ANCENIS (44) - LE COUVENT DES CORDELIERS

Le couvent des Cordeliers datait de 1448. Ce fut Jeanne d'Harcourt, veuve de Jean de Rieux, baron d'Ancenis, qui fonda ce couvent : elle obtint une bulle du pape Nicolas V, datée du 13 novembre 1448, en vertu de laquelle les moines prirent possession, en 1449, de ce nouveau monastère, malgré la résistance du curé du temps.

 

ANCENIS COUVENT CORDELIERS

 

Le couvent des Cordeliers, était établi à Ancenis, sur le terrain qui sert aujourd'hui (1893) d'assiette aux écoles communales ; la rue qui conduisait en ligne droite chez les moines a encore conservé le nom de rue des Cordeliers. On entrait par la rue du Collège ; une porte à grille de fer, toujours ouverte et à deux battants, conduisait dans une petite cour carré et entourée de murs ; au fond de cette cour, en face de l'entrée, se trouvait un vaste vestibule couvert auquel on arrivait en descendant quelques marches ; sous ce vestibule se rencontraient deux portes à deux battants ; l'une en face était celle du Couvent ; l'autre, à droite, était celle de l'église : la porte du Couvent restait toujours fermée, un moine l'ouvrait au premier coup de sonnette des visiteurs ; elle conduisait à l'angle sud-ouest du cloître à arcades qui entourait le préau du Couvent.

Les bâtiments formaient un vaste carré régulier, composé d'un rez-de-chaussée, et, sur trois côtés (couchant, nord et levant) d'un premier étage surmonté de greniers ; au milieu du carré, le préau, dans lequel était ménagé un espace servant à la sépulture des moines, et au centre duquel se dressait une grande croix en pierre. Au rez-de-chaussée, se développait, des quatre côtés le cloître qui, dans sa partie méridionale et aboutissant à l'église, était simplement couvert en appentis et sans étage supérieur ; des trois autres côtés et longeant le cloître, se trouvaient le réfectoire, les cuisines, une salle, plusieurs chambres, la menuiserie et la lingerie. Au premier étage, composé seulement de trois côtés et formé de deux rangs d'appartements entre lesquels s'étendait le dortoir, on trouvait le parloir, la bibliothèque, vingt-six cellules et plusieurs chambres.

 

ANCENIS COUVENT CORDELIERS PLAN

 

A droite et à gauche des bâtiments, se développaient les jardins et les charmilles ; au couchant entre les jardins, le pressoir, l'écurie et le bûcher ; au nord, la terrasse qui dépend aujourd'hui du collège et qui a conservé le nom de Terrasse des Cordeliers.

L'église sous le patronage de saint François était voûtée, les fenêtres s'échancraient en ogives aux vitraux coloriés ; elle se composait d'une nef et d'un choeur séparés l'un de l'autre par une grille de fer ; elle s'étendait du levant au couchant parallèlement à la rue du Collège, et se rattachait au mur de celle-ci par une petite cour dans laquelle étaient construites deux chapelles ouvrant sur la nef, et la sacristie, sur le choeur. C'est dans ces chapelles, qu'étaient placés les confessionnaux. Aux-dessus de la porte d'entrée, réservée au public, grondait un beau jeu d'orgues. La nef, sans collatéraux, était garnie de bancs de bois avec une allée au milieu. Le choeur en hémicycle était entouré de stalles, l'autel se détachait sur le premier plan ; à gauche on voyait le riche tombeau du maréchal de Rieux, composé d'une statue en marbre blanc fixée sur une table de marbre noir, représentant le maréchal à genoux, dans l'attitude de la prière, un manteau sur l'épaule et les cheveux frisés ; l'épitaphe le qualifiait d'avisé, vigilant et grand capitaine.

Le côté septentrional de l'église formait une partie du mur de clôture du cloître, c'était de ce côté, et tout près du choeur, qu'était pratiquée la porte d'entrée des religieux ; le long de ce mur se dressaient des pierres d'ardoise consacrant, par des épitaphes, la sépulture des personnes riches, devenues concessionnaires de terrains dans la Communauté pour elles et les membres de leur famille.

L'église renfermait notamment les restes mortels :

1° de Jeanne d'Harcourt fondatrice du monastère, morte le 3 mars 1456 et qui avait voulu, par son testament du 14 avril 1452, y être inhumée en habit de Cordelière ou soeur de Sainte-Claire, sans pompe et au milieu du choeur, ainsi que son petit-fils Jean, maréchal de Bretagne ;
2° de Jean de Bretagne, comte de Richemont, fils de Jean II, mort le 7 janvier 1333 ;
3° Jeanne de Craon, morte le 26 décembre 1421, épouse en premières noces d'Ingerger d'Amboise et en secondes, de Pierre de Beauveau ;
4° et de Suzanne de Bourbon, baronne d'Ancenis.
Le Couvent des Cordeliers était à l'aise ; les fondations de prières y étaient nombreuses, et le but de ces prières varié ; les États de Bretagne, dans leurs sessions, lui accordaient souvent une légère subvention. Travers raconte que les Cordeliers reçurent par suite d'une fondation faite par le duc de Bretagne, François II, à sa mort, cent livres de rente pour un anniversaire et plusieurs autres services.

La reine Anne, par ses lettres données à Lyon le 28 septembre 1501, fit don de cent vingt livres aux Cordeliers d'Ancenis.

En 1790, le revenu des Cordeliers était de deux mille trois cent quatre-vingt-douze livres. Quelle fut la vie des Cordeliers d'Ancenis depuis leur établissement jusqu'à la Révolution ? Nous l'ignorons, car rien sur ce point n'a survécu. Nous croyons rester dans le vrai en pensant que ce Couvent dut avoir des directions et des personnalités modestes. Il se composait de dix-huit religieux, presque tous prêtres. Quelque temps avant sa disparition, ils étaient très mêlés au mouvement de la ville ; le supérieur se nommait Guitton ; son bras droit était le Père Lafond ; celui-ci était le chef de ce qu'on appelait le Tiers-Ordre, congrégation de femmes qui, sans prononcer aucuns voeux, restait soumise à la direction du Couvent et entretenait avec les moines des rapports de pratique suivis.

Le Père gardien qui avait précédé le Père Lafond, Nicolas Bernard eut une fin tragique. Il était à Fontenay-le-Comte ; emprisonné d'abord au séminaire de Nantes, lors de la Révolution, puis transféré à la maison de saint Clément le 6 juin 1792 et au château, le 14 août suivant, il déclara, le 8 septembre, par suite de l'opition permise, qu'à raison de son âge il resterait en France ; il entra aux Carmélites lors de la translation du 10 au 14 septembre, puis fut emprisonné sur le navire la Gloire et noyé, à l'âge de soixante-cinq ans.

Il était d'usage et de bon ton, parmi la classe bourgeoise d'Ancenis, d'aller chaque jour, entendre la messe aux Cordeliers ; c'était en sortant de là que s'organisaient les parties de plaisir du dehors.

Les armes des Cordeliers d'Ancenis étaient de sinople à une mule d'argent. Le Couvent fut supprimé à la Révolution et fermé le dimanche de la Quasimodo 1791.

Pendant la période révolutionnaire il servit de club et de lieu de réunion pour les élections des députés de la Loire-Inférieure, à la Convention nationale, et fut vendu le 21 juillet 1796 dans un état complet de dévastation.

E. M.
Revue illustrée des Provinces de l'Ouest - Tome XI - 1893