LE CLERGÉ DE LA VENDÉE
PENDANT LA RÉVOLUTION

CHAMBRETAUD
GABARD (Pierre-Jean), curé.
NICOLAS (François), vicaire

Né le 29 juin 1735, M. Gabard remplaça à la cure de Chambretaud, le 12 avril 1780, M. Loyseau, décédé le 15 mars précédent. Il ne se montra pas hostile au mouvement émancipateur de 1789, et fut l'un des 9 électeurs du canton des Herbiers envoyé à Fontenay en 1790 pour élire les députés à l'Assemblée législative. Il refusa d'ailleurs le serment constitutionnel, resta dans le pays, et se cacha dans une ferme isolée, qui se dérobe aux regards dans un pli de terrain, le Pré Landais, paroisse de Saint-Malo, à 3 kilomètres de Chambretaud. On lui avait fait une petite retraite sous des fagots de bois, en face de la ferme ; il n'en sortait que pour porter à ses paroissiens les secours et les consolations de son ministère.

 

Le Pré Landais


Aucun prêtre intrus ne fut installé à Chambretaud. Un jour, M. Gabard fut surpris, à la cure même, par les bleus, qui lui annoncent qu'ils vont le conduire à Nantes et le recommander à la bienveillance de Carrier. Sa domestique demanda aux soldats de laisser au moins à son maître le temps de changer de linge, et leur offrit à boire, si généreusement, qu'à la faveur des copieuses libations, elle put faire échapper M. Gabard, et même s'échapper après lui.


Le 27 février 1794, jour du grand massacre de la Gaubretière, quelques compagnies de la colonne infernale envahirent soudain Chambretaud ; les cris de mort éclatèrent avec la fusillade ; M. Gabard était encore à son presbytère. Il s'empressa de fuir dans la campagne, poursuivi par les soldats qui hurlaient : à mort ! à mort !

 

 

fontaine-vive

 


Perdant peu à peu du terrain, il arrive à la ferme de Fontaine-vive ; là, il se jette dans la rivière, et se cache sous un petit pont, la tête seule hors de l'eau. Les bleus perdent ainsi sa trace, car ils ne pouvaient se douter que le prêtre haletant se fut jeté dans l'eau, très froide en cette saison. Le danger passé, M. Gabard sortit de la rivière, pris d'un tremblement nerveux qu'il conserva toute sa vie. Le petit pont est toujours là.


Le 10 septembre 1796, M. Gabard assista à l'enterrement de son confrère voisin, M. Rousselot, curé de la Verrie. Il n'obéit pas à la loi du 19 fructidor an V ; les registres municipaux de cette époque portent cette mention : "M. Gabard, curé de ce lieu, a été deffendu de faire aucunes fonctions curialles touchant son ministère, sous peine de punition, de par la loi et par le citoyen Le Huby, commissaire du pouvoir exécutif au canton des Herbiers. En conséquence, j'ai été chargé d'écrire les notes des actes suivants sur les registres de la paroisse. - Louis-Marie GUITTON, adjoint."

 

signature curé Pierre Gabard Chambretaud


L'arrêté des Consuls, du 3 prairial an X, inscrivit M. Gabard sur la liste des pensionnaires ecclésiastiques pour une pension de 333 fr. Il adressa par écrit, au sous-préfet de Montaigu, son serment de fidélité à la Constitution de l'an VIII. M. Gabard mourut curé de Chambretaud, le 21 août 1812 : "L'an 1812, le 22 août, à 10 heures du matin, par devant nous, maire de la commune de Chambretaud, sont comparus : 1° Jacques Gabard, âgé de 70 ans, profession de cultivateur, demeurant commune de Saint-Armand-sur-Sèvre, canton de Châtillon (Deux-Sèvres), frère du défunt ; 2° Jacques Gabard, cultivateur, âgé de 42 ans, paroisse de Saint-Michel-Mont-Malchus, canton de Pouzauges (Vendée), neveu du défunt, lesquels nous ont déclaré que hier, à 4 h du soir, Messire Pierre Gabard, âgé de 73 ans, profession de prêtre, desservant de cette commune de Chambretaud, fils majeur des défunts Jacques Gabard et Marie Brémaud, est décédé. Ce déclarant, ont signé avec nous :
GABARD, J. GABARD, ROBIN, maire."

 

 

 

signature Mathurin Gabard


M. Gabard avait un neveu, Mathurin Gabard, diacre au moment de la Révolution, qui remplit quelque temps en 1793 les fonctions d'officier public de la commune, et qui mourut au passage de la Loire, en octobre de la même année.

 

 

L'abbé Nicolas

 

 

M. NICOLAS fut nommé vicaire à Chambretaud le 20 décembre 1786. En 1790, il refusa le serment, et resta dans la paroisse, où, en 1792, les registres paroissiaux portent alternativement sa signature et celle de son curé. Comme M. Gabard, il se cacha, mais moins heureusement que lui. Un jour qu'il était réfugié chez ses parents, à Saint-Martin-l'Ars, il fut reconnu par une mendiante de Mortagne à qui il venait de faire la charité, et qui, par malice ou par imprudence, le trahit. Des soldats républicains en garnison à Mortagne organisèrent une expédition, cernèrent de nuit la maison où était le prêtre, s'emparèrent de lui, et l'emmenèrent à Mortagne, où la Commission militaire le condamna à mort.


Les soldats chargés de le fusiller inventèrent des raffinements de cruauté dignes des sauvages. Ils conduisirent M. Nicolas à la fosse déjà creusée pour lui, l'y enterrèrent vivant jusqu'au cou, ne laissant passer que la tête, et prirent cette tête comme cible l'un après l'autre. Un vieillard, mort à Chambretaud à 95 ans, René Baudry, fut témoin de l'horrible supplice, derrière une haie de jardin, et compta vingt coups de feu successifs. Et ce sont les Vendéens qu'on a appelés des brigands ! ...


Lorsque les assassins furent las de jouer à la cible, ils coupèrent la tête du martyr, et la roulèrent, toute la journée dans les rues de Mortagne.


Ni l'église, ni le presbytère de Chambretaud ne furent incendiés. Un camp républicain avait été établi dans le bourg, l'église servait d'écurie pour la cavalerie, et l'état-major logeait au presbytère, qui fut vendu nationalement le 21 germinal an VI.

Revue du Bas-Poitou et des provinces de l'Ouest
18ème année - 1ère livraison
1905