JPG VIENNET

 

UN MOT AUX DÉPUTÉS DU JUSTE-MILIEU

Au milieu de ce flux éternel d'inconséquences, de mensonges et de contradictions qui se succèdent et qui se croisent en tous sens à la chambre des députés ; il est difficile d'arriver assez à temps pour saisir une niaiserie au passage et la signaler à la risée publique. Nous avouons que plus d'une fois nous avons reculé devant cette tâche exorbitante, jugeant bien que la France saurait faire justice de ce gâchis parlementaire. Il est, cependant, de notre devoir de ne pas laisser sans réponse tout ce qui peut porter atteinte à la réputation de la Vendée auprès des personnes qui ne réfléchissent pas ou qui réfléchissent mal. C'est pourquoi nous prendrons la liberté grande d'attaquer les paroles prononcées par quelques députés et surtout par l'honorable M. Viennet ; sans ménagemens aucuns pour l'auguste amitié dont il est si fier.


Ces Messieurs qui avaient précédemment voté les pensions des Vendéens, en votent aujourd'hui la suppression ; ils n'ont plus aussi grand'peur de la Vendée et au lieu d'argent ils lui envoient des gendarmes, c'est bien : nous leur faisons volontiers grâce de leurs misérables écus ; mais nous ne leur passerons pas les injures qu'ils nous ont jetées à la place.

La Vendée se sent encore assez de vigueur pour rendre avec usure le coup de pied qu'elle a reçu du bien-aimé des ânes d'Estagel, mais elle a trop de dignité pour répondre par des outrages, aux outrages de M. Viennet et consorts. Car c'est un outrage sanglant que de venir nous reprocher à la face de la France, d'avoir combattu contre la patrie.

La Vendée a combattu les tyrans et les traîtres ; elle a combattu pour sa liberté individuelle, pour sa liberté de conscience, les plus chères de toutes les libertés ; mais elle n'a point combattu contre la patrie. Eh ! tandis que la convention nationale, audacieuse et insolente minorité, égorgeait au hasard et promenait partout la terreur, dites-moi, M. Viennet, où était la patrie alors ? Les Girondins qui rêvaient peut-être le sang ; mais qui n'avaient pas le courage de le verser ; les Jacobins qui battaient monnaie sur la place de la Révolution, les Jacobins qui vous font horreur à vous-même ; tout ce cahot de faiblesses, de mauvaises passions et de crimes, était-ce la patrie ? Durant les quinze années de la restauration où l'opposition était si facile et si commode, votre parti a proclamé que l'insurrection était le plus saint des devoirs, et voilà que vous n'avez plus aujourd'hui que des paroles d'amertume et de mépris pour une population qui a mis vos théories en pratique et qui a attaqué avec l'énergie du désespoir, le colosse infâme que vous auriez combattu vous-même si l'on en croit ce profond dégoût pour les excès révolutionnaires, que vous avez témoigné tant de fois !

Mais en vérité, nous ne pouvons concevoir, nous autres légitimistes, un libéralisme si mesquin et si étroit ; si nous avions le malheur de ne pas rendre, au fond du coeur, justice à nos ennemis, si nous étions atteints de cette haine aveugle qui ressemble trop à l'hydrophobie, nous chercherions, au moins, à la cacher ; nous ferions en sorte de ne plus nous exposer à des reproches d'inconséquence et d'injustice que nous sommes en droit aujourd'hui d'adresser à tous ceux qui changent de principes suivant les circonstances. Que voulez-vous que pense de vos palidonies continuelles, un honnête homme qui cherche la vérité sans passions et sans préjugés ? Croyez-moi, on n'écrase point par des erreurs volontaires, par un mépris calculé une réputation colossale comme celle de la Vendée ; toutes ces injures, toutes ces épithètes flétrissantes dont votre parti accable notre pays, ressemblent un peu aux chants d'un poltron qui marche la nuit et qui grossit sa voix pour se persuader à lui-même qu'il n'a pas peur. L'histoire parlera de la Vendée comme d'une terre héroïque et fidèle qui a compris la liberté véritable pendant que vous cherchiez encore à la concevoir et à la définir.


L'histoire nous offrira comme modèle la vie politique des Bonchamp, des Lescure et des Larochejaquelein ; que dira-t-elle de vous ?

A.B.

Le Vendéen
Le Journal du Poitou
25 février 1834 - n° 86 - 3ème année