Argentan

 


Les messageries d'Alençon avaient alors pour directeur M. Hubert et l'hôtel des Messageries était situé à l'entrée de la rue Cazault.

Le 6 juin 1807, M. Hubert reçut une réquisition du receveur général de l'Orne, M. Décrès, pour le transport à Caen de cinq lourdes caisses contenant en écus et en monnaie de billon 33.489 francs 92 centimes qu'il avait fait charger lui-même, la veille au soir, dans une voiture, cour de sa maison, rue de Bretagne.

Cet argent devait être dirigé sur Caen.

Trois chevaux furent attelés au véhicule qui partit sous la conduite de Jean Gousset, voiturier, et avec l'escorte de deux gendarmes.

On coucha à Argentan, à l'hôtel du Point de France, où un garçon d'écurie nommé Gautier, dit Boismat ou Boismale et né à Argentan en 1775, donna avis du départ à des brigands apostés dans le bois du Quesnay.

Le conducteur reçut à Argentan une sixième caisse contenant 33.000 fr., remise par le receveur particulier M. Larroc. Il fallut atteler un quatrième cheval et renforcer l'escorte d'un troisième gendarme. Malheureusement les gendarmes furent retenus à Falaise par le service de la révision.

Le vol eut lieu ainsi sans combat, l'escorte ne se composant que d'un seul gendarme qui, se rendant en permission dans sa famille, avait consenti à accompagner la voiture et la suivait d'assez loin. Il se conduisit d'ailleurs bravement, alla donner l'alarme au relais de Langannerie et revint à la charge sur les brigands, qui avaient forcé le voiturier à faire entrer l'attelage dans un chemin couvert pour avoir le temps d'ouvrir les caisses et de s'emparer du trésor.

La cour de justice criminelle et spéciale de Rouen eut à juger une quarantaine de prévenus.

Aujourd'hui un attentat de ce genre serait puni d'emprisonnement, mais au début du dix-neuvième siècle il ne fallait pas compter sur l'indulgence des tribunaux ; cette époque se ressentait encore de la Terreur et Napoléon ne montrait jamais de pitié pour les "ennemis cachés". D'ailleurs, en cette occasion, la sévérité était urgente, car le bruit courait, dans le peuple, que, par des vols répétés sur les grandes routes, les royalistes voulaient réduire le Gouvernement à la famine. Dix prévenus furent condamnés à mort, quatre à vingt-deux ans de fers et de réclusion ; huit purent se soustraire à l'action de la justice.

François Gautier, garçon d'écurie à l'hôtel du Point de France à Argentan, subit la peine capitale. Parmi les condamnés à vingt-deux ans de fers et de réclusion se trouva Pierre-Jacques Vanner la Chauvinière, né à Trun, âgé de cinquante-quatre ans.

Un sieur Buquet, cordonnier à Donnay, qui avait recélé les 66.000 francs dans son four, ne reparut dans le pays qu'après la Restauration.

On lui garda dans la région une haine implacable.

Extrait de la Société historique et archéologique de l'Orne - 07/1922 - Tome 41 - numéro 3