MÉMOIRE HISTORIQUE
SUR LA FIEVRE CATARRHALE, BILIEUSE, &c. QUI A RÉGNÉ ÉPIDÉMIQUEMENT
A LA FORET-SUR-SAIVRE & LES ENVIRONS,
EN MARS, AVRIL & MAI 1784.

Rédigé par J. G. GALLOT, D.M.M. Correspondant de la Société Royale de Médecine de Paris, Intendant des Eaux Minérales des Fontenelles, la Brossardière, &c., &c.

Imprimé par ordre & aux frais du Gouvernement en 1784.
Et réimprimé en 1787 par ordre de M. l'Intendant.

Chargé le 10 avril dernier par M. Mallet, Subdélégué à la Châtaigneraye, de me rendre à la Forêt-sur-Saivre, où il régnoit une Maladie Épidémique depuis quelques semaines, je m'y transportai le 11, où je vis ce jour-là & le lendemain, les malades de cette paroisse & des voisines, accompagné du sieur Penaud, Chirurgien à la Forêt, nommé par M. Mallet. Après avoir pris de ce Chirurgien les éclaircissemens nécessaires sur la maladie régnante, je laissai une consultation détaillée d'après l'idée que je m'étois faite de la nature de l'Épidémie ; je rédigeai ensuite à mon retour chez moi le Mémoire suivant, que j'adressai de suite à M. Pallu, Médecin breveté du Roi, & en chef des Épidémies, à Poitiers, en joignant à la fin l'histoire de chaque malade que j'avois vu, & ce que j'avois prescrit.


La maladie régnante à la Forêt-sur-Saivre & les environs, m'a paru une fièvre catarrhale bilieuse, putride, souvent vermineuse & quelquefois maligne, vraiment épidémique, de même nature que celle qui règne depuis le commencement de l'année dans les paroisses de Somloire, la Plaine, St-Aubin, Nueil, les Aubiers, Cirières, &c. à quelques lieues au Nord de la Forêt, & où la mortalité a été très grande : la même Épidémie a lieu également aux environs de Montaigu, dans les paroisses de Saint-Martin-des-Noyers, Saint-Georges, Chavagnes, Saint-André, Chauché, &c. où cette maladie a offert à peu près la même marche & les mêmes accidens.


Ces affections catarrhales en général sont les mêmes que nous éprouvons depuis plusieurs années dans l'hiver ou dans le printemps, & qui régnèrent l'année dernière épidémiquement à la Châtaigneraye & les paroisses voisines ... La cause générale paroît être les variations trop subites dans la température, les transitions brusques qui se font sentir quelquefois dans le même jour ; l'espèce de changement d'anomalie dans le cours des saisons, que l'on observe depuis un certain nombre d'années, apportant nécessairement dans l'économie animale des altérations plus ou moins sensibles & qui se développent plus ou moins selon les circonstances des lieux, du régime, des tempéramens, &c. Ce changement, cette anomalie, dis-je, produisent ces constitutions mixtes qui quelques années ; ce que j'ai fait observer plusieurs fois à la Société de Médecine. [Je n'entre point ici dans des détails sur les causes locales, cela me meneroit trop loin ; je dirai seulement que dans cette Epidémie elles ne m'ont pas paru y entrer pour beaucoup ; car j'ai vu des maisons situées au Nord, où l'Epidémie a régné tout comme dans d'autres placées dans des lieux humides. Les Aubiers qu'on peut regarder comme le foyer de l'Epidémie, est un des lieux les plus élevés de la Province ...]


Voici ce que l'on remarque le plus ordinairement chez les malades : après quelques jours de mal-aise, de douleur sourde dans un des côtés de la poitrine, les malades n'y faisant point attention & se livrant à leurs occupations journalières, sont subitement quelquefois comme terrassés par une douleur vive au même endroit ou bien dans le côté opposé ; elle varie & s'étend dans le dôs, sur les extrémités ; la fièvre survient, la tête se prend souvent, la respiration difficile, les crachats bilieux, quelquefois rouillés, sanglans, la langue blanche d'abord se charge d'un limon bilieux, les nausées, les vomissemens ont lieu dès l'invasion ainsi que la diarrhée, & cet accident est d'un fâcheux pronostic : les vers font souvent complication & en imposent ; les urines ne coulent pas toujours avec facilité ; le mal de gorge, les taches à la peau, les exanthêmes, les pétéchies, les mouvemens convulsifs aux ailes du nez, les ieux larmoyans, l'espèce de paralysie de quelques-unes des extrémités sont aussi du plus funeste augure. Le pouls est en général petit, concentré, misérable, inégal, quelquefois plein & élevé ; mal-gré cela la saignée a été généralement plutôt nuisible qu'avantageuse : lorsque les symptômes graves se réunissent ou prennent de l'intensité, les malades périssent en trois à quatre jours, & même on en a vu un, à la Forêt, enlevé en vingt-quatre heures, il y avoit une angine compliquée. On a observé que dès que les extrémités devenoient froides ou se paralysoient, qu'il se faisoit des éruptions à la peau ; aussi-tôt l'expectoration se supprimoit, le râle s'établissoit, & la mort suivoit de très-près. Presque toujours il y avoit plusieurs individus attaqués dans la même maison.


La première indication à remplir est de débarasser l'estomac & les viscères du bâs-ventre de la saburre muqueuse & bilieuse, laquelle se portant sur la poitrine, y produit bientôt les effets les plus funestes, soit en s'extravasant dans le tissu interlobulaire, soit en produisant une inflammation symptomatique & ensuite la gangrène, & de-là la mort. L'émétique seul à dôses fracturées ou uni à l'ipécacuanha, ou même ce dernier remède seul, sur-tout quand il y a diarrhée, donné deux à trois fois dans le jour à la dôse de 8-10 grains chacune, est le premier secours à employer. Il en est de ces fluxions sur la poitrine, comme de celles qui arivent à la suite des couches, & qui se font de la matrice sur les intestins. Si on saisit bien le moment où l'humeur est en mouvement & avant qu'elle ait pénétré bien avant le tissu cellulaire pour prescrire les évacuans indiqués, on est presque sûr de prévenir une terminaison funeste ; mais malheureusement chez le Peuple on n'est pas toujours appelé à temps : cependant dans l'Épidémie dont il s'agit, j'ai recomandé au Chirurgien de veiller exactement pour placer ce premier remède dès l'invasion, & il l'a exécuté avec attention. Quant à la saignée, j'ai déjà dit ce que j'en pensois ; & d'après une assez longue expérience, & sur-tout l'année dernière, dans l'Epidémie de la Châtaigneraye, je me suis convaincu de son peu d'efficacité dans toutes les affections catarrhales, sur-tout chez les pauvres de la campagne où la misère est portée à son comble, & chez lesquels il faut plutôt relever les forces que les diminuer.


Après avoir évacué par le haut le premier jour, il est presque toujours utile d'en venir à un purgatif le lendemain ou le troisième jour, soit avec les tamarins, la câsse, la manne, les sels neûtres, ou simplement, pour le Peuple, le jalap & la crême de tartre, qui, donnés à dôses convenables & fracturées, m'offrent toujours un purgatif sûr & à bon marché : il est souvent convenable d'y joindre les anthelmintiques, parmi lesquels la coraline de corse mérite la préférence : on la donne aussi seule avec succès la veille du purgatif. Quelquefois il est avantageux de répéter & les émétiques & les purgatifs, mais en général un de chaque espèce donné à temps peut suffire.
Si la maladie ne prend pas une tournure favorable par l'usage des vomitifs & des cathartiques, que la poitrine ne se dégage pas, & que l'expectoration ne s'établisse pas bien, l'application des vésicatoires devient presque indispensable sur différentes parties, & le plus souvent avec avantage sur le lieu de la douleur. On a observé cependant quelquefois que ce moyen produisoit trop d'irritation, alors il faut insister sur le camphre dont il va être question.
Les béchiques incisifs sont des secours bien énergiques : outre le kermès minéral dans les loks ordinaires, on doit souvent préférer l'oxymel scyllitique donné seul ou dans la tisane ordinaire à petites cuillérées, de deux heures en deux heures, ou plus fréquemment selon l'indication.
Enfin, les antispasmodiques, tels que les bols de camphre & de nitre, les liqueurs éthérées, sont quelquefois indiquées lorsque la tête se prend & qu'il y a des accidens nerveux ; mais rarement alors peut-on espérer des succès.
D'ailleurs le régime vététal est toujours le plus convenable ; les simples bouillons de mie de pain & de riz, acidulés avec l'oseille, les tisages d'orge miélées, les plantes pectorales, les apozemes chicoracés, les borraginées sont toujours utiles, quelquefois les boissons acidulées, les antiseptiques, lorsque la putridité est portée au dernier point, le vin vieux même, sur-tout dans la convalescence.
La propreté, le renouvèlement & la purification de l'air par les moyens connus, la séparation des malades d'avec les sains, les bons alimens, la tranquillité d'âme, la dissipation pour prévenir la contagion, sont des précautions importantes & qu'on ne doit pas négliger de faire exécuter autant qu'il est possible, chez le Peuple qui est toujours la principale victime des Épidémies : dans le cas présent, il n'y a eu presque aucune persone aisée ataquée de la maladie régnante ; on a observé que les chagrins profonds, la terreur, la crainte de la mort, l'abatement dès l'invasion, ont presque toujours annoncé une terminaison funeste.
Tel est le plan curatif que j'indiquai au sieur Penaud, Chirurgien, qui me parut très-disposé à le mettre en usage, & me promit de me rendre compte de l'effet des remèdes & des progrès de l'Épidémie ; il a tenu parole, comme on le verra plus bâs.


Ayant fait parvenir à M. le Médecin en chef des Épidémies, le Mémoire à consulter ci-dessus, je reçus de lui, le 22 avril, la Consultation suivante, que je crois devoir rapporter ici, tant pour justifier le traitement que j'ai adopté, que pour faire connoître les sages réflexions & les vues savantes de ce célèbre Praticien.


"L'action non interrompue de l'air sur le corps humain, ses variétés souvent répétées dans un même jour, contribuent sans doute aux différens changemens auxquels il se trouve assujeti ; c'est sur tout en hiver que ces variations tournent au détriment de l'économie animale, qui en éprouve des dérangemens toujours analogues à son intempérie. Celui que nous venons de sentir a dû par sa rigueur & sa longueur, en coagulant les fluides & en crispant les vaisseaux perspirables, donner lieu à la maladie affligeante dont le tableau est si bien tracé par M. GALLOT, Médecin. L'énumération des symptômes ne laisse aucun doute sur le caractère de la maladie ; c'est vraiment une fièvre putride, catarrhale, vermineuse, laquelle ou négligée dans ses commencemens, ou s'établissant avec une somme énorme de matière morbifique, dégénère en maligne ; l'épaississement du sang, l'atonie des vaisseaux, la présence d'une saburre plus ou moins abondante dans les premières voies sont caractérisées d'une manière si évidente, que tous les accidens qui accompagnent ou surviennent dans cette maladie, en sont des suites nécessaires ; le traitement d'ailleurs démontre la vérité de ces principes.
Évacuer, diviser le sang & la lymphe, donner du ressort aux vaisseaux affaissés, délayer, humecter les fluides, les diriger sous forme de transpiration du côté de la peau, afin d'y rétablir cette évacuation supprimée, ou en ne pouvant y réussir, exciter une métastase locale à la faveur des vésicatoires, sont sans contre-dit les seules & les vraies vues indicatives à remplir.
On ne peut donc que fortement approuver le traitement déjà employé par M. Gallot. L'émétique minéral ou végétal, suivant les circonstances, à dôses brisées & données plusieurs fois dans le même jour, les purgatifs ensuite administrés de deux jours l'un ou pendant quelques jours de suite, quand la matière fébrile est extrêmement abondante, les béchiques incisifs aiguisés avec le kermès minéral & l'oxymel scyllitique, l'usage de la mousse de Corse unie aux purgatifs & donnée les jours libres ou d'intervalle ; le camphre & le nitre, les plantes chicoracées & borraginées, les liqueurs éthérées dans les accidens nerveux, sont les vrais moyens de combatre efficacement cette cruele maladie, & les seuls qui réussissent quand ils sont prescrits à temps & sur-tout dès l'invasion de la maladie.
L'observation sage & judicieuse de M. Gallot sur la saignée, est confirmée par les plus célèbres Praticiens ; en effet elle doit non seulement être regardée comme inutile dans la maladie dont il s'agit, mais elle est encore très-dangereuse à pratiquer ; il faut donc les plus fortes raisons pour s'écarter de ce principe, parce qu'il est constant que dans le cas de maladies épidémiques, les forces des malades sont épuisées avant leur invasion, que leurs humeurs sont apauvries. Il est d'ailleurs très-rare qu'on trouve chez les habitans de la campagne une vraie pléthôre & une inflammation essentiele ; les saignées ne pourroient donc produire qu'un affaissement, qui, en aggravant le mal, mettoient les malades hors d'état de soutenir le traitement qu'exigent des fièvres caractérisées par la putridité & la malignité. Il seroit bien à désirer que tous les Chirurgiens de la Généralité fussent intimement persuadés de ces vérités.
Les soins qu'on a pris ne se sont pas seulement bornés à prescrire des remèdes, on a aussi veillé à désinfecter les chambres des malades, à en séparer ceux qui ne sont pas attaqués ; ces précautions sont bien sages & peuvent être de la plus grande utilité par-tout où on les mettra en pratique.
Le régime peu nourrissant & acidulé dans le début de la maladie, & tant que les symptômes en sont graves, est très-bien indiqué & je l'approuve fort. Les nouveaux détails que promet M. Gallot, annonceront sûrement des guérisons chez ceux qui, vus à temps, auront été dociles au traitement & au régime qu'il leur aura prescrit.
Délibéré à Poitiers, le 19 avril 1784.
Signé, PALLU, Médecin breveté du Roi & en chef des Épidémies du Poitou.

Je rendis compte, à peu-près dans le même temps, à la Société Royale de Médecine de Paris, de l'Épidémie de la Forêt ; elle approuva ma méthode curative comme M. Pallu : seulement les Commissaires paroissoient conseiller la saignée dès l'invasion ; mais j'ai fait observer depuis à cette Compagnie savante, que ce moyen pouvoit être admis chez les gens aisés, mais qu'il étoit presque toujours nuisible chez les malheureux habitans de la campagne, par les raisons rapportées ci-dessus par M. Pallu & par moi.


Muni de l'approbation de M. le Médecin en chef des Épidémies, de celle de la Société Royale de Médecine & même de celle de M. l'Intendant, [qui a daigné m'honorer de plusieurs lettres à ce sujet & m'adresser un Brevet de Médecin des Épidémies, daté du 1er mai 1784], je persistai dans mon opinion sur l'Épidémie de la Forêt-sur-Saivre, & m'en tins au traitement adopté. J'appris même le 19 avril par le sieur Penaud, en faisant une tournée avec lui dans la paroisse de la  Ronde, qu'il y avoit déjà un succès marqué. Le 21 du même mois, le sieur Jarnigand, Chirurgien instruit, demeurant à Courlay, près Bressuire, m'écrivit pour me prier d'aller voir cinq malades à la métairie du Millouray, dans sa paroisse : je ne pus partir que le 23, en visitant sur la route les paroisses des Moutiers-sous-Chantemerle & la Ronde, où il y avoit des malades : je fus le 24 au matin au Millouray, & le soir je vis les malades de Saint-Jouin, Saint-André-sur-Saivre & la Ronde, comme il paroît par mon second Mémoire que j'adressai à M. Pallu le 29 avril, en joignant toujours les observations détaillées de chaque malade, tirées de mon Journal clinique.


L'Épidémie qui avoit paru cesser à la Forêt-sur-Saivre, reprit vers la fin du mois ; en conséquence, je m'y rendis le 1er mai, & fis part de mes observations, à l'ordinaire, par un troisième Mémoire envoyé à M. Pallu le 6 du même mois.
L'Épidémie continuant à la Forêt, Saint-Jouin, Saint-André, & gâgnant dans la paroisse de Saint-Marsault, d'après les avis du sieur Penaud, je me rendis sur les lieux le 9 mai, & fis parvenir à mon retour, le 13 dit, un quatrième Mémoire à M. le Médecin en chef, qui, en m'accusant régulièrement la réception, daignoit me faire part de ses réflexions, applaudissoit à ma conduite & aux succès décidés de la méthode que nous avions adoptée.


Enfin, le 27 mai, j'adressai un cinquième Mémoire à M. Pallu contenant des détails fournis par le sieur Penaud, sur l'état de l'Épidémie presque entièrement cessée dans les paroisses de la Forêt, Saint-Marsault & Saint-Jouin ; mais continuant encore dans quelques autres voisines, sur-tout celle de Montigny, qui est du Département de Bressuire, ce Chirurgien me faisoit part d'une ouverture de cadâvre qu'il avoit faite dans cette paroisse sur la femme de Point, du Bois-Bertrand.
Cette femme, grôsse de quatre à cinq mois, fut enlevée rapidement par l'Épidémie ; on l'ouvrit quatre à cinq heures après la mort, l'enfant fut trouvé vivant & vécut encore quelques heures.
Les viscères étoient en bon état, l'estomac étoit rempli de sucs de différentes couleurs, avec une infinité de petits vers, la plupart grôs comme un fil ; [c'étoit sans doute des ascarides] la surface du foie étoit couverte de taches d'un blanc jaunâtre, la plèvre étoit aussi très-tachée, le poumon paroissoit assez fain, mais les vésicules étoient remplies d'une humeur visqueuse & jaûne : le cerveau ne fut pas examiné.


Ces détails, quoique peu étendus, ne laissent pas que de confirmer l'idée que je m'étois formée de la maladie épidémique ci-dessus ; ces désordres de l'estomac, du foie & du poumon annoncent bien une fièvre catarrhale, bilieuse, putride, vermineuse, telle que je l'ai décrite. J'eusse bien désiré me trouver présent à cette ouverture, ou avoir pu en faire faire d'autres, mais lorsqu'il y a eu occasion, j'ai trouvé la plus grande résistance. Depuis que M. l'Intendant, d'après mes représentations, a bien voulu donner des ordres à ce sujet, je ne me suis pas trouvé dans le cas d'en profiter.


Le premier juin, le sieur Penaud m'a appris la cessation presque totale de l'Épidémie à la Forêt & les environs, excepté dans la paroisse de Montigny, où le Curé lui a dit en avoir enterré trente. Le sieur Penaud en a guéri un grand nombre dans cette paroisse par la méthode suivie à la Forêt. Ce chirurgien me remit ce même jour une note des malades qu'il avoit traités en mon absence & suivant le traitement indiqué. En joignant ces observations aux mienes, je rédigeai un tableau de l'Épidémie, que je remis le 3 juin à M. Mallet, qui me l'avoit demandé pour l'adresser de suite à M. l'Intendant. D'après ce tableau, qui doit naturellement trouver sa place à la suite de ce Mémoire, on verra qu'avant le 11 avril il étoit mort environ quarante persones dans les paroisses que j'ai visitées, & cinq à six à peine étoient échapées : au contraire, depuis cette époque, sur quatre-vingt-onze que j'ai vu ou qui ont été traitées par le sieur Penaud, d'après mes ordonances, il n'en est mort que quatre soumises au traitement, & encore ont-elles manqué au régime, & sept sont péries sans avoir voulu employer aucuns remèdes ; il y a donc eu quatre-vingt individus de guéris par une méthode curative des plus simples.


Je ne puis trop rendre justice ici au zèle & à l'activité du sieur Penaud, qui m'a suppléé avec beaucoup d'intelligence, en se conformant avec exactitude à toutes les instructions que je lui ai donnés.
C'est sans doute à la bonté de notre traitement qu'on doit la cessation prompte de l'Épidémie à la Forêt-sur-Saivre, [car c'est une véritable Épidémie, & le prolongement de celle des Aubiers, mal-gré ce que des gens ou mal intentionés ou peu instruits ont voulu répandre dans le Public en disant que la maladie qui a régné à la Forêt, n'étoit qu'une fièvre catarrhale, ordinaire & sans caractère épidémique (1), je laisse aux maîtres de l'Art à décider la question ; d'après mes observations particulières, on a vu jusques à six persones enlevées dans la même maison, quatre à cinq dans plusieurs.] Mais aussi il est à croire que la vigilance de M. Mallet, Subdélégué à la Châtaigneraye, son attention à faire fournir aux pauvres les secours convenables pour le régime, les boissons, les alimens, &c. ont contribué pour beaucoup à empêcher les ravages de cette Épidémie, en favorisant l'effet des remèdes, & par-là en ont arrêté les progrès dans son Département : il n'en faut point d'autres preuves que l'existence de cette même Épidémie dans quelques cantons de notre Province, depuis près de six mois ; car c'est dans le commencement des Épidémies qu'il faut montrer la plus grande activité pour secourir les malades & prévenir la propagation de la maladie. Il est à présumer que si la sage Ordonance de M. l'Intendant eût paru plutôt, l'Épidémie dont il s'agit eût été moins meurtrière, & il faut espérer que dans la suite on préviendra mieux les ravages des fléaux de ce genre, & qu'on sentira tous les avantages de l'établissement utile que nous devons à la bienfaisance de M. DE BLOSSAC, & dont la direction ne pouvoit être confiée à un Médecin plus éclairé & plus ami de l'humanité.
A Saint-Maurice-le-Girard, le 16 juin 1784.
Signé, J.G. GALLOT, D.M.M.

(1) S'il étoit nécessaire de prouver que la maladie qui a régné à la Forêt-sur-Saivre & environs étoit vraiment Épidémique, il suffiroit de citer, Châtillon, Bressuire, Quinçay, près Poitiers, Rochechouart, &c. où on a observé la même maladie, avec les mêmes causes, les mêmes symptômes & la même marche, & où le même traitement a eu la plus heureuse réussite. D'ailleurs, si le tableau de cette Épidémie de la Forêt, que M. Gallot avoit joint à son Mémoire, eût pu être imprimé, on auroit vu que le nombre de morts, avant que ce Médecin fût appelé, avoit été excessif, & que depuis qu'il a donné ses soins aux différens malades, sur quatre-vingt-onze qu'il a vus, il en a réchapé quatre-vingt, & que les onze qui ont succombé, ou ont appelé trop tard, ou n'ont pas voulu s'assujétir au traitement. D'après tout ce qu'on vient de dire, peut-on regarder cette fièvre catarrhale comme ordinaire ? Soutenir une pareille assertion seroit se refuser à l'évidence. Note de M. Pallu.

... Pendant ces dix dernières années, les constitutions catarrhales & bilieuses ont presque toujours été les dominantes pendant l'hiver & le printemps, & ont paru vraiment épidémiques en 1776, 1777, 1779, 1780, 1781, mais sur-tout en 1783, 1784 & 1785, que ces constitutions réunies ont été plus répandues & fait le plus de ravages, principalement dans cette dernière année ; après les affections catarrhales, les fièvres bilieuses essentieles, souvent malignes, ont été les plus fréquentes & se sont montrées épidémiques en 1780, 1781 & 1782 dans l'été, & les intermittentes pendant l'autone ... La dyssenterie épidémique a paru aussi au commencement de 1776, comme suite de celle qui eut lieu en 1775, & en outre en 1779 elle a été très-multipliée & fort meurtrière ; elle s'est montrée un peu en 1780 & en 1785 ... Enfin, la petite vérole & la coqueluche ont eu lieu presque tous les ans, depuis 1776, & se sont succédées dans différens cantons de cette Province ; il y en a même où elles se sont fixées plusieurs années de suite.
23 février 1786.

Etat des paroisses

état des paroisses 3

état des paroisses 4

état des paroisses de Luçon

état des paroisses des sables

état des paroisses de Montaigu

Tableau général de l'Epidémie

 

OBSERVATIONS FAITES DANS LE DÉPARTEMENT DE LA CHATAIGNERAYE
DANS LE COURS DE L'ANNÉE 1786

JANVIER

Le 7, à la Limouzinière, paroisse de Bazôges-en-Pareds, la femme Charron, âgée de trente-cinq ans, ataquée, depuis quatre jours, des symptômes ordinaires de la fièvre catarrhale, à la suite d'un état valétudinaire ; il y avoit douleur au côté gauche de la poitrine, crachats sanguinolens, bouche mauvaise, dégoût, nausées, &c. J'ordonai les lavemens, les cataplasmes amolliens pour le soir, les boissons béchiques & donnai l'ipécacuanha pour le lendemain ; malgré la gravité des symptômes, cette femme s'est promptement rétablie à l'aide de ce seul émético-cathartique & des béchiques.
Le 19 janvier, au village de Pui-Grêffier, paroisse de la Tardière, je vis Poirier, Foulon, âgé de quarante & quelques années, ataqué, depuis près de vingt jours, d'une fièvre catarrhale qu'on avoit négligée ; on s'étoit contenté de purger sans indication, & on ne s'étoit point inquiété de dégager la tête ni la poitrine ; aussi je trouvai le malade avec le pouls petit ; déprimé, délire sourd, langue sèche, noirâtre, les dents couvertes d'une croûte noire, douleur de gorge, difficulté d'avaler, expectoration difficile ; on l'avoit regardé comme agonisant depuis quatre à cinq jours ; mon pronostic fut fâcheux, cependant j'indiquai les béchiques incisifs & l'application des vésicatoires aux jambes ; ces secours étoient trop tardifs & ne firent que retarder la fin du malade, qui eut lieu au bout de huit jours.
Le 28, aux Défends, paroisse de Saint-Cyr-des-Gâts, Moisant, Bordier, âgé de trente-cinq ans, ataqué, depuis huit jours, d'une fièvre catarrhale bilieuse bien décidée, avec dévoîment, langue chargée, oppression, expectoration difficile ... Un médicastre n'avoit rien fait ou presque rien ; je prescrivis, pour le lendemain, l'ipécacuanha en deux dôses, une tisane adoucissante & pectorale, le sirop de lierre terrestre ... Cet homme suivit ce traitement simple, & fut promptement rétabli.

FÉVRIER

Le 5 février, la veuve Vizet, de mon bourg, âgé de soixante-dix ans, ataquée, depuis quelques jours, d'une fièvre catarrhale, avec les symptômes ordinaires, la fièvre & la toux étoient vives, je prescrivis les béchiques ... Le 7, la bouche étoit mauvaise, le dégoût considérable ; je conseillai un minoratif pour le lendemain, il fit bien & la malade se trouva mieux : mais cette femme n'observant aucun régime, abusant du vin, retomba le 20, la poitrine s'embarrassa fortement ; je voulus la dégager à l'aide des béchiques aiguisés avec le kermès, mais la malade s'y refusa, continua son mauvais régime ; le mal fit des progrès & l'enleva dans les premiers jours de mars.
Le 13 du même mois, on me demanda pour M. Bernon de la Barre, paroisse de Saint-Laurent-de-la-Salle, âgé de soixante-dix à soixante-douze ans, ataqué, depuis seize jours, d'une fièvre catarrhale très-grave ; un Chirurgien appelé seulement au bout de huit jours, évacua & appliqua les vésicatoires aux jambes ; les lavemens & les purgatifs avoient fait rendre une quantité prodigieuse de matières bilieuses, mal-gré cela la fièvre subsistoit encore avec des redoublemens le soir ; la langue bilieuse d'abord étoit rouge & assez nete ; la toux sèche, les crachats entièrement jaûnes, bilieux ; les mains oedémateuses, point de douleur à la poitrine ; la suppuration des vésicatoires assez abondante ... Je prescrivis des apozemes chicoracés avec la crême de tartre avant d'en venir au minoratif ; une mixture béchique aiguisée avec le kermès ou l'oxymel scillitique ; d'ailleurs le régime exact & la suppuration des vésicatoires continuée assez long-temps ... Ce vieillard suivit mes avis &  fut assez promptement rétabli.

MARS

Le 13 mars, une fille de mon bourg, âgée de dix-huit à dix-neuf ans, ataquée, depuis sept à huit jours, d'une affection catarrhale, vermineuse, avec fièvre vive, toux, diarrhée, &c. je la mis aux boissons pectorales ; le 14, je donnai l'ipécacuanha qui fit rendre beaucoup de vers & de matières bilieuses ; le 16, je fis prendre la coraline, que je répétai quelques jours après, elle rendit une grande quantité de vers ; la fièvre se soutint jusque vers le 24, où la malade donna espérance de guérison qui fut assez prompte, mal-gré le plus mauvais régime possible & sa répugnance pour les remèdes, car elle se refusa aux purgatifs.
Le 16 mars, au village de Pui-Grêffier, paroisse de la Tardière, la veuve Poirier, âgée de cinquante à cinquante-cinq ans (épouse de l'homme qui fait le sujet de la 2e observ.), étoit ataquée, depuis le 11 d'une affection catarrhale très-grave, elle avoit pris d'elle-même le jalap le 13 ; un Chirurgien lui avoit donné l'ipécacuanha le 15, je le trouvai avec une fièvre très-forte, la tête prise, l'imagination frapée, la bouche mauvaise, douleur à la région épigastrique, toux, oppression, &c. &c. je recommandai les béchiques & un minoratif pour le lendemain ; le 18 la malade étoit au plus mal, quoique le minoratif eut bien agi ; la fièvre avoit redoublé la veille, avec un délire assez violent qui duroit encore, pouls petit, inégal, langue sèche, somnolence, &c. j'ordonnai un lavement avec l'oxycrat, les vésicatoires aux jambes, des bols avec le camphre, le nitre & le kermès, de trois heures en trois heures, d'ailleurs les boissons pectorales acidulées, les bouillons d'herbes ; le 19, le délire étoit calmé, mais il y avoit assoupissement continuel, foiblesse extrême, pouls petit, langue brûlée, &c. j'insistai sur les moyens prescrits la veille ; le 23, la malade toujours mal, cependant donnant de l'espérance à cause de la suppuration abondante des vésicatoires ; j'ordonnai la continuation des bols camphrés, les boissons nitrées, de légers évacuans ; le 26, les choses à peu près les mêmes ; les vésicatoires donnant toujours beaucoup, j'ordonnai d'en entretenir la suppuration, & d'ailleurs les moyens indiqués ci-devant ; le 3 avril, je trouvai cette femme en convalescence, sans fièvre ; elle me dit n'avoir la tête libre que depuis le 30 mars, & ne point se rapeler de ce qui s'étoit passé, ni que je l'eusse visitée ; la langue étoit assez nete, une jambe suppuroit encore & étoit fort douloureuse ; je recomandai le ménagement, le régime, les boissons pectorales & un minoratif sous peu ; le 8, la convalescence se soutenoit au mieux ; le 20, la guérison s'annonçoit, mais elle soufroit encore de sa jambe, qui donnoit quelquefois du sang, cependant elle s'est parfaitement rétablie vers la fin du mois ... Quatre à cinq enfans de cette femme ont essuyé la même maladie, & ont guéri, mal-gré le défaut de soins, de régime & de remèdes auxquels ils se sont refusés ; une petite fille fut même ataquée aussi-tôt la mort de son père, & se rétablit sans aucuns secours, après avoir été pendant trois semaines à la dernière extrémité.
Le 19 mars, Raineteau, mendiant, du village de la Mouzanchere, en cette paroisse, âgé de cinquante à cinquante-cinq ans, dans la plus afreuse misère, me dit avoir été ataqué subitement la veille, de douleur au côté droit de la poitrine, avec toux, fièvre, vomissemens, diarrhée ; je trouvai le pouls petit, déprimé, la langue épaisse, blanche ; je donnai, sur le champ, l'ipécacuanha, & recomandai les applications émollientes sur le point douloureux, les boissons béchiques ; le 20, il n'étoit pas mieux, mal-gré que l'ipécacuanha eût bien agi ; je donnai le sirop de lierre terrestre aiguisé avec le kermès ; le 24, le malade mieux, l'expectoration se faisoit bien à l'aide du kermès, l'oppression, la fièvre, la douleur de poitrine, étoient moindres ; une prise de poudre universele que j'avois donnée, avoit bien fait & chassé des vers, ce qui me fit donner la coraline pour le lendemain ; le 26, les choses sembloient encore aller mieux, les sueurs s'annonçoient, la langue bonne, le pouls moins fébrile, je ne prescrivis rien de nouveau ; le 28, tout étoit changé, la langue noire, sèche, fièvre vive, pouls tremblotant, oppression, sueurs pénibles, tout offroit un pronostic sinistre, je ne crus devoir indiquer que les boissons & le kermès, avec le sirop béchique ; les accidens prirent de l'intensité dans la nuit, & le 29, le malade périt.
Le 20 du même mois, Clergeau, tisserand, âgé de quarante-cinq ans environ, du même village, & occupant une maison contiguë à celle de l'homme ci-dessus, se sentit de la fièvre, avec dégoût, prostration de forces ; je lui donnai, le 21, une prise de poudre fébrifuge purgative, qui fit bien, la fièvre parut cessée ; mais, le 26 au soir, il fut frapé tout d'un coup d'une douleur vive au côté droit de la poitrine, avec fièvre, toux, oppression, dévoîment, nausées, &c. je le vis, le 28 au matin, & lui donnai sur le champ l'ipécacuanha à dôses fracturées, en recomandant les boissons & les applications ordinaires ; le 29, les choses à peu près les mêmes, l'émético-cathartique avoit bien agi & fait rendre des vers, je fis insister sur les boissons béchiques ; le 30, le malade se trouvoit plus mal, ayant eu une foiblesse dans la nuit, causée peut-être par l'impression que lui fit la mort de son voisin, la langue étoit sèche, il y avoit oppression, chaleur, &c. je donnai la coraline, & recomandai les boissons béchiques, & d'en venir aux vésicatoires, si la poitrine s'embarrassoit ; le 1er avril, il y avoit du mieux, les vésicatoires n'avoient point été appliqués, l'expectoration devenoit plus facile & étoit bilieuse ; le 2, le mieux se soutenoit, je donnai la poudre incisive fondante ; le 4, je purgeai avec la poudre universele, il y avoit alors à peine de la fièvre, & la langue se nétoyoit ; le 10, la convalescence commença, & la guérison suivit assez promptement, mais les forces revinrent lentement.

AVRIL

Vents dominans Est & Nord-Est ; température assez sèche & belle ... La constitution catarrhale s'est soutenue, & s'est montrée presque épidémique, pendant quelques semaines, dans les paroisses de la Forêt-sur-Saivre, Saint-Marsault, & sur-tout Montournois, & plus encore dans celles de Saint Mêmin, Saint-André-sur-Saivre, Montigny, qui sont contiguës. Les maladies intercurrentes ont participé plus ou moins du caractère dominant ; on peut cependant dire qu'en général ce mois a offert moint de maladies qu'il n'y avoit lieu de le craindre, d'après l'hiver calamiteux qu'on a éprouvé ... Les secours donnés à propos par quelques riches bienfaisans ou par le Gouvernement, les âteliers de charité, l'espérance d'une récolte prochaine, ces choses réunies, ont soutenu & ranimé le courage des malheureux habitans de nos campagnes.

Le 9 avril, je vis un enfant de quatorze à quinze ans, de cette paroisse, nommé Baudry, ataqué, le 7, d'une fièvre assez forte, malgré cela il fit encore, le 8, près de deux lieues pour chercher quelques morceaux de pain, ce qui augmenta tellement la fièvre, que je le trouvai fort mal ; langue chargée, vomissemens bilieux, oppression, douleurs ostéocopes, &c. je fis faire une tisane pectorale & donnai quinze grains d'ipécacuanha pour le lendemain, en deux dôses ; le 10, point de mieux. Une dôse d'ipécacuanha avoit fait rendre deux vers, je lui fis prendre le reste & lui préparai un sirop béchique aiguisé avec le kermès, pour le soir & la nuit, & la coraline de Corse pour le lendemain, ce jour-là 11, il étoit très-mal, langue sèche, blanchâtre, la vue éteinte, les forces déprimées, &c. il avoit vomi un troisième lombril la veille, le ventre n'avoit rien donné, il refusoit toutes les boissons ; je le vis toujours mal les 12, 13 & 15 & ne prenant qu'un peu de bouillon que je lui envoyois de chez moi ; mal-gré l'extrême misère, le défaut absolu de soins & l'opiniâtreté à refuser les remèdes, ce petit malheureux s'est rétabli par les seules ressources de la nature.
Le 17 du même mois, Duret, de la paroisse d'Antigny, âgé d'environ quarante ans, ataqué depuis sept à huit jours, d'une affection catarrhale des plus graves, on n'avoit encore rien fait, il y avoit délire furieux depuis plusieurs jours, la parole embarrassée, la langue chargée, oppression, pouls déprimé, &c. j'ordonnai sur le champ deux larges vésicatoires aux jambes & l'eau de tamarins pour le lendemain : le 8, les vésicatoires avoient bien agi & calmé le délire, j'insistai sur les tamarins & les lavemens : le 20, le mieux étoit décidé, la tête dégagée, les vésicatoires en pleine suppuration ; le 22, le mieux se soutenoit, je me décidai à prescrire un purgatif. La parole étoit toujours gênée, ce qui a continué mal-gré le rétablissement assez prompt du malade, qui, le 14 mai, vint me consulter sur cette difficulté d'articuler qui subsistoit encore ; je lui conseillai quelques sialalogues, mais il n'en a rien fait, & a conservé son incommodité que l'ivrognerie habituelle rend encore plus marquée.
Le 22 avril, Nauleau, Fournier, de la Châtaigneraye, âgé de trente à trente-cinq ans, ataqué, depuis quatre jours, d'une fièvre catarrhale très-sérieuse, avec délire presque maniaque dans les redoublemens, il avoit été purgé deux fois par le Chirurgien : je trouvai le malade avec une fièvre très-forte, des mouvemens spasmodiques universels, presque convulsifs, délire violent par intervalles, douleur à la poitrine ; j'ordonai sur le champ deux larges vésicatoires aux jambes, des bols avec le nitre, le sel sédatif & le camphre, les boissons, &c. Je ne pus le revoir que le 27, & le trouvai en convalescence, les vésicatoires & les calmans avoient dissipé le délire, la fièvre avoit cédé (le tout comme par enchantement, ainsi que chez le sujet de l'Observation précédente) ; je prescrivis les boissons béchiques, les évacuans, le régime, &c. & la guérison fut très-prompte.
Le 25 du même mois, le fils d'Avril, Laboureur, de la Chauvelière, paroisse de Saint-Maurice-des-Noues, âgé d'environ trente ans, attaqué, depuis sept à huit jours, d'une maladie catarrhale, qui avoit été traitée par un Chirurgien, on avoit purgé ; il y avoit eu hémorrhagie du nez dès la veille, la poitrine étoit encore douloureuse. Il y avoit oppression, langue noirâtre, très-chargée, pouls grand, fébrile ; j'ordonnai le sirop de lierre terrestre avec le kermès, à petites dôses, & l'eau de tamarins pour le lendemain ; le 27, il y avoit du mieux, les béchiques dégageoient la poitrine, je les recommandai & un minoratif pour le lendemain ; le 29, il y avoit à peine de la fièvre, & la convalescence s'annonçoit ; elle fut suivie assez promptement de la guérison.

MAI

Les maladies parurent se multiplier dans le courant de Mai ; les fièvres vernales, la plupart bilieuses, les fluxions de poitrine, les douleurs, les rhumatismes & toutes les affections participantes plus ou moins du genre catarrhal, qui n'a pas cessé d'être le dominant, & qui ne parut épidémique que dans quelques paroisses.

Le 13 mai, M. Violleau, Chirurgien à St-Philbert-du-Pont-Charrault, âgé d'environ trente ans, m'envoya chercher ; il avoit la fièvre depuis le 10, après des courses forcées pendant des nuits fraîches, l'accès de la veille avoit été très-violent, & un minoratif qu'il avoit pris avoit été vomi sur le champ ; la langue étoit épaisse, il y avoit des nausées continueles, douleur assez vive à la partie gauche de la poitrine, près l'estomac ; je lui donnai de suite trois grains de tartre stibié en grand lavage, qui fit rendre beaucoup de bile d'une couleur safranée, le point douloureux se déplaça ; je lui recommandai, outre les boissons délayantes acidulées, l'eau légèrement émérisée pour le lendemain, & un minoratif le 15 ; il le prit, & je le trouvai dans l'effet ; il étoit mieux & avoit à peine de la fièvre, mais elle revint trois à quatre jours après, & il y eut même un accès des plus violens ; un minoratif & les apozemes chicoracés en empêchèrent les retours ; & le 24, je le vis assez bien, quoiqu'il y eût encore un peu de toux à laquelle il est sujet : cependant il s'est rétabli tout-à-fait depuis ...
Dans le même temps je vis plusieurs autres malades dans cette paroisse & les voisines, ataquées de fièvres catarrhales, bilieuses, de maux de gorge, &c.
Le 15 mai, on me demanda pour le fils de Girard, Voiturier, de cette paroisse, âgé de dix-huit à vingt ans, ataqué, depuis plusieurs jours, d'une fièvre continue très-vive, avec délire, assoupissement, &c. on n'avoit rien fait : j'ordonai les vésicatoires aux jambes qu'on appliqua mal, je les fis réappliquer le 18 & prescrivis des lavemens laxatifs & donnai la coralite de Corse, soupçonant des vers ; le 19, il paroissoit moins mal ; le 14, les vésicatoires ne donnant rien, je fis ajouter de la poudre de canthatides au suppuratif ; mais tout fut inutile, soit qu'il fût trop tard, soit que les mauvais soins, la répugnance du malade pour les remèdes, le mauvais régime, &c. se soient opposés à l'effet des moyens employés : ce malheureux traîna quelques semaines & périt vers le 15 juin.

JUIN

Le 4 juin, Vincendeau, tisserand, de cette paroisse, âgé de trente-cinq ans environ, ataqué, de la veille, d'une fièvre assez vive après un travail forcé dans les vignes pendant un jour très-chaud ... ; la sueur fut répercutée en se rendant chez lui le soir, il se fit une infiltration subite presque générale ; je le trouvai avec fièvre, bouche mauvaise, nausée, &c. je lui laissai l'ipécacuanha pour le lendemain & lui conseillai les boissons nitrées ; le 8, il n'étoit pas mieux, je lui donnai la poudre purgative universele & conseillai les même boissons apéritives ; le 12, il étoit toujours foible & infiltré ; j'ordonai la tisane de bardane & de parele & donnai encore une prise de la poudre universele ; cet homme se rétablit peu à peu ; mais au commencement de Septembre, il fut pris d'une fièvre tierce avec des accès terribles, acompagnés de vomissemens bilieux, de cardialgies, &c. il ne me demanda que le 8, je le trouvai avec la bouche mauvaise, forces déprimées ; je lui laissai l'ipécacuanha & recomandai les boissons acidulées ; le 12, il n'étoit pas mieux, l'ipécacuanha avoit peu agi ; je donnai la poudre purgative universele & conseillai les apozemes amers ; le 21, la fièvre n'avoit pas cédé, je répétai la poudre purgative universele ; cependant à l'aide des apozemes chicoracés & amers, la fièvre cessa, & ce pauvre homme s'est rétabli, mais lentement, comme tous les autres malades.
Le 5 juin, je vis M. Noireau, Curé de la Caillère, âgé de soixante-neuf ans, & gouteux depuis plus de trente ans, ayant les mains percluses ; il étoit depuis quinze jours dans un accès de goute assez violent, & avoit été ataqué presque en même temps d'une fièvre catarrhale, les crachats étoient épais, difficiles ; il y avoit oppression, langue sale, brune, constipation ; je ne crus pouvoir ordoner que des apozemes chicoracés, aiguisés avec de la crème de tartre ou le sel de glauber & le sirop de lierre terrestre, pour faciliter l'expectoration ; le 8, le malade étoit mieux, moins de fièvre, le ventre libre, la poitrine moins gênée ; j'ordonai la continuation des mêmes moyens, n'osant en venir aux purgatifs pendant le paroxysme de la goute ; le 14, le malade étoit moins bien, quoique sans fièvre, les douleurs arthritiques étoient vives, l'oppression assez forte ; je recomandai les béchiques & toujours les bouillons chicoracés avec les sels & un régime exact ; le 18, il étoit beaucoup mieux, les forces dévelopées, la poitrine plus libre, enfin l'affection catarrhale paroissoit dissipée, mais la goute toujours existantes ; je ne conseillai plus que quelques boissons pectorales, le régime & la patience ... Cet honête Curé s'est rétabli aussi bien que son âge & ses infirmités habitueles l'ont permis.
Le même jour, 5 juin, près le bourg de la Caillère, la femme Ayraud, âgée de vingt-cinq à trente ans, ataquée, depuis trois semaines, d'une fièvre catarrhale & traitée par un Chirurgien ; la poitrine étoit encore très-embarrassée, l'expectoration difficile, la langue noire, brûlée ; les vésicatoires appliqués aux jambes depuis peu de jours suppuroient bien ; je recomandai d'entretenir cette suppuration & d'insister sur les boissons béchiques ; le 8, il y avoit du mieux, je conseillai les mêmes moyens & un minoratif sous peu de jours ; le 14, la malade tout-à-fait mieux, n'avoit pas encore été purgée ; je le prescrivis de nouveau, mais j'appris quelques temps qu'on n'en avoit rien fait, & cependant la malade s'est rétablie.
Le 14 du même mois, on me demanda pour Madame veuve Laré, du bourg de Bazôges-en-Pareds, âgée de soixante ans environ, du plus mauvais tempérament & presque toujours ou malade ou valétudinaire ; elle étoit ataquée d'une fièvre catarrhale depuis sept à huit jours, & n'avoit pris que des boissons très-acides, la toux en étoit devenue plus sèche, la poitrine douloureuse, la bouche mauvaise, la fièvre continue avec des redoublemens, pendant lesquels, il y avoit délire, agitation & quelques sueurs au déclin ; je conseillai les boissons béchiques aiguisées avec le kermès ou l'oxymel scillitique & un minoratif, avec deux onces de manne & deux grains de kermès, des lavemens avec l'oxycrat, & si les choses n'alloient pas mieux, que la tête ou la poitrine s'embarassâssent davantage, les vésicatoires aux jambes : on ne me rapela que le 24, où je trouvai la malade mieux ; mais on me dit qu'elle avoit été très-mal le 17, qu'on avoit ce jour-là appliqué les vésicatoires & qu'ils avoient agi seulement comme phénigmes sans produire de suppuration, les douleurs étoient très-vives ; je conseillai l'onguent rosat, d'ailleurs la poitrine étoit assez libre ; il y avoit cependant encore de la fièvre, je recommandai toujours l'usage des béchiques & un minoratif sous peu de jours ; le 30, la malade étoit en pleine convalescence, mais très-foible ; les vésicatoires étoient guéris, il y avoit encore par fois de la fièvre ; je n'ordonai que le régime & les amers ; la malade s'est rétablie autant que son tempérament valétudinaire le permettoit.
Le 24 du même mois, la femme Mussaud, du Pardeau, paroisse de Saint-Sulpice, âgée de quarante ans environ, éprouvoit, depuis plusieurs jours, des douleurs singulières aux extrémités inférieures, la fièvre à peine sensible, la langue peu chargée, mais il y avoit des foiblesses fréquentes ; je prescrivis des pédiluves, les boissons acidulées & la liqueur d'Hoffmann, que je lui donnai dans une mixture ; le 25, il y avoit un peu de mieux, je recomandai les mêmes moyens ; les 17 & 30, le mieux se soutenoit, mais il y avoit du dégoût ; je donnai la poudre purgative universele, on négligea d'en faire usage ; aussi le 7 juillet, je trouvai la malade avec une fièvre très-violente, je donnai la poudre fébrifuge purgative pour le lendemain ; la malade la prit, & à l'aide de quelques boissons amères & chicoracées, elle s'est rétablie promptement.
Le 29 du même mois, Rousseau, bordier, de ma paroisse, âgé de trente-huit à trente-neuf ans, me dit avoir été ataqué subitement la veille, de douleurs très-vives au genou droit, après y avoir ressenti pendant quelques jours une douleur sourde, qui ne l'empêchoit pas de travailler ; il y avoit un léger gonflement sans rougeur ni chaleur, point de fièvre ; je conseillai les somentations de décoction de mauves & de sureau ; le 1er juillet, les douleurs étoient plus vives & point de causer des espèces de sincopes ; j'indiquai des cataplasmes de mie de pain blanc & de lait, avec les fleurs de sureau ; le 2, les douleurs toujours plus fortes & point d'apparence que cela vint à maturité ; j'ordonai alors la racine fraîche de bryône râpée ; le 3, il y eut du mieux & je fis continuer la même application ; le 5, le mieux se soutenoit ; le 7, il étoit tout-à-fait décidé, & le malade qui auparavant ne pouvoit exécuter aucuns mouvemens, commençoit à marcher ; je conseillai, pour terminer la cure, les somentations aromatiques & un purgatif, ... Le malade a recouvré assez promptement l'usage de cette articulation, sur laquelle j'ai eu beaucoup d'inquiétude pendant plusieurs jours, l'effet résolutif de la bryône a été marqué d'une manière surprenante.

JUILLET ET AOUT

La sécheresse constante & l'anomalie de ce mois ont contribué singulièrement à la multiplication des fièvres bilieuses, la plupart avec le type des tierces où plus souvent des doubles tierces ; c'est principalement pendant les moissons que la bile plus exaltée, a porté davantage sur les intestins & a causé des coliques, des dévoîmens ; il y a eu même des choléra-morbus, des selles sanglantes, des vomissemens d'une bile safranée, d'autres fois portacée & érugineuse, des cardialgies, des défaillances fréquentes, des douleurs à la poitrine ou sur d'autres parties, la tête plus sensiblement affectée, des céphalalgies terribles, du délire, des mouvemens nerveux dans les redoublemens, même des espèces d'apoplexies quelquefois morteles ; les vers se montroient souvent & en imposoient, leur sortie calmoit des symptômes qu'on auroit pu attribuer à tout autre cause ; la fièvre assez généralement vive avec des remittences, des exacerbations, la chaleur déurente, le pouls rarement plein & élevé, quelquefois des éruptions à la peau, des sueurs abondantes, sur-tout depuis les grandes chaleurs, des hémorrhagies du nez, la langue plus ou moins chargée devenant noirâtre, les urines rouges, bilieuses.
Les moissonneurs & les pauvres n'ont pas été les seuls en proie à cette espèce d'Epidémie fébrile, les enfans en ont été généralement ataqués & même les gens riches ; les abus dans le régime chez ces derniers & la délicatesse des premiers, semblent les mettre au niveau des malheureux paysans que les travaux excessifs, la misère & les mauvais alimens rendent toujours plus susceptibles d'être affectés par les causes générale qui ont été dans ce mois, comme dans celui d'Août, l'anomalie de la température, les transitions brusques, la sécheresse constante, des brumes sèches, des vents brûlans ...
Joignez à cette irrégularité, peu ou point de bons fruits, la plupart infestés par les insectes de toute espèce, multipliés à l'excès ; point de légumes ; ces causes réunies ne pouvoient qu'être nuisibles à l'économie animale, à la suite des constitutions épidémiques qui ont lieu depuis si long-temps ; & le Peuple, particulièrement accâblé par plusieurs années de misère, de calamités successives, n'a pu qu'en être fortement molesté.

Le 1er juillet, à Saint-Maurice-des-Noues, la femme Petit, épouse du Sacristain, âgé de vingt & quelques années, nourrice d'un enfant de dix mois, éprouvoit, depuis sept à huit jours, une fièvre irrégulière ; elle avoit pris un purgatif la veille, qui n'avoit rien fait, & même elle se trouvoit plus mal depuis ; le pouls étoit petit, déprimé, fréquent, chaleur déurente, sueurs copieuses, langue blanche, sèche, mal de tête très-violent ; je prescrivis les lavemens d'oxycat, l'eau émérisée en grand lavage pour le lendemain, les boissons acidulées, les bouillons aux herbes, enfin le sevrage de l'enfant ; je ne pus la revoir que le 6, & la trouvai presque sans fièvre, mais les seins étoient très-douloureux ; je conseillai les boissons délayantes & un purgatif, la langue étant encore chargée ; cette femme s'est promptement rétablie ... Un de ses voisins, Cherbonneau, journalier, âgé de quarante à quarante-cinq ans, ataqué de la fièvre, le 30 juin, avec chaleur, nausées, langue sale, &c. a été guéri par une seule prise de la poudre fébrifuge purgative que je lui donnai le 1er juillet. ...
Le 11, Nau, tuilier, de chez moi, âgé de soixante-cinq à soixante-dix ans environ, avoit la fièvre depuis deux à trois jours, avec bouche mauvaise, dégoût, &c. je lui donnai une prise de la poudre fébrifuge, qui n'agit pas beaucoup ; je la répétai le 13, qu'il y avoit moins de fièvre, & elle agit bien ; le 15, le mieux parut décidé ; je conseillai l'infusion de centaurée ... Le 21, on me redemanda pour le malade devenu sourd, avec des tintemens, des bourdonnemens d'oreilles singuliers ; les anodyns, les émolliens ne firent rien, je prescrivis un vésicatoire à la nuque le 24, il agit très-bien, & le 28, le malade étoit mieux, l'ouïe étoit revenue ; je conseillai un purgatif, on s'y refusa, & dans les premiers jours d'Août, la fièvre revint quotidiene ; je voulus encore le purger & trouvai la même répugnance. J'indiquai l'usage des amers, qu'on employa à la fin ; & cet homme, usé par l'ivrognerie, s'est rétabli passablement vers les derniers jours de Septembre. ...
Le 26, dans le bourg de Cheffois, Bertrand, âgé de cinquante-cinq à soixante ans, ataqué, depuis huit à dix jours, d'une fièvre bilieuse double-tierce, avoit pris une dôse de poudre fébrifuge purgative, qui avoit bien agi, les sueurs très-abondantes à la fin de l'accès, chaleur déurente, bouche mauvaise ; je conseillai les boissons acidulées, les bouillons chicoracés, les lavemens & un minoratif pour le lendemain, si la fièvre le permettoit ; le 28, il y avoit de la fièvre, mais moindre, il avoit été purgé la veille ; je l'ordonai de nouveau, & ensuite les apozemes chicoracés ; le 1er Août, le mieux se décidoit, à peine la fièvre étoit-elle sensible, mais les forces encore accâblées, le dégoût, &c. Je prescrivis les infusions amères ; les 6 & 9, la convalescence s'établissoit, la fièvre cessée, l'appétit revenu, mais les forces se recouvrant avec peine ... Le 1er Août, l'épouse de cet homme, âgée de cinquante ans environ, ataquée, depuis trois jours, de la fièvre bilieuse, avec nausées, vomissemens bilieux, langue chargée, céphalalgie violente, &c. J'ordonai la poudre fébrifuge purgative qu'elle prit le lendemain, qui agit si bien que la fièvre ne reparut pas, & le 6 Août, la guérison étoit presque complète. ...
Le 22, au moulin de la Girardière, de cette paroisse, la fille Bodin, âgée de vingt ans, avoit la fièvre depuis quatre jours, sans avoir rien fait ; les forces étoient déprimées, la langue sale, bilieuse, mouvemens spasmodiques, &c. tout étoit alarmant ; je donai, sur le champ, l'ipécacuanha fracta dosi ; elle n'en prit qu'une dôse qui agit peu, n'ayant pas bu suffisament ; le soir elle étoit à peu près la même, je prescrivis l'eau de verjus pour boissons, & pour le lendemain des apozemes chicoracés, avec la crême de tarttre ; le 23, point de mieux, pouls petit, accâblement, céphalalgie, langue sèche, &c. je prescrivis les apozemes indiqués la veille ; le 24, toujours la même ; le 25, les sueurs s'annonçoient le matin, à la suite d'une nuit agitée, je donnai la coraline de Corse & quelques dôses de poudre tempérante ; elle fut passablement dans la nuit, & rendit des vers, ce qui me décida, le 25, à répéter la coraline & la poudre tempérante ; le 26, même état ; le 27, plus mal, ce qui m'engagea à proposer les vésicatoires aux jambes, on s'y refusa absolument, cependant, au bout de quelques jours, on se détermina à appliquer un vésicatoire à la nuque, qui eut du succès ; car, mal-gré le plus mauvais régime & la répugnance de la malade, elle se rétablit, mais lentement. ...

SEPTEMBRE, OCTOBRE, NOVEMBRE

Le 2 Septembre, à la Châtaigneraye, Gobin, sérurier, âgé de quarante-cinq ans, ataqué d'une fièvre rémittente bilieuse, depuis cinq à six jours, il avoit été saigné le 29 & purgé ensuite ; les accès devinrent plus violens & se réglèrent en double-tierce ; les douleurs précordiales étoient vives, la bouche mauvaise, les forces déprimées ; j'ordonai une potion calmante, avec les gouttes éthérées, les boissons acidulées & un évacuant sous peu de jours ; le 6, la fièvre se soutenoit encore, je conseillai les apozemes chicoracés ; le 13, il y avoit un mieux marqué, mais les forces revenoient lentement, comme chez presque tous les malades ; l'usage de quelques boissons amères ont rappelé l'appétit & la santé. ...
Le 16 novembre, la fille Daguzé, paroisse de Mouilleron, âgée de seize ans, avoit, depuis dix à douze jours, une fièvre continue avec des exacerbations irrégulières ; dans le commencement elle avoit éprouvé un dévoîment, & alors elle étoit constipée ; le délire, l'agitation étoient considérables dans les redoublemens qui revenoient quelquefois en double-tierce, la bouche sèche, &c. on ne pouvoit absolument rien lui faire prendre ; les 17 & 19, je la trouvai encore plus mal, les spasmes, le pouls intermittent, le délire, les foiblesses, tout sembloit autoriser un fâcheux pronostic, d'autant plus qu'elle se refusoit à tous les secours ; je laissai cependant une mixture avec la liqueur d'Hoffmann ; le 22, il y avoit un peu de moins mal, elle commençoit à boire ; le 29, la fièvre paroissoit s'être changée en double-quarte, le délire & les mouvemens spasmodiques avoient encore lieu dans les redoublemens ; le 30 je lui donnai la mixture antispasmodique & deux petites dôses de la poudre universele ; les 5 & 7 décembre, la fièvre continuoit avec les mêmes accidens, la malade mangeoit également, comme elle avoit toujours fait pendant sa maladie, mal-gré toutes mes représentations ; le 11, il y avoit un peu de mieux, elle consentit enfin à prendre la poudre universele qui agit bien ; le 23, la fièvre s'étoit réglée tierce, mais moins alarmante ; le 5 janvier 1787, la malade étoit sans fièvre depuis quelques jours, mais recouvrant ses forces avec peine, & sur-tout l'usage de ses jambes.
La soeur de cette fille, âgée de treize ans, fut ataquée de la fièvre à peu près dans le même temps, mais avec des symptômes moins graves & tenant du genre catarrhal ; le ventre étoit libre, il y avoit douleur à la poitrine, les redoublemens fébriles étoient en double-tierce ; je donnai la poudre purgative universele le 16 novembre, elle agit peu, je la répétai le 19, en recommandant les boissons béchiques & les cataplasmes émolliens sur le point douloureux ; le 22, il n'y avoit pas de mieux, & il ne se décida que vers la fin du mois. La guérison suivit dans le courant de décembre, mais lente comme chez tous les malades.
La mère de ces deux filles, nourrice d'un enfant de huit mois, fut aussi ataquée d'une affection catarrhale, au commencement de Décembre, qui s'est dissipée d'elle-même, à l'aide de sueurs abondantes ; il lui est seulement resté une douleur aux lombes, qui a cédé aux frictions de flaneles chaudes.
Le 17 Novembre, la veuve Lorit, de la paroisse de Mouilleron, âgée de trente-cinq à trente-six ans, dans la misère la plus afreuse, ataquée, depuis quelques jours, d'une fièvre violente, diarrhée, douleur à la poitrine, &. je lui donnai du riz pour tisane, & l'ipécacuanha à dôses fracturées pour le lendemain ; le 19, il n'y avoit pas de mieux marqué, je recomandai les boissons pectorales avec le lierre terrestre & le miel outre l'eau de riz, & les cataplasmes émolliens sur le point douloureux ; le 22, il y avoit un peu de mieux, cependant la fièvre duroit encore, la langue chargée ; je lui laissai la poudre universele à prendre sous deux à trois jours ; le besoin & la nécessité d'aller chercher du pain pour trois misérables petits enfans, arrachèrent cette malheureuse de dessus sa paille dès les premiers jours de décembre ; & le 10, je la vis mieux rétablie que n'auroit pu l'être la personne soignée avec la plus grande attention. ...

DEPARTEMENT DE BRESSUIRE

... M. Penaud, Chirurgien à la Forêt-sur-Saivre, que j'ai cité plus d'une fois avec éloge, m'a adressé régulièrement des notes sur les maladies régnantes qu'il voyoit dans son canton, & il me marquoit, le 16 août, qu'il étoit mort pendant l'Epidémie catarrhale de l'hiver & du printemps de 1786, cinquante-cinq persones dans la paroisse de Saint-Mêmin ; cinquante-six dans celle de Cerizay ; dix dans celle de la Forêt-sur-Saivre, & vingt-trois dans celle de Saint-André-sur-Saivre ; elle a fait aussi des ravages momentanés dans quelques-autres paroisses voisines, telles que Montigny, Cirières, Saint-Jouin, Saint-Marsault & Montournois, dans lesquelles il a donné ses soins aux pauvres malades. ...

A Saint-Maurice-le-Girard, bâs Poitou, le 10 janvier 1787

A Poitiers
de l'Imprimerie de François Barbier, Imprimeur-Libraire
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