Les de Prépetit qui jouèrent un rôle important dans la Chouannerie normande et portaient de sinople à la fasce d'argent accompagnée de trois éperviers d'or, étaient issus du mariage de "David-César-Alexandre de Prépetit, écuier, sieur du Bus, fils de Louys-Guy de Prépetit, écuyer, ancien gentilhomme de la Manche du Roy et de fueue noble dame Anne Martin, de la paroisse de Condé, avec noble demoiselle Marie-Léonord-Jacquelline Le Harivel des Brières.

L'exécution à tout point regrettable de Prépetit le jeune, dit le Balafré, ancien garde du corps, consommée dans les prés du Bas-Ménil, à Condé-sur-Noireau, en juin 1795, et la mort de son frère, Prépetit-Planquivon, fusillé dans son logis patrimonial des Brières, en St-Pierre-du-Regard, soulevèrent l'indignation générale, elles émurent leurs compatriotes qui leur accordèrent grande pitié et l'on s'en raconte encore les atroces péripéties, le soir à la veillée, dans les vieilles familles condéennes. (Au pays virois - 1929 - Année 12)

 

Condé-sur-Noireau

M. de La Sicotière nous fait le récit de leur mort dans son livre : Louis de Frotté et les Insurrections Normandes - tome 1 :


"Le terrible incident de la mort de Prépetit (juin 1795) vint attrister les premiers succès des insurgés normands ; mais, dans ce temps et dans ce milieu, on faisait peu de cas de la vie des autres et de la sienne propre.


De Prépetit le jeune, dit le Balafré, ancien garde du corps commandait une petite troupe dans les environs de Condé-sur-Noireau. Il était du pays, fort connu et fort détesté dans la ville, où on l'accusait de tous les excès commis par ses hommes ou sous leur nom.


Traqué de ferme en ferme, il finit par être arrêté dans un grenier à foin, à la Lande-Patri. Il avait été livré, paraît-il, par un chouan pris à Cérisi, qui, pour sauver sa vie, avait dévoilé la retraite de son chef.


On l'amena à Condé. Une commission militaire fut aussitôt réunie sous la présidence et dans la maison même du capitaine Aubrée, qui commandait la colonne républicaine. De Prépetit fut condamné à mort, et l'exécution fixée au lendemain.


Sa mère se traîna inutilement aux genoux du capitaine pour obtenir la grâce de son fils ou au moins un sursis : Aubrée resta inflexible. Tout ce qu'on accorda à la mère, ce fut de voir le condamné une dernière fois, en présence d'une sentinelle. Ils s'entretinrent longtemps à voix basse, puis on les sépara.


Un capitaine de la garde nationale s'introduisit aussi auprès de Prépetit pour tâcher d'en obtenir des révélations : tentatives inutiles.


Le lendemain matin, à neuf heures, Prépetit fut conduit, entre deux rangs de soldats, au Bas-Ménil, où l'exécution devait avoir lieu dans une carrière, sur le bord de la route de Vire.


Sa mère, en apprenant qu'on l'emmenait, tomba dans un long évanouissement. Jusqu'à la fin elle avait espéré un sursis.


Une foule nombreuse et anxieuse entourait l'escorte et la carrière. Ce fut avec une émotion mêlée de terreur qu'on vit un vieux sergent former le peloton d'exécution, Prépetit s'agenouiller, une main lui rabattre sur le visage le bonnet de laine qui couvrait ses cheveux, sa tête s'incliner sur sa poitrine en murmurant une prière ; qu'on l'entendit s'écrier d'une voix étranglée : "Ah ! monsieur le commandant, ce n'est pas là ce que vous m'aviez promis !" Puis, les commandements successifs, le craquement des armes et une horrible détonation ... Un nuage de furmée se dissipa, et on aperçut le malheureux, qui n'était que blessé, se débattant au milieu d'une mare de sang. Un soldat de la compagnie territoriale, nommé Madeline, par pitié ou sur un ordre, s'approcha et lui tira un coup de fusil dans l'oreille. La cervelle jaillit et l'éclaboussa.


Ce fut une panique d'horreur : les femmes se cachant la tête dans leur tablier, les enfants s'enfuyant en pleurant et en poussant des cris ... les ennemis eux-mêmes émus et attristés. L'impression douloureuse de cette scène se perpétua longtemps dans la ville.


Le corps resta toute la journée sur le terrain ; à la nuit, la mère le fit enlever et inhumer.


La composition du conseil, la condamnation et l'exécution étaient tout à fait irrégulières. Le district de Vire blâma la conduite de la municipalité de Condé et défendit le retour de semblables actes.


Toutefois, d'autres chouans pris dans le même temps furent fusillés, mais ceux-là sans jugement, au Pont de Vère. Le propre frère de Prépetit, nommé Prépetit dit Planquivon, le fut lui-même à côté de leur logis patrimonial des Brières, en Saint-Pierre du Regard.

LYS