UN ÉMULE DU GÉNÉRAL DE FROTTÉ

THOMAS-GABRIEL-FRANCOIS D'OILLIAMSON (dit Gabriel Varon)

Si au cours des guerres chouanniques, avec Monsieur de la Sicotière, l'éminent historien de cette de La Basse Normandie, on ne saurait trop louer le comte de Frotté, de par le Roi, le commandant des forces de cette région, ce gentilhomme sans peur et sans reproche, dont la valeur morale et le courage ont atteint le plus haut degré de perfection, il y a lieu d'exalter de pareilles vertus en la personne de son major général, le vicomte Thomas-Gabriel-François d'Oilliamson. Après une vie toute d'honneur et de bravoure, inhumainement fusillé, comme le sera quelques mois plus tard son général, le vicomte d'Oilliamson mérite une des premières places parmi les nobles victimes des guerres de l'Ouest.
La présente étude a pour but de faire revivre sa noble figure.

 

MORTEAUX COULIBOEUF VIEUX CHATEAU

 

armoiries d'OilliamsonLe vicomte Thomas-Gabriel-François d'Oilliamson naquit au château de Couliboeuf, le 7 octobre 1740. Il était fils de François-Hardouin d'Oilliamson, marquis de Courcy, vicomte de Couliboeuf et de Gabrielle Françoise d'Oilliamson, fille de Jacques-Gabriel-Alexandre d'Oilliamson, marquis de Saint-Germain.
Les deux branches de Saint-Germain et de Courcy alliées par ce mariage, qui s'étaient séparées depuis cinq générations, avaient pour auteur commun Thomas de Williamson, un des archers de la garde écossaise des rois de France où avaient déjà servi son père et d'autres membres de sa famille ; mais celui-ci étant venu fort jeune en France, sous Charles VIII en 1495, fut le premier qui s'y fixa par son mariage en 1506, avec l'héritière de Mesnil-Hermé. Le nom de Williamson s'écrit Olliançon, dans les lettres données par le roi François Ier à Paris, le 30 décembre 1518 et s'est prononcé ainsi, mais l'orthographe a souvent varié jusque dans le dernier quart du XVIIIe siècle où prévalut l'orthographe actuellement en usage, en conservant toujours toutefois la prononciation française.
François avait deux frères Marie-Gabriel-Eléonor, son aîné de deux ans appelé le comte d'Oilliamson et Thomas-Hardouin, plus jeune, appelé l'abbé d'Oilliamson.
Le vicomte d'Oilliamson et son frère aîné furent élevés chez leurs parents avec un prêtre pour gouverneur. Ils firent leurs premières armes comme cornettes d'abord, puis comme capitaines pendant la guerre de sept ans, à la fin de laquelle, François était aide-de-camp du maréchal d'Estrées.
Ses parents lui avait donné en partage la terre et le château de Cordey-sous-Essai (on écrit aujourd'hui Cordé) non loin de la route de Séez à Alençon, château qu'il mettait même en son absence, à la disposition de son frère, lequel, en 1780 avait acquis du marquis de Gauville la charge de capitaine général des chasses de l'apanage de Monsieur, frère du Roi et conservateur général des plaines et forêts de son duché d'Alençon. C'est ainsi que son nom fut donné dans la forêt d'Ecouves au carrefour improprement appelé depuis Carrefour d'Alençon, mais qui a toujours été appelé par tradition : Carrefour d'Oilliamson.


A la Révolution, le vicomte, en garnison à Lunéville commandait comme lieutenant-colonel, puis mestre de camp, le corps des carabiniers de Monsieur, frère du Roi. Il existe des lettres de ce prince, le futur Louis XVIII et du comte de Brouillé qui commandait à Metz, le remerciant d'avoir renoncé à son semestre de congé pour maintenir dans le devoir ses carabiniers qui demeurèrent fidèles jusqu'au jour où leur chef se vit contraint par le serment de passer à l'armée de Condé.
Plusieurs de ses officiers et carabiniers l'y suivirent. Son frère aîné qui servait aux Gardes du corps avec rang de mestre de camp, émigra aussi.
En 1796, le vicomte d'Oilliamson passe de l'armée de Condé en Angleterre où il retrouve son frère aîné, revenu de Quiberon.
L'abbé d'Oilliamson qui était vicaire général du diocèse de Rouen, suivit en émigration son archevêque Dominique de la Rochefoucauld.


Il ne reste plus rien du château de Cordey et à peine quelques traces du château de Couliboeuf, tous deux vendus comme biens d'émigrés.


Au lendemain des conférences de la Mabilais qui furent, pour la Bretagne, ce que celles de la Jaunaie furent pour la Vendée, c'est-à-dire une trêve de courte durée au cours de laquelle les deux partis cherchèrent mutuellement à se tromper, le comte de Frotté et quelques officiers qui, sous le baron de Cormatin, y avaient pris part sans adhérer à la pacification, gagnèrent le bocage normand et y organisèrent la chouannerie en rassemblant de petits détachements composés de combattants vendéens de l'armée d'outre-Loire, perdus et demeurés dans la région lors de la lamentable équipée de Granville, renforcés de réfractaires et de déserteurs.


Bientôt la guerre fratricide recommence.


Après quelques escarmouches qui eurent pour théâtre les confins du Calvados, de l'Orne et de la Manche et dont l'issue fut toujours favorable aux Chouans, le comte de Frotté fut reconnu comme le chef du soulèvement et de ce jour, il se met en rapport avec le comte d'Artois, à cette époque, domicilié près de Londres, avec l'autorisation duquel il organisera l'armée de la Basse-Normandie  dont, par le Roi, il est bientôt nommé général.


Les autres commandements étaient ainsi répartis :
Georges Cadoudal commandait la Bretagne ; Scépeaux, la rive droite de la Loire ; le comte de Bourmont, le Maine ; le comte de Rochecotte, le pays chartrain ; le chevalier de Philippeaux, le Berry.
L'effectif de l'armée de Frotté, moins important que celui des trois premiers généraux, n'atteindra jamais plus de 6.000 hommes. (Plus tard le Baron Mallet de Crécy et le Comte de Bourmont se verront octroyer grâce aux néfastes intrigues de l'agence royale de Paris, la Haute-Normandie enlevée bien à tort à l'influence de Frotté qui la recouvrera un peu avant sa mort.)


En 1796, le vicomte d'Oilliamson se trouve porté par le comte de Frotté sur une liste d'officiers adressée à Jersey au comte de Bouillon, pour être transmise au comte d'Artois et sur laquelle il est mentionné avec le grade de major-général, preuve évidente de l'estime que le commandant des forces royalistes de la Basse-Normandie lui témoignait.
La réponse à cette demande de renforts ne sera donnée que dix mois plus tard.


Survient la pacification de 1796.


Ne voulant à aucun prix en accepter toutes les clauses, pour n'avoir pas plus tard à renier sa signature et cependant reconnaissant la nécessité d'une nouvelle trève, Frotté passe en Angleterre après avoir confié le commandement de son armée au comte de Chambray, auquel avant de partir il a donné carte blanche pour la signature du traité de paix.
Bientôt, malgré la cessation des hostilités, un grand nombre d'officiers chouans quoique amnistiés se trouvent cependant poursuivis, emprisonnés et même fusillés, aussi à l'appel désespéré de ses compagnons d'armes, Frotté se décide-t-il à reprendre en main son armée pour être à même de pouvoir lui donner sous peu le signal de la reprise des hostilités et, pour réaliser ce but, il provoque du comte d'Artois la mise en route d'Oilliamson et des officiers réclamés antérieurement par lui, dans une lettre en date du 4 février 1797, où se lisent les lignes suivantes :
"... Je n'attends plus maintenant que les fonds nécessaires pour faire partir le vicomte d'Oilliamson auquel j'ai remis son brevet de major-général : il emmènera avec lui 18 ou 20 officiers intelligents (sic), qui ont tous bien fait la guerre et qui seront répartis en Normandie selon l'indication que je lui en donnerai."
Non seulement Frotté avait réclamé et enfin obtenu du comte d'Artois en faveur d'Oilliamson le grade de major général ; mais de plus il lui confiait, en attendant son retour en Normandie, l'organisation de ses cadres.
Nul n'était plus digne de ce grade et de la mission qui lui était confiée.

 

FROTTÉ 3


A la fin de 1797, Frotté se met en rapport avec ses chefs de divisions entend leurs doléances, tient compte de leurs suggestions, puis il se rend à Paris, après avoir en attendant son retour, confié le commandement de son armée alertée à d'Oilliamson.
Intrigué par des rumeurs de réaction, Frotté gagnait la capitale pour être plus à même, si les circonstances le permettaient, de profiter des évènements.
De Paris, en date du 2 juin 1797, il dépeint à Dutheil, le trésorier des princes à Londres, ses embarras d'argent et il lui demande de vouloir bien solder 80 louis à d'Oilliamson auquel il adresse en date du 1er août des instructions concernant le prochain soulèvement. (Depuis le 1er janvier 1797 jusqu'au 18 juillet même année le gouvernement anglais versa environ 3.000 livres à Dutheil et 2.580 entre les mains d'Oilliamson.)


Soudain survient le 18 fructidor.


L'ex-général Pichegru, le conquérant de la Hollande, actuellement président du Conseil des Cinq-Cents, très gravement accusé de compromissions antérieures avec le parti royaliste, est arrêté ainsi que deux des Directeurs ; le conseil est, de plus, décimé et les royalistes résidant à Paris sont traqués.
Frotté doit de suite quitter la capitale et rallier à nouveau l'Angleterre. Mais avant de s'embarquer, il adresse à Caen, pour être remise à d'Oilliamson, une dernière instruction ou plutôt un manifeste lui expliquant son départ précipité, activé par la nécessité d'aller préparer en Angleterre les moyens d'une insurrection des forces chouanniques, manifeste communiqué seulement aux membres du conseil supérieur et aux chefs de divisions, et il leur promet de revenir bientôt.
A Londres, Frotté obtient l'autorisation de s'entretenir personnellement avec le comte d'Artois qui lui donne audience à Edimbourg et qui paraît se rendre à ses raisons.
Frotté sut même obtenir du prince une lettre personnelle pour le vicomte d'Oilliamson, contenant avec des propos flatteurs, des promesses de subsides et des instructions pour l'organisation de l'armée royale.
Cette missive fut portée et remise à d'Oilliamson par le brave baron de Mandat, le commandant de la compagnie des déserteurs.
On y lit :
"... Je vous adresse particulièrement cette lettre, Monsieur, parce que dans le cours des détails  que j'ai eu à parcourir avec M. de Frotté, le général m'a confirmé non seulement dans la très bonne opinion et l'estime particulière que j'avais déjà conçue pour vous, mais qu'il vous a désigné comme celui qu'il désirait le plus et qu'il croyait le plus capable de remplacer Monsieur le vicomte de la Roque dans les conditions de commandant en second de la Basse-Normandie.
Je vous envoie les lettres qui vous sont nécessaires à cet effet. C'est avec beaucoup de satisfaction que, dans cette importante circonstance, je vous marque ainsi ma confiance et le prix que je mets à la distinction de vos services."
Et le comte d'Artois terminait ainsi :
"Je vous renouvelle avec plaisir, Monsieur, l'assurance de tous mes sentiments pour vous, de ma parfaite estime.
Signé : Charles-Philippe."
Cette lettre est un témoignage incontestable de l'estime manifestée par le prince à l'égard du vicomte d'Oilliamson.


Nous devons observer que beaucoup plus âgé que Frotté, ayant exercé avant la Révolution les fonctions d'un grade plus élevé que le sien, d'Oilliamson n'en avait pas moins consenti à servir sous ses ordres.
Aussi, tenant compte de cette situation, devons-nous observer qu'en sollicitant du Roi cette nomination d'Oilliamson, au grade de major-général, Frotté s'exprimait ainsi à l'égard de son camarade :
"Sans la Révolution et les circonstances actuelles, M. le vicomte d'Oilliamson, par son âge et son grade, devait naturellement toujours me commander.
Son zèle pour le service du bien du Roi et l'amitié qu'il m'a toujours témoignée l'ont engagée à accepter de servir sous mes ordres ; mais j'ose supplier Votre Majesté de croire que je sais apprécier son abnégation et le regarder toujours plus comme un ami, dont l'expérience peut me diriger que comme un subalterne. L'union la plus parfaite a toujours régné dans le parti du Roi en Normandie et le vicomte d'Oilliamson ne pourra que la cimenter ..."
Les termes de cette lettre font autant honneur à celui qui en était l'objet qu'à son auteur. (A ce sujet, le comte Henry de Frotté, le père du général écrira de Londres en date du 15 octobre 1800 : "Monsieur le vicomte d'Oilliamson, colonel aux carabiniers, depuis fait officier général, donna au Roi dans cette circonstance, une grande preuve de dévouement en acceptant la place de major général sous les ordres de mon fils un jeune homme". Le loyal et brave Oilliamson répondit à un personnage qui critiquait son action : "Je rends justice aux talents de Monsieur de Frotté ; on ne calcule rien quand on veut servir son Roi et sa patrie ; je serai son père, je serai son ami et le seconderai de toutes mes facultés.")
D'Oilliamson ne sera pas seulement le second de Frotté, mais de plus il s'affirmera en toutes circonstances son plus précieux et fidèle ami.


Voici le début de cette requête de Frotté :
"Au Roi,
J'ose solliciter V.M. de vouloir bien agréer le vicomte d'Oilliamson pour major-général du parti que j'ai l'honneur de commander. Ses talents militaires et son activité, son dévouement sans bornes aux intérêts de votre Majesté et son influence en Normandie, doivent lui obtenir la confiance dont il est digne de la part de ses compatriotes et ajouter infiniment aux moyens que nous avons d'être utiles au Roi ..."
La situation des Chouans de Basse-Normandie était alors intolérable : "harcelés par les détachements républicains lancés à leur poursuite, errant dans les bois ou dispersés dans les chaumières, les réfractaires et les déserteurs étaient toujours sous le coup d'une arrestation ; le sort des officiers plus en évidence que les soldats était pire encore."


"D'aucuns se dévouaient avec une grande générosité au soutien de leur parti : ainsi le loyal d'Oilliamson avait avancé, de ses deniers, plus de huit cents louis ; mais les officiers demeurés sur le continent n'étaient pas riches et sauf les vivres et l'hospitalité du passage, ils ne donnaient en général rien." (Mémoires de Billard de Veaux)


Aussi nombreux sont les Chouans qui aspirent à reprendre les armes ou à obtenir l'autorisation de passer en Angleterre pour échapper aux poursuites.
Parmi ces derniers, citons Billard de Veaux, le commandant en second de la division d'Henry (Comte de saint-Paul de Lingeard) levée entre Domfront et Ambrières, qui se cachait aux environs de la Ferté-Macé.


En novembre 1797, ayant appris à tort que le vicomte d'Oilliamson se cachait à Caen, Billard veut voir ce chef, en lequel après le comte de Frotté il avait le plus de confiance, pour obtenir de lui, l'autorisation de passer en Angleterre.
Il se rendit à Caen, chez l'abbé Laubrière, surnommé la Grimace, (à cause de sa laideur et l'abbé des amourettes à cause de sa conduite à tort ou à raison critiquée), demeurant place Saint-Sauveur, chez une dame Dufresne, mais en vain, n'y ayant pas rencontré celui qu'il voulait consulter.
Ne sachant que devenir, craignant comme beaucoup d'autres chefs d'être sous peu arrêté, Billard se décida à se placer comme garçon de ferme dans la région d'Argentan.

 

Château de Tertu


Il fut alors assez heureux d'être mandé par le vicomte d'Oilliamson qui se terrait au château de Tertu près d'Argentan chez une dame de Vanembras.
Aussitôt il se rend à ce château situé sur la lisière nord de la forêt de Gouffern et y rencontre le vicomte. "Il me chargea de nouveau, nous rapporte Billard dans ses mémoires, d'assurances positives que, sous peu, l'on se mettrait sur la défensive sous la direction immédiate d'un prince de sang, avec des moyens bien au-delà des besoins ; mais, que, jusque-là, il fallait garder la plus parfaite indifférence aux persécutions qui pesaient sur nous. Il fallut encore retourner à la division porter ces ordres et ces mensonges, que je suis loin d'attribuer au bon vicomte, qui n'était que l'écho dans cette circonstance."
Billard  poursuit : "Nous quittâmes Tertu, le matin, tous les deux, en nous dirigeant sur la forêt, sur un moulin appelé Saint Hippolyte, où nous traversâmes la rivière de l'Orne à la nage et où la jument du vicomte manqua de l'y abandonner ; il ne dut son salut qu'à son talent de bien monter à cheval et de savoir le bien gouverner en pareil cas. Arrivé à je ne sais quelle bruyère sur la route d'Argentan à Séez, nous nous séparâmes ; il prit du côté de cette dernière ville et moi vers Fontenay.


En 1798, ce même Billard, ne se sentant plus en sûreté près de la Ferté-Macé, avait trouvé prudent de se cacher près de Falaise comme domestique agricole et en avisa le vicomte d'Oilliamson qui approuva ce changement de résidence mais ne put en rien améliorer sa situation.
Sur ces entrefaites, Billard fit part de ses craintes d'être arrêté à M. de la Besnardais, ancien garde du corps, habitant Falaise, qui par prudence, fit pour lui le déplacement à Caen pour obtenir de l'abbé Laubrière l'autorisation de se rendre en Angleterre. Cet agent du comte d'Artois confirma au mandataire de Billard son refus formel de quitter la région, en conformité des ordres du général de Frotté.
Devant cette impossibilité de passer en Angleterre, sur le conseil de M. de la Besnardais, Billard songe à s'engager avec de faux papiers dans le régiment de cavalerie de Falaise où il pourra se cacher.
Ce parti pris, Billard devait obtenir l'agrément du vicomte d'Oilliamson, qu'il alla de nouveau trouver au château de Tertu.
Ce dernier fut enchanté de l'expédient et, loin de combattre cette démarche, il l'engagea à la suivre de près, comptant bien qu'il ferait dans ce corps des connaissances et au moment voulu renforcerait sa division de déserteurs.
Aussitôt incorporé, Billard demeure en relations avec le vicomte.


A la fin de l'année 1798, sur le point d'être identifié et arrêté, Billard déserte et se retire au pays d'Auge dans la division de son camarade Picot puis se cache dans la commune de Fraisnaie-au-Sauvage.
Sur le point de se trouver arrêté à la suite de l'égorgement d'un jacobin exécuté par un nommé la Geslinière, Billard rassemble une dizaine de ses hommes, déterre des armes, les dérouille, se joint à un autre groupe de huit chouans commandé par un nommé la Couronne et se dispose à opérer contre les Bleus dans la région d'Evron ; mais avant d'opérer, laissant ses hommes, il s'achemine vers le vicomte d'Oilliamson pour lui rendre compte de la situation et de sa résolution de mourir les armes à la main, plutôt que de porter sa tête sur l'échafaud.
Le vicomte, désirant s'efforcer de retarder le plus possible l'heure de la reprise des armes, le désapprouvant, en reçoit la boutade suivante : "Le prince qui pourvoit à mon existence, qui veille à ma sûreté, qui enfin me protège, aurait le droit d'exiger de moi l'obéissance passive que vous mon général, vous réclamez ; mais lorsque ce prince ne partage ni nos dangers, ni nos privations, qu'il ne nous secourt d'aucune manière, il n'a pas le droit de nous empêcher de repousser l'ennemi par la force et de vendre notre vie".
Ce plaidoyer, marqué du sceau de la plus judicieuse logique, était en même temps un réquisitoire implacable, mais très juste, contre la conduire fort peu chevaleresque du comte d'Artois à l'égard des Vendéens et des Chouans qui jusqu'à ce jour l'avaient toujours appelé en vain sur le continent pour se mettre à leur tête.
Cette entrevue eut lieu en Mai 1799 au prieuré de Saint-Benoît près de Tertu, à deux lieues au nord d'Argentan.
Probablement au lendemain de cette visite, en exécution d'une lettre reçue du comte de Frotté, prescrivant à ses anciens chefs de division d'employer tous les efforts pour empêcher les hostilités partielles et de se conformer aux ordres de son brave et loyal second, le vicomte d'Oilliamson adressait le 20 mai à ses sous-ordres la circulaire suivante :
"J'ai appris que plusieurs officiers et chasseurs de votre division, ne croyant plus pouvoir se soustraire à la rage des scélérats et ne voulant plus vivre sous leur empire, voulaient reprendre les armes, ce qui serait contraire aux ordres de M. de Frotté, notre chef, ce qui me fait avoir l'honneur de vous engager à retarder cette mesure, qui ne serait pas celle, je crois, de la sagesse et dont il pourrait résulter de nouveaux malheurs pour les honnêtes et bons Français. M. de Frotté en vous prescrivant la même conduite tenue jusqu'à ce jour, regarde pour certain que, sous peu, nous serons dans une attitude telle que nous pourrons le désirer et que rien alors ne nous manquera ; mais que jusqu'au moment où le plan des opérations sera arrêté il ne recevra aucun fonds pour alléger les peines de nos malheureux compagnons. Il en a le coeur navré, ainsi que Monsieur, qui connaît notre position." (Archives de Couterne)


Le vicomte d'Oilliamson avait qualité pour modérer l'ardeur de ses valeureux sous-ordres ; car il était aussi inquiété d'eux. L'incident suivant en fait foi, en même temps qu'il témoigne du sang froid du second de Frotté.
Au cours de son séjour au château de Tertu chez Madame de Vanembras où il se cachait avec un de ses sous-ordres, le chevalier de la Pivardière, d'Oilliamson est prévenu au moment de se livrer au sommeil qu'une visite domiciliaire sera certainement faite cette nuit même par une colonne mobile, vers 3 heures du matin.
Loin de se préoccuper de cet avertissement, nos deux Chouans n'hésitent pas à se coucher comme d'habitude. "Nous dormirons décident-ils jusqu'à deux heures et à cette heure-là nous irons terminer notre nuit dans les bois voisins.
Et ils s'endorment : soudain, la Pivardière réveille d'Oilliamson : "Il est 3 heures, filons ! lui dit-il. Tous deux gagnent en hâte les premiers taillis de la forêt de Gouffern.
Là, ils regardent la montre, la Pivardière s'était trompé, il n'était que minuit. Ils sortent de leur cachette, émergent de la lisière des bois et allaient regagner leur couche pour jouir encore de deux heures de sommeil, quand ils se rendent compte que la visite domiciliaire annoncée est en voie d'exécution. (La Sicotière)


A l'instar de Billard, au début de 1799, quelques officiers chouans reprennent sans ordre les armes, malgré les instructions de Frotté qui a recommandé par l'intermédiaire d'Oilliamson à ses compagnons d'armes de modérer leur ardeur combative et leur a fait sentir l'importance de différer encore quelque temps la reprise d'armes pour donner plus d'ensemble et d'harmonie aux opérations qui doivent avoir lieu simultanément dans tous les départements de l'Ouest. (Archives nationales)
Cependant Frotté ne voulait pas que dans cette situation critique où se trouvaient les Chasseurs du Roi particulièrement connus, ils se laissassent assassiner et poursuivre trop longtemps sans se défencre ; mais il s'en rapportait à cet égard à la prudence du vicomte d'Oilliamson, son si brave et si loyel second, et il prescrivait à ses divisionnaires de fournir des états de forces et de ressources.
Nous devons observer qu'à cette époque les arrestations et les exécutions se multipliaient. Le baron de Mandat arrêté à Caen rue Bosnières, chez Madame de Basmaresq, venait d'être fusillé dans les fossés du château (octobre 1799).
Cette restriction à la défense de reprendre les armes laissée à la discrétion du vicomte d'Oilliamson témoignait de la confiance absolue accordée par le comte de Frotté à la sagesse des décisions, qu'en l'espèce, prendrait son major-général.


Devant les sollicitations pressantes de nombreux officiers impatients de réagir, le comte d'Artois écrit d'Edimbourg au comte de Frotté le 8 juin :
"... Vous marquerez au comte d'Oilliamson que je suis particulièrement satisfait de son zèle et de son dévouement ; mais que j'espère qu'il ne sera pas obligé d'en donner des preuves de celles qu'il indique si courageusement à la fin de la lettre que je vous renvoie. Je m'en vais marquer au comte d'Harcourt la plus grande activité à ses sollicitations pour en accélérer l'effet, attendu l'urgence des circonstances et le péril imminent auquel tant de braves gens ne pourraient pas échapper, si cet effet était retardé."
Ce satisfecit du comte d'Artois adressé par l'intermédiaire du comte de Frotté au vicomte d'Oilliamson lui donnait plein pouvoir dans le cas où, en vue de sauver ses administrés, la gravité des évènements l'obligerait à résister par les armes.
Il lui parvenait à propos.


Dès sa réception, le vicomte d'Oilliamson, adressait aux divisions de la Basse-Normandie, le manifeste suivant :
" Nous Gabriel-François d'Oilliamson, maréchal de camps et armées du Roi, commandant en second de S.M. Louis XVIII les royalistes de la Basse-Normandie, à tous ceux que ces lettres verront, Salut.
Le moment est arrivé où il faut que tous les Français qui veulent lever le joug avilissant et barbare du gouvernement régicide français, prennent le caractère énergique afin d'avoir la gloire de coopérer au rétablissement du trône et de l'autel, en employant tous les moyens qui sont en leur pouvoir ...
Nous, par l'absence momentanée de M. le comte de Frotté ..., ordonnons à commencer de cette époque, à tous les habitants de la Basse-Normandie de prêter secours et assistance à tout ce qui pourra faire partie de l'armée du Roi. Défendons, sous peine de mort, l'arrestation des prêtres, des émigrés, des conscrits, réquisitionnaires et déserteurs des troupes républicaines et de tous ceux désignés comme royalistes ...
Ordonnons aux membres des autorités constituées de ne pas abandonner leurs places, jusqu'il en soit par nous autrement ordonné ...
Toute troupe républicaine qui viendra se rallier aux étendards royaux sera bien reçue. Les officiers et soldats conserveront leurs grades.
Venez, braves soldats, partager notre gloire ; abandonnez ces vils gouvernants souillés de tous les crimes ...
Honoré de la confiance du Roi, je ne cesserai de chercher à ramener le bonheur sur mes compatriotes. Tout mon désir est d'être juste, quoique ferme, dans l'exécution des ordres nécessaires pour le service du Roi. Mais ce qui sera bien doux à mon coeur, ce sera de faire connaître à S.M. et à Monsieur, frère du roi, tous les sujets fidèles de Sa Majesté qui, par des temps affreux pour eux, ont eu assez de courage et d'énergie dans le caractère pour donner asile et secours en tout genre aux officiers et chasseurs royaux vulgairement appelés Chouans et qui ne calculant que l'intérêt du parti royaliste y sacrifieraient vie, tranquillité et fortune."


L'insurrection n'était pas encore arrivée à son point de maturité, quand la nécessité força les Chouans à brusquer la campagne, avant l'arrivée de Frotté.

 

MICHEL MOULIN DIT MICHELOT

 

Donnons la parole à Moulins :
"Le vicomte d'Oilliamson et les autres officiers supérieurs qui, d'après les ordres du général de Frotté, étaient arrivés d'Angleterre vinrent me trouver vers la fin de septembre (1799) et m'engagèrent à prendre les armes pour nous défendre contre les persécutions de plus en plus actives des révolutionnaires. Ils me dirent qu'ils ne connaissaient plus aucun moyen d'échapper aux mains de nos ennemis, que le général arriverait incessamment, puisque le terme du rendez-vous général était échu ; qu'enfin, il ne fallait pas se laisser égorger comme des moutons et que s'il fallait périr, du moins il fallait vendre cher sa vie. Comme M. d'Oilliamson était général en second et que d'ailleurs je brûlais d'impatience de prendre les armes, je me prêtai facilement à ces vues. Je réunis donc ceux des miens qui s'étaient déjà compromis et se cachaient et j'en formai un détachement de 120 hommes bien armés et munis d'un bon uniforme. Je conduisis ce petit noyau de légion à Monsieur d'Oilliamson pour lui servir d'escorte."


Sentant l'heure venue, d'Oilliamson consent à prendre le commandement du mouvement, donnant ainsi le signal de la reprise des armes en Basse-Normandie.


Quatre jours après ce premier rassemblement, apprenant qu'un détachement de 150 bleus était sorti de Vire pour se porter contre sa petite troupe, le vicomte d'Oilliamson acceptant le combat prend position avec les siens sur la chaussée du vivier des Brousses.
Au bout de quatre heures d'attente, d'Oilliamson retire son détachement sur le Mesnil-Giboult où il lui procure des aliments et où il acquiert bientôt la certitude que la petite colonne ennemie, refusant le combat, était passée par Saint-Jean-des-Bois, puis s'était retranchée dans Tinchebray.
D'Oilliamson, décidant alors de faire quelque coups de main pour signaler la reprise des hostilités, arrête qu'on désarmera ce soir même Gué-rocheux, dans la commune de Ger, où il y avait bien quarante fusils de munitions à prendre aux forcenés républicains.
Sur le soir, quand il n'y eut plus que deux heures de soleil environ, les Chouans se mirent en route pour investir ce village situé à environ trois lieues de distance du Mesnil-Cibout.
En passant par le pont d'Egrenne, Moulins fait la rencontre d'un de ses cousins qui avait servi quelques temps dans les grenadiers de la république. Celui-ci le prévient qu'il a vu entrer dans le Fresne-Péret un détachement de 150  à 160 républicains.
Aussitôt Moulins fit part de cet avis à d'Oilliamson afin qu'il décidât le parti qu'il désirait prendre.
"C'est égal, déclare d'Oilliamson, allons désarmer le Gué-rocheux !"
Alors pour permettre à son général d'apprécier l'opération qu'il se proposait d'exécuter, Moulins lui exposa la situation stratégique des lieux.
"Considérez, mon général, lui dit-il, que ce village est au centre de trois ou quatre cantonnements républicains qui le protègent et qui par leur distance sont à portée de le secourir sans beaucoup tarder, dès qu'ils entendront le bruit de la fusillade ; car il faut compter sur une résistance de la part des habitants du village ; au midi, la garnison de Lonlay-l'Abbaye située à une lieue et demie ; à l'ouest, celle de Mortain, située à une petite lieue ; au nord-ouest, celle de Sourdeval, située à une lieue et demie, et enfin celle de Fresne-Péret, qui peut le plus nous incommoder en nous coupant la retraite du côté du nord-est. Toutes ces forces, réunies à la garde nationale du bourg de Ger, peuvent nous envelopper et exterminer en quelques heures votre faible noyau qui fait la base et l'espoir de la prise d'armes de ce jour. Ajoutez à cela combien il nous importe de ne pas débuter par un succès équivoque, si toutefois nous pensons en obtenir un."
Ces justes observations déterminèrent d'Oilliamson à ajourner l'exécution de son premier dessein ; mais pour ne pas perdre son temps et sa peine, il résolut d'attaquer la petite colonne qui était entrée à Fresne.
D'Oilliamson dirigea sa petite troupe sur ce bourg et une demi-heure avant la chute du jour elle chargea et délogea l'ennemi.
Tous les Bleus fuirent sauf une trentaine qui se jetèrent dans une maison facile à défendre par suite du nombre de ses ouvertures.
MM. d'Oilliamson et de la Pivardière, qui l'accompagnait ce jour-là, voulaient y mettre le feu, seul moyen de réduire rapidement ses défenseurs, mais sur le conseil de Moulins, se rangeant à son avis, ne voulant pas être la cause de la mort d'otages que les bleus avaient entraînés avec eux dans cet asile, ils se retirèrent suivis de leurs hommes, après avoir tué deux bleus.
Le lendemain, d'Oilliamson ralliait à la tête de ses gens le général de Frotté, au château de la Lande-Vaumont.
Dans cette première reprise d'armes, d'Oilliamson avait fait preuve de beaucoup d'audace alliée à une très judicieuse prudence. Il avait eu le mérite de suivre les avis d'un de ses sous-ordres, très averti, n'hésitant pas à tenir compte des conseils qui avaient modifié ses premiers plans.


Débarqué le 13 septembre 1799, aux îles Saint-Marcouff, le comte de Frotté avait aussitôt pris pied sur la côte normande sous Meuvaine, près de Bayeux, d'où il avait de suite rallié d'Oilliamson.


Dès son retour au milieu de ses divisions devant cette prise d'armes anticipée qui vient d'alerter les forces républicaines, il s'écrie : "Eh bien ! marchons sans retard et devançons le jour indiqué", puis il lance sa division de St-Jean-des-Bois sur le cantonnement républicain de Couterne.
Aussitôt, le comte de Bourmont, prévenu à temps, reprend les armes et s'empare du Mans, tandis que Frotté nettoie les environs d'Alençon et appelle à lui la division du pays d'Auge commandée par Picot de Rouen.
Bientôt renforcé par cette division, jointe au rassemblement de celles de Saint-Jean-des-Bois, d'Ambrières, de Flers, d'Avranches, Frotté se dispose à marcher contre les forces opposées à celles de Bourmont, mais, ce dernier étant parvenu seul à se dégager, il attaque Vire cependant que d'Oilliamson, à la tête des divisions de Saint-Jean et de Flers, tient en respect une colonne de secours survenue de Sourdeval.
Cette attaque de Vire sans artillerie, contre une ville, certes ouverte, mais munie de quelques pièces de canon et palissadée, devait échouer.
Le lendemain 28 octobre, après avoir essuyé quelques pertes, Frotté portait sa petite colonne (2.000 hommes à peine) à Montjoie et à Sainte-Poix.
Aux abords de cette dernière localité se livra un combat qui ne dura qu'un quart d'heure, mais qui fut très violent et au cours duquel d'Oilliamson fut légèrement blessé de deux balles, à une épaule et à une jambe.
Toujours brave et énergique malgré son âge, il s'obstina à demeurer sur le champs de bataille pour soutenir le moral des hommes qui le voyant couvert de sang, mais toujours debout crièrent : "Tenons bon, notre général est blessé."
Les bleus qui n'étaient séparés des Chouans que par une pièce d'eau de soixante à quatre-vingt mètres de larges, croyant qu'il s'agissait de Frotté, s'encourageaient de leur côté en criant : "Frotté est blessé ; en avant nous allons le prendre."
D'Oilliamson ne semblait pas s'apercevoir de ses blessures et ne songeait qu'à réchauffer l'ardeur des soldats. A la rupture du combat, il se retira assisté par des chasseurs de la division de Saint-Jean ; mais, nonobstant les souffrances que lui occasionnaient ses blessures, il ne consentit pas à quitter les siens et il demeura au milieu d'eux, près de Frotté.


La colonne chouannique passa ensuite deux jours aux environs d'Avranches où elle se trouva renforcée par un détachement de 600 hommes commandé par le comte de Ruays et de petits détachements réunis dans les environs de Villedieu qui portèrent bientôt son effectif à plus de 3.000 hommes.
Frotté conçut alors le projet d'envahir le Cotentin, de le soulever et, en l'occurence, d'y préparer un débarquement de secours anglais. Dans ce but, il s'efforça d'assurer sa liaison avec la division du chevalier de La Neugarède (Achille le Brun) de l'armée de Bretagne, auquel il envoya un émissaire pour l'inviter à lier son mouvement au sien par le sud.
Puis Frotté dirige sa petite armée vers le nord, la fait passer sous Coutances, en l'évitant, et l'arrête au château de Montcuit au nord de la route Saint-Lô-Coutances, à peu près à mi-chemin de ces deux villes.
Ses divisions venaient de passer la nuit dans les villages voisins du château où avait cantonné l'état-major quand survient à l'improviste une importante colonne ennemie qui depuis trois jours, à leur insu, les suivait de près.
Au petit jour, les forces de Frotté sont attaquées.
"J'étais à la tête de ma division, déclare Moulins, dans ses Mémoires, je rencontre le vicomte d'Oilliamson qui me dit de descendre dans un clos qui était devant moi, pour charger l'ennemi en flanc."
Ce témoignage est un sûr garant du courage surhumain fourni, en la circonstance par le vicomte d'Oilliamson qui faisait plus que force, pour demeurer, malgré la gravité de ses blessures, à côté de Frotté.
S'engage alors un combat à l'issue duquel la petite armée chouannique très inférieure en nombre à celle des républicains dut rétrograder vers le sud par des chemins défoncés à la suite de plusieurs journées de pluies.
Ce combat, dénommé de la Fosse, fut perdu par le fait d'une mauvaise manoeuvre du comte de Ruays.

 

Mesnil-Adelée


Après ce revers, prélude de la retraite précipitée de la petite armée de Frotté sur les confins de la Manche, du Calvados et de l'Orne, vaincu d'épuisement, voyant ses blessures s'envenimer, le vicomte d'Oilliamson dut quitter ses compagnons d'armes et se retirer dans une maison de confiance au Mesnil-Adelée.
Dès lors ses jours sont comptés.

 

Reffuveille


Le 7 novembre au soir, quelques jours après son hospitalisation, s'étant, malgré les instances de ses hôtes hasardé à sortir dans le courtil de l'habitation, il est aperçu et arrêté par une patrouille républicaine.
Il tente de se faire passer pour un marchand de boeufs ; mais la découverte dans ses poches d'un petit poignard fait reconnaître en sa personne un Chouan.
Malgré les menaces et les mauvais traitements dont ils furent l'objet, ses généreux hôtes ne le trahirent pas.
Sans même l'identifier, les bleus traînent le malheureux blessé à une demi-lieue de là, près du village de la Ruaudière, commune de Reffuveille où ils le fusillent.
Son corps sera inhumé au cimetière du Mesnil-Adelée. Sa bourse, ses effets, ses armes qui n'avaient pas été découverts furent ultérieurement remis à ses amis consternés.
Telle fut la fin tragique du vicomte d'Oilliamson.
On n'a aucun détail sur ses derniers moments ; mais il dut certainement comme plus tard son chef et ami Frotté tomber en soldat, donnant au peloton d'exécution ou plutôt à ses assassins un bel exemple de la fin d'un défenseur de la religion et du Roi.

Le vicomte d'Oilliamson, major général de Frotté, fut regretté par tous ceux de son parti.


"Il était, dira Moulins, un officier d'un rare mérite, d'un sang-froid, d'une fermeté d'âme et d'une bravoure capables d'affronter les plus grands dangers ; il était déjà sur le déclin de l'âge ; mais il avait encore conservé bien de la vigueur."


"Le Roi, déclare Billard de Veaux, n'eut jamais de plus zélé, ni de plus désintéressé défenseur."


"Il jouissait, nous apprend M. de la Sicotière, de l'estime général et Frotté lui témoigna toujours sa confiance et son entière amitié."


Quelques jours après sa mort, le 25 novembre, à la veille d'une conférence préparatoire de la pacification de 1799, Bureau de Placène, membre du conseil supérieur et trésorier des Chouans de l'armée de Frotté, écrira à ce dernier : "Je sais déjà la perte que nous venons d'éprouver en la personne du vicomte d'Oilliamson. Je gémis avec vous bien sincèrement sur cet évènement aussi désastreux qui prive le parti d'un chef estimable, sous tous les rapports, et dont l'utilité était généralement connue."


Quant à la si dévouée et courageuse messagère de la région Mortain-Vire, Marie Villeneuve, elle adressa au comte de Frotté une lettre où elle déplore la mort de son si regretté compagnon d'armes. (Archives Nationales)


Puisse cette étude, mettre en valeur le vicomte d'Oilliamson, cet homme de vaillance et de vertu s'il en fut qui appartient à l'histoire de la chouannerie et au sujet duquel on ne peut formuler qu'un regret celui qu'une si noble énergie ait été dépensée dans une lutte fratricide. La faute en incombe au temps.

Communication de M. le Baron de la Jugannière
Annuaire des cinq départements de la Normandie
publié par l'Association Normande
1937