ARMENTIÈRES

jambon

 

Extrait du registre aux délibérations de la commune d'Armentières intrà-muros, séance du 19 fructidor, 2e année républicaine (5 septembre 1794), a extrait ce qui suit : ...

RAPPORT DES COMMISSAIRES.

Les citoyens Cottigny et Wiart rapportent que s'étant rendus chez les citoyens Rotru et de Wulf, ils auroient trouvé dans leur cour respective chacun un jambon qui dessaloient, lesquels ont de suite été transportés en l'hôtel commun, avec offre auxdits Rotru et de Wulf, de les indemniser s'ils le vouloient.

Les citoyens Bayart et Burier s'étant rendus chez la citoyenne Blauwart où étant ils ont trouvé un petit jambon, lesquels ils ont fait transporter en l'hôtel commun en faisant à cette citoyenne les mêmes offres.

Le comité réuni s'étant fait représenter les trois pièces dont l'une cuite, a répandu dans la salle une odeur qui enjambonoit tous ces membres, au point qu'une discussion vive, mais courte, s'est ouverte si on mangerait le jambon cuit.

Après les débats, le comité a pris et exécuté l'arrêté suivant, séance publique les portes ouvertes :

1° Que les deux jambons crus seroient mis de suite à la disposition des administrateurs de l'hospice d'humanité des vieillards, sauf à eux d'en payer le prix d'après les mémoires qui seront fournis par les commissaires de Wulf et Rotru, lesquels devront passer à notre comité pour en faire le rapport au conseil.
2° Que le jambon cuit sera mangé séance tenante par le comité, sauf à eux à en payer le montant d'après le mémoire de la propriétaire Blauwart, qui sera visé à notre comité pour être rapporté au conseil.
Le présent arrêté sera adressé aux citoyens de Wulf, Rotru et Blauwart, et à la Société populaire à la séance de demain.
Pour extrait conforme :
Par ordonnance, MEURILLE, commissaire.

 

Arras, ce 11 vendémiaire, an 3 de la Rép. franç. : Une et Indivisible (2 octobre 1794)
Liberté - Égalité
Le représentant du peuple envoyé dans les départemens du Nord et du Pas-de-Calais à l'agent national du district de Lille.
Citoyen,
Je t'envoie l'extrait d'une délibération sur laquelle j'appelle toute ton attention.
Je ne sais si la bêtise plus que tout autre motif a donné lieu à cet acte digne du tems des Vendales.
Les membres d'une autorité constituée, décider qu'ils mangeront séance tenante un jambon que le propriétaire est invité à donner ; c'est le comble de la déraison.
Il paraît difficile que de pareils hommes restent en place.
Je t'engage à recueillir mieux encore les circonstances de cette singulière affaire, et surtout à me désigner des citoyens propres à remplacer ceux qui y ont joué un rôle.
Salut et fraternité,
F. BERLIER.

Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique - Tome 3e - 1841