LE TRAITRE PORCHER

 

LA PRINZE

 

 

"Porcher, petit fermier au village des Princes [La Prinze], âgé de quarante ans, et connu pour ses idées révolutionnaires, se présente à eux [les égorgeurs], s'offrant à les guider dans leurs recherches et surtout a les conduire à l'hôpital de Stofflet, ils acceptèrent ses indignes services et étendirent leurs lignes de manière à embrasser toute la largeur du bois. Comme ils n'avaient plus d'armée devant eux pour s'opposer à l'exécution de leurs projets, ils pouvaient se disséminer à volonté, sans crainte de surprise. Leur effectif pouvait s'élever au chiffre de huit à dix mille hommes (la tradition en porte le nombre à dix ou douze mille hommes). Quinze cents personnes, femmes, vieillards et enfants, la plupart de chanteloup (ils étaient deux cent vingt de Chanteloup), de Vezins, de Coron, de La Tourlandry, et autres lieux voisins se trouvaient dans la Bauche-des-Buissons, refuge le plus rapproché des landes de Genty. Depuis plusieurs mois déjà, ces pauvres réfugiés y stationnaient comme dans un asile sûr et à l'abri de tout danger.


Porcher y conduit d'abord les Bleus. Il fait occuper les issues d'alentour par leur cavalerie, afin de guetter et de massacrer au passage les malheureux qui tenteraient de s'évader. Les fantassins devaient s'avancer, le sabre et la baïonnette au poing, car ils avaient reçu ordre de ne se servir que de ces armes, afin de ne pas donner l'éveil aux autres réfugiés pendant qu'ils pénétraient sous le bois.


La servante de la métairie de la Boulaie les aperçut ; elle aurait pu jeter le cri d'alarme et faire fuir un grand nombre de femmes, d'enfants, mais elle les prit pour des Vendéens et les laissa approcher. Quand elle reconnut que c'étaient les Bleus, les soldats républicains avaient cerné toutes les huttes. Avec une rage infernale ils se jettent sur leurs victimes sans se laisser attendrir par les larmes et les cris de ces infortunés, ils en égorgent quinze cents. La Bauche-des-Buissons n'est bientôt plus qu'un champ de carnage ; quinze personnes seulement réussirent à s'échapper.


De ce nombre sont quelques adolescents : Vion, Frétellière, Martineau, Moreau et la femme Houet. La femme Touillet, de Chanteloup, serrait contre elle ses trois enfants et se penchait sur eux pour leur faire un rempart de son corps, s'attendant à recevoir d'un moment à l'autre le coup de grâce, lorsqu'un sergent l'assure qu'elle n'a rien à craindre : "Je veux te sauver lui dit-il ; mais pour prix de ta vie, donne-moi ton mouchoir et ton argent. Je n'ai pas d'argent, répond la femme Touillet, tout interdite de ce qu'elle vient d'entendre. - Donne vite, reprend le sergent." Cette femme arrache alors son fichu de dessus ses épaules et lui présente des assignats. Quelques soldats arrivent presque aussitôt et veulent la percer de leurs baïonnettes ; le sergent la défend : "Vous en trouverez assez d'autres, leur dit-il, allez plus loin ;" et quand ils ont disparu, le sergent la fait évader. Quelques pas plus loin, le même soldat rencontre la femme Crépellière, de la métairie des Banchereaux, qui tient autour d'elle ses cinq petits enfants ; il lui fait grâce comme à la femme Touillet, et ne lui demande rien. Un jeune enfant de huit ans se glisse entre les jambes des chevaux, évite les coups de sabre qu'on essaie de lui porter, et échappe comme par miracle à la mort (Je tiens ce fait de lui-même. Cet enfant était de Chanteloup. Quand il m'a raconté son aventure, il avait quatre-vingts ans. C'est lui qui m'a assuré que le massacre de la forêt avait eu lieu le 25 mars, jour de la fête de Notre-Dame de mars).


Les deux nièces de Porcher n'ont pas ce bonheur ; elles s'étaient échappées du lieu du massacre avec sa fille et étaient allés se blottir un peu plus loin ; elles sont découvertes, un instant après ; Porcher est avec les égorgeurs ; il réclame sa fille et laisse assassiner ses deux nièces. Le monstre !"


Extrait :
La Guerre de la Vendée
Félix Deniaud, Curé du Voide - Tome 4



Porcher demeurait à Chanteloup-les-Bois, en 1794, village de Les Princes (La Prinze).
C'est lui qui conduisit les troupes républicaines jusqu'à l'hôpital des vendéens en forêt de Vezins le 25 mars.

Cent écus furent le prix de sa trahison mais le général Grignon le fit, dit-on, fusiller aussitôt après.


Une croix de bois, la Croix-Porcher, ou croix du Pardon, à Yzernay, marque le lieu de son exécution.

(Valentin des O. : La Vènerie en Anjou, pp. 193-194).
Dictionnaire de Maine-et-Loire - Célestin Port.

Essai biographique

Malgré la grande difficulté à déchiffrer les registres paroissiaux pour certaines années, j'ai pu trouver ceci :

Dans les registres paroissiaux de Chanteloup-les-Bois, on trouve l'acte de mariage de Marie Porchet, fille mineure, avec Pierre Clémot en date du 15 juillet 1776 ; elle est fille de Michel Porchet, bordier aux Prinzes et de Renée Godard ; son frère Michel était présent. [c'est le seul acte que j'ai trouvé qui précise et confirme le lieu d'habitation de la famille Porchet]

Un autre acte du 26 mars 1782 nous apprend la naissance,  la veille au soir, de François-Michel, fils de Michel Porchet, bordier, et de Françoise Humeau ; son parrain est François Porchet, garçon, oncle paternel. Ce fils décèdera seize mois plus tard.

Le 25 avril 1784, naît Françoise Porchet, fille de Michel Porchet, bordier, et de Françoise Humeau ; son parrain est Michel Porchet, grand-père de l'enfant. [Il s'agirait peut-être de l'enfant que Porchet a réclamé ; elle devait donc avoir près de 10 ans].