D'interminables listes de martyrs de la révolution sont obligatoirement très éloquentes, elles bouleversent les coeurs et ouvrent les esprits sur ce qu'a été la cruauté de la période révolutionnaire ; beaucoup sont connues, d'autres restent à découvrir ... Mais il y a aussi ceux et celles qui ont pu survivre à de telles atrocités ; je vous invite, en lisant ce qui suit, à imaginer ce qu'a été le reste de la vie de ces femmes, en majorité non-combattantes, avec les souffrances et les handicaps que leur ont infligés les soldats de la république ... et la misère qui s'en suivit ! ...

 

vitrail Morlaix

 

Des secours sont accordés, le 26 avril 1816, à des Vendéennes blessées :

 

- Jeanne Secher, femme René Robineau (41 ans en 1814) - Grade : soldat - coup de feu à l'avant-bras gauche avec fractures à l'attaque d'une maison à Champtoceaux = 100 f.

 

certificat médicale femme robineau

 

- Anne Doublet, veuve Michel Gallard (49 ans) - fileuse - 2 coups de sabre sur la tête et au cou, à Saint-Lézin, lors du massacre exécuté par les républicains, a été laissée pour morte, sa maison a été incendiée = 75 f.

 

certificat médical Veuve Gallard

 

- Perrine Bourigault (33 ans) - coup de feu à la cuisse gauche, au Pré Pivert, commune de Bouzillé, le 19 mars 1794 = 100 f.

 

certificat Perrine Bourigault

 

- Marie-Anne Blanvillain (17 ans) - couturière - domiciliée à la Jumellière - avait 6 ans quand elle fut blessée - plusieurs blessures : 2 coups de sabre, sans doute à la tête - au massacre de la Jumellière - son père était capitaine de cavalerie dans l'armée royale - tué = 100 fr.

- Marie Mangeais, femme Jean Batteux (48 ans) - domiciliée à Saint-Laurent-de-la-Plaine - neuf coups de sabre à la tête, à la machoire et à la main gauche - Son père et son frère tués = 75 f.

- Anne Girard (55 ans en 1814) - fileuse - domiciliée à Saint-Lézin - coup de feu à l'oeil gauche et plusieurs autres blessures à Saint-Georges sur Loire - le frère tué, un autre blessé - dans un massacre = 100 f.

- Marie Simon (29 ans - née en 1785) - aveugle par l'explosion de poudre laissée dans sa maison par des soldats à Cholet - son père et son frère tués, canonniers ; la mère massacrée avec 6 de ses filles = 100 f.

- Michelle Tardeau (33 ans) femme Jacques Bompal - blessée à la joue droite et au cou au massacre de Gonnord - par coup de sabre - avait 13 ans = 60 f.

- Victoire Rousseau (22 ans - née le mars 1752) - poignet coupé à l'âge de 2 ans et le corps de sa mère percé de coups de baïonnette - le père tué à Cholet - 2 soeurs frappées de coups de baïonnette et tuées (massacre de Montfaucon - 9 février 1794 = 150 f.

- Renée Sourice (60 ans) - fileuse - blessée dans sa maison à la tête et à la gorge par plusieurs coups de feu, à Neuvy, qui ont déterminé une paralysie à l'extrémité supérieure droite = 80 f.

- Marie Brulée (62 ans) - coup de feu à l'avant-bras droit à Andigné qui l'a estropiée, elle est donc dans la misère - était domestique chez Juteau fils, aubergiste, elle reçu un coup de fusil des républicains prenant les intérêts de son maître qui combattait alors dans les armées vendéenne pour la défense du Trône - double cicatrices ; l'une par où est entrée la balle, à la partie moyenne et interne de l'avant-bras, l'autre, par où la balle est sortie, à deux travers de doigts de l'apophyse achromion, près le bord postérieur et supérieur du cubitus : cette balle ayant labouré dans l'épaisseur des muscles sublime et profond, paraît avoir détruit leur faculté contractile au point que cette fille ne peut fermer la main, ni saisir aucun objet de cette extrémité là = 60 f.

- Marie Lamarre veuve René Charier (56 ans) - domiciliée à Angers - coup de feu à la main gauche, ce coup de feu a tué son père et son enfant dans ses bras - estropiée de la main gauche.

- Marie Abellard (56 ans) - fileuse - blessée d'un coup de feu, forêt de Vezin - Elle est estropiée du bras droit par suite d'un coup de feu - trois doigts ont été fracturés.

 

certificat Marie Abellard

 

- Michelle Fardeau (fileuse) - Fille échappée au massacre de Gonnord - Cette fille a reçu plusieurs coups de sabre sur la tête (qui lui a divisé la lèvre à la commissure droite) dans le massacre fait dans sa commune par les républicains - Elle est défigurée et gênée dans ses mouvements.

- Jeanne Blouin veuve Mathurin Gourdon (43 ans) - domiciliée à Melai - fileuse - est atteinte d'une hernie inguinale gauche, par suite d'un coup de baïonnette, l'oreille droite coupée d'un coup de sabre et un coup de crosse sur la tête - son mari tué en combattant dans les armées vendéennes.

- Jeanne Chemineau veuve Vincent Girault (37 ans) - domiciliée à Chanzeau - journalière - a reçu un coup de feu qui a fracturé l'avant-bras gauche et deux doigts de la main du même côté. Il existe difformité et gêne extrême - son mari tué à l'affaire d'Ancenis, en combattant dans les armées vendéennes.

 

certificat Jeanne Chemineau

 

- Marie Hamont veuve Sébastien Bourreau - 42 ans - domiciliée à Chanzeau - fileuse - a reçu deux coups de feu, l'un lui a brisé la machoire supérieure et l'autre l'épaule droite - son mari tué en combattant dans les armées vendéennes d'un coup de feu au siège d'Angers

 

certificat Marie Namont

 

- Jeanne Prisset née Baujeau - au passage de l'armée républicaine commandée par Grignon, Marie-Jeanne Baujeau, alors fille, et actuellement femme de Jean Prisset, domiciliée à Cyrière, fut blessée par les soldats de la dite armée et laissée parmi les morts, ayant reçu à la tête et sur les épaules plusieurs coups de sabre très graves.

- Catherine Garnault née Gaillard - Boismé - née le 24 juillet 1745 - mariée en 1787 - blessée dans la guerre de Vendée

- Marie Brisset née Barrau - 38 ans - journalière - blessée à Courlay - coups de sabres sur la tête et sur les épaules = 40 f.

 

certificat Marie Barrau

 

- Jeanne Champion née L'Allemand
Lettre du 21 mai 1827 - Préfecture de la Sarthe - A son Excellence le Ministre de la Guerre
Monseigneur,
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence copie d'un acte délivré à la mairie de la Suze le 19 avril dernier, constatant le décès de Jeanne L'Allemand, femme de François Champion, arrivé le 29 janvier dernier dans la dite commune de la Suze, cette femme qui avait servi la cause royale avec un zèle digne d'éloges a été comprise sous le n° 57 de l'état arrêté le 9 décembre 1825 pour un secours annuel de 40 f.
François Champion son mari, qui lui survit, a partagé son dévouement et ses périls, dévoué lui-même à la cause que son épouse servait avec tant d'ardeur, il l'a puissamment secondée. Si la femme Champion a été établie sur l'Etat des secours, au lieu de son mari, c'est parce que celle-ci étant plus jeune, était présumée la conserver plus longtemps. M. le Comte de Tilly, maire de la Suze qui était officier dans cette armée, rend un témoignage flatteur de la conduite de Champion, et il le trouve tout aussi méritant que son épouse pour obtenir la reversion à son profit du secours annuel de quarante francs. Il propose de convoquer à cet égard la commission pour faire reconnaître les droits de celui-ci. Si votre Excellence, avait la bonté ...

 

acte décès Jeanne L'Allemand

 

- Perrine Tilleau née Barré - mutilée par les armées républicaines dans les anciennes guerres de l'Ouest.

 

AD85 - Archives militaires de la guerres de Vendée conservées au service historique de la Défense (Vincennes)
Pensions et gratifications attribuées aux anciens combattants des armées royales de l'Ouest (SHD XU 16, 29, 33-34, 36, 39, 65-66)