LE COMTE DE ROCHECOTTE, DIT NÉMÉRÉ

château de Rochecotte

 

Avant de commencer le récit de ses aventures et de ses avatars en tant qu'officier dans la Chouannerie du Maine, rendons hommage à la mémoire de Rochecotte et disons de suite qu'il fut un chef sympathique, très brave et surtout discipliné. Cette discipline qui manqua souvent aux formations royalistes, tant de la Grande Armée que de la Chouannerie. Ce sens de la discipline, il le tenait, sans doute, et de la famille au passé militaire dont il était issu, et également de son éducation virile.

 

acte naissance Rochecotte

 

Fortuné Guillon, Comte de Rochecotte, naquit en 1765 [le 30 avril 1765 et baptisé le 2 mai 1765] au Château de Rochecotte en basse Touraine. Son père était officier au régiment d'Orléans-Cavalerie. Élève à l'École Militaire de Paris, à sa sortie de cette établissement, Fortuné fut affecté au Régiment du Roi-Infanterie et prit part, sous les ordres de M. de Bouillé, à l'affaire de Nancy (31 août 1790) au cours de laquelle ce dernier réprima durement certains actes d'indiscipline. Son régiment ayant été dissous, Rochecotte émigra et entra dans l'armée de Condé. Il participa aux campagnes de 1792, 1793 et 1794 en qualité de garde-noble à cheval. Revenu en France en 1795 avec le Comte de Bourmont, il alla se joindre aux Chouans du Haut Anjou. Lors d'un séjour dans la Sarthe, il s'entendit avec Arthur (Jacques de la Poterie) et Escarboville (Charles de Tilly) qui étaient chacun à la tête d'importants groupements de Chouans. Avec leur aide, il tenta de se faire nommer au commandement du bataillon de la Banlieue du Mans dont les chefs étaient : Pierre Pain (l'Espérance), Charles Ruault (Chapelle) et Jean Brion (le Comte de Belmont). N'ayant pu y réussir, il gagna Poitiers puis alla trouver Charette qui lui décerna le grade de Maréchal de Camp, distinction confirmée par l'agence royaliste de Paris qui le nomma en sus Chef des insurgés du Maine.

Mais ce titre, quel que fut son importance, ne fut pas agréé par de nombreux officiers chouans manceaux et en particulier par Pierre Pain (l'Espérance). Ce dernier fit remarquer que le grade de Maréchal de Camp décerné par Charette était sans valeur dans une province où le général vendéen, n'avait pas juridiction. Nouvelle preuve de cette indiscipline congénitale, évoquée plus haut, dont étaient atteints, hélas ! une majorité de responsables royalistes.

Cependant, grâce à l'intervention de MM. de La Poterie, de Tilly et de La Noirie, les choses s'arrangèrent. Favorisé par son nom, sa fortune, son allure de grand seigneur, sa bravoure casse-cou et sa folle prodigalité, Rochecotte s'attacha la partie remuante et aventureuse du bataillon de la banlieue du Mans.

Ayant choisi le sobriquet de Néméré, à la tête d'un parti de 300 hommes environ, il se plaisait à faire des promenades militaires en échangeant des coups de feu avec les soldats du général Watrin lancés sur ses traces, les harassant par des marches et des contre-marches sans fin.

Le Comte de Rochecotte était brave, nous l'avons dit. Cette bravoure, il l'a prouva en maintes occasions. On dit qu'il avait de l'ambition. Peut-être ? en tout cas cette ambition ne l'amena jamais à enfreindre la discipline, malgré les intrigues menées contre lui par M. de Puisaye, intrigues qui ne pouvaient faire oublier que Rochecotte avait été promu par Charette, investi par le Comité royaliste de Paris en tant que chef des insurgés du Maine et qu'au cours d'un voyage à Blackemburg il avait reçu du Roi un accueil chaleureux et ... un brevet de général. Il donna la preuve de cet esprit de discipline en étant l'un des premiers à s'incliner devant les pouvoirs du Comte de Médavi lorsque cet officier fut envoyé par les Princes dans le Maine et en Basse-Normandie pour y prendre le commandement en chef de toutes les forces royalistes (1795). Ce fut sous les ordres de ce général que Rochecotte combattit à l'affaire du Tertre-Frissac (Souligné-sous-Vallon) où 3.000 hommes furent engagés. Il y fut blessé et cette blessure sera la cause de sa perte comme on le verra en fin de ce récit. Il participa à l'attaque et à la prise des postes de Chassillé, Beaumont, Saint-Mars-d'Outillé, aux journées de Montfaucon, de Poillé, d'Avoise, de Bouère, de Bazouges, etc.

 

Souligné-sous-Vallon

 

Alors que les principaux chefs royalistes de l'Anjou avaient déposé les armes au début de mai 1796, Rochecotte, Tilly, La Poterie, La Noirie et autres commandants du Haut-Maine persistèrent et résolurent d'étendre les opérations au Perche et au Pays Chartrain. A cet effet 1.500 hommes réunis par eux partaient sur la fin de mai de Grandchamp (Sarthe) et allèrent attaquer la ville de Bellême qui, malgré une vive et longue résistance, tomba en leur pouvoir. Là, ayant licencié une grande partie de leur troupe, Rochecotte et ses amis s'acheminèrent avec l'élite de leurs partisans en direction de Chartres, faisant le coup de feu à Rémalard, Randonnai, La Ferté-Vidame et La Loupe d'où Rochecotte et Charles de Tilly partirent pour Paris afin de s'entendre avec le Comité royaliste. Ce Comité, composé en grande partie d'avocats, comptant plus sur les moyens purement légaux que sur les efforts tentés par les Chouans pour aboutir à une solution, engagea les officiers manceaux à suivre l'exemple de l'Anjou.

D'autre part, la fenaison, puis la moisson nécessitant la présence sur leurs exploitations de la majeure partie de leurs soldats, Rochecotte et ses compagnons, de retour dans le Maine, se décidèrent à aller trouver, à contre-coeur, le Général Watrin, commandant en chef des forces du Gouvernement dans le département de la Sarthe. Ils discutèrent secrètement avec lui de la cessation des combats et au commencement d'août, malgré leur répugnance, finirent par accepter la paix aux mêmes conditions que la Vendée et l'Anjou.

Aussitôt le général Watrin fit proclamer la levée de l'état de siège qui pesait sur le département depuis le 10 février. Signée par nécessité, cette paix fut aussi impuissante que la précédente à ramener le calme et la confiance dans les esprits. Les visites domiciliaires, les perquisitions et les arrestations continuèrent et les Chouans de bonne foi, qui avaient déposé leurs armes, furent aussi exposés que les réfractaires à se voir inquiétés et traqués comme des malfaiteurs.

Pour remédier à cette déplorable situation, le Comte de Rochecotte fit un nouveau voyage à Paris et s'efforça d'amener l'agence royaliste soit à seconder les hommes d'action qui ne demandaient qu'à reprendre leurs fusils, soit à aider ceux qui les avaient loyalement déposés. Il n'eût guère plus à se féliciter de ce déplacement que du premier. Il écrivait en effet à ses amis du Mans, le 12 juin 1797 : "Je suis à Paris depuis quelques jours et je crois que nous allons tout perdre. Les comités sont composés de gens trop habitués à leurs aises pour se sacrifier dans un coup de main. Ils aiment mieux parler des heures entières que d'agir franchement une seule minute. Sans aucune connaissance des voeux et des besoins de la France, ils marchent en aveugles, répondant invariablement aux hommes de coeur qui les pressent d'agir : Nous verrons, nous verrons ! Et c'est à de pareils gens que le Conseil des Princes a le malheur de s'en rapporter. Ah que je donnerai volontiers tous ces bavards pour une vingtaine de mes Chouans !"

C'est alors que pour informer Louis XVIII de ce qui se passait dans les Comités de Paris, et pour s'assurer des dispositions du Roi à son égard, Rochecotte partit pour Blackemburg où le Prince s'était retiré.

Ce fut probablement au cours de cette entrevue, qui coïncidait avec l'envoi du Comte de Médavi à Saint-Pétersbourg, que pour remplacer celui-ci dans le Maine, il reçut un brevet de général.

Rentré à Paris en juin 1798, il fut, malgré les précautions dont il s'entourait, reconnu et arrêté dans la rue du Bac (29 juin). Grâce à un traître qui, pour établir l'identité de Rochecotte, précisa l'endroit où se trouvait sur son corps la cicatrice de la blessure reçue le 25 décembre 1795 au combat du Tertre-Frissac, il fut condamné à mort par une commission militaire. Ses amis Guéfontaines, Tilly, le chevalier de la Volveine, La Poterie prirent certaines dispositions pour le faire évader, mais le secret de leur entreprise fut dévoilé et ils durent renoncer à leur projet.

Rochecotte fut fusillé près du Champ-de-Mars, derrière le mur d'enceinte (7 août 1798). Il mourut en brave et avec panache (il était coutumier du panache) comme ont su le faire à toutes les époques de notre histoire, passée ou actuelle, ceux qui mettent au-dessus de leur existence leurs convictions politiques ou religieuses et, parfois, les deux associées, ce qui fut le cas pour le Comte de Rochecotte.

[Il avait 33 ans .]

Extrait : Six Chefs Chouans du Pays Manceau - Hervé de Lorgeril - Imprimerie R. Bellanger - La Ferté-Bernard - 1993

 

La fin du comte de Rochecotte est lamentable et a effrayé tous les partis ; jeune, actif et rempli de courage, il était le véritable chef des chouans, et travaillait pour Louis XVIII à Paris. Ayant reçu le cordon rouge du Roi, il le portait sur sa chemise. La police le faisait suivre ; un espion, se croyant appuyé, espère s'en saisir. Rochecotte le tue ; poursuivi, il en fait autant à quatre autres, il était dix heures du matin ; le peuple s'en mêle, le prenant pour un assassin. Cependant, Rochecotte se sauvait, sans une maudite échoppe qui le fit trébucher ; un homme du peuple lui assène alors un coup sur la tête, il tombe et est pris ; il est jugé, condamné et fusillé dans les vingt-quatre heures. Heureusement que le jour de sa prise, il n'avait ni papiers ni cordon sur lui.

Extrait : Mémoires sur les règnes de Louis XV et Louis XVI et sur la Révolution par J.N. Dufort, comte de Cheverny - Tome second - 1886

 

GUILLON DE ROCHECOTTE GENEALOGIE

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