BEAULIEU-SOUS-LA-ROCHE (85)

Encore un assassinat commis par un soldat indigne de ce nom.

 

LES MOULIERES

 


Le 2 de ce mois, le jeune Guérineau, ouvrier à la Mothe-Achart, revenait de la messe de Beaulieu avec un de ses camarades, et tous deux suivaient la grand'route qui conduit à la Mothe ; ils étaient arrivés à un endroit appelé les Moulières, lorsqu'un soldat du cantonnement de Beaulieu les arrête et leur demande leurs papiers ; Guérineau n'ayant pas les siens, prie le soldat d'avancer avec lui chez le nommé Rabillé, dont on aperçoit, non loin de là, la maison, et qui le connaissait depuis longtemps. Pour toute réponse à cette invitation, le soldat recule deux pas, arme son fusil et tire à bout portant sur Guérineau.

Ce malheureux, malgré cinq à six blessures (car le fusil était chargé de plusieurs morceaux de potain), eut encore la force de se traîner vers l'habitation de Rabillé. Pendant ce tems le soldat rechargeait son fusil, et c'en était fait de Guérineau si la vue de deux femmes qui vinrent à passer n'eût arrêté le bras de l'infâme assassin ; mais bientôt n'écoutant que sa fureur, il s'élance avec rapidité et entre presque en même temps que sa victime.

Là, il cherche à l'atteindre d'un second coup de fusil ; heureusement les personnes qui se trouvaient chez Rabillé, empêchèrent ce forcené de consommer ce second crime, et sauvèrent l'infortuné Guérineau d'une mort qui paraissait certaine !

Voilà le fruit des idées fausses que l'on cherche à propager ; on fait entendre que la Vendée est en insurrection, que chaque habitant des campagnes est un ennemi, que le pays est plein de réfractaires ; n'épargnez personne, dit-on, et personne n'est épargné.


Le jeune Guérineau est étranger au pays ; il travaillait chez M. Loire, maître tailleur de pierre, ancien militaire et officier de la garde nationale de la Mothe-Achard ; ses opinions, qui sont loin d'être en opposition avec le gouvernement actuel, semblaient devoir le mettre à l'abri du traitement qu'il a essuyé. Il est aujourd'hui à l'hôpital de Bourbon, où M. Le préfet est, dit-on, allé le voir ...  Nous ignorons si l'assassin a été arrêté.

Le Vendéen
Journal du Poitou
18 mars 1834 - n° 92 - 3ème année