LES PRISONS ET LES PRISONNIERS DU CHATEAU DE LOURDES
(1344-1918)

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Le château de Lourdes avait, comme toutes les forteresses militaires, ses prisons particulières destinées aux militaires indisciplinés de sa garnison et aux prisonniers de guerre que les évènements pouvaient y conduire.
Mais telle ne fut pas toujours leur affectation exclusive. Combien de malheureuses victimes d'un pouvoir arbitraire et brutal y furent atrocement jetées ?
C'est d'abord l'historien Froissart qui, dans ses chroniques, nous raconte les exploits de ces terribles capitaines de Lourdes, sorte de chevaliers errants, tenant du bandit et du héros lesquels, sous la domination anglaise, avaient fait du château leur lieu de rendez-vous et de retraite :
"Chevauchant à plus de trente lieues à la ronde, ils se faisaient un jeu de traverser les postes des Français, de harceler leurs garnisons ... Quand ils rentraient à Lourdes, malheur à qui se trouvait sur leur passage ; ils pillaient et rançonnaient tout sans merci. Parfois ils ramenaient si grande foison de bêtes et de prisonniers qu'ils ne savaient où les loger."
Nous relevons aussi par ailleurs "que certains châtelains de Lourdes, lieutenants au Sénéchal, prenaient les gens de force, ou les citaient ou ajournaient à Lourdes, et là arrêtaient les hommes et les femmes et les emprisonnaient s'ils ne payaient six sols morlaas."

Si l'on considère, en outre, que les commandants du château avaient droit, en vertu de lettres patentes à eux octroyées par les divers rois de France, à une redevance applicable à chaque prisonnier, et désignée sous le nom de "droit de geaule", on comprendra l'intérêt qu'ils avaient d'enfermer au château le plus de prisonniers possible dans le but évident d'augmenter leurs émoluments.
On trouve, notamment, dans les divers dénombrements de la ville de Lourdes, la mention suivante :
"Le capitaine chastelain du chasteau de Lorde n'a droit de prendre des habitans qui sont remis aux prisons dud. chasteau, pour debte civil que quatre liards et demy sullement du droict de geaule ; ainsi en a esté observé de tout temps dont n'est mémoire du contraire."
Ainsi arrivait-il fréquemment que ces capitaines ou gouverneurs abusaient de leur droit, en emprisonnant de leur propre gré et sans autre motif que celui de satisfaire en même temps que leur rancune personnelle, leur désir du lucre, les consuls et habitants de Lourdes qui ne voulaient pas se plier à leurs exigences.

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Le règne de Louis XV amena la transformation du château de Lourdes en une véritable succursale de la Bastille.
A partir de ce moment, le vieux castel commença à perdre de son antique renommée de défenseur et de soutien de la vieille cité lourdaise, à la grande gloire de la Bigorre. Il devint un épouvantail pour tous ceux qui s'avisaient de jeter leur regard sur sa colossale stature, malgré l'aspect à la fois riant et pittoresque de la belle nature qui l'environne.
"L'ami des hommes, - nous dit l'historien contemporain, Ramond, - passant près du château de Lourdes, détourne la tête et s'éloigne."
"Je ne passais jamais, dit Chaussenque, l'obscur et dernier guichet de ce château, sans avoir le coeur ému ; il me semblait y voir écrite cette inscription di coloro obscuro : Per mé si va nella città dolente - Per me si va nell eterno dolore."

Des cachots infects furent aménagés dans les dépendances du donjon où de malheureuses victimes de simples péchés politiques ou d'aventures galantes, furent atrocement jetées sans le souci de leur innocence.
Aussi n'est-ce pas en vain si, dans la région, ce lieu devenu sinistre, fut surnommé : "La Bastille des Pyrénées".
Quiconque avait le malheur d'être enfoui dans ces sombres cachots, voyait disparaître toute chance de salut, tout espoir de liberté.

Assise sur une roche élevée, la "bastille des Pyrénées" surplombait à pic, d'un côté le gave de Pau dont seul le bruit monotone se percevait des alentours ; de l'autre, la vieille bourgade dont la paisible population méditait avec pitié sur le triste sort des victimes que leur ancien castel renfermait.
S'il faut s'en rapporter à un autre contemporain, il ressort que certains commandants du château usaient de leur pouvoir avec une raideur incomparable.
"Ils s'occupaient à bien clore, à bien cadenasser les prisonniers, à étreindre de leurs mains de plomb l'existence des malheureux, à en exprimer toutes les tortures que peut contenir un coeur d'homme, et, quand la mort plus généreuse qu'eux, venait leur arracher leurs victimes, ils annonçaient à leur maître que la geôle était vide ! Alors, pour ne point laisser rouiller les verrous on leur envoyait une autre proie."
"La tour de Londres, nous dit aussi Dusaulx, vraie succursale de la Bastille, ferme pour ainsi dire la gorge et le despotisme a eu l'audace de l'élever sur la frontière de la liberté."

A son tour le comte de Marcellus décrit, en strophes indignées, le château de Lourdes, de cette époque :
Là dans d'effroyables cachots,
Entouré d'épaisses ténèbres,
Plus d'un captif, couché sous les voûtes funèbres
Attendrissait leurs lugubres échos.
Par ses gémissements, ses pleurs et ses sanglots
Les rayons bienfaisants de la brillante aurore
Lui portait chaque jour un douloureux réveil,
Et la nuit, il puisait dans son triste sommeil,
La force de souffrir encore.
Le doux pardon, l'indulgente pitié
Etaient bannis de cette enceinte
Là, le coeur, serré par la crainte,
Jamais ne s'ouvre à l'amitié.
Dans ce séjour de douleurs et d'alarmes
On n'entend d'autre bruit que le bruit des verroux,
Le sifflement de Borée en courroux
Et le hurlement des hiboux.

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En 1789, les communes de la Bigorre, émirent le voeu d'adresser aux Etats-Généraux une supplique tendant à ce qu'en raison des innombrables services rendus au pays, le château de Lourdes ne soit plus désigné "prison d'état". Elle était ainsi rédigée : "Il sera demandé aux Etats généraux que le château de Lourdes, demeure ancienne des Comtes de Bigorre, ne soit plus appelé ni regardé comme prison d'Etat ; qu'il ne serve désormais qu'à la protection et à la défense du pays et non d'effroi à la liberté civile et, qu'en conséquence, les prisonniers qui y sont enfermés dans ce moment, rendus à leurs juges naturels."

Le conventionnel Bertrand Barère, de Tarbes, présenta à cet effet un rapport à l'Assemblée, et obtint satisfaction : les prisonniers recouvrèrent leur liberté et le château-fort fut conservé comme poste militaire et moyen de défense de la nation.

Les évènements tragiques de la Révolution voulurent que cette décision ne soit point exécutée. Quelques reclus y furent internés.

En 1792, notamment, les prisons du royaume regorgeant de réfractaires, d'émigrés et de suspects, le château de Lourdes fut désigné, par ordre du Directoire des Hautes-Pyrénées, à la date du 19 mars, pour servir de maison de correction, en attendant l'acquisition de la maison dite des Carmes, à Tarbes. Tous les hommes correctionnés du département devaient y être conduits.

M. Daure était alors commandant du château. Ému de la situation dans laquelle allaient se trouver ces prisonniers, dans les locaux trop humides du donjon, cet homme, au coeur sensible, se refusa obstinément à les recevoir. Il fut, par la suite, dans la pénible obligation de les accepter, car un nouvel ordre du Directoire, en date du 18 avril, le somma aussi impérativement que comminatoirement, d'avoir à exécuter sa décision. Nous en extrayons ce qui suit :
"Du 18e avril 1792, l'an 4 de la liberté.
Le Directoire du département, vu le refus obstiné du commandant du château de Lourdes de recevoir les correctionnés et condamnés à la détention par le juré, que le Directoire y envoyait pour ne pouvoir les placer ailleurs, ni procurer de nouveaux établissements ;
Vu que le refus du sieur Daure, instruit surtout par les dispositions de l'arrêté du 31 mars que les prisons de Tarbe regorgent de détenus, que chaque jour le nombre augmente, que chaque jour offre le spectacle douloureux de scènes affligeantes, que l'insubordination nécessite l'emploi d'une force constante dans les prisons, où le condamné se trouve à côté du prévenu, où le débiteur se trouve à côté du criminel ;
Arrête que les correctionnés et condamnés à la détention seront incontinent envoyés et déposés dans les prisons du château de Lourde, provisoirement ;
Charge le sieur Daure, ou tout commandant dans la place de Lourde, des troupes qui y seront en cantonnement, de la responsabilité et de tous les désordres que son refus entraînera et, dans le cas d'un second refus, enjoint à la municipalité de pourvoir au logement, garde et sûreté desdits prisonniers aux frais et dépens du sieur Daure ou de tout autre commandant."

1749 plan château Lourdes



En 1794, les prisons du château, reçurent un contingent assez important de personnes suspectes, qu'on n'avait pu loger, faute de place, dans les prisons voisines de leurs domiciles. La plupart étaient de Bayonne et d'Hasparrens. Ainsi qu'il résulte d'une mention portée sur le registre de la société populaire de Lourdes : "Les Amis de la Constitution", à la date du 20 vendémiaire an II, le nombre des détenus de Bayonne était de quarante.
En s'en rapportant à une délibération prise par la municipalité, à la date du 27 fructidor an II, sur une pétition que ces détenus réussirent à lui faire parvenir par l'intermédiaire du commandant du fort, on constate qu'ils étaient, en plus de leurs souffrances morales, envahis par les angoisses de la faim. Ces malheureux se contentaient de demander du pain !
La municipalité émue prit immédiatement la décision suivante :
"Considérant d'un côté que la faim ne s'ajourne pas et que de l'autre la commune est absolument sans ressources, pour fournir la subsistance aux dits détenus, arrête, vu l'urgence :
1° Que tant la pétition des détenus que la réquisition du commandant par intérim, seront de suite envoyés à l'administration du District, avec invitation de prendre en considération tant la position de la Municipalité que celle des détenus et, en même temps, prendre dans sa sagesse le parti qu'elle trouvera le plus convenable pour procurer au plus tôt la subsistance aux dits détenus ;
2° Qu'il sera provisoirement pris au dépôt établi dans la maison commune, trois mesures de grain pour faire manipuler du pain pour ces individus, en attendant que l'administration du District ait pris une détermination ultérieure ..."

Deux mois plus tard, la plupart de ces malheureux entendirent sonner l'heure de leur délivrance. Leur élargissement fut ordonné, en vertu d'arrêtés du représentant du peuple, Monestier (de la Lozère), sur les avis préalablement motivés des autorités du domicile respectif de chacun d'eux.

De 1800 à 1805, les cachots du château s'emplirent de nouvelles victimes accusées de délits politiques.
D'après les statistiques de cette époque, il résulte que leur nombre ne dépassa pas une douzaine, désignés sous le nom de "prisonniers d'Etat", sans que ce nombre paraisse avoir été augmenté par la suite. Ils touchaient une indemnité journalière variant entre 1 fr. 50 et 4 fr. Certains d'entre eux disaient ignorer le motif de leur détention. Leur régime était assez doux ayant la liberté relative dans l'enceinte du château. Ils vivaient à la cantine de la garnison, la plupart dans une aisance due à leur situation de fortune personnelle, laquelle atténuait les ennuis de leur captivité.
Certains d'entre eux finirent par abuser de leur liberté, en tentant de s'évader, ce qui amena, à l'égard de tous, un redoublement de surveillance et une discipline un peu plus sévère.

Le commandant Daure prit des précautions en conséquence. Il adopta un nouveau règlement qu'il communiqua à M. le Maire de Lourdes, à la date du 14 septembre 1803 :
"Lorsque les prisonniers promènent depuis 8 heures du matin jusqu'à 10 heures, la moitié de la garnison prend les armes, et de 3 heures du soir jusqu'à 5 heures, l'autre moitié prend aussi les armes, alors les prisonniers sont enfermés dans la tour. A 6 heures et demie que la retraite est battue, les prisonniers sont enfermés dans une chambre dont les portes sont fermées à deux verrous et à clef, le commandant du poste s'assure à l'avance que les prisonniers n'ont rien fait qui puisse favoriser leur évasion et, dans la nuit, il est fait plusieurs rondes ...
Pour plus de sûreté, j'ai placé une sentinelle au bout de la galerie, pendant le jour et deux pendant la nuit, une à chaque bout de galerie, une troisième au pied de la tour."
Quelques-uns de ces prisonniers contractèrent des maladies inévitablement dues à l'insalubrité des cachots.

Enfin, ce ne fut que bien plus tard, sous le règne de Louis-Philippe, que le château de Lourdes se vit définitivement enlever la réputation de lieu de souffrance et de martyre, pour ne servir exclusivement qu'à la défense militaire.
Néanmoins, par le fait de circonstances exceptionnelles, des prisonniers de guerre y furent par la suite emmenés en captivité : la guerre de 1870 y conduisit un contingent très nombreux de prisonniers allamands qui y resta environ une année. Le château servit depuis, jusqu'à la fin de la guerre, de dépôt aux prisonniers alsaciens-lorrains.

château Lourdes



LISTE DES PRISONNIERS DU CHATEAU DE LOURDES

1344 - ARTOIS (Jeanne D'), comtesse de Foix - Etait fille de Philippe, fils aîné de Robert, comte d'Artois, lui-même petit-fils du roi Louis VIII, père de Saint-Louis.
Devenue veuve avec trois fils et trois filles, son mari lui avait confié la tutelle de ses enfants. Sa belle-mère, Marguerite de Moncade, la lui disputa en raison de son incapacité, de sa prodigalité et de ses moeurs déréglées. Ces raisons la brouillèrent avec son fils aîné, Gaston, avec qui elle se réconcilia par la suite, par l'intervention du roi, Charles le Bel. Gaston lui assigna 4.000 livres tournois de rente sur divers domaines du comté de Foix.
Néanmoins, Jeanne se montra incorrigible et son fils obtint du roi l'autorisation de l'enfermer dans le château de Foix, à condition qu'il lui serait donné une honnête et une bonne compagnie.
Après une longue détention, le roi, Philippe de Valois, l'en fit sortir et la fit transférer dans le château de Lourdes d'où elle sortir en l'année 1347, après avoir signé un traité de réconciliation avec sa famille.

Vers 1365 (?) - SIRE BÉRENGIER OSTE. - Conduit prisonnier au château de Lourdes, vers 1365, par le Mongat de Ste-Bazile, capitaine de Lourdes, sous le commandement de Jean de Béarn, dans les circonstances suivantes racontées par l'historien contemporain Froissart :
"Le Mongat partit une fois de Lourdes, lui cinquième, sans armure, en habit d'abbé et menait trois moines. Jamais nul n'aurait pu se douter qu'ils ne fussent moines véritables, tant ils en avaient si bien l'habit et la contenance. En cet état, il vint à Montpellier et dit à l'Hôtel de l'Ange. Il dit qu'il était un abbé de la Haute Gascogne qui s'en allait à Paris pour besogner.
"Il fit connaissance de Sire Bérangier Oste, homme riche, de Montpellier, qui était appelé à Paris pour affaires importantes. L'abbé lui proposa de se joindre à lui et qu'il serait défrayé de tous les frais de voyage. Cette offre séduisit Bérengier, doublement heureux de voyager à bon marché et en si sainte compagnie. Il n'amena qu'un valet avec lui. A peine furent-ils à trois lieues de Montpellier, que le Mongat le prit et l'amena par voies torses et obliques et par chemins perdus, et fit tant qu'il le tint dans la garnison de Lourdes. Depuis, il le rançonna et en eût 5.000 francs."

1600 - Sur le refus exprimé par les habitants de Juillan de payer la contribution de la garnison du château de Lourdes, le capitaine d'Incamps, alors gouverneur de la ville et du château de Lourdes "en feust sy indigné qu'il les pressa rudement avec ses forces, gaigna leurs fors et meurtry la pluspart et brusla partie du village, massacra le reste des habitants, hormis aulcuns qu'il en réserva et lesquels il fit mener et porter sur des chars, partie estant blessés, dans ledit chasteau".

1617 - DUS. - Premier consul de Lourdes. Retenu prisonnier au château de cette ville, par ordre de M. de Royer, commandant, dans les circonstances tragiques ci-après que nous relevons dans une délibération du Conseil de ville à la date du 1er janvier 1617 :
"NOTA. - Pour servir de mémoire, 1617. - Que le mardy dix neufviesme jour du moys de décembre mil six cent dix sept, sur les six heures du soir, le cappitaine Royer, commandant dans le chasteau de ceste ville, pour le seigneur de Miossens, gouverneur, fit une action inouye, scavoir est de terrasser et enfoncer pleusieurs maisons de ceste ville, du chasteau avant, à grands coups de mousquetz, faulconneaux, et aultres pièces pourtant ez monition de grandes bales de plomb et fonte notement de la rue du Baux, à travers les maisons du sieur de Sabiac, de Pagès, du haute de Lugaignan, Betboé, du consul de Gailhard et d'autres magistratz de lad. ville brisant les toictz, avec efforts et intention de meurtrir les habitans, ce qu'ils pensarent faire, deux petis enfans innocens et des femmes (sans la providance de Dieu), et de plus nonobstant lad. offance, firent et arrestarent prisonnier, par troys jours, le sr Dus, premier consul, dans led. chasteau, sans qu'on ayt peu scavoir, ny descouvrir, à quelle prétention ceste offance fut faicte quy regardoit de près le général de lad. ville, en oultre pleusieurs habitans ont esté grandement menassés d'estre meffaictz, scavoir ceulx quy sont zélés et affectionnés à conserver la ville au service du Roy et le bien public, pour le soulagement de la veufve et de l'orphelin."
Dans une délibération du 22 décembre suivant, "le sieur Dus ... a représanté que ces jours passés, il a été emprisonné par le cappitaine Royer, commandant dans led. chasteau. Néanmoings que pour faire entendre au seigneur de Miossens, gouverneur dans led. chasteau, tous les déportemens qui se sont passés et l'offance que la ville a receu générallement dud. chasteau ... Le conseil auroit depputé les srs Caubotte et Despiau, pour luy faire entendre nos raisons et les plaintes du peuple, estant de retour de Couarraze, ils ont rapporté que led. seigneur de Miossens a concédé l'eslargissement du sr Dus ... et qu'il veult et entend que le Roy règle les actions de la ville et du chasteau pour l'advenir afin qu'estant réglées on obéïsse à la volonté du Roy."

1651 - PAGES [Fourtanier]. Premier consul de Lourdes. Arrêté le 16 avril 1651 et conduit dans les prisons du château par ordre de M. Germain d'Antin d'Ourout, commandant.
"Le dit Pagès sortant de l'église parroissielle d'ouyr la messe, estant au devant de la porte principale de lad. église, le Sr d'Ourout, commandant dans le chasteau de lad. ville, en l'absence de M. de Miossens, gouverneur d'iceluy, auroict prins et saisy led. Sr Pagès, consul, et iceluy conduict avec ignominie dans le chasteau d'authorité prinse, et sans subjet quelconque, ayant à ces fins faict descendre des montaignes de Lavedan 50 ou 60 bandoliers, armés chacun de troys pièces à feu, et ainsy accompagné de ceste bande, qu'il faisait conduire par quatre officiers de guerre només Gerde, Lespoueys, Lucia et Peyrus, toutz lesquels estantz descendus dud. chasteau dans lequel led. sieur d'Ourout les avoict fait entrer de nuict pour exécuter son pernicieux dessaing ..."

1665 -
LANUSSE (Jean de), curé d'Arrens ;
VOISIN, curé de Marsous ;
MAUZOUS, député de la vallée de Castelloubon ;
ABADIE, député de la vallée de castelloubon ;
IRLE, de Juncalas ;
FAURÉ, de St-Pastous, député de Davantaygue ;
TOURDE, fils, d'Argelès.
Faits prisonniers au château de Lourdes, en mars 1665, par M. de Pellot, intendant de Guyenne, qui les avait fait convoquer pour traiter de la question de l'impôt sur le sel ou gabelle que Colbert voulait percevoir dans le Lavedan, à l'exemple des pays du Centre et du Nord de la France. Cette mesure avait provoqué un soulèvement si considérable dans les vallées pyrénéennes, qu'il nécessita un déploiement de troupes dans le Lavedan. Pellot, à bout de moyens, imagina de faire venir à Lourdes quatre députés de chacune des vallées, sous le fallacieux prétexte d'un  arrangement à leur avantage. Mais, retirant sa parole, il commença leur procès qui tendait à mal tourner pour les pauvres députés, si M. le comte de Toulongeon n'était intervenu en leur faveur. Ce seigneur obtint leur mise en liberté et les vallées continuèrent néanmoins d'être exemptées de la gabelle.

1671 - FOIS (Jean), dit du Jardin, soldat à la compagnie de Mr d'Aignan, au château de Lourdes.
"Convaincu de désertion a esté condamné à passer par les armes et d'huguenot s'est converty à nostre Ste foy, a esté exécuté à dix heures du matin dans le barry du chasteau ... ; son corps a esté enterré par les soldats de la garnison, sans aucune cérémonie, dans le cimetière de l'église paroissielle."

1672 - LABORDE (Alexandre), soldat à la compagnie de Mr de Pins, âgé de 36 ans "ayant esté condamné, tant par les officiers de la garnison de cette ville de Lorde, que par les officiers de la garnison de Navarrens, à passer par les armes." Il fut exécuté le 29 octobre 1672.

1673 - SARRIETTE (François), dit La Rigueur, natif de St-Savin "soldat en la compagnie de Mr d'Ourout, capitaine au régiment de Picardie, a esté desgradé des armes et condamné comme déserteur à passer par les armes, ce qui a esté exécuté dans le barri du chasteau de cette ville de Lorde et son corps, par permission, a esté enterré dans le cimettière de l'église paroissielle et collégiale St-Pierre" [28 décembre 1673].

1675 - JOSEPH, chevalier de St-Maurice, soldat à la compagnie de M. Pytou, au régiment de La Ferté "estant convaincu de désertion a esté condamné à passer par les armes" [16 décembre 1675].

1688 - LACOMBE (Dom François). - Confesseur de Mme Guyon qui fut l'amie de Mme de Maintenon. Après avoir été conduit dans diverses prisons, il entra comme prisonnier au château de Lourdes vers l'année 1688, et y séjourna dix années.
"Pendant sa longue captivité, - nous dit M. de Lagrèze, - Lacombe ne cessa d'endoctriner ceux qui l'entouraient. Dans sa lettre du 10 octobre 1695, il se loue de l'abbé de Lashérous, aumônier du fort de Lourdes, sur la personne et la bourse duquel il peut compter ; il exalte ses amis de Lourdes parmi lesquels il y a des colonnes de la petite église (sic). Le 14 novembre suivant, il écrivait : Jeannette est une héroïne ; elle est à Dieu sans réserve et à tout évènement. Le 7 décembre de la même année, il vante un certain Champagne ; il désire voir Camille ; il dit avoir répandu des torrents de joie sur les fidèles en leur distribuant des anneaux ..." Raisonnements d'insurgé ; la folie commençait son oeuvre.
En 1698, il écrivait du château de Lourdes la lettre suivante à Mgr François de Poudenx, évêque de Tarbes :
"Monseigneur, ... Après ce que je viens d'exposer, j'accepte par avance et je promets de suivre en tout point ce que l'on m'ordonnera touchant dogmes et moeurs ; suppliant en même temps que, sans épargner ma personne si l'on me trouve coupable, on épargne le nom et la réputation du corps dont je suis membre et duquel j'ai été la croix et l'opprobre depuis longtemps, comme aussi les personnes qui pourraient être intéressée dans ma cause, promettant avec l'assistance de Dieu d'user, à l'avenir, de tant de retenue et de précaution, que l'on n'aura plus aucun sujet de se plaindre de moi. Je supplie Votre Grandeur de souffrir que je me jette à vos pieds pour vous demander votre sainte bénédiction."
[Signé :] "Dom François LACOMBE."
Deux mois après, Lacombe fut transféré à Vincennes. Les chagrins et les souffrances morales finirent d'affaiblir son cerveau. Il mourut à Charenton, où il avait été interné, complètement fou.

1688 - Quelques huguenots sont détenus prisonniers au château de Lourdes, par ordre du marquis de St-Ruhe, commandant en Guyenne.

1706 - BARRY (X.), irlandais. - Etait, à cette époque, prisonnier au château de Lourdes ; il y décéda à l'âge de 65 ans, à la date du 21 février 1706.

1730 - POUILLET (X...), habitant de Lourdes. Emprisonné dans un des cachots de cette ville, le 6 décembre 1730, par ordre de M. de Bardou, commandant, pour n'avoir pas voulu lui prêter son cheval, sous prétexte qu'il en avait besoin pour se rendre au marché d'Argelès, pour y exercer son commerce.

1730
CAUNIER (Pierre),
SCELLIER,
LABORDE (Charles),
CARRAZÉ, dit ESTUGUET (Jean,
VERGEZ, dit JAMPY (Jean),
FONTAN (Dominique),
ESTANGOUEY (Jean),
habitants de Lourdes.
Emprisonnés au château de Lourdes, par ordre de M. de Bardou, commandant, pour n'avoir pas voulu se soumettre aux exigences de ce dernier. Ils adressèrent à ce sujet une plainte à M. l'Intendant de Lesseville, protestant contre de pareils abus d'autorité.

1733 - BEUDEIN (Pierre). - Etait prisonnier au château de Lourdes en 1736, année en laquelle il y décéda, à la date du 5 juin.

1757 - CHARLARY (Sieur de). - Réintégré au château de Lourdes, par ordre du roi, pour désobéissance.

1765 - SERIN (Benoît), prêtre, chanoine de l'église d'Auch, âgé d'environ 44 ans. - Fut décrété de prise de corps, à la suite de violences exercées sur un nommé Antoine Ducasse, après une partie de jeu de hasard, dit la dupe, dans une maison de la place Rouaix, chez une demoiselle Claret, à Toulouse.
Son procès fut jugé en première instance par les capitouls qui rendirent leur jugement le 28 août 1764. Par arrêt du Parlement, du 25 septembre suivant, il fut condamné à dix ans de prison close, et par lettres patentes du 28 août 1765, la dite peine fut commuée en détention dans le château de Lourdes.

1767 - MAZARIN (duc de), prince de Valentinois. - Conduit prisonnier au château de Lourdes en l'année 1767.
M. de Lagrèze donne ainsi les raisons qui motivèrent sa détention :
"Mazarin avait pour rival un prince est inutile de nommer. Par malheur les deux galants se rencontrèrent un jour, à la même heure, devant la porte de la même belle. Le prince abusa de ses forces contre le jeune duc, paralysé par le respect dû au fils d'un roi ; il le saisit et le jeta en bas de l'escalier. Le duc en tombant se cassa la jambe.
Cette aventure fit du bruit à la Cour. Le prince fut mis aux arrêts dans son palais. Pour donner au duc le temps de guérir sa passion et sa jambe cassée, on l'enferma dans le château de Lourdes. C'est là que, loin de la Cour, à 200 lieues de sa famille, il passa de longues années, cherchant à tromper inutilement par des joies factices les ennuis réels de la captivité. A son départ, il laissa à plusieurs habitants de Lourdes divers objets comme souvenir d'amitié."
Les mesures prises pour la détention au château de Lourdes de ce prisonnier de distinction, sont énumérées dans les trois lettres ci-après dont deux sont signées de Moneurin et l'autre du duc de Choiseul ; elles sont adressées à M. de Bellegarde, alors gouverneur du château de Lourdes, qui est chargé d'en assurer l'exécution :
Versailles, le 14 janvier 1767.
"Monsieur de BELLEGARDE, commandant à Lourde,
Il est question, Monsieur, d'envoyer par ordre du Roi, une personne de qualité au château de Lourde. Je vous prie de me marquer s'il y a dans ce château un logement convenable et consistant en deux ou trois pièces que l'on puisse lui donner. Il n'aura avec lui qu'un valet de chambre qu'il faudra aussi loger. Si pour cet arrangement il était besoin de faire transférer quelques-uns des prisonniers détenus dans ce  château, j'expédierai les ordres nécessaires à cet effet, après que vous m'auriez marqué ceux qu'il serait le plus à propos de transférer et en quels autres châteaux ou maisons on pourrait les faire passer. Il faudrait que les pièces destinées au prisonnier fussent meublées et qu'il eut le nécessaire et le commode, sans aucun espèce de faste ni de superfluité. Il faudrait aussi que vous voulussiez bien lui donner votre table. Je vous prie de me marquer sur cet exposé, quelle pension vous désirez que l'on vous paye pour chaque année. Je dois au surplus vous ajouter que vous n'aurez pas de peine à contenir ce prisonnier et qu'avec les précautions ordinaires vous pourrez être tranquille sur son compte. J'espère que vous pourrez me faire incessamment réponse.
Je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
Signé : S. MONEURIN."
"A Versailles, le 13 février 1767.
Monsieur de BELLEGARDE, commandant à Lourde.
Le Roi étant persuadé, Monsieur, que le duc de Mazarin ne peut être mieux que sous vos yeux prend la résolution de le faire transférer au château de Lourde. Il y a apparence qu'il pourra partir le 22 ou le 23 de ce mois. Vous voudrez bien lui faire préparer le logement le moins incommode qu'il sera possible. Il n'aura avec lui qu'un domestique, ainsi il n'aura pas besoin d'un logement bien étendu, et peut-être pourra-t-on lui pratiquer quelques commodités en faisant quelques retranchements par de légères cloisons dans une des pièces du logement que vous lui destinez. Comme il y a trop loin pour lui envoyer des meubles, il faudra que vous preniez des mesures pour qu'il en soit fourni de fort simples, pourvu qu'ils soit bien couché, c'est le principal. On vous fera rembourser ce qu'il en coûtera pour ces objets qu'il faut s'il vous plaît réduire au nécessaire. Si vous en avez à vous que vous puissiez lui faire servir et qu'il vous convint de les lui prêter, vous serez dédommagé suivant que vous me le marquerez de l'usage qu'il en ferait, ce qui serait d'autant plus juste qu'il y a apparence qu'il restera longtemps à Lourde. Sa Majesté trouve bon qu'il ait la liberté dans l'enceinte du château, pourvu qu'il n'en sorte pas non plus que son domestique sous quelque prétexte que ce soit et qu'il ne reçoive point de visite qui puisse vous être suspecte. On compte que vous voudrez bien le faire manger à votre table, et attendu le dérangement (sic) de ses affaires. Sa pension ne peut être fixée qu'à deux mille quatre cents livres par an, qui sera payée par le curateur de son interdiction. M. le duc de Mazarin est naturellement fort doux, mais vous n'en devez pas moins prendre vos mesures pour qu'il ne puisse s'évader et ne lui laisser aucun prétexte pour faire des dettes au dehors, ni de jeu à l'intérieur. A l'égard de son entretien et menues nécessités, il y sera pourvu et les 2.400 livres ne doivent être que pour sa pension et pour la nourriture de son domestique. On ne peut-être plus parfaitement que je le suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Signé : Moneurin."
"Versailles, le 5 avril 1767.
Monsieur de BELLEGARDE, commandant à Lourde,
J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 9 du mois dernier sur l'arrivée au château de Lourde de M. le duc de Mazarin pour y estre détenu, en exécution des ordres du Roy, contresignées par M. le comte de St-Florentin et je vous remercie de m'en avoir fait part. Quant à la manière dont vous devez en user avec le prisonnier, vous ne pouvez mieux faire que de vous conformer aux intentions de sa famille et à ce que M. le comte de St-Florentin pourra vous faire savoir de celles du Roy à cet égard. Je suis parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Signé : Le Duc de CHOISEUL."

1774 - SOLLIER (Jean-Dominique). - Ecuyer, prisonnier au château de Lourdes en 1774, année en laquelle il y décéda, à la date du 13 janvier, à l'âge de 70 ans. Il était natif de l'Ile-en-Jourdain (Gers).

1781 - BONNEFON (Jacques-Philippe). - Interné au château de Lourdes sur la requête de ses père et mère pour son inconduite.

1782 - BOULOCQ (Pierre de). - Ecuyer, ancien capitaine d'infanterie. Etait prisonnier au château de Lourdes en 1782, année en laquelle il y décéda, à l'âge de 50 ans, à la date du 2 octobre. Il était natif de Diapentale (Haute-Garonne).

1782 - AUFRERY (Abbé d'). - Interné au château de Lourdes sur la requête de sa famille "Mène une vie crapuleuse."
"Lettre de M. de Saint-Priest demandant au subdélégué de Toulouse des éclaircissements au sujet du sieur d'Aufrery :
"A Montpellier, le 28 janvier 1782.
Vous trouverez cy-joint, Monsieur, un mémoire adressé au Ministre par les parents du sieur Paul Barthélémi d'Aufrery, Gentilhomme, qui demandent des ordres du Roi pour le faire renfermer au château de Lourdes ; vous verrez que dans le nombre de parents qui ont signé ce Mémoire il y en a plusieurs qui sont membres du Parlement de Toulouse, qu'ils fondent leur demande sur ce que depuis plusieurs années le sieur Aufrefy mène une vie crapuleuse, qu'il s'est rendu coupable de plusieurs escroqueries, qu'il a d'ailleurs la tête dérangée et que par sentence de la Sénéchaussée de Montpellier du 2 de ce mois, il lui a été nommé un curateur tant pour gérer sa personne que pour arrêter un mariage honteux qu'il était au moment de contracter avec une femme publique reprise de justice, avec laquelle il vit depuis plusieurs années, quoique ces faits paraissent déjà bien constatés. Je vous prie de les approfondir encore plus particulièrement et de me faire part de vos observations et de votre avis sur cette demande.
Je suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
DE SAINT-PRIEST."
Il fut arrêté et conduit au château de Lourdes en février 1782 et remis en liberté le 1er juillet 1784 par ordre du roi lui défendant d'approcher de la ville de Toulouse de plus de dix lieues. Il se fixa dès lors dans la ville de Lourdes où il se conduisit "d'une manière assez répréhensible." Il fut demandé qu'on lui enjoignit l'ordre de sortir de la Bigorre.

1785 - BORDES. - Demande l'internement au château de Lourdes, de son fils, libertin.

1788 - CATELAN (de). - Avocat général au Parlement de Toulouse. Arrêté le 22 mars 1788 par ordre du comte de Périgord, et fut incarcéré au château de Lourdes, pour s'être fortement prononcé avec le Parlement de Toulouse contre les lettres de cachet. L'ordre du Roi qui condamnait ce magistrat, fut porté à Toulouse par un officier du régiment du Médoc, accompagné d'une escorte nombreuse de la maréchaussée, car on craignait que celle de Toulouse ne fut pas suffisante pour contenir la population qui manifestait l'intention de prendre parti pour l'avocat général.
L'officier et son prisonnier quittèrent tranquillement la ville ; mais après leur départ, la foule se porta à l'hôtel de M. de Rességuier, procureur général qui avait refusé de se charger des ordres de la Cour. Elle cassa les vitres et pendit en effigie au milieu de la cour de l'hôtel, M. de Rességuier, qui s'était enfui à la première nouvelle de ce tumulte."
Le Parlement écrivit au Roi contre cet acte de violence, réclamant le rappel du magistrat qui venait d'être arraché du sein de la cour "du sein de sa patrie, pour être enfermé dans une prison lointaine, au milieu des glaces des Pyrénées."

1794 - MONSÉGUR (Michel), de la commune de Serres, cultivateur, détenu prisonnier au château de Lourdes, en 1794. Remis en liberté par arrêté du représentant du peuple, Monestier (de la Lozère), du 18 brumaire an III, en considération que ce prisonnier "est un cultivateur qui aura été corrigé par la détention qu'il a souffert, si par cas il est tombé dans quelque erreur."

1794 - LABROUCHE (Bertrand), négociant, de Bayonne. Remis en liberté, le 19 brumaire an III, par ordre du représentant du peuple, Monestier (de la Lozère), en considération que ce prisonnier "est sexagénaire ; qu'il est dans la classe des négociants."

1794 -
LOUCOUGAIN (Pascal), notaire, d'Hasparrens (B.-P.) ;
SARLAUDIÉ (Aubin), lieutenant au 3e bataillon de santeuil ;
COURTETARRE (Bernard, notaire, d'Hasparrens ;
LOUCOUGAIN (Arnaud), fils, d'Hasparrens ;
MONTSEGNE, fils, du district d'Ustarits ;
CASSIBÉ, de Montagne ;
LUCO (Martin), chirurgien, d'Asquin ;
LISSALDE (Bertrand de), laboureur.
Remis en liberté par arrêté de Monestier (de la Lozère), à la date du 19 brumaire an III, en considération que ces prisonniers "puisent dans leur travail et industrie les moyens de subsister ; qu'ainsi leur intérêt réel les porte à favoriser les succès de la Révolution qui ne protège que les mérites et la vertu."

1794 - NOGUES, de Bayonne. - Reclus au château de Lourdes. Remis en liberté par arrêté du Comité de surveillance de Bayonne de brumaire an III.

1800 (?) - ELDGIN (lord). - Ambassadeur anglais, sous Bonaparte, premier consul. Fameux spoliateur du Parthenon. A son retour de Constantinople, était venu rétablir sa santé aux bains de Barèges. Il fut arrêté et fait prisonnier au château de Lourdes.

1801 - RIVOIRE (chevalier Jean-Pierre de), 30 ans, enseigne de vaisseau, natif de Lyon (Rhône). Tout d'abord interné dans les prisons d'Angoulême, puis transféré au château de Lourdes par ordre du Gouvernement. Condamné à la déportation par jugement d'un conseil de guerre, il fut arrêté le 6 pluviôse an IX, par ordre du commissaire du gouvernement à Calais, pour avoir voulu passer à l'étranger.
De tous les prisonniers d'Etat internés au château de Lourdes, ce fut le plus surveillé, en raison de ses incessantes protestations et des nombreuses plaintes qu'il adressait journellement à l'autorité supérieure. Suspecté d'idées d'évasion, il nécessita à plusieurs reprises des renforts de sentinelles et une surveillance des plus actives.
Le 1er pluviôse an XII (22 janvier 1803), il adressa une pétition à M. le Préfet des Hautes-Pyrénées, par laquelle il se plaignait d'être renfermé dans une tour malsaine, privé de toute communication et réduit à un traitement insuffisant.
Tombé malade, le Maire de Lourdes crut, à la date du 14 avril 1804 (24 germinal an XII), devoir en informer M. le Préfet des Hautes-Pyrénées, en invoquant qu'un plus long séjour de ce prisonnier à la tour mettrait sa vie en danger, ce à quoi le Préfet répondit que "l'humanité ne doit pas faire oublier la sûreté. - Si vous placez Rivoire à l'infirmerie qu'un sous-officier réponde de sa personne pendant qu'il recevra les soins dûs à son état."
Après sa guérison, il fut replacé dans le donjon, où il tenta tout d'abord de s'évader en sçiant un des barreaux du cachot.
Homme d'esprit, très intriguant, il préparait journellement son évasion en soudoyant les hommes composant la garnison chargée de la garde des prisonniers. C'est ainsi qu'à la cantine du château, il les comblait de toutes les faveurs susceptibles d'améliorer leur ordinaire, ce qui lui valut une certaine intimité avec ses gardiens qui non seulement négligèrent sa surveillance, mais lui facilitèrent dans l'intérieur du château des entrevues avec une certaine dame Gosselin, sa maîtresse, qui habitait en ville, où elle s'était rendue après s'être renseignée sur le lieu de sa captivité.
Grâce à ces entrevues et aux moyens de corruption dont il usait à l'égard de ses gardiens, il put ainsi préparer un nouveau plan d'évasion qui devait lui réussir.
En effet, le 19 octobre 1806, Rivoire s'évadait grâce à la complicité des sentinelles chargées du service de surveillance. Voici in extenso, le procès-verbal de cette évasion :
PROCES-VERBAL D'ÉVASION
"Ce jourd'hui, dix neuf octobre 1806, nous Jean-Baptiste Francès, maire de la ville de Lourdes, ayant à quatre heures et demie ce matin entendu sonner le tocsin au Fort, nous sommes de suite levé pour en découvrir la cause.
Après avoir acquis la certitude que l'alarme était donnée par l'évasion du prisonnier d'Etat Rivoire, avons donné ordre à la gendarmerie de nous suivre pour faire des perquisitions dans les différents lieux de la ville où il aurait pu se cacher. N'ayant rien trouvé, nous avons de suite expédié des gendarmes, garde-forestiers et champêtre avec des lettres d'invitation à tous nos collègues des communes environnantes, avec son signalement, pour les prier de rechercher chez eux et dans les environs led. Rivoire, et de faire faire des battues exactes, dans toutes les forêts communales, chemins de traverses et hameaux pour tâcher de le découvrir.
Nous avons nous même envoyé un détachement des gardes nationales dans notre forêt communale de Subercarrère, pour en faire la recherche.
Les dispositions pour le poursuivre étant ainsi prises, nous nous sommes transportés avec notre secrétaire au Fort, pour nous instruire de la manière dont il avait pu sortir de la tour où il était enfermé, où étant arrivés ; nous nous serions adressés au caporal commandant le détachement chargé du service. Il a déclaré être allé faire une ronde environ minuit, avoir trouvé tout en ordre, et le prisonnier Rivoire couché dans son lit, il a refermé soigneusement la porte de la chambre et celle de la tour, et remporté les clés chez lui.
Vers 4 heures, il a fait une seconde ronde ; allant la faire, il a rencontré au bas de l'escalier de sa chambre, Jean Lacoste, sentinelle, qui lui a dit que la porte de la tour était ouverte, alors il est monté dans la chambre du prisonnier avec Barrère, autre sentinelle ; il a trouvé que la porte de la tour et celle de sa chambre étaient ouvertes sans aucune effraction, quoiqu'il les eût soigneusement fermées à sa dernière ronde ; il s'est rendu de suite aux portes extérieures du fort, il a trouvé celle de secours ouverte, ayant l'anneau de l'arboutant placé en dessous enlevé ; il s'est de suite rendu à la cloche, et, conformément à sa consigné, il a sonné le tocsin.
Nous lui avons demandé comment il étoit possible que les clefs de la tour étant dans sa chambre, on eut pu les prendre pour ouvrir les portes sans l'avoir entendu. Il a répondu ou qu'on lui a ouvert les portes avec de fausses clés, ou qu'ayant l'habitude de coucher la porte et la croisée de sa chambre ouvertes, on a pu s'introduire chez lui pendant son sommeil, pour prendre les clefs ; que cependant, voulant faire la 2e ronde, il les a trouvées au même endroit.
Nous lui avons demandé pourquoi il avait l'habitude de laisser la porte et la croisée de sa chambre ouvertes, il nous a répondu que c'étoit pour entendre plus aisément ce qui se passoit dans le Fort.
Désirant prendre des renseignements des deux sentinelles chargées de la garde de la nuit, nous les avons fait rechercher inutilement dans le fort, ainsi que dans la ville, aussi avons nous donné ordre aux gendarmes de les rechercher et de les arrêter.
Nous sommes allés vérifier par nous même, accompagné de M. Valles, adjudant du génie, et de M. Benoît, garde dans la même arme, si les faits déclarés par le caporal étaient vrais. Arrivé à la porte de secours, nous l'avons trouvée ouverte et avons reconnu que la porte de la tour et celle de la chambre du prisonnier ont été ouvertes sans effraction. Entré dans l'intérieur, nous n'avons reconnu aucune effraction aux barreaux des croisées ni aucun trou au mur et au plancher.
De tout quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal pour être transmis de suite à M. le Préfet et avons signé.
[Signés :] Frédéric VALLES, adjudant ; BENOIT, garde du génie ; VALES, caporal ; J.-B. FRANCES, maire."

1801 - BARADA (Fris), 43 ans, chef de Brigade, d'Eauze (Gers). Déporté de St-Domingue et arrêté le 8 juin 1801 (19 prairial an X). Fut emprisonné au château de Lourdes, par ordre du capitaine général Leclerc, pour des motifs de lui inconnus ; il croît que c'est pour avoir servi sous Toussaint.

1803 - RUSILLON (Louis-François), ex-militaire, 52 ans, de Lemen (Verdon). Arrêté et conduit au château de Lourdes le 3 mars 1803 (13 ventôse an XII), pour conspiration de George et Moreau, par ordre du grand juge, ministre de la police générale.

Rusillon François Louis



1803 - BÉGUI DE LACOCHE (François-Joseph), 56 ans, ancien chef de brigade du Génie militaire, natif de Grenoble (Isère). Arrêté le 27 avril 1803 (6 floréal an XI) et conduit au château de Lourdes, par ordre du grand juge, ministre de la police générale. Avait commandé en chef le Génie dans l'armée des Alpes. Resta détenu au château de Lourdes pendant environ trente mois sans en connaître les motifs et sans avoir été jugé.

1803 - BERNARD (Antoine-Pierre), 38 ans, lieutenant d'infanterie, natif d'Angers. Arrêté le 17 nivôse an X, par ordre du capitaine général Leclerc, pour des motifs de lui inconnus ; il croit que c'est pour avoir servi sous Toussaint. - Etait déjà déporté de St-Domingue.

1803 - LE NEPVOU DE CARFORT (Jean), 30 ans, propriétaire, ex-chef de chouans, natif de St-Brieuc (Côtes-du-Nord). Arrêté le 10 thermidor an XII, pour des motifs de lui inconnus, par ordre du grand juge, ministre de la police générale.
Placé dans un des cachots de la tour du château de Lourdes, il y tomba gravement malade et privé de soins, ce qui souleva la pitié de ses compagnons d'infortune, notamment de Rivoire et d'Hozier, qui adressèrent une requête à l'autorité supérieure tendant à ce qu'il soit retiré de son cachot "qui répand un air aussi dangereux qu'infecté, dû à son genre de maladie." - A la suite de cette requête, il fut transféré à l'infirmerie par ordre de M. le Préfet des Hautes-Pyrénées, du 8 brumaire an XIII.

le nepvou de carfort



1804 - HOZIER (chevalier Abraham-Jacques-Augustin d'), 30 ans, sans profession. Arrêté et conduit prisonnier au château de Lourdes, le 12 germinal an XII, par ordre du grand juge, ministre de la police générale, pour des motifs de lui inconnus.

d'Hozier



1805 - LESBROS-LAVERSANNE (Jean-Louis). - Etait prisonnier au château de Lourdes en 1805.
Fut remis en liberté vers le 20 nivôse an XIII. Un passeport lui fut délivré à cette date, par M. le Maire de Lourdes, pour se rendre à Tarbes, où il devait être placé sous la surveillance de M. le Préfet des Hautes-Pyrénées.

1805 - MEMI D'EU DE MARSAN (Alexandre). - Etait prisonnier d'Etat, interné au château de Lourdes en 1805. Fut remis en liberté vers le 18 nivôse an XIII. Un passeport lui fut délivré par M. le Maire de Lourdes à cette date pour se rendre à Vitry, par ordre du ministre de la police générale, pour y être mis sous sa surveillance.

1805 - ARCLAIS DE MONTAMY (d'). - Etait prisonnier d'Etat au château de Lourdes, en 1805.

1805
MIÉRAGO (Jean)
MERLOO (Jean-Baptiste)
Déserteurs espagnols. Ages inconnus, "gardes valonne", d'origine italienne. Arrêtés à leur entrée en France, comme déserteurs d'Espagne, par ordre de M. le Préfet des Basses-Pyrénées. Détenus provisoirement au château de Lourdes, en attendant que le gouvernement espagnol ait fourni les renseignements les concernant.
Furent envoyés à Toulon, le 6 germinal an XIII, pour être mis à la disposition du général commandant la 10e division militaire.

1807 (?) - "Pendant la guerre d'Espagne une vingtaine d'espagnols notables furent enfermés au fort. Les prisonniers à force de petits paquets de ficelle, firent une corde assez grosse pour les soutenir dans leur descente aérienne. Un d'eux, trop pressé de toucher terre, se cassa la jambe en sautant de trop haut. Ses compagnons le portèrent sur leurs épaules. Ils allaient franchir la frontière lorsqu'ils furent arrêtés et internés ensuite."

1870 - "Notre Fort de Lourdes renferme depuis plusieurs jours, de 100 à 120 prisonniers, Prussiens ou Bavarrois, par suite de nos récents et glorieux succès sur la Loire."
Ces prisonniers avaient au château-fort une liberté relative qui leur permettait de descendre chaque jour en ville pour en faire leurs provisions.
"On n'a pas été peu scandalisé d'entendre les plaintes arrogantes de ces prisonniers, au sujet du pain qui leur est délivré et qui est le même que celui de nos soldats, et au sujet de la viande qu'ils ne trouvent pas assez succulente."
Ces prisonniers quittèrent le château de Lourdes le 1er mars 1871 et furent dirigés sur Bourges où devait avoir lieu l'échange des prisonniers. Ils y avaient séjourné du mois d'octobre 1870 au 1er mars 1871.

1914-1918 - Le 11 septembre 1914, la victoire de la Marne amena au château de Lourdes un contingent d'environ 300 prisonniers allemands. Presque toute la population lourdaise s'était rendue à la gare où elle attendit jusqu'à une heure du matin pour les voir défiler. Quelques jours après deux d'entr'eux s'évadèrent, mais furent arrêtés peu après dans la vallée de Batsurguère pendant qu'ils cherchaient à gagner la frontière espagnole.

prisonniers Alsaciens-Lorrains

[Prisonniers Alsaciens-Lorrains]


En 1915, ces prisonniers quittèrent le château de Lourdes et furent remplacés jusqu'à la fin de la guerre par un contingent tout aussi important de prisonniers Alsacien-Lorrains.

Eugène DUVIAU
Archiviste de Lourdes
Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées.
Fascicule de 1918-1921

prisonniers alsaciens-lorrains 3
prisonniers alsaciens-lorrains 4
prisonniers alsaciens-lorrains 5 sous-officiers
prisonniers alsaciens-lorrains 6 baraquements
prisonniers alsaciens-lorrains 7

[Prisonniers Alsaciens-Lorrains]