RÉPUBLIQUE FRANCAISE
ÉTAT-MAJOR
DU GÉNÉRAL DIVISIONNAIRE COMMAIRE

LIBERTÉ ÉGALITÉ

AU QUARTIER DE L'ÉTAT-MAJOR, A SAUMUR
Le vingt-cinq jour de frimaire de l'an second de la République Française, une & indivisible. (15 décembre 1793)

Copie de la lettre envoyée par le citoyen Villiers, Président du Département de Maine-et-Loire

Liberté, Égalité, Unité, Indivisibilité de la République ou la Mort.

 

Du Mans le 23 frimaire de l'an 2e de la République française et de la mort du tyran à deux heures du soir. (13 décembre 1793)

Le citoyen Benaben - Commissaire du Département de Maine et Loire près des Armées destinées à combattre les Rebelles de la Vendée aux citoyens Administrateurs du même Département.

Citoyens, C'est dans le cabinet du Général Marceau, de ce brave général auquel nous devons la victoire la plus complette sur les Rebelles, c'est dans son cabinet, dis-je, que je me hate de vous écrire. Je l'avois rencontré hier avec la Division de Tilly dans le moment où celle de Muller étoit en déroute et je n'ay pas douté un moment du succès de nos armes.


Nous attaquons le Mans à huit heures du soir, le feu a duré 17 heures, parce qu'il nous a fallu nous battre dans les rues à coups de canon et de fusil. Toutes les rues sont couvertes de cadavres. Nos braves défenseurs à la tête desquels je dois mettre Westermann, Marceau, Tilly, Delaage et Carpantier sont à la poursuite de l'ennemi qui voudrait se porter sur Laval. Toute cette route est jonchée de morts à la distance de trois ou quatre lieues. Imaginez qu'on se battit à la portée du pistolet et à coups de sabre ; la guerre sera terminée vraisemblablement sous trois jours, tels est du moins le sentiment du brave Westermann qui dans une lettre qu'il vient d'écrire à Marceau, général en chef de nos armées, ne demande que des vivres et quatre cents bons cavaliers pour achever d'exterminer cette horde de brigands. Je vous avois écrit que la brigade de Carpantier qui étoit la troisième de la Division Muller s'étoit enfoncée dans le bois qui étoit à la droite du lieu où l'on avoit établi une batterie, et qu'à peine j'avois tourné le bois avec mes deux ordonnances pour voir si nous n'étions pas cernés de ce côté là par l'ennemi, toute la Division de Muller étoit en déroute complette, mais j'avois oublié une circonstance ... (?), c'est que le brave Carpantier s'étoit vu abandonné de toute sa brigade à l'exception de cent hommes avec lesquels il s'est réuni à Westermann et a prit six pièces de canon à l'ennemi. Toute la Division de Muller n'est venue au Mans que longtemps après que le reste de notre armée avoit quitté cette ville pour marcher à la poursuite de l'ennemi ; elle y a passé toute la nuit tandis que Carpantier avec ses cent hommes campoit six lieues au delà. Je suis d'autant plus charmé de vous faire connoître cette circonstance remarquable que je m'étois lié avec Carpantier et son Adjudant Général : ce Carpantier comme vous le savez est de Saumur et qui plus est prêtre, cette dernière qualité le rend plus estimable à mes yeux, car il est rare de trouver parmi les gens d'église un aussi bon patriote et un aussi bon général.


Je vous enverrai par la première occasion le chapeau de Larochejaquelein qui a été tué par un de nos amis du 19e Régiment des Chasseurs. Le chapeau est surmonté de six panaches blancs. J'ai mieux aimé vous envoyer ce trophée que des voitures, des calices, des soleils, des croix d'or &c. car je suis arrivé assez à temps pour profiter du pillage. Il y a des hussards et des dragons qui ont fait les plus riches prises ; quant à moi si j'en eusse fait quelque-une ce n'auroit été qu'au profit de la République.


Salut et Fraternité,
Signé Benaben

Certifié conforme à l'original
Signé Villiers, Président du Département

Pour copie conforme,
Le Général Divisionnaire commandant à Saumur,
Commaire.

AD85 - SHD B 5/7-77