L'existence de l'Abbaye de Moreilles, placée sous l'invocation de la Vierge, se divise en deux parties, depuis la date incertaine de sa fondation, avant 1109, jusqu'à sa disparition à la Révolution par suite de sa vente comme bien national en ? à M. Seguin qui revendit la propriété à M. Diet, qui la vendit à M. Guinaudeau dont la succession la vendit à M. Thévin son actuel propriétaire.

 

Moreilles château de l'Abbaye


La première période, la plus longue, la plus prospère et la plus intéressante, s'arrête vers 1567, époque à laquelle le Couvent, l'église, les archives furent complètement anéantis par les Protestants qui les incendièrent. Il n'en subsiste donc plus rien, pas même les ruines qui furent rasées par les moines eux-mêmes et recouvertes d'une couche uniforme de béton de chaux, de façon à protéger au moins les vestiges sacrés et les sépultures des donateurs ou des bienfaiteurs inhumés dans les lieux saints. Cette croûte fut elle-même recouverte de terre végétale et cultivée en jardin (aujourd'hui dénommé l'affiage).


La seconde période moins longue et moins florissante part depuis la reconstruction des bâtiments conventuels et de l'Église par les prieurs Gedouin et Godel en 1689 jusqu'à la Révolution. Durant cette période les Abbés et la Communauté semblent avoir simplement profité des avantages acquis ou reçus durant la première ; les revenus y avaient atteint jusqu'à vingt mille livres de rente. Le Cardinal de Richelieu l'illustra de sa dignité d'Abbé durant quelque temps.


En 1788, il y avait encore six Religieux.
A la Révolution, il n'en restait plus qu'un seul.


Des bâtiments nouveaux reconstruits après les incendies des guerres de religion il reste en tous cas les logements actuels de la propriété dénommée l'Abbaye, mais tellement changés d'aspect par leurs propriétaires successifs qu'il est impossible de reconnaître leur destination religieuse ou autre. Cependant au dire de personnes très âgées, suivant la tradition et si l'on s'en rapporte au plan cadastral dressé en 1851, l'emplacement de certains logements abbatiaux conventuels correspondraient bien avec ceux qui entourent la cour de la propriété : la grange n'aurait pas changé de proportions, elle aurait simplement eu des ouvertures bouchées ; son âge est confirmé par un certain nombre de dates gravées au couteau dans les pierres d'encadrement des fenêtres donnant sur le jardin (1750-51-56 etc.) ; la maison de maître a été haussée d'un étage et modifiée complètement, la maison de fermier d'un étage également ; le reste a gardé ses dimensions. En somme tous les locaux auraient été anciennement, sauf la grange, des rez-de-chaussées de la hauteur de l'écurie, du serre-bois, de la chambre de domestique ... etc.

 

Moreilles 7


L'Eglise a totalement disparu et aucun indice n'en révèle même l'emplacement. Selon un plan de 1797 (se trouvant à la Maison commune de Chaillé) elle existait bien encore à ce moment-là puisqu'elle y figure, mais le plan est imprécis sur son emplacement. Suivant les dires d'anciens et la tradition, cette Église fort belle, était dans le champ au bout des quereux de la ferme vis à vis de la barrière. Ceci est probable, des commencements de fouilles y ont en effet révélé des pierres d'ogives et des murs.


Certaines légendes assurent qu'il existe de nombreux souterrains ; que les cloches sont cachées à un vol de chapon de l'Église ; ou encore que "à un vol de chapon gras, un trésor tu trouveras" ; qu'il y a quelque part une porte de fer qui n'a pas été ouverte. En fait on connaît deux souterrains l'un maçonné qui fut manifestement un égout où venaient se déverser par des petits conduits les eaux usées et les eaux de pluie ; l'autre avec un large escalier ne révèle pas sa destination, il est creusé à même le roc et se termine en cul-de-sac de façon assez imprécise par du rocher qui a été jugé artificiel.

Les notes qui suivent constituent le seul recueil existant sur l'Abbaye de Moreilles.

L'Abbaye de Moreilles fut bâtie par les Seigneurs de Triaize sous l'invocation de la Sainte Vierge. Elle existait avant 1109, puisqu'à cette époque AYMERY II de BOUIL, Seigneur du Poirou, ayant fondé dans cette paroisse l'Abbaye de BOIS-GROLLAND, fit venir des moines de MOREILLES et mit le nouveau Monastère sous la direction et la dépendance de la Maison-Mère, dépendance dont il sut s'affranchir en grande partie par la suite.


Néanmoins cette subordination, au moins pendant quelques années, est nettement établie par le document ci-joint tiré du Cartulaire du Bas-Poitou par Paul Marcheguay.


"Au nom de la Sainte et Indivisible Trinité, moi, AIMERY de BOUIL, voulant bâtir une Maison dans laquelle DIEU fut perpétuellement honoré par ses fidèles serviteurs, j'ai plusieurs fois demandé à vénérable homme MESCHIN, Abbé de MOREILLES, d'envoyer à BOIS-GROLLAND un certain nombre de Religieux, et de leur donner un Abbé, afin qu'ils y fixent leur résidence et qu'ils y prient constemment le Seigneur pour le pardon de mes péchés et des péchés de mes Parents, et enfin pour le bien spirituel de tous les Fidèles vivants et trépassés. Le susdit MESCHIN après de longs ajournements et toujours sollicité par moi et par beaucoup d'autres a fini par accorder cette requête".


La bulle privilégiée du Pape LUCIUS II, accordée à l'Abbaye de Moreilles entre le 12 mars 1144 et le 25 janvier 1145 lui confère spécialement la grange ou ferme de BOIS-GROLLAND qu'AIMERY de BOUIL avait donnée à ladite Abbaye.

 

Moreilles 9

 


L'Abbaye de MOREILLES d'abord de l'ordre de Clairveaux fut en 1145 visitée par GILBERT de POREE, évêque de POITIERS, et affiliée en 1152 à l'ordre de Cîteaux.


Lorsqu'en 1203, l'Abbaye de BOIS-GROLLAND quitta la règle de Saint-Benoît pour se soumettre à la réforme établie à Cîteaux, l'affiliation fut faite par ROBERT, Abbé de BOIS-GROLLAND entre les mains de MAURICE évêque de Poitiers mais avec l'assentiment d'ORTENCIUS, Abbé de MOREILLES.


Au mois d'avril de cette même année 1203, ORTENCIUS intervenait comme témoin dans un acte de donation faite au Prieuré de saint-Hilaire de FONTENAY par GUILLAUME CHASSELOUP et son frère Girard VOUSSARD (Archives de Fontenay, tome I, page 64).


Le nom du même Abbé figure antérieurement à 1203 dans un document de la plus grande importance que nous résumons ci-après :
Dans une pièce latine déposée aux Archives Nationales, manuscrit de DUPUY, vol. 804, fol ?19, traduite par Monsieur MARCHEGUAY, il résulte qu'en 1199, il y avait aux environ de CHAILLÉ les MARAIS des champs ou "carrés" d'une vaste étendue et donnant de belles récoltes. Le sol était assez desséché, et en outre assez boisé pour que le gibier de toutes sortes y offrit aux Seigneurs féodaux un plaisir dont ils étaient aussi avides que jaloux. Sur les marais et terres qu'il cède aux moines de MOREILLES, Pierre de VELUIRE, avec l'assentiment de Ameline, sa femme et de Hervé, son fils, renonce à tous les droits utiles, tels que ceux de dîme, terrage, etc., etc. et même aux droits seigneuriaux, mais il se réserve d'une manière spéciale et exclusive la chasse des lièvres et des faisans.


Pour prix de cette donation les Religieux de MOREILLES paieront annuellement au Seigneur de CHAILLÉ ou à ses successeurs une rente de vingt setiers ou 240 boisseaux (ils devaient être rendus à Chaillé le jour de la Saint-Michel) moitié en froment, moitié en fèves qui formaient dès lors la principale culture des marais de la Sèvre. Ils s'engagent aussi à creuser vers la mer à partir d'un lieu appelé JORZ un canal dont la direction, la largeur et la profondeur seront déterminées par les Notables de LUCON et de MARANS. Le creusement de ce canal paraît avoir été une charge assez lourde, tandis que le droit de faire des "bots" ou canaux de dessèchement était un grand avantage concédé aux donataires.


Il est probablement difficile de reconnaître aujourd'hui tous les noms de lieux nommés dans cette charte, mais elle n'en est pas moins intéressante pour l'histoire des marais desséchés du Bas-Poitou et pour celle de la famille de VELUIRE dont le fief s'étendait depuis VIX jusqu'à la mer.


Parmi les lieux désignés, il est question notamment des marais situés entre le clos de sa mère Agnès et le fief de MARANS, le Millaret et le Caurette ? ... 2e entre la terre de Ste RADEGONDE et de CHAILLÉ ; 3e le marais d'Aimeri de Reiss(?)


Ce don fut fait l'an de l'incarnation 1199 dans le chapitre de l'Abbaye de MOREILLES entre les mains de l'Abbé OSTENSCIUS, en présence de tout le Couvent, de Pierre Normand, Pierre la Guerre, Sebrand, Guillaume Yvaz, Simon Gallocheau, Hervé de Péault et autres témoins.


Les deux exemplaires furent revêtus du sceau de Pierre de VELUIRE et de celui de Maurice évêque de POITIERS. (Le texte complet de la charte se trouve dans l'annuaire de la Société d'émulation de la Vendée, année 1858, pages 1429-1430, Agnès de Poyaule (Péault) Volvire ou Veluire fit avant 1218 des dons à l'Abbaye de MOREILLES.)


En 1541, c'est-à-dire avant de ressortir au siège royal et Sénéchaussée de FONTENAY-le-COMTE, l'Abbaye de MOREILLES avait pour fermier Joachim Voisin de Ste GEMME-la-PLAINE, frère du célèbre capitaine et historien protestant LANCELOT VOYSIN de la POPELINIERE.


Ruinée en 1562 par les protestants, et en 1615 par la garnison de MAILLEZAIS, des prieurs zélés profitèrent du bon vouloir de Richelieu et de son successeur au Siège de LUCON, Aymery de Bragelonne, pour reconstruire les lieux incendiés. Le Monastère sembla ressusciter alors et vit augmenter considérablement le nombre de ses Religieux.


Aimery de BRAGELONNE, fatigué du fardeau épiscopal quitta volontairement ses fonctions pour se retirer dans l'Abbaye de MOREILLES dont il devint Abbé ; il y mourut à une date que l'on ne saurait préciser mais postérieure à 1646. Un autre Abbé de MOREILLES, Nicolas de Malezieux, évêque de LAVAUR, se trouvait dans son Abbaye lors de la mort de Monseigneur de Lescure ; c'est lui qui, le 9 juillet 1723, célébra dans la cathédrale de LUCON un service solennel à l'intention de son défunt collègue.

 

MOREILLES RECONSTITUTION


L'Église reconstruite en 1699 par les soins du prieur GEDOUIN fut bénite la même année par Monseigneur Charles Prezeau de la Frezelière évêque de LA ROCHELLE.


Au moment de la Révolution il ne restait plus à MOREILLES qu'un seul moine auquel l'Abbé commandataire qu'était l'Evêque de NANCY faisait une pension sur les vingt mille livres qui lui restaient.


Le 13 février 1790 eut lieu la déclaration de l'Abbaye de MOREILLES avec le bail de son revenu de 21.150 livres affermé sur la caution du Directeur général des fermes.


L'Abbaye de MOREILLES possédait à CHAVIGNY un marais sur lequel les habitants de NALLIERS et de L'ISLEAU avaient pour coutume ancienne le droit de mener pacager leurs bestiaux ainsi qu'il appert d'un acte de 1463.


Elle possédait également dans la paroisse de BESSAY les moulins de la ROCHETTE, deux à eau et un à vent. Ces moulins furent arrenté par l'Abbé en 1703 à Antoine GUIGNARD moyennant la rente de 200 livres, dont 40 pour le Curé de BESSAY et 75 pour l'Église du même lieu, consentie par Jean des Forges. L'acte de ratification est du 6 février 1729 (Archives du Diocèse).

 

Liste des abbés - Abbaye de Moreilles



L'Abbaye de la Bienheureuse Marie de MOREILLES, d'abord de l'ordre de Saint-Benoît, puis de Cîteaux dans la branche de Clairveaux, jadis du diocèse de Maillezais, à présent de celui de La Rochelle, est située dans la paroisse de Ste Radegonde, à 5 lieues de La Rochelle, à 2 de Luçon. Les fondateurs passent pour être des Seigneurs de Triaize, mais nous ignorons à quelle date se fit cette fondation.


Cette importante Abbaye, dont les très vastes limites indiquant une nombreuse suite de Bienheureux Bernardins y vécurent, existait déjà en 1109, puisqu'à cette époque se place la fondation de BOIS-GROLLAND, (fundem prente AYMERICO-de-BULLIO) ; d'où il semble certain que l'année 1152 communément assignée comme date de fondation est plutôt l'année de son affiliation à l'ordre de Cîteaux.


(Cure autem) après que le Monastère fut parcouru par les Protestants, Dom Denis GEDOUIN, son prieur, homme de très grand mérite bâtit avec de nouvelles (voûtes ?) l'église que Charles Madeleine FREZEAU de la FREZELIERE, évêque de La Rochelle, consacra en grande pompe en l'an 1699, le 19 novembre.


Chaque jour le Monastère se relevait et s'ornait par les soins de Dom Jacob GODEL, très actif Prieur, (vestigia prements, celleraril e vivis aublati) qui par son mérite passa à bon droit pour tous comme le restaurateur de l'Abbaye de MOREILLES.

 

Moreilles 6

 

M. GUINAUDEAU
Directeur régional de la Compagnie générale
de Radiologie - CAEN (sans date)
A.D. 85 - 1J2407

 

Moreilles sceau de maître Arthur Goguet

 

 

Sceau d'un Abbé de Moreilles : Maître Arthur Goguet.
Bien que cet abbé ne figure pas sur la liste des abbés de ce monastère dressée par Aillery, on peut le placer à la fin du quinzième siècle, de 1482 à 1500, époque où ne figure aucun abbé.
Selon Petiet, dans l'armoirial poitevin, il est : d'azur au croissant d'argent accompagné de trois coquilles d'or.
Ce sceau est d'autant plus intéressant que c'est sans doute l'un des premiers exemples en Poitou, du style renaissance. (L. Chapleau - Anciennes abbayes vendéennes, p. 112 - AD85 - 1J2260)

Voir également : http://www.abbaye-notredame-moreilles.org/vestiges_abbaye_moreilles.php