AIZENAY VIEILLE EGLISE

 

 

AIZENAY EN 1793

Le 1er mars 1793, le tocsin sonnait à Aizenay et dans les paroisses limitrophes ; des rassemblements royalistes se formaient en divers lieux, et chaque paroisse s'organisait pour la lutte.

Le commandant de la paroisse d'Aizenay se nommait Plumau. Après lui, et peut-être en même temps, Aizenay eut pour capitaine Philippe Robert, ainsi qu'en fait foi le certificat suivant : "Je soussigné, ancien chef vendéen de la division des Sables, certifie que M. Philippe Robert, père de M. Constant Robert, greffier de la justice de paix du canton du Poiré, a fait toute la première guerre de la Vendée, en qualité de commandant de la paroisse d'Aizenay ..." Signé : "des Abbayes".


Aizenay n'avait pas attendu l'année 1793 pour se soulever. Dès le 3 août 1792, époque où les prêtres restés fidèles durent émigrer ou se cacher, il y avait eu dans le bourg un rassemblement considérable, composé de paysans venus des paroisses du Poiré, de Venansault et d'Aizenay, demandant le retour de leurs curés. Pour disperser cet attroupement, les officiers municipaux de la localité s'adressèrent à ceux de la Mothe-Achard, les priant d'envoyer sans retard un détachement de garde nationale, le plus nombreux possible. Ce qui fut fait : 24 gardes nationaux furent en effet envoyés à Aizenay, et dispersèrent les paysans.


Le bourg d'Aizenay, des premiers soulevés, en mars 1793, dit Chassin, fournit à Joly une compagnie pour l'attaque des Sables, qui eut lieu le dimanche des Rameaux, 24 mars. Avant d'attaquer la ville, Joly avait envoyé un parlementaire portant des offres de paix ; mais elles furent rejetées ; et, contre tous les droits de la guerre, le parlementaire fut retenu et jeté en prison. C'était un jeune homme de 18 ans, de la paroisse d'Aizenay, nommé Jean Arnaud, exerçant la profession d'ouvrier taillandier. Dans la délibération du district des Sables, le 24 mars, il est dit qu'on lui mit "les fers aux pieds." Il demeura en prison jusqu'au 5 avril, date à laquelle il fut condamné à mort par la commission militaire et exécuté. Il est de tradition, à Aizenay, que le conventionnel Gaudin (1) le fit clouer en croix à la porte d'une maison de la ville.


Un habitant d'Aizenay, Jacques Rigourdain, détenu à la Roche, indique, comme promoteurs du soulèvement de sa commune : le maréchal-ferrant, Caillaud, le boucher, Roy, le sabotier, Roy, et, comme membres du Comité tout de suite établi : François Moureil, père, Jean Moureil, fils, Georget, agent de Joussebert, demeurant à la petite et à la grande Rollandière, Jean Grit, agent du sieur Barbarin, du Grand-Plessis, Borgnet, Chevalier, demeurant au village de la Borderie, Jean Gendreau, demeurant à la Chevelière, François Gaudin, de la Dédière, et Pierre Sapin, de la Guibretière. Comme commandants de la paroisse, il désigne : Trichet de Logerière, Louis Bouron, Plumau, Roulaud et Flamaud, Robert et Pierre Gaudillon. Comme courriers de la dite paroisse : Bonamy, père et fils, François Mercier, Pierre, Jean et Joseph Rabiller, frères, du bourg, François et Louis Bouron frères, demeurant à la Riochère.
Cette déclaration du dit Jacques Rigourdain, faite au district de la Roche, est du 26 septembre 1793.


En avril 1793, Joly établit son quartier général à Aizenay [Joly était un des plus vaillants mais des plus indépendants officiers de Charette. Bordelais de naissance, il exerçait les fonctions de chirurgien à la Chapelle-Hermier quand éclata la guerre de Vendée]. Le bourg d'Aizenay, traversé par la grand'route des Sables à Nantes, fut souvent occupé par un poste républicain. Le général Boulard [Jean-François Boulart], commandant les troupes républicaines des Sables, y passa souvent et y séjourna. Une fois entre autres (fin avril 1793), ses soldats s'y livrèrent à des actes de pillage et de violence qui surexcitèrent au plus haut point la population. Guillet, secrétaire de la municipalité d'Aizenay, justement indigné des méfaits commis par eux, ne craignit pas de porter plainte au général. Mais mal lui en prit, car le général l'accusa lui-même de tendances anti-révolutionnaires, et le maire d'Aizenay Gobin menaça de le destituer.


Le 12 mai 1793, apprenant que le poste d'Aizenay était sérieusement menacé, ainsi que ceux de la Mothe-Achard et que Charette se disposait à l'attaquer, le général Boulard fit partir un détachement de cavalerie pour aller au secours d'Aizenay et aider les travailleurs alors occupés à réparer le pont de la Chapelle-Palluau coupé précédemment par l'ennemi. Boulard se dirigea lui-même sur Aizenay et y coucha, retenu par la pluie. Puis, voyant que les troupes royalistes ne se présentaient point, il prit la route de Palluau.


En septembre 1793, le conseil municipal avait à sa tête Gobin, maire, qui signe les registres et avait refusé d'être agent municipal. C'est à lui qu'à cette époque écrivit un nommé Coyaud, commissaire du Directoire, pour lui faire remarquer que des prêtres et des nobles déguisés en paysans se cachaient dans des villages où ils "tenaient, disait-il, des conciliabules nocturnes. C'est à vous de redoubler de vigilance pour découvrir leur repaire et les faire arrêter."

 

la morinière


Un certain nombre de prêtres se cachèrent, en effet, à Aizenay, soit dans la forêt, soit à la Morinière, village aujourd'hui disparu, soit à la Davière, à Lézardière, et à la Genète. On cite les noms de M. Robin, vicaire au Poiré-sur-Vie, de M. Brumault de Beauregard, qui devint évêque d'Orléans en 1823, de M. de Gruchy. Celui-ci, qui régissait la paroisse de Venansault, en l'absence de M. Thomas parti en Espagne, passa bien des nuits dans la paroisse, en compagnie de son fidèle sacristain, Loué. Les paysans voisins de la forêt se réunissaient autour de lui pour assister à sa messe et se confesser. Quand les Bleus étaient éloignés, il entonnait un cantique, et l'assistance chantait avec lui. On possède à la Génétouze une chasuble noire, dont il se serait souvent servi pour célébrer la sainte messe dans la forêt. ...


La forêt servit de refuge, pendant la Révolution, non seulement aux prêtres mais encore aux habitants d'Aizenay et des alentours. Une demoiselle de la Rochefoucault y avait, dit-on, caché son père infirme et très âgé. Or, un jour, le respectable vieillard faillit mourir de faim, car les Bleus entouraient la forêt, et rendaient tout approvisionnement impossible. Sa fille, placée à son chevet, n'ignore pas qu'elle s'expose à une mort certaine, si elle se montre. Cependant elle n'hésite point : il faut du pain à son père mourant, et, comme elle ne voit personne autour d'elle qui puisse lui en procurer, elle va droit au camp de l'ennemi, et rencontrant un bleu : "Donnez-moi, lui dit-elle, un morceau de pain pour mon père." La confiance et le courage de la noble mendiante touchèrent le républicain ; il lui donna ce qu'elle demandait, et, de plus, aida à sauver le père et la fille.


Les chefs vendéens eux-mêmes se réfugièrent à plusieurs reprises, dans la forêt pour échapper à l'ennemi, Joly, chassé de l'armée de Charette, y passa plusieurs jours avec quelques-uns de ses fidèles partisans. Charette lui-même, poursuivi par l'infatigable Travot, vint y chercher abri au moins une fois.

 

GENERAL JOLYOn sait la triste fin de Joly. De plus en plus sombre et intraitable de caractère, haï de tous et rebelle aux ordres de Charette, Joly prit un jour la fuite et se dirigea vers la Haute-Vendée. On croit qu'il avait l'intention de rejoindre l'armée de Stofflet. Après avoir erré pendant quelque temps dans la forêt d'Aizenay il gagna le Bocage et arrivait, un dimanche, pendant les vêpres, à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Il s'arrêta dans un cabaret du bourg. L'hôtesse, voyant cet homme à longue barbe, vêtu d'un costume étrange et armé de toutes pièces, le prit pour un espion, et fit part de ses craintes à quelques jeunes gens qui sortaient de l'église. Ceux-ci pénètrent dans l'auberge et entourent cet inconnu suspect, comme pour lui barrer le passage. Mais Joly sort précipitamment de la salle, et enfile à grands pas la rue qui conduit au cimetière. De plus en plus intrigués par les allures équivoques du mystérieux personnage, les jeunes gens se lancent à sa poursuite. Un jeune ménétrier, Deval, qui ajustait chez lui les cordes de son violon, sort au devant de Joly et lui demande son nom. Le rude guerrier n'était pas d'humeur à céder à de pareilles sommations, il garde le silence et veut poursuivre sa route. Une clameur générale et menaçante éclate dans la rue. C'est un traître ! c'est un bleu ! c'est un espion ! arrêtez-le ! - Deval veut mettre la main sur Joly, qui saisit alors un de ses pistolets, brûle la cervelle à son agresseur et prend la fuite.
Rendus furieux par la mort de leur camarade tous les jeunes Bocains se précipitent sur les pas de l'étranger et l'atteignent au-dessus de l'étang de la Barbinière, à l'extrémité d'un champ de genêts, Joly, tout essouflé de sa course, s'arrête, fait volte-face, s'adosse au tronc d'un vieux chêne, et menace de ses pistolets le premier qui osera l'approcher. Mais un domestique de la Mourière, nommé Constant, avait tourné le chêne ; d'un violent coup de bâton, il avait fait tomber les deux pistolets des mains du fugitif, se jette sur lui et le terrasse. Toute la troupe des assaillants se rue en même temps sur le malheureux, l'accable de coups et le renverse mort au pied de l'arbre. Le cadavre fut transporté à Saint-Laurent où il fut reconnu par un soldat de l'armée d'Anjou.
La nouvelle de cette mort causa dans toute la Vendée, et particulièrement dans le Bas-Poitou, une douleur profonde. On oubliait tous les torts de ce dur et énergique auxiliaire de la cause vendéenne, pour ne garder qu'un reconnaissant souvenir de son courage et de son dévouement.

DUQUESNOY GENERALLes habitants d'Aizenay eurent beaucoup à souffrir du passage dans leur bourg des troupes républicaines. Le 11 septembre 1793, le général Mieskowski, en quittant son quartier général de la Mothe-Achard, annonçait au district des Sables qu'il venait d'enlever Aizenay aux Vendéens. Sa colonne était composée de détachements des 60e et 110e régiments, du 5e bataillon de la Marne, de deux compagnies du pays, de 50 chasseurs de la Vendée, avec une pièce de huit, et deux de quatre.
Quelques mois après, le bourg d'Aizenay est de nouveau enlevé par le général Duquesnoy qui y met le feu, et occupé par Turreau, le 27 mars 1794.


En 1794-95, Commaire poussa si loin la barbarie contre les habitants d'Aizenay que la municipalité de ce bourg crut devoir porter plainte devant l'autorité supérieure.
"Grignon, disait-on dans ce rapport, a donné l'exemple inique du massacre des patriotes. On l'a vu par passe-temps, et pour essayer le tranchant de son sabre, couper en deux des enfants à la mamelle ; il appelle cela une distraction patriotique. Commaire a été plus loin ; il en a fait une loi. Nous le voyons, chaque jour, prendre les premiers enfants venus, fils de républicains ou de brigands, peu lui importe : il les saisit par une jambe, et les fend par moitié, comme un boucher fend un mouton. Les soldats en font autant. Si les autorités veulent réclamer, on les menace d'être fusillés."


Ces atrocités attirèrent des représailles. Un jour, des paysans d'Aizenay rencontrèrent un bleu caché dans un champ de blé. Ah ! c'est toi, lui dirent-ils, qui égorges nos enfants ! Arrête, nous allons faire ton affaire. Ils le tuèrent en effet.

 

CHARETTE 3Nous avons dit que Charette vint souvent à Aizenay. Le 10 juillet 1795, il rassemble un corps de troupe dans la lande d'Aizenay, pour se rendre de là à la métairie du Bec, de la paroisse de Saint-Hilaire-de-Riez.
D'après Chassin, Aizenay devint le centre des opérations qui furent tentées contre le général vendéen. Travot, acharné à sa poursuite, manoeuvra autour d'Aizenay une partie du mois de janvier 1796.
"J'ai fouillé la forêt d'Aizenay le 22 janvier, écrivait-il ; je n'y ai pas trouvé la cavalerie de Charette qu'on m'avait dit être retirée. Mais j'ai rencontré un poste de 12 hommes d'infanterie qui a été entièrement égorgé et un autre de même force qui a été réduit de moitié."
Nous savons que Charette finit par être arrêté par Travot, grâce à une trahison, le 24 mars, dans le bois de la Chabotterie, de la commune de Saint-Sulpice-le-Verdon. ...


D'après le même auteur, non suspect de partialité pour les vendéens, voici quelle était à Aizenay, à cette époque, la situation générale.
"J'arrive d'Aizenay, écrivait-il le 7 janvier 1796 ; nous avons là un cantonnement de 800 hommes. A vrai dire la troupe s'y comporte de manière à rallumer de nouveau une guerre si désastreuse et qui est si proche de sa fin, si les généraux le voulaient ... On ne fait la guerre qu'au propriétés et aux animaux. Le commandant de Palluau a fait faire plusieurs incursions dans la commune d'où il fait enlever, vous ne sauriez croire, la quantité de milliers de quintaux de froment, de boeufs, vaches, veaux et génisses, qu'il a fait conduire à ce chef-lieu, du nombre desquels se trouvent tous ceux de la métairie des Étangs ; ce que je puis d'autant mieux acertainer (sic) que j'ai parlé à une soeur du métayer. Il y a peut-être cent métairies sans une pièce de bestiaux ni moutons. Le cultivateur n'a plus de quoi se nourrir ni se vêtir ; la plupart sont privés de leurs charrues et instruments aratoires, et forcés eux-mêmes de se tenir cachés avec leurs femmes et leurs filles pour se soustraire les uns à la mort, les autres aux dernières insultes des soldats. De nombreux troupeaux de moutons couvraient les campagnes ; déjà il n'en reste plus. Le soldat, à notre vue, a souvent tué un boeuf pour le plaisir de le tuer ou en arracher la langue ... Les choses sont en pire état que jamais. La Roche, la Mothe-Achard, Beaulieu, Palluau, etc., sont dans le même cas."


Après la prise de Charette, en mars 1796, la lutte cessa contre les troupes républicaines ; et les populations vendéennes, bien que toujours inquiètes, se mirent à relever leurs maisons en ruines.


A la fin de 1799, il y eut cependant une nouvelle insurrection, dont voici en deux mots la cause. La Révolution, enhardie par la tranquillité apparente de notre pays, ayant besoin de nouveaux soldats pour défendre et raffermir sa puissance ébranlée, ordonna une levée de 200.000 hommes, sans excepter la Vendée de cette mesure. Cette atteinte flagrante portée à tous les traités passés avec les Vendéens fut pour eux la plus sensible de toutes les tyrannies. En vain le Directoire, effrayé de l'agitation causée dans notre pays par cette loi malencontreuse, promit qu'elle ne lui serait point appliquée, le coup était porté ; l'indignation débordait de toutes parts, et la guerre se ralluma encore une fois vers la fin de juin de l'année 1799. Mais une lettre du général Travot, adressée de Montaigu, le 20 novembre 1799, à l'administration centrale du département, montre que le soulèvement de 1799 eut peu d'importance dans la région d'Aizenay.


"Le 16 novembre, dit-il, j'ai attaqué, près Grand'Landes, la bande d'un nommé Grelier, émigré, forte de 100 à 150 hommes ; je l'ai mise en pleine déroute et l'ai poursuivie l'espace de trois lieues. Je lui ai tué peu de monde ; car je n'ai compté que 4 morts ; mais je l'ai entièrement dispersée. Elle était venue pour faire sa jonction avec la bande de Lecouvreur forte de 250 hommes. Je me suis mis le 17 à la recherche de cette dernière ; j'ai rencontré ses traces entre Aizenay et Beaulieu. Je les ai poursuivis près la rivière de Vie, entre le Poiré et Palluau où je suis arrivé à l'instant où l'ennemi venait d'effectuer son passage sur un petit pont qu'il avait aussitôt détruit. Nous étions donc en présence, et il n'y avait que la rivière qui nous séparait. Pour engager plus promptement l'action, j'ordonne à mes chasseurs de prendre en croupe chacun un grenadier et de passer ainsi la rivière. L'ennemi pouvait nous faire beaucoup de mal, attendu que sa position dominait le passage ; mais épouvanté par notre ardeur, il prend la fuite. Avant de le poursuivre, je crus devoir passer au moins 80 hommes. Pour obtenir un avantage certain, je gagnai les hauteurs et n'y trouvai personne. Je courus toute la journée, mais inutilement. La nuit survint ; mes troupes étaient harassées ; il fallut prendre du repos. J'ai continué mes recherches, les 18 et 19, sans plus de fruit."
Enfin, dans la nuit du 29 au 30 novembre 1803, il y eut encore tout un émoi. Cent cinquante hommes, après avoir pénétré dans le bourg d'Aizenay, se portèrent sur la maison qui servait de caserne aux gendarmes et tuèrent le maréchal des logis qui les commandait. Ils massacrèrent également le membre du conseil général du canton, et ce fut à grand'peine que le maire et le juge de paix échappèrent à leurs coups, en se sauvant, à peine vêtus, à travers la campagne. Des troupes mandées en toute hâte et commandées par le général Gouvion parvinrent bientôt à rétablir l'ordre. Dans une lettre adressée, à la suite de ces évènements, par le Conventionnel Gaudin, des Sables, au conseil Lebrun, il rendait un bon témoignage de la conduite du clergé qui, "nulle part, disait-il, n'avait poussé à la révolte ; le curé d'Aizenay a fait tous ses efforts pour retenir ses paroissiens dans le devoir."
Après ces divers évènements, le calme se rétablit peu à peu.


Nous donnons ici les noms de quelques habitants d'Aizenay condamnés à mort et guillotinés pendant la période révolutionnaire.
JEAN ARNAUD, 18 ans, maréchal taillandier, parlementaire de Joly au siège des Sables (24 mars 1793), condamné à mort comme brigand de la Vendée, le 5 avril 1793, par la commission militaire siégeant aux Sables ; eut ses biens confisqués, fut décapité le 6 avril, en présence de l'armée formant bataillon autour de la guillotine. Cette affirmation contredit la tradition locale d'Aizenay, d'après laquelle Jean Arnaud, arrêté et jeté en prison, aurait été, sur l'ordre du conventionnel Gaudin, des Sables, cloué en croix à la porte d'une maison de la ville.
JACQUES RAPITEAU, 67 ans, laboureur à la Petite Roussière, paroisse d'Aizenay, courrier vendéen, condamné à mort le 26 janvier 1794, par la commission militaire des Sables, comme instigateur, ayant parcouru les campagnes pour exciter la révolte, arboré la cocarde blanche, et combattu les troupes de la République ; fusillé le 30 janvier.
RENÉ ROY, 64 ans, du bourg d'Aizenay, véritable instigateur, allait avec les Vendéens chercher les boeufs des patriotes qu'il pillait ; fusillé.
PIERRE RABILLÉ, 50 ans, laboureur à la Résière, paroisse d'Aizenay, condamné à mort le 1er mars 1794, par la commission militaire des Sables, et exécuté le 12 ; convaincu d'avoir fait partie des attroupements, armé d'un fusil, d'avoir monté la garde avec les révoltés, et même, de son propre aveu, d'avoir voituré des subsistances aux rebelles.
PIERRE GUILLOTON, 70 ans, laboureur à la Businière, paroisse d'Aizenay, condamné à mort le 18 mars 1794, par la commission militaire des Sables, et exécuté le 28 ; convaincu d'avoir logé et nourri, de son aveu, Joly, chef des brigands, et, suivant la déclaration de la Rouvière, veuve Gobin, d'avoir voulu faire mettre en prison un patriote.
MARIE BRETOUAILLE, veuve PIET-PRAUD, journalière, 60 ans, de la paroisse d'Aizenay, arrêtée et expédiée à Paris, en vertu d'un arrêté du Comité de Salut public du 25 avril 1794, concernant les rebelles de la Vendée ; fut interrogée par Fouquier-Tinville ; comparut devant le tribunal révolutionnaire le 25 juin 1794 ; fut condamnée à mort, et exécutée à Paris.
HÉLENE GOUPILLEAU, d'Aizenay, 43 ans, jugée le 27 novembre 1793 et non condamnée à mort ; accusée d'avoir fabriqué le drapeau de la rébellion et de l'avoir fait planter sur l'église ; en relation avec les prêtres réfractaires. Le 23 février 1794 la commission militaire la jugea de nouveau et la condamna à mort pour avoir recélé un prêtre, reçu la visite de Joly, chef des brigands, voyagé dans le pays occupé avec un passeport de lui, etc. Ladite Hélène Goupilleau, grâce à sa situation intéressante, ne fut pas exécutée.


Près du village de l'Aumônerie, 30 à 40 habitants d'Aizenay, qui se sauvaient pour se cacher dans la forêt, furent surpris par les Bleus et massacrés. Les anciens montraient autrefois dans le chemin l'endroit où ils furent enterrés.

AIZENAY EN 1815

A la nouvelle du retour de Napoléon à Paris, en 1815, l'indignation fut vive dans la Vendée, et une grande effervescence se manifesta de toutes parts. Il y eut des soulèvements en divers lieux, notamment dans la contrée occupée jadis par l'armée de Charette.
Les principaux chefs de l'insurrection furent d'Autichamp, Ludovic de Charette, Suzannet, Sapinaud et Louis de La Rochejaquelein, ce dernier avec le titre de généralissime qui lui fut décerné à l'unanimité dans un Conseil tenu à Palluau, le 14 mai.
La petite armée se mit aussitôt en marche et se rencontra avec l'ennemi dans le bourg d'Aizenay, le lendemain, 20 mai, jour ou veille du du dimanche de la Trinité. Mais cette première rencontre fut un désastre, comme nous allons voir.
Le but des Vendéens était de s'emparer de Bourbon-Vendée, quartier général et centre administratif des Bonapartistes. Malheureusement l'ordre et la discipline étaient loin de régner dans les rangs.
En effet, à peine entrés dans le bourg d'Aizenay, les soldats se dispersent de tous côtés dans les auberges, par groupes de dix, vingt, ou vont saccager les maisons de quelques bonapartistes. Des paysans et des nobles des paroisses environnantes viennent se joindre à eux et trinquer au succès de l'entreprise. A l'imprévoyance des soldats s'ajoute l'imprévoyance des chefs qui négligent d'établir des postes avancés.
Pendant ce temps, des agents bonapartistes, glissés parmi les soldats du roi, vont prévenir Travot de l'arrivée des Vendéens. Conduit par son aide-de-camp, M. Messager, officier intelligent, établi depuis quelque temps à Aizenay, Travot calcule sa marche de manière à n'arriver que la nuit, pour surprendre ses adversaires.
Cependant les chefs royalistes sont informés des mouvements du général Travot, une heure avant le coucher du soleil, par deux domestiques envoyés par M. Herbert, ancien curé d'Aizenay, retiré à la Bonnière de Maché. Celui-ci avait eu connaissance de la marche en avant de l'armée bonapartiste, et, quoique peu favorable aux royalistes, il leur avait fait parvenir ce message. L'un des deux domestiques, nommé Friederick, était d'origine prussienne ; il combattit avec les Vendéens et eut son cheval tué sous lui.
A la nouvelle de l'approche de Travot, les chefs font prendre les armes et envoient des reconnaissances dans la direction de Bourbon. Au bout de quelque temps, les éclaireurs, qui s'étaient fort mal acquittés de leur mission, reviennent au camp et déclarent qu'ils n'ont rien vu. Sur ce rapport, l'armée dépose les armes, se débande, et s'endort dans une parfaite sécurité, sans même établir de sentinelles.
De Suzannet et de Sapinaud étaient établis sur les hauteurs de la Maronnière et de l'Augizière, à un kilomètre du bourg d'Aizenay, sur la route des Sables. Cette position eût été excellente le jour ; car de ce lieu on domine tout le bourg et la vue s'étend au loin du côté de Maché par où arrive l'ennemi. Mais elle était un peu trop retirée pour pouvoir secourir à temps le reste de l'armée.
Ludovic de Charette avait fait bivouaquer ses soldats dans les jardins qui bordent la route d'Aizenay à Beaulieu, non loin du quartier du bourg appelé La Touche. La plupart d'entre eux avaient abandonné leur général pour aller s'abriter dans le bourg.
Le marquis de la Rochejaquelein, général en chef, était campé au haut du bourg, entre les routes de Nantes, Challans et Maché. ...
Voici maintenant comment Crétineau-Joly rend compte du combat.
"Avec son expérience de la manière de guerroyer des Vendéens, Travot sait le peu de précautions dont, pendant la nuit, ils s'entourent. Il se décide à tenter une attaque et calcule son temps pour n'arriver qu'au milieu des ténèbres. A 11 heures du soir, le 20 mai, veille de la Trinité, il est devant Aizenay, où les Vendéens, trompés par de faux avis, se sont endormis dans une parfaite sécurité. Le général bonapartiste divise sa troupe en deux corps.
"Des paysans, à l'entrée du bourg, crient : qui vive ?
- Vive le roi ! répond Travot ; et il passe. La ruse ne fut découverte que lorsque le feu commençait ; l'ennemi était déjà dans les rues, égorgeant les royalistes. Chefs et soldats se réveillent. Pour chasser Travot, on essaye d'adopter quelques dispositions, car le désordre est tel que, croyant ajuster les bonapartistes, les Vendéens tirent les uns sur les autres. Malgré les efforts de la Rochejaquelein, l'armée ainsi surprise est obligée de se débander.
Comme dans tous les premiers engagements d'une insurrection le sang des officiers dut couler pour prouver aux paysans qu'ils n'étaient que leurs égaux sur le champ de bataille. Guerry de Beauregard, beau-frère de la Rochejaquelein, et père de six enfants, périt à la tête de sa division. D'autres officiers sont blessés dangereusement. De Saint-André, percé de balles, est fait prisonnier et conduit à Travot. "On vous a forcé à servir, sans doute ? dit ce dernier dont l'humanité, dans ses guerres, n'a jamais été en défaut. - Non, Monsieur, répliqua Saint-André, c'est très volontairement que je me suis rangé sous mon drapeau. - Mais, au moins, ajoute Travot, qui désirait le sauver, vous avez été brisé dans le combat". Ludovic de Charette, emporté par son ardeur, est atteint d'un coup mortel. On veut le faire retirer. "Non, non ! s'écria-t-il ; tant qu'une goutte de sang coulera dans mes veines et que les paysans auront de la poudre à tirer, je commanderai le feu."
Couché par terre et tenant un mouchoir sur sa plaie, il ne cessait d'exciter ses gars et de leur répéter : "Vengez-moi et jurez d'obéir à M. de la Rochejaquelein !"
Affaibli bientôt par la perte du sang sortant de sa blessure, ce jeune homme, qui mourait à son premier combat, perd connaissance. On profite de ce moment pour l'enlever du champ de bataille où il s'obstinait à rester ; et, malgré tous les soins qu'on lui prodigue à la Forestrie, près de Touvois, il meurt, le 31 mai, à l'âge de 27 ans, pleuré de la Vendée entière."
On raconte que les soldats de Travot, le voyant blessé et cherchant néanmoins à exciter l'ardeur des siens, voulaient se précipiter sur lui pour l'achever à coups de baïonnettes. Mais un brave, nommé Redois, se précipita au devant d'eux. "Vous n'arriverez à lui qu'après m'avoir percé le coeur" dit-il. Il réussit, en effet, à protéger son jeune chef, le chargea sur ses épaules et traversa le bourg en culbutant amis et ennemis. Puis, aidé de quelques camarades, il le transporta évanoui au village de la Gouinière, dans la forêt d'Aizenay. Quelques jours après, on le conduisit à son château de la Forestrie, près Touvois. Il fut inhumé le 1er juin dans l'ancien cimetière de cette paroisse.

LA GIRAUDINIERE

Victor-Gabriel Borgnet, seigneur de la Vieille-Garnache, devint, à la mort de son père, seigneur de la Giraudinière. Il épousa demoiselle Marie-Anne de la Tribouille, de qui il eut huit enfants.
Quand éclata la Révolution, il habitait la Giraudinière, il y était absorbé par les soins de l'éducation de sa nombreuse famille. Aussi resta-t-il en dehors des premiers mouvements de résistance de la Vendée. Tranquille dans son vieux manoir, ne sachant où aller pour trouver un lieu plus retiré, il s'abandonnait à la divine Providence.

BLEUS HALTEQuand les colonnes infernales sillonnèrent le pays, un détachement se présenta un jour à la Giraudinière. Après avoir forcé le portail et pénétré dans la cour, les bandits se trouvèrent en face de M. de la Giraudinière, qui, s'avançant gravement vers eux, leur demanda ce qu'ils voulaient. A cette apparition insolite, les Bleus restent stupéfaits. - "Citoyen, que fais-tu là ? Nous venons de Maché, de Palluau, de l'Herbergement ... etc. Partout, devant nous, le vide se fait ... Plus personne dans les châteaux des brigands ... Toi seul tu nous attends : tu nous braves ! D'où te viens cette audace ? Ignores-tu que nous avons mission de tout incendier, de tout détruire ? Et qu'en effet, tout brûlé autour de nous ?
- Je ne puis l'ignorer, répond M. de la Giraudinière, mais que pouvais-je faire ? Fuir, en abandonnant ici ma nombreuse et trop jeune famille ? Non ; nous mourrons plutôt ici tous ensemble. Faites votre oeuvre".
L'aspect inaccoutumé de cet homme absolument inoffensif, entouré de ses enfants qui peu à peu l'avaient rejoint, et sa noble résignation peinte sur ses traits, en imposèrent à cette horde de sauvages. Le chef promit de ne lui faire aucun mal ; mais il lui donna le conseil de fuir sans retard pour ne pas tomber entre les mains de soldats républicains moins accessibles aux sentiments d'humanité.
Dès le lendemain, M. de la Giraudinière quittait sa gentilhommière et se rendait avec sa femme et ses enfants au quartier général de Charette, à Bonnefonds, près d'Aizenay. On célébrait la messe au camp. A l'issue de la cérémonie, le prêtre, informé de l'arrivée et de la qualité des fugitifs, fit un appel aux paysans, les exhortant à recueillir en plusieurs maisons les jeunes enfants de M. de la Giraudinière. Celui-ci, après avoir disséminé de la sorte sa famille, et l'avoir remise en mains sûres et dévouées, prit du service dans les bureaux de l'armée royale.
Quelques temps après, la Giraudinière devenait la proie des flammes.
M. de la Giraudinière mourut au camp de Belleville, le 24 mars, âgé de 41 ans, d'après attestations des membres de l'administration municipale du canton de Belleville, en date du 20 fructidor an IV. Il fut inhumé le lendemain dans le cimetière de la dite paroisse, suivant acte dressé par M. Goguet, prêtre, en présence de MM. de Badereau et des Moutiers, capitaines de l'armée vendéenne.
Mme de la Giraudinière suivit l'armée avec la seconde de ses filles, Anne-Louise Borgnet. Dans une déroute des Vendéens, elles furent prises et conduites au Poiré, puis à la Maronnière, alors occupée par une compagnie républicaine. Le capitaine s'étant enquis d'elles auprès du citoyen Brethommeau, les fit évader secrètement.
L'aîné des fils de M. de la Giraudinière, Pierre-Joseph Borgnet, de la Vieille-Garnache, prit les armes en 1815, assista, en qualité de capitaine, au combat des Mathes - entre Soullans et Saint-Hilaire-de-Riez. - Il fut nommé lieutenant d'infanterie en 1816, entra dans la légion de la Vendée, démissionna en 1819, et mourut sans alliance, à sa terre de la Borderie (paroisse d'Aizenay) le 9 novembre 1861.
Sa pierre tombale se voit dans l'ancien cimetière d'Aizenay, au seuil de la chapelle dédiée à saint Joseph, patron de la bonne mort.
Son frère cadet, Charles-Gabriel Borgnet, fit, sous l'Empire, la campagne de Prusse. Lieutenant de Vélites à la bataille de Leipzig, il y reçut une blessure qui le fit réformer. Décédé sans alliance le 14 novembre 1820. ...

 

bleus 9

Pour terminer, on trouve dans le chapitre concernant les cloches d'Aizenay, ce petit paragraphe :

La Chronique ajoute que Louise Gillaizeau, cachée à la Bretonnière pendant la Révolution, eut la douleur de voir sa mère et une de ses soeurs massacrées par les Bleus. Quant à elle, elle sauva son honneur et sa vie avec deux louis d'or qu'elle offrit aux soldats. (2)

Signature de Louise Gillaizeau



Bulletin paroissiaux
Extraits : Histoire d'Aizenay
1921 - 1922 - 1924 - 1925 - 1926

 

(1) Joseph-Marie-Jacques-Françis GAUDIN, négociant, né le 15 janvier 1754, aux Sables-d'Olonne, maire de cette ville, député de la Vendée à l'Assemblée législative et à la Convention nationale, membre du Conseil des Cinq-Cents, puis du Conseil des Anciens. Gaudin fut adjoint aux commissaires dans les départements des Deux-Sèvres et de la Vendée.
Il est décédé aux Sables d'Olonne le 20 août 1818.

sIGNATURE GAUDIN

acte de décès GAUDIN

 

(2) Il pourrait s'agir de Louise Gillaizeau, née à Aizenay le 10 janvier 1743 - fille de Me Pierre Gillaizeau, Notaire royal et de Suzanne Frappier.

Le couple eut également François-Laurent, né et ondoyé le 10 août 1736 - Sébastien-Prosper, né le 6 novembre 1738 et décédé à l'âge d'à peine un an, le 29 octobre 1739 - François, né le 2 janvier 1740 - Louise-Léone, née le 14 août 1741 -  Joseph, né le 22 mars 1744 - Félix-Henri-Balthazar, né et ondoyé le 2 juin 1745, décédé le 30 juillet 1745 - Véronique, née le 28 mai 1747, décédée le 8 août 1749 - Pierre-Jean, né le 16 mai 1750.

(Louise raconte que sa mère et une de ses soeurs furent massacrées ; nous ne lui avons trouvé que deux soeurs dont l'une est décédée en bas-âge. Néanmoins, les registres de 1733 et 1735 ayant disparu, il se peut qu'une fille soit née durant ces années-là)