PICOT
CHEF DE CHOUANS, DIVISION DU PAYS D'AUGE

[A ne pas confondre avec LOUIS PICOT, dit LEPETIT, ou ÉGORGE-BLEUS, ou LE BOUCHER DES BLEUS, domestique de Georges Cadoudal, natif de Josselin, Morbihan, se disant postillon.]

chouans du MaineNé à Rouen, où il résidait en 1792, il adopta d'abord les principes de la révolution, et s'enrôla dans les chasseurs de la Montagne ; mais il ne resta que peu de temps dans ce corps, déserta avec Chandelier, et alla offrir ses services aux frères CHOUAN, qui les acceptèrent. Après avoir fait pendant quelque temps partie de l'armée de Scépeaux, il passa dans la ci-devant Normandie, où Frotté le nomma l'un des chefs sous ses ordres.
La division que Picot commandait, occupait, vers la fin de 1799, les environs d'Argentan.
Lorsque le général Hédouville eut pacifié la Vendée, et signé, le 28 nivôse an 8 (18 janvier 1800), le traité de Montfaucon, Picot, qui n'avait point participé à ce traité, ne voulut point en accepter les conditions, et il se retira en Angleterre.
Il revint en France, avec plusieurs de ses compagnons, au mois de février 1803.
Depuis un mois il était caché à Rouen, lorsqu'on découvrit sa retraite, Picot, prévenu d'avoir tramé des complots contre la personne du premier consul Bonaparte, fut traduit devant une commission militaire, qui le condamna à mort.

Biographie nouvelle des contemporains
Par MM. A.V. ARNAULT, A. JAY, E. JOUY, J. NORVINS
Tome 16 - 1824

Il pourrait s'agir de Jean Picot, né à Rouen, paroisse de Saint-Martin-sur-Renelle, le samedi 27 décembre 1766, baptisé le lendemain.

Acte de naissance Picot Jean

 

PICOT DIVISION DU PAYS D'AUGE

 


Paris, 21 janvier 1804
Rapport du juge concernant les nommés Desol de Grisolles, Picot, Lebourgeois, Piogé, dit Sans-Pitié, et Querelle.
Je prie le consul Cambacérès de rédiger un projet d'arrêté pour traduire ces individus devant une commission militaire. Je crois nécessaire de faire un exemple. J'ai des renseignements secrets qui me font croire que Querelle n'était venu ici que pour assassiner. Sans-Pitié et Desol y étaient dans le même dessein.
(Correspondance de napoléon / 1804)

Picot et Lebourgeois furent arrêtés par suite d'un avis du général Andréossy. Il avait appris d'un tailleur qu'étant ivres, ils s'étaient vantés devant lui de se rendre en France pour assassiner le premier consul. Le général en prévint directement le premier consul  ...
Paris, 31 janvier 1804. "On a fusillé deux soldats plaine de Grenelle. ... "
"Les deux soi-disant militaires qu'on a fusillés, et qu'on avait présentés dans les journaux comme des assassins, sont Picot et Lebourgeois ... Il y avait cinq accusés. Deux ont été condamnés à la prison perpétuelle et trois à mort. Deux ont été exécutés. Le troisième, Querelle, a fait des révélations.
(extraits : M. Thiers - Histoire du consulat et de l'Empire - 1887)

Voici comment parle le général Savary de la manière expéditive dont on choisissait les prisonniers au Temple pour les traduire devant les commissions militaires ; leur affaire était finie en trente-six heures :
"Il y avait dans les prisons plusieurs individus que la police y retenait, comme prévenus d'espionnage, et l'on n'avait pas voulu les juger, parce que le premier Consul disait que le temps amènerait l'époque où on pourrait ne plus attacher d'importance à ces intrigues-là, et qu'alors on les mettrait en liberté. Dans cette occasion-ci, il se fit apporter la liste de tous ces individus, avec la date de leur arrestation, et des notes sur leurs différents antécédents.
Il y avait parmi eux un nommé Picot, et un autre nommé Lebourgeois, qui avaient été arrêtés depuis plus d'un an à Pont-Audemer en Normandie, comme venant d'Angleterre ; ils avaient été signalés à leur départ de Londres par un agent que la police y entretenait, et qui avait su d'eux-mêmes le sinistre projet qui les faisait passer en France, où ils ne se rendaient que pour attenter à la vie du premier Consul. On s'était alors contenté de les tenir en prison. Le premier Consul les désigna avec trois autres pour être mis en jugement ; ils furent livrés à une commission. Les deux premiers (Picot et Lebourgeois) montrèrent une obstination qu'on n'attendait pas ; ils refusèrent de répondre, et furent condamnés, fusillés, sans laisser échapper un aveu ...
(Extrait : L'Europe pendant le Consulat et l'Empire de Napoléon
par M. Gapefigue - Tome 4 - 1840)

Un article "Ferdinand Cristin" publié dans Le Correspondant du 10 août 1913 nous raconte la triste fin de Picot et de Lebourgeois :
"Un matin du mois de janvier 1804, le guichetier qui le servait lui proposa de faire sa promenade habituelle sur la plate-forme du donjon avec deux prisonniers détenus au secret comme lui. Christin voulut savoir à qui il avait affaire ; il apprit que c'étaient deux chouans, l'un, officier de Frotté, appelé Picot, et l'autre, un ancien cafetier de Rouen, du nom de Lebourgeois, arrêtés à Pont-Audemer, en Normandie, et enfermés depuis un an au Temple. Christin, sevré depuis tant de semaines de toute société, se sentit attiré vers ces deux infortunés. Il les rencontra les jours suivants et se fit mettre au courant de leur histoire. Dénoncés par un agent provocateur, ils avaient été arrêtés et conduits enchaînés à Paris ; depuis un an, on les tenait au cachot, au pain et à l'eau, sans les avoir jamais interrogés.
Dix jours plus tard, ému par leur récit, Christin les invita à dîner avec lui ; son gardien l'avait averti que sa proposition serait bien accueillie. C'était le 25 janvier 1804. On se mit à table de très bonne humeur ; les convives, ravis de tant de prévenance, oubliaient leurs maux, de gais propos s'échangeaient ; on se promit de renouveler fréquemment ces joyeuses parties. Le repas s'achevait, quand la porte de la cellule s'ouvrit pour laisser paraître le guichetier ; son "expression était sinistre". Chacun se tut. "Messieurs, dit l'homme, je suis fâché de vous dire que, d'aujourd'hui, vous ne comptez plus sur la terre. Il faut mourir." Puis, se tournant vers Christin : "Pour cette fois-ci, Monsieur, cela ne vous regarde pas, je n'emmène que M. Picot et M. Lebourgeois, que les gendarmes attendent pour les fusiller." La stupeur clouait les malheureux sur leur chaise. Christin ne pouvait croire à tant de perfidie, le ton de l'homme n'annonçait que trop l'horrible réalité. D'autres gardiens pénétrèrent dans la pièce ; une scène tragique se passa. Picot et Lebourgeois furent garrottés sous les yeux de leur compagnon, poussés sur la plate-forme du donjon, puis en bas de l'escalier ; une voiture les attendait dans la rue, qui les emmena devant une commission militaire, et ce même soir, ils étaient fusillés dans la plaine de Grenelle."

Picot et Lebourgeois moururent avec audace, déclarant qu'on connaissait la tête de la conspiration, mais qu'on n'en connaissait pas la queue.
(Les prisons de l'Europe - par MM. Alboize et A. Maquet - T2 - 1844-1845)

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PICOT ET LEBOURGEOIS

PICOT ET PICOT