coeur ne perde jamais ce qu'il aime !"

Dans ses écrits, le capitaine Dulomboy proteste "dans la sincérité de son âme que l'ostentation n'est entrée pour rien dans le projet qu'il a eu de faire ériger ce monument". J'ai choisi, écrit-il, cet endroit parce qu'il m'a paru le plus impraticable, le plus inutile à l'homme, dans l'espoir que les cendres d'une épouse que j'adore y reposeront en paix et que sa tombe ne sera jamais profanée."

Sentiment louable, et dont la sincérité sans doute réelle, nous apparaît aujourd'hui en complet désaccord à la fois avec la grandiloquence de son temps et l'amour de la réclame du nôtre.

En nous mêmes, nous voyons surtout dans des tombes comme celles de Marie-Joly à Saint-Quentin-de-la-Roche, et de Chateaubriand sur le Grand-Bé, un dernier rêve romantique et un magnifique orgueil.

V.L.F.
Revue illustrée du Calvados - Janvier-Décembre 1913 - AD14

Mlles Joly
L'aînée Marie-Antoinette, qui ressemblait beaucoup à sa mère, vive, intelligente, mais petite de taille, jouait les soubrettes ; la cadette, Marie-Françoise-Marguerite-Julie, les ingénues. Après la mort de Mlle Joly, les comédiens français donnèrent une représentation à leur bénéfice. L'aînée débuta le 25 novembre 1798 à l'Odéon dans les Folies amoureuses. Toutes deux parurent sur la scène de la Cité (après l'incendie de l'Odéon, 1799), puis au Théâtre Louvois. En 1802, nous retrouvons l'aînée, soubrette, au Th. Molière, et la cadette, jeune première à Rouen. En 1815, l'aînée demandait des débuts au Théâtre français. On la jugea de trop petite taille pour tenir l'emploi des confidentes. Enfin en 1822-24, l'aînée habitait Brest, et la cadette Lons-le-Saulnier. Toutes deux étaient célibataires.

Alexis, Élisabeth Fouquet-Dulomboy, fils de Dulomboy et de Marie Joly était propriétaire et professeur de peinture à Falaise, en 1831.

Dictionnaire des comédiens français - par Henry Lyonnet - Tome 2 - E à Z

M. Dulomboy se remaria. Lorsqu'il mourut, son testament attribua le tombeau de Marie Joly au fils du premier mariage et à la seconde épouse.

Extrait : En flânant à travers la France - par André Hallays - 1903

 

MARIE JOLY IIEME

MARIE JOLY IER

MARIE JOLY IIIEME

MARIE JOLY IVEME

MARIE JOLY VEME

Marie Joly - le lavoir