LASSAY (53)

FRANCOISE GANDRIAU
LE TOMBEAU DE LA PETITE EMIGREE

Avant de descendre la côte qui se termine aux premières maisons de Lassay, prendre la route de Thuboeuf, et après avoir parcouru quelques centaines de mètres, on trouvera sur le bord de la route, à gauche, le tombeau de la Petite Emigrée, dont l'histoire est connue de tout le monde dans le pays.

Le 23 novembre 1793, une colonne de l'armée vendéenne arrivait à Mayenne pour se diriger vers les bords de la Loire, entraînant dans sa retraite des vieillards, des femmes, des enfants.
Parmi ceux qui ne purent suivre cette colonne se trouvait une jeune fille de 16 à 17 ans originaire de Fontenay-le-Comte, nommée Françoise Gandriau.


Pensant qu'elle ne pourrait rester sans danger à Mayenne, elle prit à tout hasard la route conduisant au Ribay, et s'arrêta en chemin brisée par la fatigue, les privations et la maladie.


Elle fut trouvée dans cet état sur le bord de la route par un nommé Grandin qui la coucha dans sa voiture et la fit descendre dans un cabaret où se trouvait en ce moment l'ancien maire du Ribay, Julien Thuault.


Vivement intéressé et ému par le récit de la jeune fille, Thuault lui fit prendre un peu de nourriture et l'emmena chez lui au village de Coulion.


Françoise Gandriau demeura avec les époux Thuault pendant deux mois et demi, mais l'hospitalité qui lui était accordée était aussi dangereuse pour elle que pour ceux qui la lui donnaient.
Des indiscrétions furent commises, l'origine de la jeune vendéenne transpira, et Julien Thuault fut dénoncé par le curé assermenté Jean Mahé.


L'ordre fut bientôt donné de procéder à l'arrestation de Julien Thuault et de Françoise Gandriau, et le jour même les gendarmes Gautier et Nicolas, se présentèrent au village de Coulion.


Thuault put leur échapper grâce à son frère qui était venu le prévenir, mais Françoise, après des adieux déchirants faits à ses bienfaiteurs, fut conduite à Lassay et jetée dans la prison qui se trouvait près de la place du Boyle.


Françoise ne resta qu'un mois en prison et comparut le 5 mars 1794 devant le tribunal révolutionnaire.


Sa beauté, sa jeunesse, sa résignation, émurent les juges et arrachèrent des larmes aux personnes présentes.
- Déclare que tu es enceinte, et tu es sauvée, lui avait dit avant l'audience Marat-Rigaudière, avocat à la Ferté-Macé, signant de Saint Martin de la Rigaudière avant la révolution, et prenant part ensuite au mouvement révolutionnaire et au pillage des châteaux de la Coulonche, de Veaugeois et de Couterne les 23 et 24 juillet 1789.
- Jamais, répondit-elle, je ne ferai un pareil mensonge quand même ma vie en dépendrait.
MEURS DONC ! ajouta le juge.


Quelques instants après, la sentence de mort était prononcée, et le surlendemain, Françoise était exécutée à Lassay.


Le corps fut transporté sur un charriot appartenant au citoyen Mathurin Gallerie, dans l'endroit où l'on voit aujourd'hui son tombeau.
L'imagination populaire qui aime toujours le merveilleux, a ajouté que lorsqu'on eut déposé le corps de Françoise sur la voiture de Gallerie, quatre chevaux vigoureux eurent beaucoup de difficulté à le conduire au lieu de sa sépulture.

Guide pratique de Bagnoles-de-l'Orne
médical et pittoresque,
par le Dr A. Barrabé
1901

Françoise Gandriau, fille de Paul Gandriau et de Marie Maupetit, née le 16 juillet 1775, à Fontenay-le-Comte, paroisse Saint-Nicolas.

acte naissance de Françoise Gandriau

 

"Voyez-vous ce léger tombereau qui gravit la montée que nous venons de faire nous-mêmes ? il contient les restes de la Petite Emigrée, son tronc ensanglanté, sa tête qui sourit à l'éternelle demeure dont elle aperçut en mourant les ineffables portiques. Tout cela pèse quelques livres à peine. Eh bien, regardez ! le cheval qui tire est essouflé ; en vain l'exécuteur stupéfait le harcelle de coups et l'aiguillonne de ses blasphèmes ; il n'a pas fait encore un pas. La foule se rassemble. Il faut un second cheval : il tire ..., le tombereau n'a pas bougé d'une ligne. Un troisième cheval est attelé, aussi inutilement ... La victime veut-elle donc rester sur ce lieu de l'immolation jusqu'à ce que le juge suprême l'ait vengée ? Ah ! plutôt elle demande pardon pour ses meurtriers, et, jusqu'à ce qu'elle l'ait obtenue, son cadavre criera vers le Ciel.


C'est fait. Les méchants n'ont rien compris à ce drame mystérieux ; mais les âmes qui s'élancent au-delà de l'épaisse atmosphère des sens ont tout vu, tout entendu. Une fosse fut creusée au coin de ce champ solitaire, que le prêtre n'avait pas même béni, non ; mais il était consacré déjà par d'autres victimes : six innocents égorgés par la Révolution, parmi lesquels quatre ministres du Seigneur. C'était une digne compagnie à ce corps vénérable !


Et maintenant, écoutez bien ceci. Je vous le dis en toute vérité, parce que cent voix désintéressées le proclament depuis plus de soixante ans : chaque nuit on voit des lumières, semblables à des étoiles, se promener dans cette étroite enceinte. Les bergers qui les aperçoivent, ou le voyageur attardé dont elles frappent les yeux, les suivent sans inquiétude. - Les chevaux qui avaient conduit la voiture funèbre périrent tous dans l'année. La tombe, c'est un fait matériel et palpable, un fait que nul n'a encore expliqué, la tombe n'a pas baissé d'une ligne depuis soixante ans : ce qui permet de supposer que le corps est resté intact.


Une enquête avait été ordonnée et l'exhumation allait avoir lieu, lorsque la glorieuse révolution de 1830 fit de nouveau surnager l'iniquité. Les héritiers des Brutus de la Terreur ne permirent pas cet affront à leurs ancêtres.


En attendant, on voit des ex-voto ; il en est arrivé de Paris. Les pèlerins affluent au tombeau de la Petite Emigrée ; il y a quelques jours, il en est venu plus de mille dans l'espace de vingt-quatre heures. Beaucoup racontent des prodiges, des guérisons obtenues, des peines soulagées, des grâces longtemps sollicitées et enfin reçues. Le dimanche après les vêpres, il est édifiant d'accompagner cette population recueillie à son pèlerinage de prédilection."

Vie de M. Huignard - La Petite Emigrée
par l'Abbé Gillard
Laval
sans date.

Pour en savoir plus :

http://www.journees-du-patrimoine-2013.com/SITE/federation-associations-protection--44303.htm

http://mcollot.blogspot.fr/2013/11/la-petite-emigree-conte.html