GENERAL BONNAMY

 

CHARLES-AUGUSTE-JEAN-BAPTISTE-LOUIS-JOSEPH BONNAMY DE BELLEFONTAYNE
est né à Maillezais le 18 août 1764. Son père, Charles-Auguste-Jean-Louis, maître des eaux et forêts à Fontenay, qui jouissait d'une belle fortune répandue en plusieurs communes, à la Flocellière, à Angle, à la Jonchère, &, est mort dans un âge fort avancé, à plus de 85 ans, laissant six enfants : Mesdames Dodeteau, Labaume, du Beugnon, et Cassous, le général et M. Bonnamy-Bellefontayne. Il était beau-frère du baron Alquier ayant épousé la soeur de l'ambassadeur.

 

acte naissance général Bonamy



Bonnamy eut succédé à son père dans la maîtrise des eaux et forêts, sans la suppression de cette charge en 1790. La guerre lui ouvrit une carrière plus dans ses goûts aventureux, plus en rapport avec son caractère léger et son humeur bouillante. Le premier bataillon des volontaires nationaux du département, formé en 1791, le vit dans ses rangs comme simple volontaire. C'est ainsi qu'il servit sur la frontière dans l'armée de Lafayette. Fait sous-lieutenant de cavalerie en juin 1792, il se trouva à la bataille de Valmy, à la prise de Namur et à la bataille de Nerwinde. Il entra ensuite dans les états-majors de plusieurs corps, servit avec distinction sous Kléber et passa en 1796 à la division de Marceau qui tomba près de lui sur le champ de bataille. Vers la fin de 1798, il fut envoyé près du général Championnet, commandant de l'armée de Rome, dont il fut le chef d'état-major. La valeur qu'il montra dans cette campagne le fit nommer général de brigade. Bientôt il fit partie de l'armée d'invasion de Naples et partagea ensuite la disgrâce de Championnet accusé d'abus de pouvoir et de concussions. Bonnamy a publié sur la campagne de Naples deux ouvrages, dont le but principal fut sa justification. En 1799, il était à l'armée du Rhin sous Moreau, qui le chargea en avril 1800 de conduire un corps de troupes en Italie au général Bonaparte pendant la célèbre campagne de Marengo.

 

CHAMPIONNET J


Bonnamy tomba en complète disgrâce après cette campagne, et dut se retirer à la Flocellière dont il devint maire et qu'il ne cessa d'habiter jusqu'en 1811, condamné à l'inaction pendant les guerres brillantes qui ont illustré nos armes.


En 1809, ayant paru à la tête d'une députation de la Vendée devant l'empereur, il en fut bien accueilli, et, en 1811, il reçut la permission de rejoindre ses anciens compagnons d'armes. Mais ceux-là avaient pris de l'avance, et le général de brigade Bonnamy, bien qu'il eût reçu un sabre d'honneur, n'avait même pas la décoration de la légion-d'honneur quand il fit la campagne de 1812. "Qu'il la gagne de nouveau, avait répondu l'empereur à ceux qui faisaient valoir ses droits à cette distinction ! Il faut donc qu'il se fasse tuer, avaient répondu ceux-ci ?"


Dans la campagne de Russie, sa brigade fit partie du corps de Davoust, chargé le 5 septembre de l'attaque du centre devant Smolensk. On sait que les Russes furent rejetés dans la ville, au prix des plus grands efforts et d'une forte perte de monde. Mais ce fut surtout à la Moskowa que Bonnamy s'illustra par la prise d'assaut de la grande redoute, l'un des plus beaux faits d'armes de cette campagne. Nous ne pourrions mieux louer la vaillance du général qu'en reproduisant le récit de M. Thiers (Histoire du Consulat et de l'Empire). Nous le citerons en entier parce que sa conduite dans cette campagne a couvert dignement les fautes qu'on put lui reprocher en d'autre temps, fautes, disons-le en passant, qui lui furent communes avec plus d'un chef trop peu scrupuleux de préserver les biens et les intérêts des peuples vaincus.

"Pendant que ces évènements se passaient à droite en avant des trois flèches, le prince Eugène à gauche, ayant fait franchir la Kolocza dès le matin aux deux divisions Morand et Gudin, avait dirigé la division Morand sur la grande redoute, et laissé la division Gudin au pied de l'ouvrage, dans l'intention de ménager ses ressources. La division Morand, conduite par son général, avait gravi au pas le monticule sur lequel la formidable redoute était construite, et avait supporté avec un admirable sang-froid le feu de quatre-vingts pièce de canon. Marchant au milieu d'un nuage de fumée qui permettait à peine à l'ennemi de l'apercevoir, cette héroïque division était arrivée très-près de la redoute, et lorsqu'elle avait été à portée de l'assaillir, le général Bonnamy à la tête du 30e de ligne, s'y était élancé à la baïonnette, et s'en était emparé en tuant ou expulsant les Russes qui la gardaient.

BARCLAY DE TOLLYBarclay de Tolly et Bagration résolurent de reconquérir à tout prix ce point important. Yermolof, chef d'état-major de Barclay, le jeune Kutaisoff, commandant son artillerie, étaient accourus en toute hâte pour rallier le corps de Raéffskoi mis en déroute, et, empruntant à Doctoroff qui était posté dans le voisinage la division Likatcheff, ils avaient marché sur la grande redoute. Par malheur, la division Morand venait de perdre son général, atteint d'une blessure grave, et se trouvait presque sans direction. Le 30e de ligne, établi dans la redoute, y était privé de l'appui des deux autres régiments de la division, laissés à gauche et à droite, et beaucoup trop en arrière. A cet aspect, Yermoloff et Kutaisoff marchant à la tête du régiment d'Ouja, et de l'infanterie de Raéffskoi ralliée, se portent sur le 30e, qui, placé sur le revers de la grande redoute par lui conquise, n'avait rien pour se couvrir. Ce brave régiment, sous la conduite du général Bonnamy, tient ferme d'abord. Après l'avoir accablé de mitraille, à laquelle il ne peut répondre, car il n'avait pas d'artillerie, Yermoloff et Kutaisoff fondent sur lui à la baïonnette, et le réduisent à plier sous le nombre. L'intrépide Bonnamy, resté dans la redoute à la tête de quelques compagnies, tombe percé de plusieurs coups de baïonnettes (23 coups). Les Russes s'imaginant que c'est le roi Murat, poussent des cris de joie, et l'épargnent pour en faire un trophée."

 

Bataille de la Moskova 3



Bonnamy resta vingt-deux mois prisonniers en Russie et ne rentra en France que le 17 août 1814. "Si Bonnamy n'est pas mort, avait dit l'empereur en apprenant la belle conduite du général, je le fais officier de la légion-d'honneur et général de division." Le roi le créa chevalier de Saint-Louis, et acquitta la promesse de l'empereur en le nommant lieutenant-général, mais sans l'employer. Après le retour de Napoléon, en 1815, Bonnamy assista au champ de mai, et le 4 juillet suivant, fut chargé par le ministre de la guerre Davoust de conduire derrière la Loire les dépôts et les magasins de l'armée en retraite au sud de cette rivière. Il y réussit et la France lui en doit la conservation. Son quartier-général était à Poitiers lorsque le duc et la duchesse d'Angoulême y passèrent. La ville et les campagnes environnantes étaient encombrées de soldats blessés, mécontents, privés de solde et par fois de rations, irrités de leurs revers et attachés plus que jamais à la personne de l'empereur. Leur attitude fit craindre pour la sûreté du prince et de la princesse ; cependant aucun conflit n'eut lieu, grâce à la prudence et à la fermeté du général Bonnamy.

 

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Après ces évènements, le général rentra dans sa retraite de la Flocellière, où il est mort le 7 août 1830, âgé de 66 ans, au moment où il était rappelé à l'activité (Son tombeau est dans le cimetière de la Flocellière). Il avait épousé Mademoiselle Victorine Palierne et a laissé un fils et une fille, épouse du colonel Alquier.

 

acte de décès général Bonamy montage


Le général était d'une taille moyenne, mais forte et vigoureusement constituée ; sa physionomie, avec un teint coloré et blond, le nez relevé et les yeux petits, était loin d'être belle ; elle plaisait cependant parce qu'elle reflétait l'intelligence unie à de la bonté, un caractère gai, un peu railleur, un peu sceptique, mais vif jusqu'à l'emportement, défaut atténué en lui parce qu'il n'avait ni durée ni souvenir. Léger et insouciant de l'avenir autant que brave, on pourrait citer plus d'un trait singulier et caractéristique de sa franchise militaire. Nous n'en donnerons qu'un qui est peu connu. Dans les circonstances difficiles où il se trouvait en 1815 à Poitiers, il adressa ce compliment équivoque au maire de la ville, M. Guichard d'Orfeuille, en lui frappant sur l'épaule : "Vous êtes fait, ma foi, pour faire un maire, comme un âne pour porter le bât."

 

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Annuaire départemental
de la Société d'Emulation de la Vendée
1857


Aux Herbiers, le 10 février 1815.

Monsieur, la touchante réception faite à l'un de nos plus braves chevaliers, pouvant servir à faire connaître la bonté du caractère Vendéen, j'ai pensé que quelques détails à ce sujet pourraient intéresser une partie de vos abonnés ; c'est pourquoi je vous prie d'insérer ma lettre dans le prochain numéro de votre journal ; vous promettant que je vais rapporter les faits le plus succinctement qu'il me sera possible, pour ne pas abuser de votre complaisance.

Le 30 janvier dernier, le chevalier Bonnamy, lieutenant-général des armées du Roi, se rendant à sa terre de la Flosselière fût agréablement surpris de trouver sur sa route un grand nombre d'habitans, dont le maire faisait partie, qui voulurent absolument lui servir de garde d'honneur jusques chez lui.

De jeunes filles vêtues de blanc, symbole de leur innocence, ont présenté des bouquets, et l'une d'elles prononça un petit discours qui fit verser de douces larmes, même au général ; preuve certaine que la sensibilité gagnait tous les coeurs. On pouvait bien dire que c'était l'amitié qui fêtait la valeur et l'amabilité.

Peu à près, Monsieur et Madame Bonnamy allumèrent un feu de joie que les bons habitans de la Flosselière avaient préparé en leur honneur. Au même instant, on entendit les cloches, la mousqueterie, et les cris de vive le Roi ! vive M. le général et son épouse !

Dans ce moment d'allégresse, on eut dit un tendre père qui presse ses enfans contre son coeur et les embrasse tour à tour.

De là, on se rendit chez le général, où plus de 200 personnes dansèrent au son de la musette et du violon.
Je puis vous dire avec vérité que l'enthousiasme était général, et que cette charmante fête s'est terminée à la satisfaction de tout le monde : ce qui se voit rarement dans les grandes réunions.

Le lendemain, je vis venir aussi beaucoup de personnes, dignes de la plus grande considération, pour féliciter le général sur son heureux retour et sur ses beaux faits d'armes. Ils l'embrassaient tous comme un sincère ami que l'on revoit avec d'autant plus de plaisir que la voix publique avait annoncé sa mort. Vous-même, Monsieur, vous en parlâtes dans les temps en des termes qui prouvaient que votre coeur en était vivement affecté.

Veuillez, Monsieur, agréer l'assurance de ma parfaite estime,
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Extrait : Journal du département de la Vendée 4 Num 285/9 - Fév. - Juin 1815 - N° 201 - AD85