BOISMÉ (79) - LE CALVAIRE DU BOIS ROCARD

 

croix boismé

 

 

Le calvaire du Bois Rocard, sur la route de Boismé à Bressuire, rappelle le souvenir de Louis de La Rochejaquelein, qui devait périr en 1833 au Portugal.


En 1832, Louis de La Rochejaquelein, répondant à l'appel de la duchesse de Berry, parcourut le pays habillé en paysan. Mais écoutons la marquise de La Rochejaquelein, sa mère : "Le 28 juin, Louis voulut aller aux Brandes, chez Gatard, garde des bois Rocard, près de Clisson. Craignant de ne pas trouver son chemin, il alla prier Martineau, fermier de Beaurepaire, dans la commune de Terves, de lui donner un guide. Ce fermier fit lever un de ses domestiques, nommé Racaud. Un peu avant 11 heures du soir, une patrouille de 60 soldats, peut-être avertie par un traitre, se présenta chez Gatard et plaça des sentinelles autour de la maison. Un quart d'heure plus tard, Louis et Racaud [L.P.] arrivèrent par un petit chemin bordé de haies. Deux sentinelles étaient au milieu. L'une d'elles visa sur Racaud, l'atteignant au ventre, l'autre blessa Louis d'un coup de baïonnette à la cuisse. Les soldats portèrent le corps à la maison. On approcha la lumière et la femme du garde s'écria : "Ce n'est pas Mr Louis".


Les soldats furieux s'opposèrent à ce qu'aucun secours ne soit donné à Racaud. Ils l'emmenèrent à Bressuire où il mourut le lendemain.


Il laissait un fils qui fut élevé par les La Rochejaquelein. Son corps fut enseveli à l'endroit où il avait été blessé mortellement, sous un grand tertre de gazon surmonté d'une croix.

MICHEL HAY
Extrait : Boismé et son église - 2014

 

Au mois de juillet 1832, Louis de La Rochejaquelein, fils du général en chef de 1815 et de la Veuve de Lescure, avait paru lors de l'affaire d'Amaillou, et depuis il errait çà et là dans ce pays, qu'il n'avait pas voulu quitter afin de pouvoir secourir et consoler ceux qui marchaient avec lui quelques semaines avant.

Forcé de se cacher, ce noble jeune homme venait chaque soir chercher asile dans la chaumière du garde du Bois-Rocard, tout près de Clisson. Là, du moins, son âme pouvait s'épancher librement ; il apercevait de loin les ruines du château paternel, et il entendait parler de sa mère et de ses parens à celui qui avait été leur compagnon. Lorsqu'il arrivait au sein de cette nombreuse famille, il y apportait le bonheur, et les enfans en bas âge, habitués à une discrétion entière et à une prudence intelligente, disaient tout bas, bien bas : "Voilà M. Louis !" tandis que leurs parens le couvraient d'embrassemens et l'installaient à leur foyer avec ceux qui l'avaient suivi. Un soir il n'arrivait pas, et pourtant il s'était annoncé.

L'inquiétude envahit la cabane, le garde sortit ... Sa femme resta sur le seuil de la porte l'oreille tendue ... Le fils monta au grenier pour recueillir le moindre bruit ... Les petits enfans se tinrent accroupis dans le foyer, l'oeil fixe et la main sur la bouche ... Tout à coup des pas se firent entendre ... puis des voix ... enfin le garde aperçut plusieurs soldats. Sa maison était cernée ; il rentra vite, ferma la porte et partagea avec sa famille la plus cruelle anxiété ... Quatre coups de fusil partirent en même temps, et on entendit tomber quelque chose au pied de l'échalier voisin de la maison ... - C'est lui, dit un soldat. - Il est mort, reprit un autre ..., - Toute la famille se précipita au dehors ... Le sang avait jailli jusque sur les murs ... Les soldats riaient et blasphémaient sur cette victime qui vivait encore ... On transporta le corps dans la maison, on le mit sur le lit du garde ... Tout cela se finit dans l'obscurité la plus profonde ...

Enfin on apporta une lumière, et à la première lueur qui se projeta sur le mourant : "Ce n'est pas M. Louis !" s'écria la bonne vieille ... Et en effet ce n'était pas M. Louis, c'était son fidèle compagnon, son ami, c'était Racaud qui, ayant voulut franchir le premier l'échalier qui leur servait de passage, l'avait précédé de quelques pas et avait reçu le coup que cet abominable guet-apens destinait à M. Louis, qui fut blessé d'un autre coup de feu (?), mais put s'échapper.


Lorsque les soldats reconnurent qu'ils s'étaient trompés et n'avaient point eu cette tête mise à prix, ils laissèrent éclater leur rage et se vengèrent sur celui qui allait expirer. Ils s'opposèrent à ce qu'aucun secours lui fût prodigué par la famille éplorée du pauvre garde ; bien plus, ils torturèrent ses derniers momens pour obtenir de lui des révélations ... On voulait savoir si c'était bien M. Louis qui l'accompagnait ... On voulait qu'un Vendéen, avant d'entrer dans l'éternité, se fît dénonciateur !!! Racaud ne leur répondit pas une seule parole, il ne proféra pas une seule plainte ; sa figure resta empreinte de calme, de sérénité, de résignation ... Cependant ses souffrances s'accroissaient, son oeil se voila ... on le crut mort ... Les soldats s'éloignèrent un instant ... Alors, au moment où le fermier allait lui fermer les yeux en l'absence de ses meurtriers, il tira brusquement sa main hors du lit, fit un signe de croix, prit le bras du garde et lui dit : "J'étais avec M. Louis, veillez sur lui ..." Et il rendit son dernier soupir qui semblait n'avoir été prolongé que pour lui permettre de donner ce précieux renseignement dont tant de brutalités n'avaient pu lui arracher le secret ...


Louis de La Rochejaquelin, qui avait été lui-même blessé au moment où l'infortuné Racaud fut frappé mortellement, ne put rester plus long-temps dans les environs de Clisson après l'assassinat de son compagnon ; il quitta la France et alla se battre en Portugal pour le compte de la légitimité. Plus de quarante membres de sa famille ont succombé pour la défense de cette même cause.


Aujourd'hui, on voit à la place même où fut assassiné le malheureux Racaud, une grande croix de bois et un tertre de gazon toujours vert ... C'est la tombe du noble ami de Louis de La Rochejaquelein ... C'est désormais un lieu consacré et vénéré par tous ... Je me suis agenouillé au pied de cette croix, et, pendant ce temps-là, tous ceux qui passaient dans le voisinage se découvraient respectueusement, et le garde me racontait en pleurant tout ce que je viens de dire ...

Extrait : La Vendée à trois époques, de 1793 jusqu'à l'empire, 1815 - 1832 - Volume 2 - Auguste Johanet - 1840

 

Je souhaite remercier vivement Mme Angélique Billy-Gonnord  pour son aide précieuse et les renseignements qu'elle a pu me donner sur ce calvaire . Selon elle, malheureusement cette croix se situe sur une propriété privée, au beau milieu d'un bois ; elle n'est pas accessible et de plus, il semble qu'elle ne soit pas entretenue comme il le faudrait ; la dernière fois qu'elle put voir ce calvaire, c'était il y a un an environ,  et les inscriptions étaient déjà moins visibles que ce que l'on peut constater sur la carte postale ci-dessus. (janvier 2015)

 

Quelques photos prises le 26 juillet 2015 ...

 

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