FRANÇOIS-GUILLAUME COËSSIN, illuminé français,  qui s'est fait un nom par son mysticisme excentrique.

 

Saint-Germain de Montgommery

 

Fils d'un riche marchand de Lisieux, François-Guillaume Coëssin était né, le 7 novembre 1780, à Saint-Germain-de-Montgommery, petit bourg de Normandie situé sur les actuels confins des départements de l'Orne et du Calvados, où sa famille possédait des propriétés.

Le père de Coëssin, qui s'était enrichi dans le commerce des toiles, communément appelées cretonnes, dont l'industrie était alors florissante à Lisieux, devait adopter, dès le début de la Révolution, des opinions politiques avancées. Il entretenait avec le marquis de Sainte-Croix d'Escorches, ancien protégé de Vergennes, qui allait accepter du gouvernement républicain l'ambassade de Constantinople après avoir représenté Louis XVI auprès du prince-évêque de Liège, puis en Pologne, d'étroites relations, grâce auxquelles il espérait pousser un jour son fils dans la carrière diplomatique. Le hasard en décida autrement. Lors de l'insurrection fédéraliste, Coëssin père se rangea sans hésiter du côté de la Convention, ce qui lui valut la faveur du député montagnard Romme, envoyé en mission avec trois de ses collègues dans les départements normands.

Conventionnel Romme

Élève enthousiaste du conventionnel Romme, puis de Clouet, à l'époque où celui-ci fut envoyé à Cayenne pour y fonder une république modèle. Lorsque Coëssin partit en 1797 pourCayenne, ce n'était point par l'effet d'un refroidissement pour Romme, qui avait été exécuté le 18 juin 1795 ; c'était par suite de cet esprit aventureux qui le jeta du jacobinisme dans le despotisme, de l'athéisme dans la mysticité, et le porta un moment vers la diplomatie que les rapports de son père avec l'ambassadeur D'Escorches lui faisait croire une carrière facile et favorable à l'ambition ; son esprit bizarre lui fit chercher des actions pour dessécher le Zuiderzée, le porta à Rome d'où il crut revenir cardinal, et dans ces derniers tems lui fit hasarder sur la terre de La Dubinerie, à l'Écaude, des expériences agronomiques qui n'eurent pas plus de succès que ses sermons nouveaux et ses anciennes relations avec le comte de Saint-Simon, aussi instruit que lui, plus désintéressé, et qui finit plus malheureusement.

Il imagina, vers 1810, de créer un établissement qui n'avait rien de commun avec une république, et qui, malgré le mystère dont il s'environnait, fut généralement connu à Paris sous le nom de la Maison grise ; c'est à Chaillot qu'il avait posé les bases de ce mystique asile.

Il était devenu un fougueux ultramontain, et il serait difficile de donner une idée des singularités de son institut, où la sévérité du régime alimentaire qui était prescrit aux néophytes pouvait remplacer les austérités de tout autre genre. "En effet, disait M. Coëssin, le besoin d'aliments est le cachet de notre imperfection terrestre, et les résultats honteux de la digestion sont la flétrissure permanente découlée du péché originel". De malins observateurs, prétendaient cependant que la table particulière de M. Coëssin était aussi somptueusement servie que celle de ses adeptes était pauvre et frugale.

En même temps, M. Coëssin s'amusait à faire des expérimentations diverses sur certains animaux, et particulièrement sur des lapins, prétendant pouvoir à volonté modifier l'organisation et changer même entièrement les espèces.

Bientôt la maison de Chaillot ne pouvant plus suffire au nombre toujours grossissant de ses disciples, il la quitta pour se fixer dans la rue de l'Arcade, dans un hôtel environné de fort beaux jardins.

M. Coëssin, maître de serrer ou d'élargir une doctrine dont il avait seul tout le secret, recommanda alors à ses disciples tous les plaisirs permis, et surtout la société des femmes, comme des voies plus commodes ouvertes à la perfection. De jeunes dames charmantes vinrent donc s'enrôler sous sa bannière ; mais chacun des membres versait un contingent dans la caisse de la caisse de la société, dont M. Coëssin était, comme de raison, le dispensateur et le gardien, en sa qualité de grand-pontife. De là des discussions, des embarras, auxquels l'invasion de 1814 et l'occupation de Paris vinrent fort à propos fournir à M. Coëssin l'occasion de mettre un terme.

La Restauration devait ouvrir une nouvelle carrière à son activité d'esprit ; mais un certain voile environna ses nouvelles opérations.

Tout ce que l'on sut, c'est qu'il fit depuis ce temps de fréquentes excursions et d'assez longs séjours à Rome, où l'on dit qu'il fonda une nouvelle succursale de la première maison grise.

On apprit aussi qu'il venait souvent à Paris chargé de missions mystérieuses.

A cette courte notice, nous ajouterons le passage suivant, extrait des Mémoires de Madame de Genlis :

"Je reçois aussi quelquefois, dit cette dame, un homme fort extraordinaire ; c'est M. Coëssin. Après avoir été philosophe dans le mauvais sens, il est devenu, par la force de son esprit très-croyant et très-dévot ; mais il est infiniment trop ultramontain. Ses ennemis disent qu'il est hypocrite ; pour moi, je suis certaine qu'il est très-persuadé de la vérité de la religion ; il a la foi que donnent de grandes lumières ; il n'a peut-être pas celle qu'inspire le coeur, et qui vient du ciel ; il est ambitieux, mais du moins son ambition est noble et généreuse. Je n'ai point connu d'homme qui ait dans la conversation sur les grands sujets de la religion et de la politique une éloquence aussi forte, aussi entraînante que celle de M. Coëssin. La nature l'a fait pour être prédicateur, et surtout missionnaire ; et néanmoins, cet homme n'est plus tout à fait le même lorsqu'il écrit. Il a publié un ouvrage intitulé Les Neuf Livres, dans lequel on trouve des étincelles d'un grand talent, et qui d'ailleurs a de l'obscurité et manque souvent de résultat. Il est l'inventeur d'une espèce de bateau à vapeur, qui, dit-on, doit produire de grandes choses pour le commerce et une fortune immense et prompte pour l'inventeur. Il me dit qu'il comptait gagner incessamment des millions, et que son projet était de porter ces trésors à Rome, pour y exécuter un grand plan en faveur de la religion. Nous imaginâmes qu'il avait l'intention et l'espérance de se faire élire pape, à la mort de Pie VII. Il est curieux de voir ce que deviendra cet homme extraordinaire."

Il serait décédé à Paris le 15 septembre 1843. 

 

 Sources :

Nouvelle Biographie Générale ... -  publié par MM. Firmin Didot Frères - Tome Onzième - Paris - 1854-1866

Histoire de Lisieux - par Louis du Bois - Tome deux - 1847

Actes du quatre-vingt-neuvième Congrès national des sociétés savantes, Lyon, 1964, section d'histoire moderne et contemporaine - Tome 2 - Volume 2 - 164-1965