CHEFFOIS

La Révolution fut acceptée sans beaucoup d'enthousiasme par les habitants de Cheffois. Dès le 29 juillet 1792, une émeute éclata dans le bourg à l'occasion de l'arrivée du curé constitutionnel Chalus qui ne trouva pour le conduire et lui ouvrir l'église aucun officier municipal. Cette attitude déplut fort au Conseil général du département où siégeait l'évêque constitutionnel Rodrigue et qui fit appeler à sa barre le maire Tudeau, auquel on fit subir un interrogatoire qui ne satisfit sans doute point les membres de l'assemblée puisque le 13 octobre de l'année suivante, il était avec sa femme marchande, mère de fils passés aux brigands, arrêté comme suspect d'incivisme et emprisonné aux Sables-d'Olonne.

 

signature Chalus

Signature Tudeau



Un mois à peine après le grand soulèvement (10 avril 1793), Chalbos, adjudant général, commandant à La Châtaigneraie, attaqua, avec 3 colonnes et 5 canons, les Vendéens retranchés au rocher de Cheffois, leur tua une douzaine d'hommes et fit autant de prisonniers.

 

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Le premier soin de Faucher, un des lieutenants de Chalbos, en entrant à Cheffois, fut d'enlever le drapeau blanc placé sur l'église et de faire casser les cloches. Le lendemain, les insurgés, au nombre de 3.000, commandés par de Verteuil, reprirent vigoureusement l'offensive. Avec une étonnante "vélocité", ils descendirent des moulins de Cheffois, s'emparèrent du rocher et y placèrent leur artillerie qui battait La Châtaigneraie ; mais devant les forces dont disposait l'ennemi, ils durent abandonner la position, après avoir laissé 200 des leurs sur le champ de bataille et découvrir une seconde fois Cheffois où Chalbos prit 2 canons et fit plusieurs prisonniers.

Le 28 septembre suivant, Westermann et le citoyen Fayau, accompagnés de cavaliers de Niort, se portèrent sur Cheffois, où l'on trouva quelques meubles d'église, que l'on envoya à Fontenay. Le Bourg, les villages, les fermes furent incendiés : tout ce qui échappa aux flammes fut pillé et les habitants maltraités, réduits à la dernière misère.

Le même jour néanmoins, les deux commissaires du département de la Vendée, Chaigneau et Guichet, faisaient conduire à Fontenay, en les recommandant à "l'humanité des administrateurs", de malheureuses femmes et de pauvres enfants échappés à l'incendie du Bourg de Cheffois.

Le 27 mars 1794, les insurgés étaient encore battus à Cheffois par le général Joba.

Mais si beaucoup d'habitants de Cheffois trouvèrent la mort sur les champs de bataille, un certain nombre d'autres connurent les tortures de la prison révolutionnaire ou montèrent à l'échafaud.

Citons au hasard :
- François Texier, 63 ans ; Louis Bernard, 40 ans, meunier ; Pierre Chauveau, 30 ans, métayer, décapités à Fontenay, le 7 février 1794.
- Jeanne Aimée Bernard, décédée dans la maison de réclusion de Fontenay, en 1793.
- Louis Brossard, qui eut le même sort, le 24 avril 1794.
- Rose Archichaud, 48 ans, exécutée à Fontenay, le 3 avril 1794.

 

LA ROUSSELIERE

Ce manoir, restauré dans le goût moderne par M. Mayou de la Rousselière, n'a plus guère aujourd'hui pour rappeler son ancienne origine, qu'une tourelle découronnée, une vieille enceinte de murs, qui, à en juger par ce qui reste, devait être fort importante, et des douves profondes où l'on trouva, il y a quelque soixante ans, deux canons en cuivre bien conservés.

 

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LES MONUMENTS A LA SAINTE VIERGE

Bien des paroisses se réjouissent, s'enorgueillissent, d'avoir un lieu de pèlerinage à la Sainte Vierge. Et nous ne nous faisons pas faute, nous-mêmes, d'aller prier en leurs lieux saints : la Brossardière, Réaumur. Il ne nous manque pourtant rien, chez nous. Délicieux de décor et d'histoire, nous avons aussi nos sanctuaires à Marie : la Girardière, la chapelle des Carrières, la grotte de Lourdes, sur le chemin de la Courtinière, et surtout la Vierge de Cheffois, juchée là-haut sur nos rochers, dits rochers de Mouilleron.

LA CHAPELLE DE LA GIRARDIERE

Transcription d'un procès-verbal rédigé en 1867 :
"L'an 1867, et le lundi de la 16e semaine après la Pentecôte, 30e du mois de septembre, le clergé de la paroisse de Saint-Pierre de Cheffois s'est rendu à la terre de la Girardière, située à l'extrémité N.-E. de la paroisse à l'effet d'y procéder à la bénédiction d'une ancienne chapelle domestique appartenant à Mme Rose-Marie Moreau, veuve René Chenuau, propriétaire de la terre de la Girardière. Cette chapelle, récemment restaurée avec goût par les soins et aux frais de la dite dame Moreau, et sous la direction du clergé paroissial, dans le style du XVe siècle, se trouve située dans l'intérieur de la cour de la Girardière. Elle est éclairée par 3 petites verrières de couleur, placées l'une dans l'imposte de la porte, l'autre dans une petite croisée au-dessus de l'autel et du tabernacle. Dans le sanctuaire s'élève un bel autel de marbre blanc, avec tabernacle également de marbre blanc.
Le rétable est orné de trois consoles surmontées de trois statues de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée, de Saint Joseph et de Sainte Philomène. La première de ces statues est placée au-dessus du tabernacle et devant la verrière ; elle a à sa droite la statue de Saint Joseph et à sa gauche celle de Sainte Philomène. Les murs sont enduits de plâtre très solide et les voûtes, faites en briques, forment deux travées très gracieuses. La dite chapelle se trouve en outre pourvue de linge, ornements, chandeliers, vases sacrés et de tout ce qui est nécessaire au culte divin.
Sur les 8 h 1/2 du matin, le Révérend  Prosper Guibert, chanoine honoraire, curé de l'Eglise paroissiale de Saint-Pierre de Cheffois, assisté du Révérend M. Pierre Guibert, vicaire de la Paroisse, frère du dit curé, en présence de nombreux et pieux fidèles accourus des hameaux environnants et des paroisses voisines, en présence de la pieuse et généreuse bienfaitrice de la Chapelle et de plusieurs membres de sa famille, a procédé à la bénédiction de la Chapelle. Puis il a adressé aux fidèles une courte allocution de circonstance qui a été écoutée avec attention par la pieuse assemblée. Il a ensuite célébré le Saint Sacrifice de la messe dont le chant a été exécuté avec goût et piété."

C'est le document le plus ancien que je trouve sur la chapelle de la Girardière, on ne sait pas par qui et quand elle fut bâtie. Avant 1867, elle était abandonnée, dégradée, dénuée de tout. Une personne pieuse, Mme Veuve Chenuau de Vouvant, la restaure, la pourvoit de ce qui est nécessaire au culte.

Puis les années passent, apportant de nouveau l'oubli et l'abandon.

1921. La chapelle ayant été dépouillée de tous les objets du culte par les anciens propriétaires, était devenue une chambre de débarras. En 1921, la ferme fut mise en vente et fort heureusement fut achetée par M. Deligné, instituteur libre du Breuil-Barret. Celui-ci fut écoeuré de voir cette chapelle servir à des usages profanes, il la fit aussitôt nettoyer, la meubla d'un autel, de statues et en fit un sanctuaire pieux et intéressant. Comme on ne devait pas y célébrer la messe, M. Deligné, se contenta de faire bénir ce petit sanctuaire d'une manière privée. La bénédiction fut donnée par M. l'abbé Chabot, curé de la paroisse, lundi 15 octobre 1923, en la fête de Sainte-Thérèse, M. et Mme Deligné, Mlle Deligné, leur fille, étaient présents, accompagnés de plusieurs membres de leur famille et d'amis.

La chapelle est encore aujourd'hui très coquette. On y prie, chaque année, au mois de mai quand c'est possible.

LA CHAPELLE DE LA MONTAGNE

C'est toute une cité de Dieu qu'il y avait là-haut jadis ; un calvaire, une chapelle, une fontaine. Il nous reste la chapelle ; les notes les plus éloignées dans le temps que j'ai trouvées remontent à 1863. Elles ne permettent pas de donner une histoire complète de la chapelle.
J'en conclus toutefois que M. l'abbé Gonet, curé de Cheffois (1856-1858) bâtit un petit sanctuaire à la Sainte Vierge : ce qui maintenant constitue la nef. En 1863, M. l'abbé Guibert fit construire sur cette chapelle un clocher à jours et le dota d'une clochette. La bénédiction fut donnée par le R.P. Collin, Supérieur de Saint-Sauveur. Ce fut l'occasion d'une fête suivie par près de 200 personnes.
En même temps que le clocher, M. le Curé avait construit au-dessus d'une fontaine, à quelques mètres de là, un petit monument qui existe encore. Mais la fontaine, depuis que la Cuvette est creusée, a perdu de son abondance.
En 1866, la chapelle est agrandie. Les travaux se continuent en 1867, et cette année-là, à la neuvaine de messes, le sanctuaire est plein : 200 personnes y firent la communion. Après la fête de l'Assomption en 1868, on monte les murs, on place la charpente et la couverture. Il faut donc penser qu'à cette époque la chapelle de la Montagne n'avait pas du tout l'allure ni les proportions de maintenant.
Le 15 août 1869, les travaux d'agrandissement étaient terminés. Cet agrandissement semble avoir porté sur le transept ou bras de croix de la chapelle et sur la portion de la chapelle où se trouve maintenant l'autel. Ce fut alors qu'on procéda à la bénédiction solennelle. M. l'abbé Gonet, ancien curé de Cheffois, qui avait construit la première petite chapelle, fut invité par M. l'abbé Guibert à bénir son travail agrandi.

Bulletins paroissiaux
Cheffois
1946-1947

Dès l’offensive du 14 septembre 1793 le représentant Fayau fait incendier Cheffois et Réaumur, confisque les bestiaux dans toutes les borderies et métairies rencontrées sur son passage. Les troupes pillent, violent volent et brûlent ce qui ne peut pas être emporté. (Réf Correspondance de l’agent national Coyaud, L 203-AD85).

Le 9 frimaire an 2 (29 novembre), le représentant Fayau écrit aux administrateurs du département de la Vendée :

 » Vous savez comme moi citoyens que les brigands appelés de la Vendée existent encore quoique on les aie tués plusieurs fois à la tribune de la Convention…Je vous engage à prendre les mesures les plus promptes et les plus énergiques pour que les armées catholiques et royales dans le cas ou elles rentreraient dans la Vendée n’y trouvent plus qu’un désert…Il serait bon, citoyens, que des commissaires nommés par vous se transportassent de suite dans toutes les parties de votre département pour en faire retirer toutes les subsistances et pour faire arrêter tous les citoyens qui ont pris part directement ou indirectement aux troubles de la Vendée. Il faut purger la Patrie… » (Réf L 380-AD85).

SOUTERRAINS

CHEFFOIS (Cant. de La Châtaigneraie)

Dans le jardin potager de M. Lucien Rousseau, maire et membre donateur de la Société Préhistorique Française, on remarque, près des servitudes, l'entrée d'un souterrain-refuge. Les galeries qui le constituent allaient jadis jusqu'au bord de la rivière qui traverse le jardin. Voici les renseignements que M. Rousseau a bien voulu me communiquer.

 

Souterrain Cheffois



Le souterrain paraît taillé à la pioche ; la voûte n'a plus sa régularité ancienne, par suite des éboulements.
Le plan dispense de description bien longue. Souterrain taillé en plein schiste, murailles de soutènements à l'entrée. Une galerie se divisant en deux chambres dont la hauteur varie de 1m50 à 1m80. Pas de cheminées d'aération. En somme souterrain tronqué dont l'entrée est modernisée.
Un deuxième souterrain existe dans le champ dit des Guillotières, section B, n° 1062, au coin N.E. De cette pièce de terre, il s'étend probablement sous les n° 1061 et 1063 contigus. Ce souterrain découvert à la suite d'un effondrement fortuit de sa voûte se trouve à 5 ou 6 mètres de profondeur.
M. Rousseau l'a en partie exploré, vers 1901, au moment de sa découverte. Il a remarqué qu'il était creusé en plein schiste. Des menaces d'éboulements ont arrêté l'explorateur.
Un troisième souterrain se trouve au N.-E. de celui-ci, dans la même dépression de terrain. Il est situé dans un champ appartenant à l'hospice de Saint-Pierre-du-Chemin. Découvert vers 1916. Tentative d'exploration faite par M. Rousseau en 1920. Le terrain dans lequel est creusé le refuge est du schiste. La voûte est éboulée sur une grande longueur ; la galerie allait du S.-E. au N.-O.
Dans les vieux bâtiments servant de servitudes à M. Rousseau, on remarque une maison ancienne avec fenêtres à linteaux sculptés dans la pierre. Dans une pièce du rez-de-chaussée on distingue nettement l'entrée d'un souterrain inexploré.
Le cadastre de la commune mentionne le Trou  aux Lutins.
L'église et le château de la Rousselière posséderaient des souterrains.

Bulletin de la Société Préhistorique Française
T. XVIII - Fascicule n° III
1921

Le Prieuré de Cheffois (Vendée) : http://fmoreau.recit.free.fr/index.php?ref=MFZ4422