LETTRE LECHELLE



L'activité continuelle dans laquelle je me trouve a un peu retardé le compte que j'avois à vous rendre d'une nouvelle victoire remportée par les troupes que j'ai l'avantage de commander.


Le 17 à deux heures après-midi la grande armée des rebelles d'environ trente mille hommes, est venue à la faveur des bois qui couvroient sa marche, nous attaquer brusquement sur les hauteurs en avant de cholet. Notre avant garde accablée par la supériorité du nombre a été d'abord obligée de quitter la position avancée qu'elle occupoit. La horde tumultueuse des rebelles, dirigée par ses chefs les plus fameux, et précédée d'une artillerie formidable s'avançoit avec audace ; mais bientôt elle a été arrêtée et repoussée par notre corps de bataille, et la déroute des brigands a été complette ; ils nous ont abandonné douze pièces de canon ; on les a poursuivis sans relâche de tous côtés ; de vastes terreins sont jonchés de cadavres ; delbec et Bonchamp ont été blessés mortellement : on ne peut pas évaluer la perte des rebelles dans cette journée, la plus meurtrière qu'ils aient éprouvé ; la notre a été peu considérable. Une division de notre armée les a poursuivis jusqu'à quatre lieues, et s'est trouvée après minuit devant Beaupreau, principal azile des Brigands ; on a égorgé leurs avant postes, on est entré d'emblée, et après leur avoir tué beaucoup de monde, ils ont été mis de nouveau en déroute. On a trouvé dans cette ville une fabrique de poudre, un magasin considérable de salpêtre, quantité de pièces de canon et de caissons : je me suis hâté de joindre la division de Beaupreau avec le reste de nos troupes quoiqu'extrêmement fatiguées ; et je me disposois à marcher pour l'attaque de St Florent, lorsque j'ai appris que les rebelles évacuoient ce dernier azile à quatre lieues de moÿ, et que par un coup de désespoir, ils étoient parvenus à passer la Loire, j'ai envoÿé aussitôt un corps de cinq mille hommes qui tombant sur leurs derrières en a fait noÿer beaucoup, j'ai donné ordre au commandant de ce corps, de tacher de passer la rivière pour continuer leur poursuite ; je marche à pas précipités, avec le reste des troupes, sur Nantes, afin de prévenir tout facheux évènement dans cette ville, et prendre de deux côtés les rebelles ; je ne cesserai, jusqu'à leur entière destruction de les harceler partout où ils seront rassemblés ; je sens combien il est important, après les avoir expulsés de leurs repaires, d'empêcher qu'ils n'aillent former un nouveau noÿeau de rébellion dans quelqu'autre département. La Vendée, purgée en huit jours des principaux rassemblemens des brigands enhardis par des succès éphémères, fumante de sang, jonchée de cadavres, et livrée en grande partie aux flammes, est un exemple frappant de justice nationale qui doit intimider les paÿs que la scélératesse voudroit mettre en insurrection.
Au milieu de nos succès, j'ai joui de la satisfaction bien douce d'avoir délivré environ six mille prisonniers, qui gémissoient dans les fers, et qui en redevenant des hommes libres s'écrioient avec transport, Vive la République.

SIGNATURE LECHELLE

 

Archives militaires de la guerre de Vendée
conservées au Service Historique de la Défense (Vincennes)