JACQUES DE LA POTERIE, DIT ARTHUR

Luceau château Loupendu

 

Jacques-Pierre-André Guillot de la Poterie naquit en 1767 [né et baptisé le 30 novembre] au château de Louppendu, près de Luceau, dans le canton de Château-du-Loir. Son père, officier de gendarmerie à Saint-Calais, le fit entrer à l'École militaire de Brienne d'où il sortit en 1788 affecté à un régiment de dragons. Il se maria l'année suivante à l'âge de 19 ans. Situation familiale affligeante, Jacques de La Poterie était foncièrement royaliste et son royalisme s'affirmait au fur et à mesure que les épreuves accablaient le Roi et les siens. Son père, lui, affichait les idées nouvelles et deux de ses frères servaient dans les armées républicaines. Mais n'avons-nous pas connu et ne connaissons-nous pas semblables déchirements ?

 

acte naissance Guillot de la Poterie

 

Le 24 février 1793 un décret de la Convention appela 300.000 hommes de plus sous les drapeaux. Cette mesure provoqua un vif mécontentement, les réquisitionnaires du Maine répugnant à servir la Révolution, Jacques de La Poterie utilisa cet état d'esprit et poussa les jeunes gens de Luceau et des paroisses voisines à protester énergiquement contre la décision. Il y réussit parfaitement ; il y eut du bruit à Lhomme, Jupilles, Coulongé et Château-du-Loir ne fournit qu'un seul homme à la réquisition, un nommé Dauphin Huillonneau. La Poterie eut beau jeu alors de réunir un bataillon de plusieurs centaines de protestataires. Mais il ne se montra à la tête de son unité qu'après le passage de l'armée vendéenne à La Flèche et au Mans. Son activité royaliste l'ayant fait repérer, il fut inscrit, au commencement de 1793, sur la liste des émigrés. Il n'en fut rayé qu'après la Terreur, grâce aux démarches de son père, classé, lui, comme patriote, et au fait qu'un de ses frères avait été blessé deux fois sous l'uniforme républicain.

Une autre raison peut avoir motivé l'annulation de la mesure prise contre lui : Jacques de La Poterie n'était point commode et en quittant le domicile familial pour aller guerroyer avec ses Chouans il avait déclaré bien haut à sa femme en lui faisant ses adieux : "Malheur à qui osera, à cause de moi, inquiéter ma famille ou toucher à mes biens, j'en tirerai une vengeance éclatante". On savait qu'il était homme à le faire, aussi les autorités de Château-du-Loir respectèrent ses biens et laissèrent sa famille en paix.

S'étant démasqué, il prit contact avec Charles de Tilly, et le Chevalier de la Volveine, ses anciens condisciples, ainsi qu'avec Rochecotte. "Arthur" (alias La Poterie) eut à soutenir de sévères engagements dans les forêts de Jupilles et de Berfay où il avait établi son quartier général. Il prit part ensuite à de nombreuses affaires qui se déroulèrent dans les districts de La Flèche, du Mans et de La Ferté-Bernard, sous le commandement du Comte de Médavi.

signature Guillot de La Poterie

 

Mais la Chouannerie était devenue si redoutable dans le Haut-Maine que le Comité révolutionnaire de la ville du Mans, dans un rapport adressé à la Convention, mentionnait : "... Les Chouans se multiplient de la manière la plus effrayante. Si la Convention diffère plus longtemps à faire asser dans ce district une force considérable de bonnes troupes, le département de la Sarthe sera perdu pour la République." Le Comité de Salut Public enjoignit alors au Général Aubert-Dubayet, commandant l'armée des Côtes de Cherbourg, de détacher 4.000 hommes dans le Maine. Ce renfort permit à de grosses colonnes de sillonner et de fouiller sans relâche les départements de la Sarthe et de la Mayenne. Les Chouans prirent vite leur parti de cette nouvelle tactique et montrèrent en maintes occasions qu'ils pouvaient encore, sans désavantage, se mesurer avec leurs adversaires. Ils le prouvèrent à Chassiflé, à la Durandière, au château de Bouillé, à Montfaucon, à la Groie, à la Cornillière du Maucartier et enfin à Livoas où fût anéanti le bataillon des Chasseurs de la Charente.

Hélas ! la Chouannerie du Maine subit à ce moment des pertes cruelles : Saint Paul, Taillefer et Carpar (ancien sous-officier suisse du régiment de Salissamade, un des rares défenseurs de la Bastille ayant pu sauver sa peau) venaient de tomber sous les balles républicaines.

D'Andigné dont la légion opérait sur les confins du Maine-Anjou, après de longues hésitations, avait déposé les armes. Arthur, Escarboville (alias Tilly) et Paratouski (alias La Volveine) se décidèrent, après deux mois de marches et de contre-marches, de succès en revers, à avoir une entrevue avec le Général Watrin. Ils signèrent, au commencement d'août 1796, un traité mettant fin aux combats, aux mêmes conditions que les Angevins. Nous ne connaissons pas grand-chose sur l'activité d'Arthur entre août 1796 et la reprise des hostilités en 1799, sous le commandement du général Comte de Bourmont, hormis cette anecdote. Au commencement de la campagne, La Poterie et Châteauneuf se trouvaient chez Bourmont. Après le déjeuner, leur hôte leur présenta deux superbes chevaux. "Ah ! s'écria Arthur plein d'admiration, que voilà de belles bêtes et comme elles nous iraient bien". "Eh bien, messieurs, répliqua Bourmont, toujours grand seigneur, acceptez-les, vous en êtes les maîtres !" Voilà pourquoi, lors de la prise de leur ville, le 14 octobre, les Manceaux purent admirer deux chefs royalistes (La Poterie et Châteauneuf) caracolant en tête de leurs troupes sur de magnifiques montures.

La Poterie, comme la majorité des généraux, savait donner de sa personne et était brave jusqu'à la témérité. Lors de la victoire de Fouilletourte, remportée le 24 janvier 1800, par l'Adjudant-Général Tranquille, sur la 30e demi-brigade d'infanterie légère, Arthur était naturellement de la partie. Estimant que l'affaire ne se décidait pas assez promptement à son gré, il mit bas sa veste, saisit un fusil par le canon et le manoeuvrant comme une massue, il s'élança à la poursuite des fuyards, assommant à droite, assommant à gauche ceux qu'il rattrapait.

Après la conclusion de la paix signée pour le Maine par le Général de Bourmont, Jacques de La Poterie rentra dans ses foyers. Il s'y trouvait depuis un certain temps quand se produisit l'explosion de la machine infernale de Saint Régent. Plus heureux que certains de ses compagnons, Arthur ne fut pas arrêté mais placé seulement sous la surveillance de la haute police où il demeura 10 ans, jusqu'à ce que son fils, qu'il avait été obligé de mettre à l'École militaire, en fut sorti pour être affecté à une unité. A son retour en France, Louis XVIII fit remettre à Jacques de La Poterie, par le Général de Malartic, la croix de Saint-Louis et un brevet de colonel. Le Roi lui accorda en outre le titre de baron. Son écusson portait un lévrier surmonté d'un casque avec la devise : "Semper, ubique fidelis" (Toujours, partout fidèle).

 

Luceau Le Loup Pendu

 

Une de ses dernières activités fut de présider le Conseil de guerre où siégeaient également : La Volveine, Châteauneuf, Gaullier, La Noirie et Chapdelaine, qui condamna à mort deux fameux faux chouans : le Chevalier de Soteno et le Marquis de La Geslinière qui furent passés par les armes aux environs de La Flèche.
Jacques de La Poterie se trouvait en 1826 en son château de Louppendu quand il fut frappé d'une attaque d'apoplexie. Il fut emporté en quelques heures [le 10 octobre]. Ainsi disparut, âgé de 59 ans seulement, ce chef qui fût un chouan manceau dans toute l'acceptation du terme : né dans la Province, y ayant constamment combattu et décédé dans la demeure de ses ancêtres.

 

acte décès Guillot de la Poterie


Extrait : Six Chefs Chouans du Pays Manceau - Hervé de Lorgeril - Imprimerie R. Bellanger - La Ferté-Bernard - 1963

 

CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR, EN JUILLET 1820 :

 

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Marié à Louise-Renée Le Féron

Un fils : Henry-Jacques Guillot de La Poterie, né le 17 juin 1791 à Luceau (Sarthe) - Décédé à Chinon, à l'âge de 89 ans, le 22 novembre 1879 - marié le 22 novembre 1821 à Laval avec Marie-Élisabeth-Arthémise dite "Élise" Le Clerc de La Rongère, décédée à Chinon, à l'âge de 80 ans, le 6 octobre 1880.

 

ACTE naissance fils Guillot de La Poterie

 

Faire-part Guillot de La Poterie

 

 

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