BONCHAMPS STATUE

 

Aujourd'hui que tout Choletais peut, sans se déplacer, venir admirer au Musée la reproduction fidèle et exacte de la statue du héros Vendéen, dont l'original se voit, comme on le sait, dans l'église de Saint-Florent-le-Vieil, il est bon peut-être de rappeler en quelques mots comment ce moulage a pu être acquis et comment Cholet peut à bon droit être fier de le posséder.


Au mois de juin 1883, M. A. Giffard d'Angers informait le Bureau de la Société des Sciences, Lettres et Beaux-Arts de Cholet de la décision prise par la ville d'Angers qui, jalouse d'acquérir l'un des plus beaux chefs-d'oeuvre de son illustre fils, venait de voter la somme de 2.000 francs, destinée au moulage du monument de Bonchamps, et avait chargé de ce travail important des artistes parisiens, MM. Thoquet et Marchon, mouleurs ordinaires des oeuvres de David. M. Giffard proposait en même temps à la Société de faire exécuter pour le Musée de Cholet une seconde épreuve.

Malheureusement à cette époque le manque de ressources ne permit pas à la Société de donner suite à la proposition de son président honoraire. Il est vrai d'ajouter que le Bureau ne se découragea pas pour cela, et que, voulant à tout prix ne pas laisser échapper l'occasion unique qui se présentait de posséder le moulage de l'oeuvre admirable et grandiose du maître dont s'honore l'Anjou tout entier, il fit un appel chaleureux et pressant à la générosité de ses concitoyens, et lança une souscription publique qui, en quelques jours, s'éleva à la somme de 845 francs. Cette somme n'était pas suffisante pour couvrir les frais, se montant à 960 francs ; l'excédant de dépenses fut comblé au moyen des crédits restant à la disposition de la Commission des Beaux-Arts de la Société.


Ainsi donc, c'est au désintéressement d'un grand nombre d'habitants de Cholet et au concours efficace de la Société des Beaux-Arts, que notre ville doit de posséder maintenant le beau, le majestueux et saisissant moulage dont nous donnons la gravure.


Quant à l'appréciation de l'oeuvre elle-même de David, nous ne pouvons mieux faire que de citer ce passage d'une brochure publiée à Angers en 1846, sous les initiales V.P. voilant d'une façon discrète et modeste le nom d'un érudit angevin, M. Victor Pavie, dont l'un des fils fut juge suppléant au tribunal de Cholet.


"La statue, dit l'auteur, exhaussée par un soubassement orné de deux bas-reliefs symboliques, s'adosse aux murs du choeur et domine le tombeau. Le sujet a fourni le geste et l'attitude ; l'idée, l'expression, l'effet grandiose et pur né de l'interprétation de l'enthousiasme chrétien par les données de l'art antique sont l'apport merveilleux du sculpteur. Bien qu'il soit à regretter que l'adossement de la figure dérobe aux regards l'aspect du développement dorsal, néanmoins le jeu des muscles rayonne de toutes parts avec une intensité si puissante, que le regret vient plus tard et comme par surcroît. Le bras commande, la tête prie. La volonté, l'effort, le râle tout à la fois ont entr'ouvert la bouche et soulevé la poitrine. Par un coup hardi du sculpteur, l'accident a revêtu l'éternité de la forme. Il n'est pas jusqu'au nu, si cher à la plastique, qui ne triomphe ici des habitudes modernes, grâce aux impérieuses nécessités du moment. Statue par le ciseau, fantôme par la pensée, produit harmonieux de l'héroïsme du brave et de l'exaltation rêveuse du martyr, cette oeuvre est une des rares et complètes expressions de l'école regrettable, éclose vers cette époque pour s'abimer sans retour dans le tourbillon des hommes et des choses".

Le Choletais illustré - Journal hebdomadaire de la région
Dimanche 7 février 1886 - N° 4 - 1ère année

CHOLET MOULAGE BONCHAMPS PHOTO JULIE

Merci Julie pour cette photographie ♥