LES EPESSES

Copie de la déclaration faite par le sieur Durand père, métayer, des Épesses (Vendée), dont le fils a été condamné aux dernières assises de Bourbon-Vendée.

"A la mi juillet 1832, des soldats du 44e, m'ont enlevé deux moutons et m'ont fait donner 16 francs pour les ravoir, et pour le permis de chercher mon fils le réfractaire pendant deux jours ; à la suite, ils m'ont tué un mouton qu'ils ont mangé chez moi, avec mon pain ; le lendemain ils ont également tué un cochon qu'ils ont également mangé, et ils ont emporté les restes au bourg des Épesses. Ce qui restait chez moi, ils l'ont jeté et foulé aux pieds en faisant régaler leurs chiens, de crainte que nous ne puissions profiter de leurs débris.

A différentes fois ils ont tué et mangé toute la volaille, les oeufs, le lard et les fruits, enfin ravagé tout. Plusieurs fois au nombre de dix ou douze, ils ont bandé les yeux à mon autre fils, à ma femme et à moi, armés de leurs fusils, nous ont conduits dans les coteaux, en nous disant qu'ils allaient nous tuer, et nous faisaient mettre à genoux. Ma femme reçut dans la figure le bout d'un fusil qui l'a toute meurtrie.

A la Toussaint suivante, la garde mobile a lié mon fils et mon domestique avec deux cordes, les ont conduits dans la commune voisine, à Chambretaud, en les maltraitant de coups de baïonnettes et de sabre, les poussant dans les ronces, et leur arrachant les cheveux.

Le mardi de Pâques suivant, de l'année 1833, ils ont mis mon fils en travers dans le feu, menaçant d'apporter d'autre bois pour le faire brûler. Ils me bandèrent encore les yeux, et me battirent tant que je tombai sans connaissance. De cette fois, j'en ai été six mois malade. Enfin mes voisins sont témoins de tout ce que je dis ici, la vérité, la pure vérité."


Nous n'avons rien changé aux termes de cette déclaration. Elle parle plus haut que tout ce que nous pourrions dire. ...

Le Vendéen
Journal du Poitou
16 mai 1834 - n° 5 - 4e année