19 MAI 1793

INSURRECTION DE VOLLORE, AUBUSSON, AUGEROLLES ...

La Convention avait décrété l'héroïsme obligatoire. La loi du 24 février 1793 en limitait la manifestation entre 18 et 40 ans et tarifait par départements le chiffre des volontaires. Le Puy-de-Dôme était taxé à 7,280 héros. Et, tandis que les Commissaires répartiteurs partent pour les communes, les paysans gagnent leurs fenils et s'arment de faucilles, de râteaux, de fourches et de gourdins Ils déterrent même quelques tromblons à peu près hors de service. Ah ! ils ne se moquent pas mal de la gloire et même de la République ! Est-ce que la Royauté décimait les campagnes ? Vivent les anciens curés ! Vive la foi catholique ! pourchassés, comme ils le sont eux-mêmes, par un régime oppressif !

 

THIERS

 

Dans les districts de Thiers, d'Ambert et de Billom surtout, le sentiment de révolte se propage comme une traînée de poudre.

Le 14 mars, les paroisses de St-Gervais, de Tours, d'Olmet, de Marat, d'Aubusson, d'Espinasse, de la Chabasse, de Vollore, de Courpière, d'Augerolles sont en pleine insurrection. Les jeunes gens décident qu'il n'y aura pas de tirage au sort et qu'on fera voler la tête à ceux qui se soumettront au recrutement. La Convention veut nous prendre nos enfants, s'écrient les fermiers et métayers, eh bien qu'elle vienne les chercher !

Les municipalités siègent en permanence pour comprimer les groupes séditieux qui s'organisent dans chaque village. Celle d'Augerolles se transporte à plusieurs reprises sur la place publique pour haranguer les mutins et leur faire des représentations suspectueuses. "Cessez de nous pérorer plus, répond la foule, vos écharpes ne sont point faites pour nous en imposer ; si elles ne disparaissent lestement, nous les aurons bientôt écartelées."

La municipalité d'Espinasse-Aubusson est débordée. On veut contraindre le Procureur de la commune lui-même, le citoyen Ollier, à sonner le "bay froid". Les officiers municipaux auraient besoin, pour résister, d'une "force majeure". Ils se résignent à surseoir aux opérations du tirage.

A Tours, les agents de l'autorité, accompagnés du citoyen Montelléon, Commissaire de Billon, veulent faire respecter la loi. On les hue, on les siffle. "Nous sommes libres, vocifèrent les habitants, et nous nous f..... de la loi." Cette réponse, dit le procès-verbal officiel, nous a bien étonnés.

A Vollore, les garçons déclarent  que c'est aux acquéreurs de biens nationaux à prendre les armes pour défendre leurs propriétés.

A Olmet, on enfonce la porte du clocher avec une barre de poirier et on met en branle la sonnerie, "ce qui a beaucoup fatigué le Maire et ses collègues."

Bientôt tous ces groupements isolés s'unifient et se forment un objectif. Il s'agit de fondre sur Vollore, d'égorger les étrangers et surtout les Commissaires envoyés dans cette ville. On pendra par les pieds le curé constitutionnel, puis on l'écorchera comme un lièvre. On n'aura d'égards que pour les maisons aristocrates.

Un jeune paysan prend la tête du mouvement. Les domestiques de MM. Micolon de Guérines et de Couzon arborent et distribuent des cocardes blanches. On les porte au chapeau, à la boutonnière, sur les manches. Deux ex-séminaristes, restés en relations avec les prêtres communalistes ou Filleuls et avec les moines de l'Ermitage parcourent les rangs, proférant de fanatiques appels aux armes, souffrant partout l'exaltation de leurs âmes. C'est une petite Vendée qui se dresse au cri de : Dieu et le Roi !

Les esprits s'échauffent. Le 17 mars, les gars de Tours refusent de tirer et vont se joindre à ceux de Cunlhat. Une veillée d'armes est organisée pendant la nuit.

Comment se procurer des armes plus effectives que des faucilles ou des paradons à l'usage des sabotiers ? On court, le 18 au matin, aux Grimardies, chez M. de Provenchères ; au Bourgnon, chez M. de Guérines, et l'on décroche martialement des panoplies les épées et les rapières. Augustin Desormières, le domestique de M. de Guérines, tenant à la main un espadon à poignée de nacre pris sans doute dans la maison de son maître, range les garçons de Tours sur deux lignes, et après leur avoir adressé de chaleureuses paroles, les conduit successivement à Augerolles, où le beffroi rassemble beaucoup de monde,  et à Aubusson. En route on fait des recrues. Les braconniers de la contrée apportent leurs fusils de chasse. Les insurgés reçoivent dans les maisons bourgeoises beaucoup d' "honnêtetés". M. Joseph Tourlonias, d'Augerolles, fournit toutes les poudres et le plomb nécessaires. Les femmes, vivandières improvisées, versent à boire aux révoltés et leur distribuent des vivres. Le tocsin sonne dans dix paroisses.

Enfin la troupe, forte de cinq à six cents hommes, vient établir son camp sur un monticule, dit la Roche du Renard, à un demi-quart de lieue au sud-est de Vollore.

Les Commissaires spéciaux envoyés par le Département, les citoyens Vimal-Flouvat, Faugière, Dufour, Julliard, Madier sont arrivés de Thiers, ainsi que Guillaume Grimardias, Président du district. Ils sont assemblés dans l'église ; leur escorte stationne sur la place, au pied de la croix de la mission. De moment en moment, ils dépêchent de nouveaux courriers pour réclamer en hâte des secours. Des réquisitions sont faites à Lezoux et à Maringues ; toute la maréchaussée disponible est en marche ; un chaleureux appel est adressé aux émouleurs de Thiers.

Enfin trois bataillons de gardes nationaux débouchent tambours battant, traînant avec eux deux pièces de canon. Les couleuvrines sont braquées sur l'ennemi ; le deuxième bataillon s'ébranle sous la conduite du commandant Bizet.

L'insurrection avait déjà duré cinq jours. C'était beaucoup pour des paysans peu belliqueux de leur nature et prudents par instinct.

Vingt à vingt-cinq coups sont tirés de part et d'autre, sans la moindre effusion de sang. Mais sitôt la décharge faite, les factieux se débandent et se dispersent à toutes jambes.

La garde nationale avait fait un certain nombre de prisonniers (six hommes et une femme), qu'elle remet aux mains de Sébastien Dumas, juge de paix du canton.

Puis elle célèbre sa victoire en plantant un arbre de la liberté devant la maison commune, en remplacement de celui qui avait été renversé par les insurgés.

Attention ! Voici les représailles. Dans ces campagnes, qui ne connaissent encore que le battement du fléau des moissonneurs, on apprendra le battement de la hache du bourreau. L'échafaud politique va se dresser pour la première fois dans le Puy-de-Dôme.

Monestier, le bon curé de Saint-Pierre ; Petit-Jean, le conventionnel de l'Allier, sont là. Ils dirigent eux-mêmes les limiers et les gendarmes. Ils perquisitionnent, ils terrorisent, ils interrogent, ils fouillent, ils scrutent. Un éclatant exemple doit stupéfier et assouplir à jamais les populations.
On songe à réunir une Commission militaire pour juger Jean Aiguebonne, le prétendu chef de l'expédition, et ceux de ses complices qui ont été pris les armes à la main. Mais ce n'est pas possible, les juges militaires font défaut. Qu'importe ? La justice révolutionnaire suffira bien à la besogne.

Le Tribunal criminel du Puy-de-Dôme est mandé par les Représentants du peuple. Il est mandé en même temps que l'exécuteur des hautes oeuvres.

Le Tribunal s'installe dans une des salles de la maison commune de Thiers. Soixante-dix-neuf accusés sont déférés à sa juridiction, dont trente, par bonheur, ont pu échapper aux investigations de la maréchaussée.

Voici la liste des prévenus qui comparurent à la barre (à part Aiguebonne, décédé en prison au cours du procès) :

1° AUGUSTIN DESORMIERES, originaire de Cusset, ancien domestique chez le citoyen Micolon de Guérines, 28 ans.

2° JEAN GOUTTE-GATA, métayer au domaine de Naud, chez le sieur Pétinot, de Vollore, 42 ans.

3° GILBERT BOURGADE dit PIPI, ancien étudiant au séminaire de Clermont et laboureur, habitant au lieu de la Dardie, paroisse de Vollore, 26 ans.

4° FRANCOIS CHOUVEL, fils à Guillaume (non marié), laboureur au village de Montmiot, paroisse de Vollore, 22 ans.

5° PIERRE POYET, dit CHOPINE, domestique chez Hugues de Couzon, habitant au village de Chez-Sandier, paroisse de Vollore, 22 ans.

6° ANNET DUTEIL, laboureur au lieu de la Goutte, paroisse de Tours, 30 ans.

7° MAURICE DUNAUD, cultivateur au village de la Goutte, paroisse de Vollore, 27 ans.

8° HUGUES BOURGADE (neveu de Gilbert Bourgade, dit Pipi), laboureur à la Dardie, 18 ans et demi.

9° FRANCOIS ARCHIMBAUD, vigneron, habitant la ville de Vollore, 28 ans.

10°  JACQUES-CHRISTOPHE MICOLON DE GUÉRIMES, propriétaire, habitant du lieu du Bourgnon, paroisse de Tours, 59 ans.

11° ALEXIS-BERTRAND PROVENCHERE, habitant du lieu des Grimardies, paroisse d'Augerolles, 61 ans.

12° CLAUDE BOUCHY (dénommé d'abord Michel Pellet), du village du Montel, 14 à 15 ans.

13° JEAN MASDORIER, sabotier, habitant le lieu de La Loubière, paroisse d'Augerolles, 46 ans

14° CLAUDE FAFOURNOUX, 35 à 36 ans, journalier au hameau de Foncuberte, paroisse de Vollore.

15° MATHIEU PARMAIN, domestique au domaine de Naud, paroisse de la Chapelle-Tricard de Vollore, 20 ans.

16° PIERRE LARDIN, oncle, cultivateur à Foncuberte, paroisse de Vollore, 36 ans

17° PIERRE LARDIN, neveu, laboureur au même lieu, 14 ans.

18° JEAN LIONNAIS, tisserand au village de Mayat, paroisse de Tours, 21 ans.

19° ETIENNE DUTEIL, métayer au domaine de la Goutte, appartenant au sieur Coiffier, paroisse de Tours, 42 ans.

20° GENEVIEVE DUTEIL, fille à Jean, métayer au domaine de Collange, même paroisse, 24 ans.

21° JEAN DÉRAIGNON, tisserand, habitant au lieu de la Goutte, même paroisse, 30 ans.

22° MAURICE POUZET, domestique des nommés Bourgade, à la Dardie, 45 ans.

23° JEAN BASSET, domestique chez Hugues Bourgade, au même lieu.

24° MAURICE DUTEIL, 20 ans.

25° ANNET GOUTTE-GATA, 24 ans.

26° BENOIT CHOUVEL, 27 à 28 ans.

27° PIERRE PARMAIN, 24 ans.

28° JEAN PARMAIN, 40 ans.

Tous les cinq domestiques de Maurice Dunaud, du village de la Goutte.

29° FRANCOIS CHOUVEL (marié), fils à Guillaume, laboureur à Montmiot, paroisse de Vollore, 24 ans.

30° GABRIEL CHOUVEL, dit PALLET, fils audit Guillaume, 33 ans.

31° GABRIEL CHOUVEL, fils d'autre Gabriel, laboureur à Montmiot, 39 ans.

32° JACQUES CHOUVEL, fils d'autre Gabriel, cultivateur au même lieu, 23 ans.

33° CHARLES GARACHON, natif de Marcillat, district de Montaigut, domestique du citoyen Micolon de Guérines depuis cinq ans, 26 ans.

34° PIERRE RUSSIAS-MONOT, 44 ans.

35° FRANCOIS RUSSIAS-MONOT, 35 ans.

36° ANTOINE RUSSIAS-MONOT, 40 ans.

Ces trois derniers laboureurs à Montmiot.

37° JEAN RETRU, domestique chez Pierre Russias-Monot, à Montmiot, 21 ans.

38° ETIENNE ARCHIMBAUD, laboureur, habitant de la ville de Vollore, 36 ans.

39° ANNET DELAIRE, fils à Baptiste, serrurier au même lieu, 19 ans.

40° BENOIT CHAMBON, oncle, cultivateur au village d'Archimbaud, paroisse de Vollore, 50 ans.

41° MATHIEU DELAIRE, fils à défunt François, laboureur, habitant de la Grangette, paroisse d'Augerolles, 37 ans.

42° GUILLAUME CARTALLIER, cabaretier à Augerolles, 50 ans.

43° JEAN ROUSSET, bachollier au lieu de la Brousse, paroisse d'Augerolles, 25 ans.

44° BENOIT ROUSSET, laboureur au même lieu, 19 ans.

45° JEAN BRUGIERE, domestique chez Hugues de Couzon, 28 ans.

46° JEAN DUTEIL, métayer au domaine de Collange, paroisse de Tours, 65 ans.

47° CLAUDE GOULHOUX, laboureur, habitant du lieu de la Gilbertie, paroisse d'Augerolles, 18 ans.

48° JEAN DANTON, laboureur au même lieu, 24 ans.

La mise en scène se déroule.

Du 8 au 15 mai, l'interrogatoire des accusés se continue. La plupart nient les faits à eux reprochés, tous se refusent à charger leurs camarades. Le président Prévost presse de questions les chefs présumés de l'attroupement, il les confronte avec leurs coprévenus et essaie de leur arracher quelques paroles compromettantes. Peine perdue. On entend ensuite les dépositions. D'innombrables témoignages sont recueillis ; toute latitude est donnée aux insinuations calomnieuses, aux mille perfidies des vengeances personnelles.

Seul, Gilbert Bourgade, le plus instruit de tous les accusés, Gilbert Bourgade, qui n'a quitté le grand séminaire qu'en 1791 et qui a cinq frères ou cousins prêtres réfractaires, répond par un mémoire justificatif, d'ailleurs mal inspiré, aux attaques pernicieuses ou visionnaires de son dénonciateur, le citoyen Maurice Archimbaud. Les autres se contentent de protester de vive voix.

Cependant le dénouement approche le drame de sang va prendre fin. Le 19 mai, est rendue la sentence donnant cinq têtes au bourreau.

 

Voici le texte du jugement, ou plutôt de la condamnation prononcée sous l'oeil vigilant des Représentants :

"... Vu par le Tribunal criminel du département du Puy-de-Dôme, séant momentanément à Thiers ...

Le jugement du Tribunal criminel du 29 du même mois (avril), qui ordonne qu'il se transportera le 5 mai suivant dans la ville de Thiers ;

Autre jugement du Tribunal, rendu en la ville de Thiers, le sept du présent mois de may, par lequel, après avoir examiné toute la procédure et en avoir conféré avec les citoyens PETITJEAN et MONESTIER, Commissaire de la Convention nationale pour les départements du Puy-de-Dôme et de la Creuse, se trouvant alors en la ville de Thiers, il a été ordonné qu'il serait décerné des mandats d'arrêt contre différents particuliers désignés dans les procès-verbaux joints à la procédure et ordonne pareillement que les trois particuliers dénommés, détenus dans la maison d'arrêt de la ville de Thiers, et qui ont été pris les armes à la main, seront jugés par le Tribunal criminel ;

Le Tribunal, après avoir procédé publiquement tant à l'interrogatoire des accusés qu'à l'audition des témoins ;

Après avoir entendu les accusés en leur défense et l'accusateur public ;

Déclare qu'il est constant que Jean Aiguebonne, métayer au domaine de La Borie, paroisse de Vollore, décédé en la maison de justice provisoire après avoir subi interrogatoire, a porté les armes dans les émeutes contre-révolutonnaires qui ont eu lieu dans le district de Thiers et lieux circonvoisins à l'occasion du recrutement ; qu'il a été pris les armes à la main ; qu'il a maintenu ledit attroupement jusqu'à son arrestation ; qu'il a tiré sur la garde nationale de Thiers, ne l'a point atteinte parce que son fusil a fait long feu, et qu'il faisait partie de l'attroupement dans lequel on avait arboré la cocarde blanche ;

Déclare ses biens acquis et confisqués au profit de la République, conformément à l'article 8 de la loi du 18 mars dernier ;

Déclare qu'il est constant qu'Augustin Désormières, originaire de Cusset, département de l'Allier, était, à l'époque des émeutes contre-révolutionnaires, domestique du sieur Micolon, cy-devant noble, lequel a un de ses fils déporté comme prêtre et l'autre émigré ; que ledit Désormières a porté les armes dans tous les attroupements, y a exercé en différentes fois les fonctions de commandant et qu'il a arboré la cocarde blanche ;

Qu'il est constant que Jean Goutte-Gata, métayer au domaine Dunaud, appartenant au sieur Pétinot, est auteur et instigateur des mouvements contre-révolutionnaires  qu'il a été vu les armes à la main et arrêté à l'instant où il les avait cachées ; qu'il a été trouvé muni d'un fourniment dans lequel il y avait de la poudre à tirer et qu'il faisait partie de l'attroupement qui avait arboré la cocarde blanche ; qu'il disait qu'il n'y avait plus de Roy et "qu'il ne fallait pas marcher pour de la canaille" ;

Qu'il est constant que Gilbert Bourgade, dit Pipi, habitant de Vollore, cy-devant étudiant au séminaire de Clermont, est un des chefs ou instigateurs des émeutes contre-révolutionnaires ; que, conjointement avec d'autres ameutés, il a tenu des propos incendiaires, tendant à l'anéantissement de la République et à des soulèvements tant contre les patriotes que contre le curé constitutionnel, qui avaient pour but de les faire égorger ;

Qu'il est constant que François Chouvel, fils à Guillaume, non marié, laboureur, habitant au Mont-Miol, paroisse de Vollore, est un des instigateurs des émeutes contre-révolutionnaires qui ont eu lieu à Vollore le quatorze mars  dernier ; qu'il était toujours à la tête des attroupés et le premier à arrêter et à menacer de couper le col à ceux qui se présenteraient pour le tirage ;

Qu'il est constant que Pierre Poyret, dit Chopine, domestique chez Hugues de Couzon, habitant au village de Chez-Sandier, paroisse de Vollore, est un des auteurs et instigateurs des émeutes contre-révolutionnaires, ayant voulu à main armée forcer des particuliers à donner des armes, ayant demandé avec menaces les clefs du clocher d'Aubusson pour sonner le beffroi, qui fut effectivement sonné le lendemain, et s'étant trouvé dans l'attroupement qui avait arboré la cocarde blanche ;

Qu'il est constant que Jean et Jean-Baptiste de Couzon, frères et fils à défunt Michel, laboureurs, habitant au village de Chez-Sandier, paroisse de Vollore, sont les chefs, auteurs et instigateurs des émeutes contre-révolutionnaires qui ont arboré la cocarde blanche et sonné le beffroi à Aubusson ;

Qu'il est constant que Annet Lavest, dit Bigarre, laboureur, habitant aux Clavelières-Basses, paroisse de Vollore, est un des auteurs et instigateurs des émeutes contre-révolutionnaires, qu'il les a maintenues, a dit "qu'il n'y avait plus de roy, qu'il ne fallait "pas tirer au sort et qu'on couperait le col au premier qui mettrait la main au chapeau" ;

Qu'il est constant que Geneviève Delaire, veuve Chaffonnerie, habitante au lieu de Trévis, paroisse d'Augerolles, a été instigatrice des émeutes contre-révolutionnaires ; qu'elle a porté du pain aux attroupés, les a encouragés et a excité d'autres femmes à faire joindre leurs maris à l'attroupement ;

Qu'il est constant que Chapus père, aubergiste à Augerolles, est un des chefs instigateurs et commandants des émeutes contre-révolutionnaires, qu'il était armé, avait arboré la cocarde blanche et distribuait du vin aux attroupés ;

Qu'il est constant que Jean Burias fils, dit Bulhou, du village de Chassonnerie, paroisse d'Augerolles, demeurant domestique chez Damien Vialon, au Masdorier, est un des instigateurs de l'émeute blanche ; qu'il a sonné le beffroi ; qu'il était un des premiers qui s'est opposé au recrutement ;

Qu'il est constant que le nommé Moron, dit Laviolette, du village de Chassonnerie, paroisse d'Augerolles, est un des instigateurs des émeutes contre-révolutionnaires ; qu'il était au nombre de ceux qui sonnaient le beffroi et ont emmené un cheval, après avoir enfoncé la porte de l'écurie, s'en sont servis pour parcourir les villages voisins et engagé les habitants à se joindre à eux ;

Qu'il est constant que le nommé Dubuisson, originaire des environs de Paris, était cuisinier à l'époque des émeutes contre-révolutionnaires, chez le sieur Micolon, cy-devant noble ; qu'il a porté les armes dans les différents attroupements, y a exercé en différentes fois les fonctions de commandant et qu'il avait arboré la cocarde blanche ;

Qu'il est constant qu'Hugues Chouvel, fils à Gabriel, habitant la commune de Vollore, cy-devant étudiant au séminaire de Clermont, est un des chefs et instigateurs des émeutes et même hors du département pour engager les jeunes gens à s'opposer au recrutement ;

Condamne lesdits Désormières, Goutte-Gata, Bourgade, dit Pipi ; François Chouvel, Pierre Poyet, dit Chopine, accusés présents ; Jean et Jean-Baptiste de Couzon frères ; Annet Lavest père, dit Bigarre ; Geneviève Delaire, veuve Chaffonnerie ; Gilbert Chapus père, Jean Burias fils, dit Bulhon ; Moron, dit Laviolette ; le nommé Debuisson et Hugues Chouvel, fils à Gabriel, accusés contumax, à la peine de mort ; déclare leurs biens acquis à la République ;

Ordonne que les accusés présents seront livrés dans les vingt-quatre heures à l'exécuteur des jugements criminels pour avoir la tête tranchée, et, à l'égard des contumax, qu'ils subiront préalablement interrogatoire dans le cas où ils seront arrêtés, et néanmoins le jugement sera exécuté à leur égard par affiches et placards indicatifs de leurs noms et de leurs domiciles.

Le Tribunal déclare qu'il est constant qu'Annet Duteil, laboureur, habitant de la commune de Tours ; Maurice Dunaud, cultivateur, habitant au lieu de la Goutte, paroisse de Vollore ; Hugues Bourgade, laboureur, habitant au lieu de la Dardie, même paroisse ; François Archimbaud, vigneron à Vollore ; Antoine Chapus, fils à Gilbert, habitant d'Augerolles ; Jacques Bourdier, fils de Blaise, habitant au même lieu ; Jean Josselin, laboureur, habitant du lieu des Grimardies, et Claude Déraignon, habitant de la commune de Tours, se sont trouvés dans les différentes émeutes contre-révolutionnaires ; mais qu'il n'est point constant qu'ils en ayent été les chefs et instigateurs, qu'ils les ayent provoquées et maintenues, ni qu'ils soient dans aucun des cas prévus dans la première partie de l'article six de la loi du dix-neuf mars dernier.

En conséquence, ordonne que, conformément à la seconde partie de l'article six de la loi du dix-neuf mars dernier, les détenus demeureront en état d'arrestation dans la maison de justice près le Tribunal séant à Riom, où ils seront transférés sous bonne et sûre garde, jusqu'à ce qu'il sera statué à leur égard par un décret de la Convention nationale, sur le compte qui lui en sera rendu, et que, dans le cas où les contumaces seraient arrêtés, ils seraient traduits également dans la maison de justice pour y demeurer pareillement en état d'arrestation jusqu'à ce que la Convention aye également statué à leur égard.

Le Tribunal criminel déclare qu'il n'est pas constant que Jacques-Christophe Micolon et Alexis-Bertrand Provenchère ayent pris part aux émeutes contre-révolutionnaires ; les déclare, en conséquence, acquittés de l'accusation à cet égard ;

Mais, attendu que ledit Micolon était cy-devant noble, qu'il a des fils déportés et émigrés, que ses domestiques ont été jugés comme chef des émeutes contre-révolutionnaires, qu'il a été trouvé chez lui différents ouvrages contenant des principes contraires à la Révolution ;

Que ledit Provenchère, cy-devant noble, est père de deux émigrés, que les révoltés ont bu et pris des armes chez lui, ce qui résulte de sa seule déclaration, à laquelle il a ajouté que c'était forcément et comme contraint les armes à la main ;

Le Tribunal ordonne que lesdits MIcolon et Provenchère seront conduits, sous bonne et sûre garde, au département du Puy-de-Dôme pour, par les administrateurs être pris, à leur égard, telles mesures de sûreté générale qu'ils croiront convenables ; qu'il sera également remis aux administrateurs du département un paquet de différents ouvrages trouvés chez le sieur Micolon, dont sera donnée décharge au greffier.

Le Tribunal criminel déclare qu'il est constant que Claude Bouchy, du village du Montel, s'étant nommé Michel Pellet lors de son arrestation, a pris part à la révolte, qu'il a été arrêté ayant un bâton au bout duquel il y avait une espèce de bayonnette ; mais qu'attendu qu'il n'est âgé que de quatorze ou quinze ans, que d'ailleurs il paraît avoir le jugement faible, il est censé avoir participé à la révolte sans discernement ; en conséquence, le Tribunal le déclare acquitté de l'accusation.

Le Tribunal déclare également acquittés de l'accusation, soit comme n'ayant pas pris part à la révolte, soit comme y ayant été contraints : Jean Madosrier, sabotier, habitant le lieu de Laloubeyre, paroisse d'Augerolles ; Claude Fafournoux, journalier, habitant au lieu de Fontuberte, paroisse de Vollore ; Mathieu Parmain, domestique au domaine Dunaud ; Pierre Lardin oncle, Pierre Lardin neveu, cultivateurs au lieu de Fontuberte ; Jean Lionnais, tisserand, habitant au lieu de Mayet, paroisse de Tours ; Etienne Duteil, métayer au domaine de la Goutte, même paroisse ; Geneviève Duteil, fille à Jean, métayer au domaine de la Collange, même paroisse ; Jean Déraignon, tisserand, habitant au lieu des Gouttes, même paroisse ; Maurice Pouzet et Jean Basset, domestiques des Bourgade ; Maurice Duteil, Annet Goutte-Gata, Benoît Chouvel, Pierre Parmain, Jean Parmain, domestiques de Maurice Dunaud ; François Chouvel, marié, fils à Guillaume, laboureur à Montmiot ; Gabriel Chouvel, fils à Guillaume ; Gabriel et Jacques Chouvel, fils à Gabriel, du même lieu ; Charles Garachon, domestique du sieur Micolon ; Pierre, François et Antoine Russias-Monot, laboureur à Montmiot ; Jean Retru, domestique du sieur Russias-Monot ; Etienne Archimbaud ; Mathieu Delaire, fils a défunt François, laboureur, habitant de la Grangette, paroisse d'Augerolles ; Guillaume Cartallier, aubergiste à Augerolles ; Jean Rousset, bachollier au lieu de la Brousse, paroisse d'Augerolles ;  Benoît Rousset, laboureur au même lieu ; Jean Brugière, domestique chez Hugues de Couzon ; Jean Duteil, métayer au domaine de la Gilbertie, paroisse d'Augerolles ; Jean Danton, laboureur au même lieu ; Louise de Couzon, cy-devant religieuse à Thiers ; Antoine Lavest, dit Bigarre ; Jacques et Etienne de Couzon, meuniers à Tiollac ; Claude Pintraud, fils de Bertrand, et autre Pintrand, son frère, des Clavellières-Basses ; Jean Josselin, fils à autre Jean, dit Grizon, des Grimardies ; Jacques Lavoye, métayer à Vernet ; Blaise Chomette, du lieu de Loubeyre, paroisse d'Augerolles ; Benoît Coiffier fls, boucher à Marat ; les nommés Chassaigne, métayers à l'Amblardie ; le nommé Grangette, métayer au domaine des Ménadiers, paroisse d'Augerolles ; François et Vincent Duteil, de la paroisse de Tours ; Annet Garet, du lieu de Rossiat, paroisse de Vollore ; Jean de Combat, dit Pataud, cultivateur de la paroisse de Vollore, et le nommé Dumas, fils du maire, cultivateur au lieu de la Chapelle-Trinquart ;

Ordonne, en conséquence, que ceux des particuliers ci-dessus qui sont détenus, seront élargis de la maison de justice provisoire établie près ledit Tribunal, à quoi faire le gardien contraint, quoi faisant déchargé ;

...

Ordonne que le présent jugement sera imprimé au nombre de quinze cents exemplaires, envoyé à toutes les municipalités du département pour être affiché ; qu'il en sera pareillement envoyé à la Convention nationale et aux départements de la République.

Fait et prononcé ...

Siégèrent : PRÉVOST, président ; BAISLE, BONARME, DUMONT, juges.

 

Les audiences avaient duré quatorze jours, du 5 mai au 19 mai du même mois.

 

En résumé, sur soixante-dix neuf accusés, quatorze furent condamnés à mort ; huit (dont quatre par défaut) furent maintenus en détention jusqu'à ce que la Convention ait statué sur leur sort ; deux furent renvoyés au Département, pour être pris contre eux telle mesure de sûreté qui serait jugée convenable ; cinquante-quatre bénéficièrent d'un verdict d'acquittement.

 

Enfin, un des principaux accusés, JEAN AIGUEBONNE (né le 27 janvier 1752 de Jacques Ayguebonne, métayer du village de la Borie, et de Marie Rossias), métayer au domaine de la Borie, paroisse de Vollore, appartenant au citoyen Dunaud, âgé de 41 ans, qui eût certainement figuré sur la liste des conviés à la guillotine, était décédé dans son cachot, au cours des débats, le 14 mai 1793. Il n'était pas mort de ses blessures, ainsi qu'on l'a écrit, - car, nous le répétons, lors de la rencontre entre la milice nationale et les rebelles, aucune balle n'avait porté, - mais bien d'une maladie contractée huit jours après sa mise en réclusion.

Parmi les quatorze condamnés à mort, neuf, dont une femme, étaient contumax. Nul ne consentit jamais à révéler l'asile qui les abritait. On eût pu, croyons-nous, aisément découvrir la retraite des deux frères Jean et Jean-Baptiste de Couzon, dont la soeur, Louise de Couzon, ci-devant Visitandine à Thiers, avait laissé saisir une partie de sa correspondance et de ses oremus imprimés ou manuscrits.

 

Les cinq condamnés présents se nommaient : AUGUSTIN DESORMIERES et JEAN GOUTTE-GATA, l'un domestique et l'autre métayer de M. de Guérines ; PIERRE POYET, domestique de M. de Couzon, et deux anciens séminaristes, GILBERT BOURGADE (né le 21 janvier 1767) et FRANCOIS CHOUVEL (né le 10 mai 1771).

L'exécution eut lieu le 20 mai, à neuf heures du matin. L'échafaud avait été dressé, à grand'peine et à chers deniers, au sommet de la rue des Barres, sur un emplacement qui fait face à l'hôtel de ville actuel. Les cinq victimes moururent avec l'abnégation et la courageuse fermeté des paysans du Bocage.

Ce matin-là, raconte un témoin oculaire, tous les Thiernois qui le purent partirent pour la campagne, afin de ne pas assister à cette boucherie humaine. Le soir, quand ils revinrent, le sang tachait encore la chaussée.

La Convention oublia dans les cachots de Riom les quatre détenus sur le sort desquels elle avait à se prononcer. Ils y étaient encore au mois de novembre (22 brumaire an II). A cette date, Hugues Bourgade, Maurice Dunaud, François Archimbaud, Annet Dutail et Guillaume Dailhoux - ce dernier était un des condamnés de l'affaire de Cunlhat - adressèrent à Couthon une demande de mise en liberté sous caution. Par hasard, le proconsul était bien disposé. Avec la désinvolture d'un satrape, il inscrivit en marge de la requête : Bon pour l'élargissement des pétitionnaires Cet élargissement eut lieu le 30 brumaire an II. Les citoyens Saby, boulanger, et Villerette, peigneur de chanvre, habitant à Riom et munis d'un certificat de civisme, se portèrent garants pour les ex-détenus qu'ils s'engagèrent à faire représenter toutes les fois qu'ils en seraient requis par l'accusateur public.

MM. de Guérines et de Provenchère avaient été compris dans la poursuite criminelle bien que n'ayant pris aucune part à l'insurrection. A défaut absolu de charges, le Tribunal avait provoqué leur incarcération comme pères d'émigrés. Le 9 thermidor seulement leur apporta la liberté.

 

UNE LÉGENDE se forma longtemps après dans la contrée, légende dont M. l'abbé Guélon s'est fait l'écho dans son Histoire de Vollore. Les vieilles gens racontaient que, contrairement au récit des historiens, trois seulement des condamnés  de Thiers avaient été exécutés, tandis que deux autres, François Chouvel et Pierre Poyet, avaient survécu à la Révolution. Chouvel, devenu maître d'école, ne serait mort qu'en 1845. Quant à Poyet, on ne pouvait préciser ce qu'il était devenu, ni où et quand il était mort, mais la croyance populaire le faisait échapper à l'échafaud.

Il importait de tirer au l'air, une fois pour toutes, ce point délicat et de couper les ailes à la légende. Nous l'avons pu, grâce aux intelligentes recherches d'un consciencieux érudit, M. Antoine Guillemot, le savant archiviste de la ville de Thiers. Il n'existait pas de journaux à Thiers en 1793, et les délibérations municipales sont naturellement muettes sur l'évènement qui nous occupe. La seule ressource consistait donc à compulser à fond les registres des actes de l'état civil des diverses paroisses du district. Or voici ce qu'il appert de cette exploration :

Il n'existe jusqu'en 1850 aucun acte de décès se référant à Pierre Poyet. Quant à Chouvel, le Chouvel mort à Montmiot le 18 janvier 1845 était Hugues, condamné contumax, et non François. Enfin, et cela clot tout débat, on lit sur les deux doubles des registres de décès de la commune de Thiers, à la date du 20 mai 1793, les cinq actes mortuaires successifs dont voici le texte :

"Aujourd'huy, vingt unième jour du mois de mai mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an deux de la République française, à dix heures du matin, pardevant moy Amable Antoine Favier, membre du conseil général de la commune de Thiers, département du Puy-de-Dôme, élu le dix-sept décembre dernier pour recevoir les actes destinés à constater la naissance, les mariages et le décès des citoyens, sont comparus en la maison commune Jean Granghaud, âgé de trente ans, et Guillaume Amblard, âgé de quarante-deux ans, couteliers l'un et l'autre et domiciliés dans la municipalité de Thiers, rue St-Jean, lesquels m'ont déclaré que [Hugues] Bourgade (?), âgé d'environ vingt-cinq ans, domicilié dans la municipalité de Volore, village de la Dardie, est décédé cejourd'huy en cette municipalité de Thiers. D'après cette déclaration, je me suis sur-le-champ transporté sur le lieu, je me suis assuré du décès dudit Hugues Bourgade et j'en ai dressé le présent acte que Jean Granghaud et Guillaume Amblard ont déclarés ne sçavoir signer enquis. Fait en la maison commune de Thiers les jours, mois et an cy-dessus.

Signée : AMABLE-ANTOINE FAVIER, officier public."

Suivent quatre acte semblables pour :

2 - Augustin Désormières, âgé d'environ vingt-cinq ans, domicilié dans la municipalité de Cusset, département de l'Allier.

3 - François Chouvel, âgé de dix-huit ans, domicilié dans la municipalité de Vollore, village Montmio.

4 - Pierre Poyet, dit Chopine, âgé de dix-sept ans, domicilié dans la municipalité de Vollore, village Sandier.

5 - Jean Goutte-Gata, âgé d'environ quarante ans, domicilié dans la municipalité de Vollore, domaine de Naud.

La rédaction de ces cinq actes est exactement la même, à la seule différence que dans ceux de Désormières, Poyet et Goutte-Gata, il y a "est mort", au lieu de "est décédé".

On remarquera, sans trop d'étonnement, que les âges énoncés par les deux déclarants improvisés devant l'officier de l'état civil ne sont pas absolument conformes aux âges que nous avons mentionnés plus haut. Mais ces derniers doivent inspirer toute confiance, car nous les avons relevés dans les interrogatoires mêmes des accusés.

 

Pour en finir avec le drame de Vollore, il nous a paru curieux de reproduire l'état de la dépense faite à Thiers par le Tribunal criminel du 5 au 22 mai 1793 :

dépenses 1er

dépenses 2ème

dépenses 3ème

dépenses 4ème

 

Extrait : Le Tribunal criminel du Puy-de-Dôme – 1791-1800 – par Marc de Vissac - 1897