Landujan

 

ALEXIS DE BÉDÉE


Pieux gentilhomme Breton, père de famille, résidant à Landujan, près Saint-Malo, avoit une Foi capable de braver tous les périls pour la cause de la religion.

Lorsqu'en 1793 et 1794, les prêtres catholiques étoient recherchés de toutes parts pour être conduits à l'échafaud, et qu'il leur étoit si difficile de trouver un asile, à raison de la peine de mort prononcée d'avance contre ceux qui les recevroient, Bédée accueilloit chez lui, non seulement l'apôtre du canton, mais encore tous les habitans qui vouloient recourir à son ministère.

Lorsque des agens de la persécution vinrent l'y saisir, au commencement de juillet 1794, ils arrêtèrent aussi le vertueux Bédée, et l'emmenèrent également à Rennes.

Chemin faisant, ils ajoutèrent à ses peines, en envoyant quelques uns d'entre eux prendre encore son épouse, que d'abord ils avoient épargnée.

Tous les trois furent donc amenés à Rennes, où siégeoit le tribunal criminel du département d'Ille-et-Vilaine ; et ce tribunal les condamna ensemble au dernier supplice, le 7 thermidor an II (25 juillet 1794). Bédée le fut comme "recéleur de prêtres réfractaires". Avant d'aller à l'échafaud, il écrivit à son fils pour lui faire ses derniers adieux, et lui recommander de ne jamais abandonner la Foi de ses pères, finissant par ces mots dignes d'être conservés :"Quand vous recevrez ma lettre, vous n'aurez plus de père et de mère ; on va même confisquer vos biens ; mais la grâce de Dieu vous restera : soyez-y fidèle.".



FRANCOISE BRUNET, ÉPOUSE D'ALEXIS DE BÉDÉE


Douée d'une Foi aussi vive, aussi généreuse que celle de son mari, fut également sa compagne dans les bonnes oeuvres que nous venons de raconter. On a vu par quelle réflexion de barbarie les archers de la persécution l'associèrent à son sort. La lettre qu'il écrivit à son fils, avant d'aller à l'échafaud, exprimoit les sentimens de son épouse, autant que les siens propres.

Elle étoit condamnée en même temps que lui, à la même peine, par le même tribunal, et pour la même cause, c'est-à-dire comme "recéleuse de prêtres réfractaires", pendant que l'apôtre qu'ils avoient reçu dans leur maison, l'étoit sous ce dernier titre. Elle périt avec eux et un autre prêtre.

Les deux époux, aussi tendrement unis par la vertu que par leur affection réciproque, s'estimèrent heureux de terminer ensemble, pour la cause de Jésus-Christ, une vie employée à faire du bien ; et ils reçurent en même temps la couronne promise à ceux qui meurent pour les oeuvres de la Foi.

Extrait :
Les martyrs de la foi pendant la révolution française
par l'Abbé Aimé Guillon
Second volume

 

L'ABBÉ TOSTIVINT ET LE MARQUIS DE BÉDÉE

Le marquis et la marquise de Bédée demeuraient au château du même nom, une fort belle terre à quatre lieues de Rennes. Ils étaient tous deux avancés en âge, de soixante à soixante dix ans, et ils étaient mariés depuis quarante ans.


L'abbé Tostivint, chapelain et précepteur de la famille, fut arrêté par les agents révolutionnaires, caché dans une serre au fond du jardin. Ce local était tout à fait indépendant du château, et tout fugitif aurait pu y chercher un asile sans la connaissance de la famille. Le marquis et la marquise n'en furent pas moins arrêtés avec le prêtre, et traduits devant le tribunal révolutionnaire. L'abbé Tostivint fut immédiatement condamné à mort. M. de Bédée fit observer que la serre où l'abbé avait été trouvé était ouverte à tout venant, et qu'on n'avait aucune preuve qu'il eût donné asile à un ecclésiastique ; mais les meilleurs raisons ne servaient à rien à cette époque. Le marquis et sa femme appartenaient à une ancienne famille noble, et cela suffisait pour les rendre odieux au pouvoir.
Ils furent donc condamnés comme le prêtre au dernier supplice.


Aussitôt que la sentence eut été prononcée, M. de Bédée se tourna vers la marquise, et lui dit avec autant de calme que de dignité : - "Nous avons vécu heureux quarante ans ensemble, Madame, et c'est la volonté de Dieu que nous ne soyons pas séparés à la mort." Mme de Bédée, dont l'attitude démontrait le courage, répondit qu'elle était prête à accepter en tout la volonté de Dieu. Je n'étais pas présent à ce jugement ; mais la scène me fut racontée en grands détails le jour même, et la dignité des deux époux fit une vive impression.
L'abbé Tostivint avait à peine quarante ans. J'ai eu son neveu dans ma classe de théologie, lorsque je professais au Séminaire de Rennes, et il aimait à me parler de la mort de son bon oncle. Combien ce bon oncle était heureux d'être ainsi mort pour la religion (1)

acte naissance abbé Tostivint

(1) La triple exécution eut lieu à Rennes, le 26 juillet 1794. L'abbé Jean-Baptiste Tostivint était né à Landujan (le 31 juillet 1754), diocèse de Saint-Malo. Aussitôt après son ordination, il demeura comme chapelain chez M. de Bédée pendant trois ans, puis il fut nommé vicaire d'Évran, où il resta dix ans. Il manifesta le plus grand zèle contre le schisme, ce qui le signala à la persécution, et pour y échapper, il dut aller chercher un refuge à Jersey, en septembre 1792. Il n'y resta cependant que quelques mois, et voyant le grand besoin qu'avait le peuple de prêtres fidèles, il revint en Bretagne, pour y apporter le secours de son ministère. Il l'exerça avec un grand zèle dans sa paroisse natale de Landujan, et son activité l'entraîna dans toutes les paroisses environnantes. Un jour, après avoir administré un malade, il s'était rendu à dix heures du soir au château de M. de Bédée pour y entendre des confessions. Il s'était ensuite retiré dans la serre du jardin pour y passer le reste de la nuit ; mais il avait été dénoncé à la garnison de Montauban, et dans la nuit même une visite domiciliaire vint l'arrêter.

Extrait :
Souvenirs de la Persécution Révolutionnaire
à Rennes
par Mgr Gabriel Bruté
Revue de Bretagne et de Vendée
5e année - Tome IX - 1861 - premier semestre

Pour en savoir plus http://bretons.fr.free.fr/Tostiv1.htm