MORTAGNE-SUR-SÈVRE

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LA CHAPELLE DU PONT

Il est souvent question dans les legs et titres anciens de cette chapelle dédiée à Notre Dame de l'Assomption, appelée couramment "Capelle du pont de Montaigne (1625)", "Chapelle du pont de Mortagne (1648)", Chapelle du pont.
Cette chapelle était en grande vénération dans le pays "à cause de plusieurs miracles qui s'y étaient opérés". D'après les mémoires de Marin-Jacques Boutillier de Saint-André, on pouvait y lire en 1789, sur un grand tableau, le procès-verbal suivant :

"A la gloire de Dieu" "A l'honneur de Marie"
En l'an 1730 dans un grand débordement de la rivière la Sèvre, ayant quitté son lit et pénétré dans cette chapelle, en remplit bientôt toute l'étendue à plus de huit pieds de hauteur.
L'eau s'étant retirée, on trouva tous les murs imprégnés de l'humidité et d'une matière verdâtre qu'elle y avait laissée. Tout y était mouillé ou plutôt "enfondu". Mais quel fut l'étonnement de tous les nombreux témoins de ce fait quand ils s'aperçurent que les autels et la statue de la Sainte-Vierge étaient demeurés secs, comme si l'eau n'y avait pas touché et propres comme s'ils eussent été fraîchement posés ! c'est pour constater et perpétuer la mémoire de ce miracle que le présent procès-verbal a été placé dans cette sainte chapelle. Ce procès-verbal était signé d'un grand nombre de témoins oculaires et l'attestation qu'ils en avaient faite par serment avait été vérifiée et légalisée juridiquement par les officiers de Justice qui avaient reçu leur témoignage.


L'ancienne chapelle, qui était attenante au pont de la Sèvre fut démolie lors de la construction de la grande route de Saumur aux Sables commencée en 1780 mais encore peu avancée lors de la révolution. Elle fut relevée à proximité de son ancien emplacement, au début du XIXe siècle, là où nous la voyons aujourd'hui. La bretèche n'a pas été reconstruite, mais on remarque, sous le petit clocher-arcade, la niche et la statuette dont il est question plus haut.
Ch. C

 

MORTAGNE SUR SEVRE PONT

 


CHAPELLE ET PONT NOTRE DAME

Le pont qui franchit la Sèvre Nantaise sépare les communes de Mortagne-sur-Sèvre et de La Verrie. Il a remplacé au XIIè siècle un pont plus ancien implanté en aval, au Pont Vieux, car ce dernier était plus difficilement accessible (cotes de la Croix Bureau et de la Hardière - La Verrie)


Ce pont a été édifié pour des raisons stratégiques et économiques :


Stratégiques
Il permettait, en effet, lorsque les gués et les chaussées de la rivière n'étaient plus utilisables ;
de relier au Château de Mortagne les paroisses qui en dépendaient, situées sur la rive gauche de la Sèvre Nantaise ; La Verrie, Chambretaud, Les Herbiers, Saint-Aubin-des-Ormeaux.
Les ponts étaient alors peu nombreux (Tiffauges, Mortagne, Saint-Laurent, Mallièvre) et édifiés au pied de châteaux.
Des maisons nobles étaient souvent implantées près des gués ; La Marière surveillait le gué de Grenon, Roche Sèvre celui de Rochereau, Brebire celui du port, La Garde celui du Guy, La Barbinière celui du Domaine, etc ...
- de contrôler le pays :
Ainsi après la Guerre de Vendée de 1793, Napoléon établit des grandes voies de communication rectilignes de clocher en clocher. Il fit aussi, à Mortagne, percer la rue Nationale entre le logis Lesvain jusqu'à la porte de Bourbetault, araser partiellement cette dernière, construire une nouvelle voie à flanc de coteau, délaissant la route de Romaine, reconstruire le pont par Augustin Fresnel.

Économiques
Le pont de Mortagne facilitait les échanges :
- dans le pays de Mortagne où l'agriculture, l'industrie ont toujours été actives et prospères,
- avec les contrées voisines : transport du sel, de la toile, du papier, des denrées, des matériaux, convoyage des bestiaux, etc ...,
et avait donc un rôle primordial.


Du pont primitif Notre Dame de Mortagne qui devait être, comme tous les ponts de cette époque en dos d'âne, il reste, côté Ouest, sept arches anciennes avec arc brisé ;
- Certaines pierres de la seconde arche sont gravées de la crosse d'évêque ou d'abbé.
Sous les deux premiers arches surbaissées était implanté le moulin du Pont, propriété jusqu'en 1791 du Prieuré Saint Pierre de Mortagne. Ce moulin a été supprimé en 1983 pour permettre un écoulement plus rapide de la rivière en cas de crue et pour éviter que les constructions en amont soient inondées.


Au Moyen Âge, chaque fois que l'on construisait un pont d'une certaine importance, on le mettait sous la protection de la Vierge Marie en y annexant un arceau ou un oratoire sous son invocation. Ainsi fit-on à Mortagne, Saint-Laurent et Mallièvre.


On peut penser que ce sont les barons de Mortagne qui fournirent les subsides pour la construction du pont et de la chapelle.
Dans les aveux de Mortagne à Thouars, les barons se disent fondateurs de la chapelle, aveux de 1650, 1702, 1751 et 1785 ; ils l'avaient assez richement dotée de domaines et de rentes.
Dans une étude faite par Charles Croix dans le Bulletin des Sciences et Beaux Arts de Cholet, il est indiqué :
Il est souvent question dans les visites, titres et legs anciens de cette chapelle dédiée à Notre-Dame de l'Assomption, appelée couramment Chapelle du Pont de Mortaigne en 1625.
Cette chapelle, dont le titulaire est en 1648 l'évêque de Maillezais était alors desservie en l'église (Pouillé d'Alliot)


Eustache Moriceau, doyen de Saint-Laurent, en parle en ces termes dans le compte rendu de sa visite du 15 juin 1679 :
Près le pont, il y a une grande chapelle dont l'occurrence est, à présent, annexée au collège de Beaupréau dont les chanoines doivent faire le service audit Beaupréau. Elle est proprement entretenue par les bienfaits et charités du peuple.


D'après Charles Croix, il s'agit peut-être de la crue de 1770 qui emporta le pont de Saint-Laurent et qui a laissé quelques souvenirs dans la région. D'après le Frère Noël Roul, il s'agit de celle de 1730.


Le pont de Mortagne avait une raison stratégique surtout pendant la Guerre de Vendée de 1793. Mortagne fut place forte de l'artillerie vendéenne de mars à octobre 1793.
Lors de la déroute vendéenne d'octobre 1793, les vendéens firent sauter le pont, privant ainsi les armées républicaines d'une voie d'accès à Mortagne puis Cholet où eut lieu le 14 octobre 1793, la dernière grande bataille.
La chapelle Notre Dame fut alors détruite ...


Les années passèrent, le pont fut tout d'abord hâtivement restauré, puis sur les instruction de Napoléon, Fresnel reconstruisit vers 1805 les arches totalement détruites vers Est.
Il n'en fut pas ainsi de la chapelle.
Celle-ci ne fut pas cependant oubliée.


Une personne dévote, Mlle Moigas entreprit aussitôt la construction d'une nouvelle chapelle. Pour financer son oeuvre, elle quêtait tout simplement les passants. Les chroniques paroissiales précisent : Une demoiselle Moigas, éprise d'affection pour le petit sanctuaire, entreprit cette reconstruction. S'instituant péagère, elle s'installait à l'entrée du pont et sollicitait les passants, surtout les riches commerçants et marchands de bestiaux qui revenaient de la foire de Cholet. Détail consigné dans les papiers de la famille Gaultier - Duperray, elle paya 126 f. au sieur Chiron, pour les travaux de construction. (Bull. paroissial 1929)


Grâce aux fonds récoltés, elle fit tailler le coteau de Fleuriais puis édifier la chapelle actuelle.
Le terrain fut donné par la famille Grimaud
La famille Boutillier des Hommelles offrit la charpente et la couverture.
L'abbé Micheau, nommé curé de Mortagne en 1825, la décora.

 

 

Chapelle du Pont1

 

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Dans les chroniques paroissiales, nous avons la description de 1840 :
"La chapelle du Pont renferme renferme au-dessus de l'autel un curieux tableau en relief qu'on dit assez ancien mais qu'on a eu tort de moderniser par la polychromie.
La Vierge y est représentée debout sur le globe terrestre et terrassant un serpent ..."


Les registres paroissiaux nous indiquent que plusieurs mariages ont été célébrés dans cette chapelle en 1808, 1809 et 1810, elle était donc achevée en 1808. (par exemple : Le 6 juillet 1808, mariage de Jacques Gelot, boulanger, et de Rose Seguin en la Chapelle du Pont, béni par l'abbé Hillairet ...)

 

 

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Cette chapelle est un monument rectangulaire de style roman, construit en pierre de granit du pays. Elle est orientée d'Est en Ouest. Elle est couverte d'une simple charpente. Elle possède un dallage de carreaux de terre. Elle avait originairement un plafond de bois peint en bleu et constellé d'étoiles.
Sa porte est constituée de piédroits moulurés surmontés d'un arc brisé. Une fenêtre en plein cintre fortement embrasée vers l'intérieur surmonte cette porte ainsi qu'un petit clocher pignon surmonté d'une croix, avec une niche barrée dans laquelle était placée une statue en caillou de la Vierge qui a été malheureusement volée en 1985.
Le style de cette chapelle n'est pas sans rappeler, dans les proportions moins importantes, celui de la chapelle Saint-Jacques (alias St Lazare)
Au Nord la chapelle est éclairée par une fenêtre en plein cintre embrasée vers l'intérieur.

 

RESTAURATION EN 1927

Fidèle à ses traditions, la paroisse de Mortagne voulut, en 1927, contribuer à la restauration de la chapelle, elle le fit de façon très généreuse. - Les 126 f. sont bien loin et dépassés puisque cette restauration coûta plus de 3.000 frs. (Bulletin paroissial 1929)
La toiture, la sacristie, les murs ont été remis en état, et de plus, grâce à la générosité de nos paroissiens, nous avons pu confier au Peintre-Verrier de Mortagne l'exécution des deux vitraux donnant dans le choeur de la Chapelle.
Ces vitraux sont simples sans doute, comme le comporte notre modeste sanctuaire, mais du meilleur goût, et, comme tous ceux qui sortent de ses ateliers, font vraiment honneur à notre artiste Mortagnais.
De plus - heureux couronnement de cette restauration - la statue miraculeuse de la Vierge, statue du XVIIIe siècle, a subi une complète transformation sous le pinceau d'un autre artiste de Mortagne dont la célébrité a depuis longtemps débordé les limites de la paroisse et de la région Vendéenne. Cette statue a retrouvé ce merveilleux cachet d'antiquité qui la rend plus vénérable encore. (Bulletin paroissial de Mortagne-sur-Sèvre - 1928)


Les vitraux primitifs ont été restaurés en 2003 par Monsieur Brejon, maître verrier des Herbiers.

 

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Sur le mur Est de la chapelle a été édifié ou réimplanté un retable dont l'oeuvre maîtresse est Notre Dame terrassant sur le globe du monde un serpent et entourée d'angelots. Le reste du mur est couvert du monogramme de Notre Dame sur fond bleu.
Le thème de l'Assomption a été fortement usité pendant la contre-réforme au XVIème siècle qui eut pour étape essentielle le Concile de Trente (1545-1563)


Or en 1840, il est précisé que ce retable est dit "assez ancien". Il est donc possible qu'il ait été déplacé de la chapelle primitive dans la chapelle actuelle lors de la construction de cette dernière. L'assomption est l'élévation miraculeuse et la présence corporelle de Notre Dame au ciel après sa mort.
Deux portes de style Directoire permettent l'accès à une modeste sacristie taillée dans le rocher.
L'autel primitif a disparu. Celui existant actuellement provient de l'Église Saint Pierre de Mortagne. Il a été réalisé en 1984, lors de la réouverture de l'église par les services municipaux de la ville. Ses boiseries proviennent de l'ancien confessionnal incorporé dans l'enfeu du transept nord de l'église.

 

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Délaissée à partir de 1968, cette chapelle a été laissée à l'abandon pendant des années.
Sous l'action conjuguée de la municipalité, du BRAHM et des habitants du quartier du pont, cette chapelle a fait l'objet d'une restauration complète de 2001 à nos jours (couverture, murs, pavage, éclairage), grâce à un magnifique travail d'une association de réinsertion.
La réfection du retable a été confiée à Monsieur Stéphane Menard.
Grâce à cette restauration, ce lieu est envahi à nouveau par la quiétude.


Qui que tu sois, croyant ou non, toi qui entres ici, tu es chez toi.


BRAHM
Juillet 2003

(Informations trouvées sur place)