LE COUVENT DES RELIGIEUSES DE SAINT-SAUVEUR
MONTAIGU

En l'année 1612, Paule et Charlotte de Fiesque, aïeules de l'amiral Aubert du Petit-Thouars, dont la famille est originaire de Saint-Sulpice le Verdon, fondèrent à Montaigu un couvent de femmes, soumis à la règle de saint Benoît, sous le vocable de Saint-Sauveur. Approuvées le 22 septembre 1626, par Mgr Aimery de Bragelonne, évêque de Luçon, les dames de Saint-Sauveur, désirant se rattacher à un ordre puissant et voisin, demandèrent à Mgr de Nivelle de se soumettre à la règle de Fontevrault. L'évêque de Luçon les y autorisa le 13 septembre 1642. Le couvent comptait ordinaire vingt à vingt-cinq religieuses.

 

plan de N


Il ne paraît avoir été dressé aucun état de la situation en 1790. Des documents épars donnent seulement les noms et peu de renseignements sur les soeurs qui occupaient alors le couvent de Saint-Sauveur ; elles se dispersèrent de bonne heure, puisque toutes, sauf peut-être une, échappèrent au massacre de 1793.
Au début de la Révolution, Mme Jeanne-Aimée CHENAL était prieure depuis deux ans seulement, ayant succédé à Mme Marie-Louise Gaillard de la Maronnière, décédée le 20 septembre 1787. Pour la placer à la tête de cette maison, il semble que son mérite ait fait passer sur sa roture. On ne sait ce qu'elle devint quand le couvent se dispersa, non plus que Mme Françoise GRASSAL, l'économe.


Au nombre des Soeurs de choeur, Mmes DUROUSSY et Catherine RENAUDIN vivaient encore en 1804, puisqu'on ne liquida qu'à cette date leurs pensions religieuses, retard qui témoigne qu'elles se refusèrent à prêter aucun serment, condition des liquidations de pension antérieurement à l'an XII.
Des renseignements fournis par la famille il résulte, qu'après la dispersion, Mme Renaudin suivit l'armée de la Loire, et, qu'à la pacification, elle se fixa à Chemillé comme institutrice. Une lettre d'elle, du 9 octobre 1825, apprend qu'elle était déjà rentrée depuis longtemps dans la communauté de Sainte-Marie de Fontevrault établie à Chemillé. Une autre lettre prouve qu'elle vivait encore en 1840.
Mme Thérèse-Eléonore PAYNEAU figure, comme ex-religieuse de Saint-Sauveur de Montaigu, sur l'Etat des pensionnaires ecclésiastiques, dressé après la loi du 2 frimaire an II ; or, jouissaient exclusivement de ce bénéfice les prêtres et les religieuses qui avaient consenti à prêter les serments réclamés. La pension était de 700 livres. Mme Payneau s'était retirée dans le canton de Bournezeau.
Une autre soeur de Saint-Sauveur, Mme LAMBERT se sécularisa, et se maria, à Nantes, avec un nommé Treillard.
Le 25 juillet 1807, le préfet de la Vendée, à la suite de renseignements recueillis par le sous-préfet de Montaigu, décida que "Mme Marie-Marguerite-Catherine BETTINGER était fondée à réclamer une pension religieuse promise par l'arrêté du 3 prairial an X, attendu qu'il est constant qu'elle était religieuse de choeur au couvent de Montaigu, ordre de Fontevrault, avant 1789, et depuis, jusqu'à la suppression ; que les comptes de cette maison ayant été rendus par les supérieurs, son traitement fut fixé par le district et le département à la somme de 600 fr. en vertu de la loi du 14 octobre 1790, et, qu'ainsi que les autres religieuses de la maison, elle en fut régulièrement payée en 1791 et 1792, jusqu'aux troubles de l'Ouest". Mme Bettinger habitait alors Chantenay près Nantes.


Un document isolé ne révèle que le nom et la triste situation d'une autre religieuse du couvent de Montaigu.
Le 17 floréal an II, l'administration centrale du département de la Vendée écrivait à "la citoyenne SORIN, ex-religieuse de Montaigu, réfugiée à Nantes :
"Citoyenne, nous avons reçu ta pétition relative à la pension qui t'es dûe. Mais tu ne dois pas ignorer que la loi du 9 pluviôse dernier exige que préalablement tu nous rapportes un certificat de civisme et un autre de prestation de serment dans les délais voulus. Tu obtiendras quand tu auras rempli les dispositions de la loi précitée."


Enfin, dans ses Mémoires, tome I, page 42, La Réveillière-Lépeaux mentionne deux religieuses de Saint-Sauveur, sur lesquelles nous n'avons pas d'autres renseignements :
"Pendant que nous étions à Montaigu, Lecler et moi (à son retour de Paris, vacances de 1778, fin septembre), les instants qui avaient le plus d'attraits pour nous, qui le croirait ? c'était ceux que nous passions à la grille d'un couvent.
Il y avait à Montaigu un monastère de religieuses fontevristes. Parmi elles, était alors la plus jeune soeur de nos cousins, GOURAUD DE LA BONNELIERE. Une naïveté enchanteresse, une simplicité de coeur admirable, une piété douce comme son aimable caractère, une physionomie angélique et des manières charmantes la faisaient chérir de tout son couvent. Mais ma bonne petite cousine avait surtout une amie bien dévouée dans Mme DUCHATEAU. Celle-ci s'était faite religieuse tard, et, comme on disait alors, par raison. Elle n'avait rien, et un frère qui la soutenait était mort. C'est ce qui lui avait fait prendre le parti du couvent. La conduite de cette dame, pendant qu'elle vécut dans la société, dont elle faisait les délices, fut toujours irréprochable. Dans le cloître, elle observa scrupuleusement ce que lui imposait l'était qu'elle avait embrassé, en y portant du reste, tout entière, cette amabilité rare qui la distinguait dans le monde. Elle était pleine d'esprit et d'instruction, bonne musicienne, toujours prévenante, d'une gaieté franche et inoffensive ; elle se fit aimer des vieilles béguines comme de la plus jeune nonne. Sa physionomie spirituelle, ses vives réparties, l'expression de ses yeux, celle de son langage, contrastaient le plus agréablement du monde avec les qualités toutes différentes de ma bonne petite cousine. Ces deux femmes étaient charmantes, l'une sans l'autre ; mais, réunies, elles enchantaient, au point qu'une fois avec elles, nous ne pouvions quitter le parloir.
Hélas ! ma pauvre petite cousine, si digne d'un meilleur sort, a été massacrée dans cette guerre impie qu'enfanta le fanatisme, et qu'ont nourrie, avec le plus cruel acharnement, les passions exécrables du dedans et du dehors de notre malheureuse patrie. Mme Duchâteau fut, elle, assez heureuse, pour pouvoir se retirer à Nantes, chez Victor Goupilleau, de Montaigu, son ancien camarade d'études, et son filleul. Elle est morte chez lui, paisiblement."


Sous le Directoire, La Réveillière-Lépeaux fit obtenir à Victor Goupilleau la recette générale d'Auxerre, où il mourut vers 1820.
En 1790, M. Jean-Joseph TOUGOURDEAU, religieux fontevriste, était aumônier et confesseur des dames du couvent de Saint-Sauveur. Originaire de l'Anjou, il se retira vraisemblablement dans son pays à l'époque des troubles.

 

couvent montaigu

 


Avec trois paroisses, la Collégiale de Saint-Maurice et le couvent de Saint-Sauveur, la petite ville de Montaigu était ce qu'on appelait alors, et ce qu'on appellerait encore aujourd'hui, car tout recommence, "un foyer de cléricalisme". Plusieurs prêtres habitués y avaient en outre fixé leur demeure, et s'y trouvaient au moment de la Révolution ; on n'a pu recueillir sur eux  que peu de renseignements.


L'état du clergé du district de Montaigu en 1790 mentionne M. Guillaume Moreau, ex-capucin, 35 ans. Il fut arrêté par les membres du district, le 29 décembre 1790, et c'est tout ce que nous savons de lui. De même pour M. Thomas Capereau, ex-récollet, âgé également de 35 ans, et pour M. Joseph-Thomas Bonnet, ex-vicaire de Saint-Martin-des-Noyers, retiré dans sa famille.

 

Louis-Joachim de la Roche-Saint-AndréOn n'a de renseignements suffisants que sur M. Louis-Joachim de la Roche-Saint-André, né à Montaigu en 1706, abbé commandataire de Villedieu, au diocèse de Dax, et de Trizay, et retiré à Montaigu, dans sa famille, en 1780. A Montaigu, il s'était voué aux travaux du ministère, aux bonnes oeuvres, et à l'instruction de quelques élèves ecclésiastiques, au nombre desquels fut le P. Baudouin.
M. de la Roche-Saint-André ne cacha pas ses sentiments à l'égard de la Révolution, et, suspect, se cacha, vers la fin de 1793 ; l'imprudence d'un domestique révéla sa retraite aux émissaires que Carrier avait envoyés de Nantes à Montaigu. Incarcéré à Nantes le 19 décembre 1793, il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire et condamné à mort "parce que le ci-devant abbé n'avait pas prêté le serment de fidélité à la République prescrit par la loi, et qu'il habitait un pays en insurrection afin de mieux fanatiser les gens des campagnes."
Il avait 87 ans, et il fut guillotiné le lendemain, conduit à l'échafaud en chantant le Vexilla regis et le Miserere.


Le 29 nivôse an II, l'administration centrale du département mandait au citoyen Barbedette, directeur par intérim de la régie nationale :
"Citoyen, nous venons d'être informés que la commission militaire de Nantes a condamné à mort Louis-Joachim La Roche Saint-André, prêtre, ci-devant abbé commendataire, domicilié depuis 13 ans à Montaigu. Nous te prions de mettre sans délai les biens de ce scélérat sous la main de la Nation."


La "Constitution civile du clergé" des 12 juillet et 24 août 1790 n'était au fond qu'un Condordat, mais un Concordat sans accord, rédigé et imposé par le pouvoir civil seul à l'autorité religieuse. Les bourgeois émancipés de l'Assemblée constituante avaient trouvé cela ingénieux. C'était la main mise par eux sur l'Église, car, il faut bien le constater, de tout temps les parvenus, sous prétexte d'égalité, sont avides de suprématie. Quand ce n'est pas sur l'Église, c'est sur l'autorité militaire, et le plus souvent sur toutes les deux. En Vendée, comme ailleurs, le clergé ne refusa pas de prêter le nouveau serment qu'on exigeait de lui, "sauf en ce qui concerne la religion". Mais le pouvoir civil contesta cette restriction qui limitait sa nouvelle compétence et sa toute fraîche suprématie, au nom de la liberté, de l'égalité, et en dépit de la stérile et pompeuse logomachie de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen. Nous vivons, nous aussi, dans un temps où ces contradictions ne sont, hélas, point des nouveautés.
Les politiciens de 1790 entrevirent ce que la résistance passive du clergé pouvait avoir de grave ; ils n'en furent que plus ardents à la briser, considérant que la religion relevait, comme tout le reste, de leur omnipotence.
Le 5 mai 1791, Goupilleau (de Montaigu), écrivait à son cousin le député, à propos du refus de serment : "Nous craignons que cette insurrection ne gagne de proche en proche, et nous sommes surtout menacés lors du remplacement des réfractaires, ce dont nous allons nous occuper dimanche. J'ai convoqué les électeurs pour le remplacement des curés de Mouchamps, Bazoges-en-Paillers, St-Laurent-sur-Sèvre, St-Fulgent, St-Georges de Montaigu, St-Hilaire-de-Loulay, Rocheservière, Bouaine, St-Christophe et La Bruffière. C'est par les plus récalcitrants que je commence ; mais nous craignons beaucoup de manquer de sujets."
Les craintes de Goupilleau étaient prématurées ; plus politicien que psychologue, il ne soupçonnait pas les sacrifices dont est capable un vicaire qui a envie d'être curé. L'élection dirigée contre "les plus récalcitrants" se fit le 10 mai à Montaigu, et on ne manqua pas de sujets. Dans le nombre, M. Claude Bouche, vicaire jureur d'Ardelay, fut élu curé constitutionnel de Montaigu, Son installation, le 16 octobre suivant, donna lieu à quelques troubles. Le maire, M. Sauvaget, donna sa démission la veille pour ne pas avoir à présider la cérémonie, et fut réélu maire le lendemain. Ce fut l'occasion d'une dénonciation en règle par Goupilleau, dont le civisme agité fut enfin récompensé, le 1er septembre suivant, par son élection comme député de la Vendée à l'Assemblée législative.
Dès 1791, l'installation du tribunal civil dont l'ancienne église de la Collégiale de Saint-Maurice avait soulevé les réclamations des habitants.


L'Etat des ci-devant églises situées dans les communes de l'arrondissement du bureau d'enregistrement et du domaine de Montaigu porté, en 1796 :
"Église Saint-Jean, assez grande, en bon état, magasin de fourrages ; église Saint-Maurice, mêmes notes ; église Saint-Jacques, petite, totalement détruite, abandonnée, vendre le terrain, s'il se trouve des acquéreurs ; église Saint-Nicolas, mêmes notes que pour Saint-Jacques."
L'église Saint-Maurice, l'église et le cimetière Saint-Nicolas furent vendus nationalement le 29 thermidor an VI ; le presbytère de Saint-Maurice avait été aliéné le 22 fructidor an IV, celui de Saint-Nicolas le 20 vendémiaire an V.

EDGAR BOURLOTON
La Revue du Bas-Poitou et des Provinces de l'Ouest
1906