SAINT-AUBIN-DU-PLAIN SOUS LA RÉVOLUTION

En 1789, les délégués du Tiers-Etat pour Saint-Aubin-du-Plain furent Pierre Martin et René Puichaud. En  1793, Saint-Aubin-du-Plain devint, de par le baptême révolutionnaire, la commune d'Aubin, les saints n'ayant plus droit de cité en France.

 

Saint-Aubin-du-Plain


La paroisse entière prit part à l'insurrection vendéenne. Sur le chemin qui va de Saint-Aubin au vieux manoir de la Rochejaquelein, à moitié route, se dresse une croix en granit, dite croix du souvenir. Elle a été érigée en ce lieu en mémoire d'une bataille entre Vendéens et Bleus ; mais le souvenir le plus émouvant de ces années terribles est celui du massacre de 79 personnes de Saint-Aubin, au lieu-dit le Bois-Roux, dans la plaine de Milayron. Cette abominable tuerie eut lieu un dimanche selon les uns le 20 janvier 1794, selon les autres dans les premiers jours de mars 1794. Cette apparente contradiction s'explique parce qu'il y eut en réalité deux massacres.


L'histoire ne nous a pas transmis les noms des victimes, sauf celui de François Courjault qui fut fusillé avec son fils. Une croix, gage de la résurrection glorieuse, serait bien placée sur la tombe de ces martyrs qui, par un raffinement de barbarie, durent creuser eux-mêmes leurs fosses avant de périr sous les balles.


Le citoyen Chauvin, jacobin farouche et membre du Comité de surveillance révolutionnaire de Bressuire, raconte ainsi ce massacre qui eut lieu sur l'ordre du féroce Grignon : "A partir d'une lieue d'Argenton-le-Peuple, dans l'extrémité de la paroisse de Chambroutet, sur le chemin de Bressuire, tout ce qui fut rencontré fut sacrifié à la rage de Grignon, et le massacre fut horrible. A Saint-Aubin-du-Plain, sous le prétexte ridicule que l'on avait trouver dans le clocher un drapeau de brigands qui n'était cependant qu'un devant d'autel, il fit massacrer toute la municipalité qui s'était présentée au devant de l'armée, décorée de l'écharpe, ainsi que tous les citoyens qui s'y étaient réunis pour faire le service de la garde nationale, en vertu d'une lettre du district qui le leur prescrivait. Grignon satisfit sa rage par le massacre de tous les individus sans distinction qu'il rencontra et l'incendie de plusieurs maisons ; la continuation de sa marche pour arriver à Bressuire fut aussi la continuation des mêmes horreurs."


Turreau osa écrire à Grignon : "Les Officiers municipaux de Saint-Aubin-du-Plain n'ont pas pu ignorer qu'il y avait un drapeau noir et blanc dans leur commune ; c'était un signe de rébellion ; ainsi ils sont coupables."
M. Jean Proust, précédemment vicaire de Saint-Porchaire, près Bressuire, pourvu d'un canonicat dans l'église collégiale d'Oiron, sous le titre de Saint-Nicolas, y fut installé le 23 décembre 1782. D'après les traditions de sa famille, recueillies par l'abbé Proust, curé de Tessonnières, Jean Proust fut massacré pendant la Révolution sur la paroisse de Saint-Aubin-du-Plain.

Benoît, de Saint-Aubin-du-Plain, âgé de 40 ans, décédé à la maison d'arrêt de Saumur le 5 novembre 1793 ; Pierre Massereau, de Saint-Aubin-du-Plain, âgé de 50 ans, décéda à la même prison le 12 novembre 1793 ; Rémond, de Saint-Aubin-du-Plain, 50 ans, y mourut le 29 novembre 1793.
Charles Bertheleau, 38 ans, mourut dans les prisons de Niort, le 7 avril 1794.
Jean-Baptiste Ganne, 25 ans, condamné à mort le 4 nivôse an II par la commission militaire Bignon à Savenay.
Jean Cochard (pour Clochard), 27 ans, condamné à mort le 28 nivôse an II (17 janvier 1794) par la même commission, à Nantes.
Urbain Balard, condamné à mort comme brigand de la Vendée, le 3 pluviôse an II, par la commission militaire de Savenay ; Pierre Bichon, item, le 4 nivôse an II ; Pierre Cochard (pour Clochard) it..., le 3 nivôse ; Pierre Pommeray, it..., le 17 nivôse par la commission militaire de Nantes ; Pierre Pressay, it... le 9 nivôse ; Hilaire Tranchet, domestique, it... le 17 nivôse an II ; Louis Sauvestre, conspirateur ! it..., le 23 nivôse an II, par la commission militaire d'Angers.

Le 7 janvier 1796, deux frères, Jean et Louis Bernard, l'un âgé de 20 ans et l'autre de 17 ans, furent massacrés dans le bourg de Saint-Aubin-du-Plain par les républicains ; leurs corps furent inhumés le lendemain au cimetière de la paroisse par Marie-Gabriel-Pierre Berthelot, prêtre desservant de Saint-Aubin-du-Plain.


Les archives de Clisson nous ont conservé les noms des nombreux soldats vendéens de Saint-Aubin-du-Plain qui avaient survécu à la grand'guerre.

En voici la liste :


François Billy, né à Savenay en 1756, fusilier pendant la guerre de 1793 ;
Jean Turpault, né aux Aubiers en 1763, chasseur, campagnes de 1793-99-1815, blessé ;
Pierre Merceron, né à Saint-Aubin en 1757, lieutenant-breveté de Stofflet, en 1793 ;
Louis Siard, né au Pin, en 1769, fusilier en 1793 ;
Pierre Courgeault, né à Chiché en 1762, campagne de 1793 ; ses parents ont été victimes de la guerre ;
Prosper Merceron, né à Saint-Aubin en 1766, courrier, campagne de 1793, "est entré le premier à Thouars" ;
François Gorry, né à Saint-Aubin en 1779, chasseur en 1793, blessé trois fois, prisonnier, a passé la Loire, a eu son père, sa mère et sa soeur massacrés ;
Jacques Puichaud, né à Saint-Aubin en 1780, fusilier, campagne de 1793 ;
Jean Clochard, né à Saint-Aubin en 1761, fusilier en 1793, a eu sa mère et ses trois frères tués ;
Pierre Guerry, né à Sanzais en 1764, capitaine en 1793 ;
François Denais, né à Saint-Aubin en 1772, fusilier en 1793 ;
Pierre Palluau, né à Saint-Aubin en 1754, fusilier en 1793 ;
Jean Marolleau, né à Noirterre en 1760, commissaire pour vivres en 1793 ;
Jean Baudry, né à Nueil en 1769, capitaine en 1793 ;
Jean-Baptiste Fuseau, né à Nueil en 1768, commissaire aux vivres en 1793 ;
René Boureau, né à Montravers en 1742, fusilier en 1793, blessé ;
Nicolas Clémenceau, né à Saint-Aubin en 1761, fusilier en 1793 ;
Pierre Richard né en 1776, fusilier en 1793 ;
Pierre Decréon, né au Breuil en 1754, fusilier en 1793 ;
Lucas Ayrault, né à Courlay en 1744, fusilier en 1793, "entré à Thouars le premier par la Brèche" ;
François Balany, né à Saint-Clémentin en 1774, chasseur en 1793, fusilier en 1815 ;
François Niort, né à Saint-Aubin en 1777, fusilier en 1793, a eu son père tué ;
Louis Reveau, né à Sanzay en 1760, fusilier en 1793, blessé ;
René Benoit, né à Saint-Aubin en 1778, fusilier de 1793 à 1799, a eu son frère tué ;
Jean Massé, né à Saint-Aubin en 1767, campagne de 1793, a perdu ses parents ;
Jacques Charrier, né à Breuil-Chaussée en 1763, fusilier en 1793 ;
Jean-Baptiste Tranchet, né à Saint-Aubin, fusilier en 1793, a eu un frère tué ;
François Choup, né à Saint-Porchaire en 1760, fusilier en 1793, son père et son frère ont été massacrés ;
Charles Cochonneau, né à la Coudre en 1774, employé aux vivres en 1793, fourrier en 1815, blessé, son père et ses deux frères ont été massacrés ;
Louis Bernard, né à Moutiers en 1756, fusilier, courrier en 1793 ;
Jacques Vergnaud, né à Chiché en 1779, campagnes de 1793 et 1815, sa mère a été massacrée ;
Philippe Billy, né à Saint-Aubin en 1753, campagnes de 1793, son père et un de ses enfants ont été massacrés ;
Pierre Marolleau, né à Nueil en 1778, courrier en 1793, 1815, deux blessures, a eu un frère tué.

Ont servi en 1815

Pierre Boutet, né à la Coudre en 1774, fusilier, s'est trouvé aux affaires des Aubiers et de Thouars ;
Jean-Baptiste Mussé, né en 1790, fusilier, s'est trouvé à Nueil, aux Aubiers et à Thouars ;
Jean-Baptiste Raymond, né en 1787, était à Nueil et à Thouars, a eu son père et son grand-père tués en 1793 ;
François Raymond, né en 1784, a servi à Nueil, aux Aubiers et à Thouars ;
Pierre Giraud, né en 1752, item ; Louis-Charles Billy, né à la Coudre en 1791, "s'est comporté en brave" ;
François Chiron, né à Sanzay en 1796, était aux Aubiers, au premier débarquement, et à Thouars ;
Jean Gorry, né en 1781, était à Thouars ; son père, sa mère et une de ses soeurs ont été massacrés en 1793 ;
Jean Blais, né à la Coudre en 1780, était aux Aubiers en 1799 et à Thouars en 1815 ;
Pierre Roux, né à Saint-Aubin en 1792, était à Thouars, son père a été massacré à Rezay (Beaulieu) ;
Jean Gorry, né en 1791, était à Thouars ;
Pierre Guerry, né en 1786, a été au Boupère et à Thouars ;
Pierre-Jean Marolleau, né en 1793, a été au Boupère et à Thouars ; Pierre Girardeau, né à Noirterre en 1797, était au Boupère et à Thouars ;
Jean Néroux, né en 1794, fut à Saint-Gilles et à Thouars ;
Louis Barangé, né à Coron en 1783, capitaine, fut aux Aubiers et à Thouars.

Ce contrôle de ceux qui servirent la cause royaliste en 1815 est vraiment suggestif ; pour la plupart, ils ont eu leurs pères ou leurs grands-pères dans les rangs des insurgés de la grand'guerre ; ni leur mort, ni leur ruine n'ont eu prise sur la fidélité de leurs descendants. La population de Saint-Aubin-du-Plain avait été cependant fort éprouvée par nos guerres civiles. En 1664, Saint-Aubin comptait 92 feux (Etat du Poitou, de Colbert de Croissy) ; en 1709, d'après les Recherches du Comte d'Ortefeuille, 414 âmes ; en 1726 (Dict. de la France, de Saugrain), 418 ; en 1739 (visite de Mgr de Menou), 300 communiants ; 83 feux et 11 charrues en 1750 (carte du Poitou) ;  80 feux en 1789. Le Dict. des Deux-Sèvres de Dupin, ne compte plus en 1803 que 160 habitants. La Table alphabétique des Paroisses du Poitou, XVIIIe siècle, sans date, donne à Saint-Aubin, pour l'année, 18 naissances, 5 mariages, 13 décès.

Extrait :
Monographie des villes et villages de France
Argenton-Château et ses environs
L'abbé Gustave Michaud
Volume 1 - 1990

Voir également : http://chemins-secrets.eklablog.com/les-colonnes-infernales-a-saint-aubin-du-plain-a3429771