La Tardière N

 

C'est une bien humble chapelle que celle de Notre-Dame de la Brossardière. Il faudrait presque un guide à l'étranger pour la découvrir au milieu du bocage où elle se cache. Aucun chemin n'y aboutit directement, et ce n'est qu'en suivant les petits sentiers des champs et des prairies que le voyageur peut arriver au pieux sanctuaire.


Aux pèlerins qui, pour la première fois, se dirigeant vers la chapelle, voici des indications qui leur serviront pour rencontrer ce qu'ils désirent. Deux chemins surtout peuvent amener le voyageur dans le voisinage de la chapelle. L'un part de la Châtaigneraie, à l'endroit où l'on quitte la ville pour se diriger vers Saint-Pierre-du-Chemin ; c'est l'ancienne route de Pouzauges aujourd'hui abandonnée. L'autre chemin traverse le bourg de la Tardière et prend sa direction vers l'ouest. En suivant l'une ou l'autre de ces voies, pendant l'espace d'un kilomètre, on aperçoit sur la droite, si l'on vient de la Châtaigneraie, et sur la gauche, si l'on vient de la Tardière, quatre ou cinq maisons dont quelques-unes sont d'assez pauvre apparence, et un peu plus bas on distingue une modeste chapelle couverte en tuiles et surmontée d'un petit campanile en pierre blanche.

 

La Tardière N


C'est là le village de la Brossardière et le sanctuaire de la Sainte Vierge si fréquenté dans le pays.


En cherchant un sentier, on arrive ensuite bien vite au lieu du pèlerinage.


L'endroit ne manque pas de charmes pour celui qui aime les beautés de la nature. Au nord et au midi ce sont de riches prairies où de petits ruisseaux font entendre pendant presque toute l'année leur doux murmure, c'est le bocage avec ses grands arbres et ses frais ombrages. A l'ouest ce sont des montagnes où d'énormes rochers dressent leurs têtes noires et présentent un aspect pittoresque et sauvage du plus saisissant effet. Malheureusement, de ce dernier côté, ce magnifique spectacle, sous la pioche des démolisseurs, ne sera bientôt qu'un souvenir.


C'est au milieu de cette nature variée que s'élève le coteau aride sur lequel se trouve bâti l'antique sanctuaire de Notre-Dame de la Brossardière. Ce coteau semble n'être qu'un immense rocher de silex recouvert çà et là d'une mince couche de terre. En bas, on voit des ruines dont personne ne peut donner l'explication certaine. Était-ce une dépendance de la chapelle, ou une maison qui, avant 1793, était à la disposition des pèlerins ? Il serait difficile de le dire au juste. Parmi ces ruines, et là où le terrain n'est pas trop ingrat, les genêts croissent en assez grand nombre et occupent une place qu'on ne songe point à leur disputer. Enfin, sur le haut du coteau, on voit une maison dont la construction est certainement très ancienne. Cette habitation s'appelait jadis la Maison du Temple, sans doute parce qu'elle avait été la demeure des ministres protestants qui, il y a trois siècles, vivaient à la Brossardière. Dans cette partie du coteau se trouve l'entrée d'un souterrain qui, d'après la tradition, devait se diriger vers le nord-est, c'est-à-dire où était bâti le temple protestant dont parle l'histoire de la Brossardière.

 

La Tardière N

 


Tels sont les alentours de la chapelle de Notre-Dame de la Brossardière. Quand à cette dernière, il n'est pas difficile de la décrire. C'est une construction fort simple, se composant de deux carrés d'inégale grandeur, bâtis l'un après l'autre, à soixante ans d'intervalle. Trois fenêtres de forme romane sont ouvertes du côté du midi. Il y a aussi quelques contreforts qui n'ont aucun caractère d'architecture et qui ressemblent à des cônes coupés de haut en bas. La façade, restaurée il y a une vingtaine d'années, quoique fort simple, produit un heureux effet avec son petit campanile où se balance la cloche aux sons argentins. Dans l'intérieur, on éprouve une agréable surprise. Tout y est plein de fraîcheur et de propreté. L'autel, avec son retable et son tabernacle d'une blancheur éclatante, avec ses colonnes légères, ressort admirablement dans le jour mystérieux de la chapelle. Au-dessus, c'est Notre-Dame de la Brossardière dont la figure respire la bonté la plus maternelle. Dans ses bras, l'Enfant Jésus semble écouter les prières qu'on adresse à sa mère et, pour augmenter la confiance, il met sa main sur le coeur de Marie, comme pour lui montrer qu'elle a bien un coeur de mère envers ceux qui l'invoquent. Puis, en regardant plus haut, c'est la voûte qui apparaît avec ses arceaux bleus et ses nervures qui s'entrecroisent sans se confondre. Enfin, autour de la chapelle, ce sont ces gracieux vitraux qui attestent la générosité des nobles familles du pays. On s'arrête longtemps pour regarder ces brillants tableaux de Jésus bénissant les enfants, de l'adoration des bergers, de la mort de saint Stanislas, de sainte Germaine. Dans certains personnages représentés par l'artiste, il ne serait pas difficile de reconnaître quelques-uns des traits des généreux donateurs.

 

La Tardière N

 


La chapelle est divisée en deux parties. La première, qui se trouve en entrant, est toujours ouverte aux pèlerins ; on y voit deux autels en marbre blanc, dédiés l'un à Notre-Dame de Lourdes, et l'autre au Sacré-Coeur de Jésus. Il y a aussi là les statues de sainte Anne et de saint Antoine, ainsi qu'un vieux tableau dont l'origine est inconnue. Ce vieux tableau représente la Sainte Vierge ayant entre les bras son divin Fils et sous les pieds le serpent infernal. L'Enfant Jésus, avec sa croix terminée par une lance, perce la tête du serpent. C'est ce sujet qui est reproduit sur la bannière que la Brossardière a offerte à la Sainte Vierge, dans la basilique de Lourdes.
L'entrée de la seconde partie de la chapelle est fermée par une grille qui n'est ouverte que pour les cérémonies publiques. Elle est aussi ornée de plusieurs statues ; celles de saint Joseph et de saint Stanislas occupent les deux côtés du maître autel ; celles de saint François d'Assise et de saint Dominique sont en face l'une de l'autre, à l'entrée du choeur. Enfin on y voit, entre la deuxième et la troisième station du chemin de la Croix, une petite statue en faïence de la Sainte Vierge, qui, d'après la tradition ou la légende, serait celle que les fidèles, en 1793, venaient prier au milieu des ruines de la chapelle, dans une niche dissimulée par des branchages de genêts. ...

 

La Tardière N

 

Quand arrivèrent les sombres jours qui remplirent la France de terreur, la chapelle de la Brossardière, ainsi que l'église paroissiale et toutes leurs dépendances furent vendues à vil prix. Bientôt les féroces révolutionnaires, qui voulaient détruire ce qu'ils appelaient le foyer de la superstition, s'acharnèrent sur le sanctuaire où tant de générations étaient venues s'agenouiller. La chapelle fut entièrement découverte, tout y fut brûlé et les murs calcinés par l'incendie tombèrent en ruine. Cependant chose admirable, la profanation et le renversement du sanctuaire n'arrêta pas la piété des fidèles. Lorsqu'ils n'étaient pas vus de leurs cruels ennemis, ils venaient s'agenouiller dans ce lieu où l'on avait voulu ensevelir la dévotion à Marie, et là, au milieu de ces décombres couverts de ronces et d'épines, ils suppliaient la Reine du Ciel de les délivrer de leurs maux. L'image de Marie ayant été emportée ou détruite par les révolutionnaires, ils avaient placé, dans une niche pratiquée au fond de la pieuse chapelle, une petite statue en faïence représentant leur céleste protectrice et ils avaient dérobé sa vue aux regards indiscrets par une claie de genêts.

 

La Tardière N

 


Marie récompensa leur piété héroïque. Quand les mauvais jours furent passés, le ciel même sembla intervenir pour la restauration du sanctuaire. Un voyageur se trouvant une nuit dans le voisinage, vit une main portant un cierge allumé passer devant lui et se diriger vers la chapelle en ruines. Cet homme était de la métairie de la Morlière, qui payait autrefois la redevance du desservant de la Brossardière. Il rapporta ce qu'il avait vu à M. Giraud, de la Châtaigneraie, lequel était propriétaire du sanctuaire, et celui-ci, frappé de ce fait extraordinaire ainsi que de plusieurs autres prodiges qu'on lui disait s'être opérés dans ce lieu béni, fit presque aussitôt couvrir la première chapelle et permit aux pieux fidèles d'en commencer la restauration. Il fit même davantage, le 15 mars 1824, en son nom et avec la procuration de ses enfants : M. Etienne Giraud, substitut du procureur royal à Fontenay ; Mme Thérèse Giraud, épouse de M. Lausier, receveur d'enregistrement à Bourbon-Vendée ; et Mme Bénigne Giraud, épouse de M. Pineau, percepteur des contributions directes à Doix, il donna à la Tardière, par un acte notarié, la chapelle de la Brossardière. Il ne mit à sa libéralité qu'une seule condition, c'est qu'il aurait droit dans chapelle à un banc de trois places. En même temps, tout en se réservant le terrain environnant la chapelle il accordait aux habitants de la Tardière un droit de passage sur ce même terrain pour arriver jusqu'au sanctuaire ...

 

La Tardière N

 

La famille Baudet était l'une des plus anciennes de la paroisse de la Tardière. Plus d'une fois, pendant la révolution, elle offrit un asile aux prêtres proscrits. Un jour, trois d'entre eux, M. Le Berton, curé de Saint-Pierre, M. Morin, curé de la Tardière, et M. Massé, vicaire de Cheffoi, étaient réunis chez Mlle Baudet, au village de la Tendronnière. Soudain, les agents révolutionnaires arrivent et demandent à faire une visite domiciliaire. Mlle Baudet sort aussitôt et s'enquiert de quel droit on veut pénétrer chez elle. Le chef de la bande lui exhibe alors ses pièces, et pendant qu'on parlemente et qu'on discute les écrits présentés, les prêtres se mettaient en sûreté dans une cachette qu'on leur avait installée sous un escalier.


La famille Charron, du Moulin-Meilleraie, était aussi l'une de celles qui cachaient les prêtres pendant la révolution.

Extraits : Notice historique - Notre-Dame de la Brossardière - par l'Abbé Julien Huet - 1897