l'abbé Jagault 002

PIERRE JAGAULT (abbé), né à Thouars, le 5 octobre 1765, (baptême à Saint-Médard), fils de Nicolas Jagault, procureur et greffier de la subdélégation de Thouars, et de Suzanne Chartereau (?), fut élevé chez les bénédictins de St-Maur, et nommé, à vingt-trois ans, à la chaire de philosophie et de théologie de St-Nicolas d'Angers, où il jouissait déjà, en 1788, de quelque réputation. Il se prononça, dès le principe, contre la révolution, malgré ses liaisons avec quelques-uns des premiers révolutionnaires.

Acte de naissance de Pierre Jagault


Signalé, en 1790, à la fureur des démagogues ; exilé d'Angers, et bientôt du département des Deux-Sèvres, il se réfugia à Paris, où, quoique dénoncé au club des Jacobins, et à Carra, il échappa au comité des recherches et aux massacres de septembre.

Il revint en Poitou, où, se donnant pour avocat, il osa défendre et put sauver un malheureux mis en jugement pour s'être écrié : "Tout est perdu, puisqu'on a fait mourir notre bon Roi !
L'abbé Jagault se réunit aux Vendéens, dès que la guerre éclata ; et il obtint bientôt parmi eux une grande influence.

Ami des Lescure, des Bonchamp, des La Rochejaquelein, il fut de tous les conseils et prit part à toutes les opérations. Ce fut lui qui conçut le plan du conseil supérieur qui devait réunir les parties éparses de l'insurrection : l'organisation lui en fut confiée ; il y prit les fonctions de secrétaire-général, et dirigea tout le travail. Les membres de ce conseil avaient plus d'une sorte de devoirs à remplir ; et l'abbé Jagault, tout en se livrant aux soins de l'administration, visitait les campagnes pour y annoncer la parole de Dieu et exciter la ferveur des habitants.

C'est à Fontenay que furent créés le gouverneur civil et le conseil supérieur de la Vendée, avec la mission de remédier à l'état exceptionnel du pays et de pourvoir aux nécessités de la guerre. Ils improvisèrent tout un système gouvernemental, dont le siège habituel était Châtillon-sur-Sèvre ; ils formulèrent des règlements administratifs, financiers, judiciaires ; dans chaque paroisse une sorte de municipalité était chargée de les appliquer. Le plus ancien officier supérieur prit de droit le titre de gouverneur : c'était alors le marquis de Donnissan. Le faux évêque d'Agra présidait le conseil. Le personnage qui faisait peser sur les délibérations la plus puissante influence était l'abbé Bernier, curé de la paroisse de Saint-Laud d'Angers ; intrigant habile, ambitieux de jouer un rôle et peu scrupuleux sur les moyens d'action. Hormis deux ecclésiastiques vénérables et instruits, l'abbé Brin,, curé de Saint-Laurent-sur-Sèvre, et le bénédictin Pierre Jagault, les autres conseillers se recrutaient parmi les hommes de loi et les gentilshommes que leur âge ou leur santé dispensaient de porter les armes.

Le conseil fut composé de la manière suivante :
Gabriel Guyot de Folleville, se disant évêque d'Agra, président ; Michel Desessarts, gentilhomme vénérable, vice-président ; Bernier, curé de Saint-Laud d'Angers ; Michelin, homme de loi à Champtoceaux ; Bodi, avocat à Angers ; Boutillier-Deshommelles, de Mortagne ; Lemaignan, gentilhomme poitevin ; Paillou, sénéchal de Laflocellière ; Lenoir de Pas-de-Loup, de Saumur ; Duplessis, avocat à la Roche-Sauveur ; Coudraye, notaire à Châtillon ; Brin, doyen de Saint-Laurent-sur-Sèvres ; Bourasseau, de la Renollière ; Lyrot, de la Patouillière ; Carrière, avocat à Fontenay-le-Comte, procureur-général du Roi ; P. Jagault, de Thouars, ancien bénédictin, secrétaire général ; Barré, de Saint-Florent, secrétaire général du bureau des dépêches ; Gendron, du Port-Saint-Père ; de la Roberie. De La Rochefoucault et Thomas de Saint-Marc, avocat au parlement de Bretagne, furent désignés par Charette, Couëtus et la Cathelinière, pour représenter la Basse-Vendée. Duhoux d'Hauterive, de Boisy et de Beauvolliers, intendant général de l'armée, furent les collaborateurs, ou plutôt les ministres du gouverneur civil. (Stofflet et la Vendée par Edmond Stofflet - 1875)

Désigné comme secrétaire-général du Conseil supérieur de l'Armée catholique et royale en mai 1793, il contresigna un grand nombre de décisions de ce conseil et notamment les suivantes :

- Ordonnance du Conseil supérieur d'administration, relative aux biens dits nationaux, datée de Châtillon-sur-Sèvre, le 24 juillet 1793, signée par Gabriel, évêque d'Agra, Michel Desessarts.
- Proclamation de d'Elbée du 23 juillet 1793 "sur les cruautés commises par les républicains".
- Proclamation adressée par le Conseil supérieur d'Administration aux armées républicaines, datée de Châtillon-sur-Sèvre, le 24 juillet 1793, signée Michel Desessarts, second président.
- Proclamation du Conseil supérieur, datée de Châtillon-sur-Sèvre, le 6 juillet 1793, pour annoncer la victoire des royalistes, remportée la veille sur Westermann ...
- Proclamation du Conseil supérieur relative aux assignats, datée de Châtillon, le 20 août 1793 et signée par Gabriel, évêque d'Agra.
- Règlement général sur les biens dits nationaux, en date du 11 juillet 1793.
- Règlement général sur la circulation des assignats marqués au coin de la prétendue république française, en date du 2 août 1793.
- Règlement sur l'ordre judiciaire, du 1er août 1793.
- Éloge funèbre de Henri de la Rochejaquelein, prononcé en mai 1817 ...
- Rapport sur la guerre de Vendée en 1815, présenté au Roi Louis XVIII, le 17 octobre 1815.
(Société d'émulation des Côtes-d'Armor - 1920)

Il assista aussi, très souvent, aux différentes batailles.

Après celle de Châtillon, une insurrection ayant éclaté parmi 2.000 prisonniers auxquels on n'avait pas encore pu distribuer du pain, les paysans irrités allaient les immoler, si l'abbé Jagault, avec le prince de Talmont, ne se fût exposé pour les sauver, à leur propre fureur, en pénétrant dans leurs rangs. Un déserteur, passé dans l'armée royale pour y servir d'espion, profita de cette circonstance pour tirer à bout portant sur l'abbé Jagault. La poudre brûla ses cheveux, mais la balle ne l'atteignit pas.

Lorsque la garnison de Maïence eut dispersé l'armée royale, Charette, bloqué par toutes les forces républicaines, attendait en vain des secours : les paysans, découragés, ne tenaient plus la campagne. L'abbé Jagault parcourut les villages, releva les esprits, et détermina un soulèvement de plus de 60.000 hommes, dont l'apparition procura aux Vendéens de nombreux triomphes.

Dans la malheureuse campagne d'outre-Loire, il rendit encore de grands services à l'armée, en procurant des vivres et en ranimant les courages abattus.

Au siège d'Angers, se trouvant dans une batterie, à côté de M. de Siron, il reçut une forte contusion à la cuisse.
A l'affaire du Mans, il rallia les fuyards, et fut renversé, en marchant à leur tête, dans une rue encombrée de canons, de blessés et de femmes égarées.

"l'abbé Jagault groupa "autour de lui des femmes ramassées le long des fossés, avec lesquelles il cherche à rallier le gros de la retraite ; mais leur faiblesse ne leur permet pas de demeurer avec les combattants d'arrière-garde et elles vont être rejointes par les cavaliers ennemis.
Arrêtant une troupe de braves et leur montrant les femmes, l'abbé Jagault les supplie de contenir l'ennemi quelques instants pour leur permettre de gagner du terrain.
Conscients du sacrifice demandé, ces hommes s'arrêtent, font face à l'attaque et donnent à ces malheureuses le temps de fuir. Ils périrent tous." (Société havraise d'études diverses (1912)

"En vain l'abbé Jagault, debout auprès de La Rochejaquelein, dans sa robe blanche de dominicain, souillée de sang et de poudre, demandait, à mains jointes, aux pères, aux frères, aux maris, une heure de résistance qui devait assurer la retraite et le salut des mères, des femmes, des soeurs, des enfants. Emportés eux-mêmes par l'inexorable tourbillon, La Rochejaquelein et son cheval blanc, et son mouchoir rouge, et l'abbé Jagault, avec sa blanche robe disparurent bientôt, heurtés, poussés, pressés, roulés par ce brutal ouragan de têtes, de bras, de jambes, de cris, de colère, de peur, de désespoir. L'armée vendéenne, sentant son dernier jour venu, voulait mourir chez elle, à la vue du foyer, du clocher, cet autre foyer, à la vue des marais, des bois, des chaumières, des croix, dont il lui semblait espérer en ce moment, par la défaite, l'ingrat abandon. Le Mans fut la dernière étape de ce retour désespéré de la campagne d'outre-Loire." (M. de Lescure - Le Monde Illustré - 1857)

Un aide-de-camp de la Rochejaquelein, M. Allard, se mit à pied, et le força de prendre son cheval.

A Savenay, le marquis de Donissan lui confia Mmes de Donissan et de Lescure. Il faut lire, dans les Mémoires de Mme de la Rochejaquelein, le récit des dangers qu'ils coururent, et de la généreuse hospitalité des paysans bretons.

Ernest de Chabot dans ses "Mémoires d'un royaliste" nous raconte la messe de Noël 1793 célébrée par l'abbé Jagault :

"La fête de Noël approchait. Marigny s'offrit de nous faire assister à une messe de minuit, que devait dire l'abbé Jagault dans une closerie éloignée ; et le soir du 24 décembre, nous partions avec un guide. ... Nous arrivâmes à une métairie enfouie dans les bois. Nous y fûmes reçus par le métayer, jeune homme aux longs cheveux blonds, aux yeux bleus, type de cette race venue du Nord qu'on retrouve çà et là parmi les paludiers du bourg de Batz, qui différent complètement du Breton trapu, à la figure tourmentée. Nous trouvâmes l'abbé Jagault sous le hangard où devait être dite la messe. Des fagots de bruyères entassés servaient de murailles ; au milieu était un pressoir, recouvert de draps blancs. Ses deux montants étaient transformés en colonnes, ornées de guirlande de lierre ; des houx avec leurs fruits rouges et des buissons ardents avec leurs fruits d'or, formaient le fond de cet autel improvisé. Au pied d'une croix de bois, était un enfant Jésus en cire, sauvé par un pieux Breton du pillage de quelque église. Dans le bas côté du hangar, des vaches et un âne étaient séparés de nous par des claires-voies, et promenaient sur la foule et sur les lumières de l'autel leurs grands yeux étonnés et doux : c'était bien la crèche de Bethléem.
La messe fut chantée par l'abbé Jagault et quelques voix enfantines ; les Bretons priaient avec ferveur. ... Une longue table occupait le milieu de la chambre ; à l'un des bouts, sur une nappe bien blanche, s'élevait une pyramide de galettes de blé noir ; à côté un grand plat rempli de guirlandes de petites saucisses : mets favori des Bretons à cette époque. ... Après qu'on eût chanté quelques noëls, nous reprîmes le chemin de la falaise, en laissant Marigny convertir le métayer à ses idées de révolte et de guerre. ..."


M. Jagault pénétra, déguisé, dans la ville de Nantes, où il parvint à trouver un asile et des secours ; à communiquer même dans les cachots, où il put être utile aux prisonniers, notamment à la veuve de l'illustre marquis de Bonchamp.

Delaunay, l'un des commissaires nommés pour la pacification, instruit que l'abbé Jagault était à Nantes, lui fit dire qu'il pouvait se montrer.

On traitait alors avec les deux généraux vendéens, Charette et Stofflet : l'abbé Jagault obtint du premier qu'il ne conclurait pas seul ; il vit le second, et le détermina à une conférence, qui aurait sans doute procuré de plus grandes garanties aux royalistes : mais la paix, consentie isolément, ne laissant plus d'espoir, il accepta l'asile qui lui fut offert au château de Clisson, par Mme de Lescure.


Tandis qu'il s'y occupait de réparer les désastres de la guerre, et de mettre ordre aux affaires particulières de ses amis, le général Monter envoya une compagnie d'infanterie et quinze hussards pour l'arrêter : les paroisses voisines s'insurgèrent ; des vexations et des hostilités s'en suivirent ; on enleva beaucoup de bétail ; on traîna en prison grand nombre de paysans : l'abbé Jagault obtint une entrevue du général, et se chargea de calmer les esprits. Monter lui accorda la liberté des prisonniers, la restitution du bétail, et le laissa retourner sur parole à Clisson, où il rentra au milieu des bénédictions de la population toute entière.


Instruit à temps qu'on allait exiger de lui le serment, il  alla rejoindre à Bordeaux MMmes de Donissan et de Lescure. Leur apparition y avait fait renaître les espérances et les projets des royalistes.

L'abbé Jagault fut d'un conseil secret avec MM. Dudon, père et fils, et se rendit, avec les ducs de Lorge et de Civrac, auprès de S.A.R. MONSIEUR, à Edimbourg. Il donna au prince tous les détails propres à l'éclairer sur l'état des choses, et en reçut des témoignages de confiance. Il rédigea un mémoire qui fut remis au Roi par M. de Cazalès. S.M. approuva tous les plans de l'abbé Jagault, qui fut renvoyé en France avec ordre de travailler à leur exécution, et de réunir au conseil central toutes les provinces depuis Paris jusqu'à Toulouse.

L'arrestation du chevalier Crion fit tomber sa correspondance entre les mains de la police. La duchesse de Sérent, avant d'en informer l'abbé Jagault, voulut lui assurer un asile ; et elle le fit prévenir par sa fille, aujourd'hui duchesse de Damas. Il accompagna les fils du comte de Chastelux en Italie ; ce qui l'empêcha d'être impliqué dans le procès de Pichegru.


Il vit à Naples le ministre de France, Alquier, qui le traita avec une attention particulière, et chercha à le gagner à Buonaparte : "Demandez ce que vous voudrez, lui dit-il ; quelle que soit la place que vous désiriez, je m'en fais garant. - Monsieur, répondit l'abbé Jagault, la cause des Bourbons est éteinte, et je le suis avec elle."


Rentré en France en 1807, il alla renouer en Gascogne les relations du parti royal ; et après en avoir visité et rapproché les principaux agents, il partit pour l'Espagne. Mme de Donissan fut sommée de se rendre à Bordeaux, et d'y donner des éclaircissements sur les dernières démarches de l'abbé Jagault. Il s'occupait alors d'une note que devait remettre le colonel Pons, actuellement général au service d'Espagne, pour engager, S.M.C., au nom de la Russie et de l'Angleterre, à déclarer la guerre à Buonaparte. Il y prédisait la catastrophe prochaine qui menaçait le royaume ; et, ayant été invité à traduire pour le prince de la Paix la description des jardins de Bleinheim, il eut le courage de lui dire que jamais il n'habiterait le palais d'Albe, que ce prince faisait réparer à grands frais.

De retour en France, l'abbé Jagault continua d'entretenir, avec ses principaux agents, les mêmes relations ; et afin de n'être plus soupçonné, il résida alternativement dans diverses provinces.

Lorsqu'après la campagne de Russie, M. de la Rochejaquelein rallia à Bordeaux les royalistes dispersés par tant d'orages, l'abbé Jagault s'unit à lui et au comte Alexandre de Saluces. Il visita toutes les villes sur la route que devait parcourir le duc d'Angoulême, et y disposa les habitants à agir avec vigueur.

Il vint ensuite à Paris communiquer ces dispositions au Prince de la Trémouille, au duc de Fitz-James, etc. ; vit à Orléans le prince Adrien de Laval ; se concerta, à Tours, avec MM. de Chastenay, de Duras et Eugène de Montmorency, puis se rendit dans la Vendée.

Le mouvement devait éclater à Angers le lundi de Pâques ; et il quittait cette dernière ville pour aller à Saumur, lorsqu'il apprit la révolution du 31 mars 1814 : il la fit publier dans toute la Vendée, et revint à Paris.

En 1815, l'abbé Jagault fut averti, des premiers, de la conspiration du 20 mars, et il en fit chez le duc d'Aumont, un rapport signé, qui devait être remis au Roi : mais le duc crut devoir, par précaution, biffer le nom de l'abbé Jagault, et se contenta de remettre la note au comte de Blacas, qui n'y ajouta aucune foi.

L'abbé Jagault se rapprocha alors de la Vendée, et s'occupa, en attendant, des soins de son ministère.

Il s'était rendu auprès du duc de Bourbon à Angers ; et il apprit en arrivant comment le mouvement avait été désorganisé dans son foyer principal.

Surveillé et gardé à vue, il n'a cessé de correspondre régulièrement, pendant les cent jours, avec le comte Auguste de la Rochejaquelein.

L'intrépide A. de Lagarde, qui portait sur tous les points les dépêches de son général, a su échapper à tous les soupçons et surmonter tous les dangers.
On sait comment a fini cette dernière guerre.

L'abbé Jagault, entre les mains duquel ont été déposées toutes les pièces officielles, a eu l'honneur d'en présenter le rapport au Roi, le 13 octobre 1815.

Au mois de janvier 1817, Mgr Montault commence à s'occuper sérieusement du Champ des Martyrs d'Avrillé. Parmi les personnes distinguées qui aidèrent Mgr Montault de leur concours, l'abbé Jagault, en date de Thouars, 27 avril 1817, écrivait au Prélat les lignes suivantes :

"MONSEIGNEUR,

Si ma santé n'eût pas été aussi délabrée, j'eusse passé par Angers en revenant de Thouars, mais il m'a fallu céder à la nécessité et prendre le chemin le plus court : j'eusse été charmé de parler avec vous de la chapelle que vous entreprenez de faire construire et de vous annoncer que Mesdames Donissan et de La Rochejaquelin veulent y contribuer. Elles donneront 1 000 francs pour la construction de la chapelle et 100 francs de rente pour la desservir, M. Donissan ayant péri dans votre ville ... La famille de La Rochejaquelin désire que je porte la parole dans la cérémonie qui va avoir lieu à Cholet, pour Henri de La Rochejaquelin, etc., etc. ... La cérémonie doit avoir lieu le 7 mai ..."

Le même dans une autre lettre du 13 juin 1817, s'adressant à Mgr Montault, disait : "Ma belle-soeur et ma nièce auraient bien voulu aussi contribuer à cette bonne oeuvre, car mon frère, qui était directeur de l'administration de la guerre sous M. le marquis de Donissan, gouverneur du pays et président du conseil de guerre, a été mis à mort dans votre ville."

L'abbé Jagault termine sa lettre en s'excusant sur sa modique offrande ! Il écrit encore, le 6 novembre 1817, l'alinéa suivant : "M. le marquis de Civrac a le dessein de souscrire pour la chapelle du Champ des Martyrs ; je crois que son père et son frère, les ducs de Lorges et de Civrac, souscriront également."

Il a prononcé au mois de mai 1817, l'éloge funèbre de Henri de la Rochejaquelein, mort en 1794.

Biographie des hommes vivants ...
Tome troisième - 1817

Il meurt à Thouars, le 31 mai 1833, à l'âge de 67 ans.

acte de décès de Pierre Jagault

 

Portrait de Pierre Jagault extrait de l'Album Vendéen de Louise de La Rochejaquelein - Légende revécue - Clisson - 1826

 

RENÉ-NICOLAS JAGAULT

 

l'abbé Jagault rené

 

René-Nicolas Jagault, frère du précédent,  est né, à Thouars,  le 11 février 1762.

Il fut parmi les intimes de Madame de Lescure, puisque pendant quelques années, il s'occupait de ses affaires au château de Clisson. Des lettres de la Marquise nous le confirme :

LETTRE DE LA MARQUISE DE LA ROCHEJAQUELEIN

 

A RENÉ JAGAULT L'AINÉ

 chez la citoyenne sa mère

 à THOUARS

 Dépt des Deux-Sèvres

 La citoyenne Jagault est priée d'envoyer tout de suite à son fils cette lettre, je lui serais très obligée.

Vous devez avoir de l'argent, mon cher citoyen, ou être au moment d'en toucher, dans ce cas, je vous prie de m'envoyer sur le champ tout ce que vous avez et à mesure tout celui que vous pourrez ramasser, le tout le plus vite possible, tachant de faire vendre les bestiaux dont on peu se passer.

Vous voudrez bien charger à mesure le tout à la poste de Thouars ou donner cinq pour cent et vous adresserez cela ainsi que les lettres d'avis au citoyen Antonin père, rue porte d' ... n° 11 à Bordeaux. Le citoyen Bernard, fermier, de puydion (?) vous donnera sûrement de l'argent. Il faut suspendre les réparations des bâtiments ainsi que le payement des créanciers parce que j'ai très grand besoin d'argent parce que nous avons essuyé ici plusieurs pertes de personnes qui nous devoient et qu'ayant promis de payer à d'autres, nous ne pouvons pas retarder du tout.

Adieu cher citoyen, Je vous suis vraiment attachée.

DONNISSAN VEUVE LESCURE

Le 12 septembre an 5ème

Si par hasard, le citoyen Boisgonttier (?) étoit à clisson, je vous prie de lui dire de m'envoyer de même tout de suite 1700 # qu'il a du recevoir d'un nommé Potier l'un de mes anciens fermiers. Tout l'argent dont il prévoyeroit n'avoir pas besoin d'ici un mois sur les deux mille livres qui lui ont été confiés pour les réparations et le premier terme de sa ferme qui échoit en octobre, s'il lui est possible, il se servira de la même adresse que vous sitôt que le citoyen Antonin aura touché, je lui enverrai des reçus de tout cela.

LETTRE DE LA MARQUISE DE LA ROCHEJAQUELEIN

DE BORDEAUX

AU CITOYEN RENÉ JAGAULT

Commune Boismé près Bressuire

à Bressuire

Dépt des Deux-Sèvres

le 20 germinal

Vous êtes aimable au possible, mon cher citoyen, et de plus vous venez de faire une excellente découverte. J'espère que les fruits perçus par la nation à mort pourrons compenser ce qu'elle en demande pour les rentes dues aux émigrés mais si on ne trouve pas les titres de ces rentes il me semble que je ne dois rien payer du tout, car enfin, il est sûr que l'on ne paye jamais aucun créancier de confiance. Enfin je suis bien persuadée que vous ferez de votre mieux. Je veux pourtant vous gronder encore, étant si près de Fontenay, ayant tout le désir que j'avois que vous y allassiez et l'importance de ce voyage. Comment n'y avez-vous pas été ? Du reste, si quand vous recevrez cette lettre vous n'avez pas encore fait le voyage, ne le faites pas car le citoyen Boisgonttier (?) va retourner à Fontenay, il y sera dans huit ou dix jours et je le charge de l'affaire avec le citoyen François Brochard (?), ... de loi à Fontenay, à qui vous pourrez écrire à cet effet.

Ne payez donc rien pour les 6 derniers mois de l'an 6 et les 6 premiers de l'an 7.

Je ne m'attendois pas que vous m'enverriez de l'argent pour Pierre, je m'attendois au contraire que le bétail souffriroit par la quantité que les métayers en ont gardé et le peu de nourriture. J'espère que dans deux mois vous pourrez ramasser quelque somme. Faites les couvertures des écuries et des caves, c'est le plus pressé, il y a une certaine Goudie de Chollet qui vous apportera une lettre de moi au mois de may et vous demandera 250. Il y a un René Lambert de Mallièvre qui m'a écrit, il est fort étonné que je ne sache pas qu'il est le neveu de la jeunesse domestique du citoyen d'Anjou et que je ne lui aye pas payé les mille écus que je lui dois. Je lui ai mandé d'aller vous montrer ses titres, vous verrez la validité de sa créance. En tous cas nous y gagnerons, ce ne sera que mille écus et je croyois devoir davantage, mais il faut voir ses titres et je ne lui ai pas mandé que je croyois devoir ..., cela m'auroit engagée, vous verrez donc s'il est héritier et créancier, et alors, je m'arrangerai avec lui et nous le payerons quand nous pourrons tout savoir au juste et en détail ce qui a fait maintenir le citoyen d'Anjou sur les listes ... (déchiré) les pièces qu'il a présentées. Pierre s'en informe le plus tôt possible et bien des choses de ma part ainsi qu'à votre famille. Dites à Germinette de me faire filer la soye et de m'en faire faire des bas, si elle n'a pas ma mesure qu'elle fasse toujours filer. Le citoyen Bernard vient de m'écrire et demande une longue kirielle de réparations, vous verrez cela quand vous irez. Je vais lui mander toujours de ne pas réparer la terrasse. Adieu mon cher citoyen, tachez toujours de me faire de l'argent car je n'en ai guère mais il faut courrir au plus pressé qui sont les réparations. Adieu, comptez sur mon amitié.

DONNISSAN VEUVE LESCURE

C'est moi qui décachète ma lettre pour recommander à Pierre de ne pas oublier de m'envoyer le jugement de mon pauvre papa et une autre copie en règle à Croville, rue du mail, n° 11 à Paris. Maman lui dit mille choses tendres ainsi qu'à vous.

Je suis très aise de ce que vous me mandez pour wogenet (?), vous crois prophète pour la veuve Péault.

Le citoyen Marcormay (?) vient de m'écrire, je ne lui répondrai point, j'attendray sa ... lettre, il est bien pressé.

 

Eglise Saint-Médard de Thouars
René-Nicolas Jagault, entré à la cure en 1809 jusqu'en 1835. Il était chanoine honoraire.
Il succède à Abel Goirand (1791-1809).
Fit campagne pendant les guerres de Vendée, et se distingua à plusieurs reprises parmi les nombreux prêtres de l'armée royaliste.
(Source : L'Eglise Saint-Médard de Thouars - Deux-Sèvres, par Auguste Nayel et Henri Bodin - 1902)

signature René Jagault



CONSPIRATION DE BERTON
Février 1822
... Berton, arrivé à Thouars le 21 février, avait été loger chez un propriétaire nommé Saugé, ex-huissier à Niort, et n'habitait Thouars que depuis dix-huit mois. Il paraît probable que des conjurés de Parthenay vinrent l'y trouver, et qu'ils fixèrent le jour où l'insurrection devait éclater. Ici va commencer la journée des dupes.
Le 24 février 1822, premier dimanche de carême, le lieutenant Moreau, deux médecins, les sieurs Fradin, Ledein, un chirurgien, le sieur Rique, et quelques artisans de Parthenay et de Thenezais, partis dans la nuit, arrivèrent à la pointe du jour à la vue de Thouars. Ils font halte ; ils ôtent les toiles qui couvrent leurs chapeaux et paraissent avec la cocarde tricolore ; quelques-uns se dépouillent de leurs redingotes et mettent à découvert les habits uniformes dont ils sont vêtus. Les voilà rendus à la barrière du Pont-Neuf qu'ils se font ouvrir ; ils sont dans la ville, sur la place Saint-Médard ; treize hommes se sont emparés d'une ville que du Guesclin n'avait pu prendre avec une armée de quarante mille soldats. Berton avait avec lui un officier nommé Delon, déjà condamné à mort par un conseil de guerre pour avoir pris part à la première conspiration de Saumur. Dès quatre heures du matin, Berton et Delon, revêtus de leurs uniformes, s'étaient rendus chez Pombas, où plusieurs conjurés avaient passé la nuit. ous marchent ensemble sur la place de Saint-Médard, où ils trouvent Moreau, sa troupe et une foule de curieux et d'oisifs. Là, on annonça publiquement que le gouvernement du Roi était renversé, et qu'il ne fallait plus obéir qu'à un gouvernement provisoire dont on indiqua quelques-uns des chefs. Berton prend ensuite des mesures pour affermir son autorité ; à l'en croire, six mille hommes vont arriver par la route de Parthenay.
On craignait les gendarmes, dont le maréchal-des-logis le sieur Mairet, était connu par son dévouement à la cause royale. Delon et Pombas, suivis de quelques hommes armés, se portent à la caserne. Un ex-gendarme, nommé Saunion, frappe à la porte. - Qui est là ? s'écrie le gendarme Bocquiaut. - Ouvrez. - Qui êtes-vous ? - Ordonnance pressée de Montreuil.
La voix de Saunion fut reconnue par le maréchal-des-logis Mairet ; il mit la tête à la fenêtre pour défendre d'ouvrir la porte, mais déjà elle était ouverte. L'imprudent Bocquiaut est saisi ; on lui met une espingole sur la poitrine. Ses camarades sont arrêtés ; on prétend même qu'ils furent couchés en joue et qu'ils auraient péri s'ils eussent opposé la moindre résistance. On somme ensuite le sieur Mairet de se rendre au général. - Quel général ? - Berton. - Je ne le connais pas ; aux armes ! - Sa résistance est inutile ; il voit ses gendarmes désarmés ; il faut céder et se rendre prisonnier. Tous sont conduits sur la place Saint-Médard, devant le général qui paraissait accablé d'inquiétude. On lui avait promis qu'on lui amènerait de Parthenay trois cents hommes, il n'en voyait qu'une douzaine ; les habitants de Thouars ne paraissaient point décidés à partir. On bat la générale, on sonne le tocsin ; un très-petit nombre de paysans accourent plutôt par curiosité que par l'envie de suivre les rebelles. Berton est effrayé de se voir presque seul.
Cependant on arrête M. de la Ville-de-Baugé, ancien officier général dans les armées royales de la Vendée ; on le conduit en prison chez Pombas ; on va chez lui demander ses chevaux, et malgré la résistance de sa femme, on les emmène violemment.


M. l'abbé Jagaut (Jagault), curé de Saint-Médard, était couché dans son lit. Tout-à-coup il voit entrer dans sa chambre des hommes armés. - Que voulez-vous ? - Venez parler au général. - Qui êtes-vous ? - Soldats de la liberté. - Quoi ! c'est au nom de la liberté que vous me mettez en prison. - Marchons. - Vous n'avez aucun droit de me commander.


On va chercher le sieur Pombas ; il arrive : le curé se lève, il est conduit devant le général, et de là en prison chez le sieur Pombas. Il y a trouvé M. de Baugé, et M. Guilbaut, juge au tribunal de Bressuire, très-connu par son attachement à l'auguste Famille qui nous gouverne. On chercha à faire croire à ces prisonniers que la même insurrection éclatait au même moment dans toute la France, mais l'air consterné de Delon et de quelques autres chefs, inspirait de la défiance et indiquait la mauvaise foi.
Il est remarquable que l'un des officiers, en s'adressant aux détenus, se moqua de la manière dont la police était faite. Il était en effet surprenant que, depuis trois mois, les conjurés pussent communiquer entre eux, s'envoyer des députations, se munir d'armes, de cartouches et d'habits uniformes, et partir de Parthenay pour prendre Thouars et Saumur, sans que la police en sût rien. Je ne prétends au reste inculper ici personne, ce n'est qu'une simple observation que je soumets au lecteur.
Cependant les conjurés parcourent la ville, en poussant des cris séditieux. MM. Allard, l'un ancien aide-de-camp de M. le marquis Henri de la Roche-Jaquelein, et l'autre sous-lieutenant dans le premier régiment des grenadiers de la garde, venaient d'échapper à Berton et à ses satellites, en passant par le bac de Saint-Jacques ; plusieurs dames de la ville s'étaient évadées par le même chemin, lorsque le général envoya des gardes pour empêcher le passage du bac Toutes les portes étaient gardées et fermées. Ceux qui se présentaient pouvaient entrer, mais nul ne pouvoit sortir. Cette précaution avait été prise par les conjurés par deux motifs ; 1° pour cacher leur petit nombre ; 2° pour empêcher que l'on avertît les Vendéens qui ne sont qu'à deux lieues au sud-ouest de Thouars, et dont on redoutait avec raison la noble énergie et le dévouement inébranlable à l'antique Monarchie et à la religion.
Un groupe de conjurés se porte chez l'armurier Gapy et y saisit quelques fusils ; d'autres vont dans les églises s'emparer des drapeaux blancs, auxquels on ajoute des bandes bleues et rouges pour en faire des drapeaux tricolores. ...
Le général donne des ordres et agit en proconsul. Le sieur Poulet est nommé, malgré lui, commandant de la place de Thouars ; le sieur Sénéchault reçoit le brevet de juge de paix de Thenezais ; on change le greffier et le maire de cette même ville.
Cependant le bruit se répand que la division vendéenne du canton de Saint-Varent est en mouvement et que sept cents royalistes marchent sur Thouars. Il est dix heures du matin. Le général donne le signal du départ pour Saumur. Les conjurés, les prisonniers, les gendarmes, sont sur la place de Lavau, extrà muros. Une foule de paysans curieux les environne, aucun d'eux ne veut prendre parti pour les rebelles. On requiert des charrettes où les prisonniers étaient sur le point de monter, lorsque le sieur Pihoué, maire de Thouars, s'adressant à Berton : "Général, vous allez mettre le deuil dans notre ville, rendez-nous ces prisonniers, j'en réponds sur ma tête." Sa demande lui est accordée, les prisonniers rentrent en ville, à l'exception du sieur Mairet, maréchal-des-logis, qui est emmené à Saumur ...
(Source : Histoire de la ville de Thouars, depuis l'an 759 jusqu'en 1815 - Pierre Victor Jean Berthre de Bournisseaux - 1824)

Lors du procès des conspirateurs de Thouars et de Saumur, un huissier introduit M. l'abbé Jagault, curé à Thouars. (Il se fait dans la salle un profond silence). M. Jagault fait la déposition suivante :
Le 24 février dernier, j'ai été arrêté entre cinq et cinq heures et demie du matin ; j'étois encore dans mon lit à étudier. Je vis entrer dans ma chambre Saunion, Meunier et quelques autres personnes que je ne connoissois pas. Je m'aperçus que ces hommes portoient la cocarde tricolore. - Que me voulez-vous, dis-je ? - Levez-vous et venez parler au général. - Qui êtes-vous ? - Nous sommes soldats de la liberté. - Ah ! c'est au nom de la liberté que vous m'arrêtez. Vous, Saunion, ajoutai-je, qui avez été gendarme, vous devez connoître la loi ; vous devez savoir qu'il n'est pas permis de violer le domicile d'un citoyen. Avez-vous un mandat d'amener ? - Non. - Alors je ne vous suis pas, car ni vous ni votre général n'êtes une autorité pour moi. Un de ceux qui étoient dans ma chambre se détacha pour aller chercher M. Pombas, commandant de la garde nationale. Quand M. Pombas fut arrivé, je les suivis pour aller devant le général qu'on m'annonçoit. Quand je parus devant lui, il me dit : Ah ! monsieur, vous voici ; j'ai beaucoup d'affaires, nous ne pouvons rien dire ; mais soyez tranquille, votre personne et votre caractère seront respectés.
Je descendis au jardin de M. Pombas, suivi de quelques-uns de ceux qui entouroient le général. Delon, qui marchoit auprès de moi, me demanda si j'étois don Jagault, chef supérieur des troupes royales dans la Vendée. - Non, monsieur, c'est mon frère, et vous vous êtes trompés si c'est à lui que vous en voulez. Il y a identité de nom, mais il n'y a pas identité de personne. Où comptez-vous m'emmener ? - A Saumur pour quinze jours, me répondit Delon. - Mais que ferez-vous de moi, ma robe sera bien déplacée dans les projets que vous avez. Nous arrivâmes ainsi au bout du jardin, où nous trouvâmes Heureux. - Que ferez-vous de moi, répétai-je encore ? - Heureux répondit : Oh ! vous êtes les plus grands ennemis de la liberté. - Je n'en connois pas de plus esclaves, car je suis l'esclave du dernier habitant de ma paroisse quand il a besoin de moi. - Votre police, ajouta Heureux, a donc été mal faite cette nuit ; vous n'avez pas su que vous seriez arrêté. Vous êtes pourtant des espions assez fins dans votre régiment. Ma figure annonça à cet homme quelle indignation ses discours m'inspiroient. - Si ce n'est pas vous, ajouta-t-il, ce sont vos jeunes ecclésiastiques, qui portent des nouvelles dans des boîtes de fer-blanc.
Il paroît qu'il fut décidé qu'en attendant le départ, on me conduiroit en prison. Jaglin et Samson m'y escortèrent ; mais je sais que Samson nous laissa au milieu du chemin. Là je trouvai quelques compagnons d'infortune, et nous nous entretînmes du malheur qui nous arrivoit et des évènemens qui venoient encore troubler et affliger notre pays. On vint me chercher pour partir, et l'on me reconduisit chez Pombas ; mais je fis observer que je n'avois pas déjeuné. M. Delon me dit qu'il y avoit du jambon et du vin dans une chambre voisine. - Monsieur, je ne fais pas gras dans le carême, et je vous prie de me laisser aller déjeuner chez moi. On y consentit, et Meunier fut chargé de m'accompagner. Nous fûmes suivis par beaucoup de monde dans les rues, et je dois dire que, pour revenir, Meunier me dit : M. le Curé, je crois que nous ferons bien de passer par un autre côté. Vous pourriez être insulté par la populace ; on pourroit tenter quelque tentative dangereuse pour vous, prenons par les derrières de la ville. Ce fut par là que nous revînmes chez Pombas. Quand le départ fut arrêté, je demandai à M. le général où étoient les voitures qu'il avoit arrêtées pour nous conduire. On ne me répondit pas, et je vis arriver M. le maire, qui réclama notre mise en liberté, en se portant caution pour nous. Cette grâce lui fut accordée, et il nous fut permis de nous retirer. En quittant M. Delon, qui avoit eu pour moi beaucoup d'égards, qui, dans les circonstances où je me trouvois, m'avoit fait des offres de service, je lui dis : M. Delon, je ne suis pas fâché d'avoir fait votre connoissance ; mais je voudrois l'avoir faite sous de meilleurs auspices. - Ah ! M. le curé, vous nous quittez, me dit-il ; si vous me teniez, n'est-il pas vrai que vous me feriez fusiller ? Je ne répondis point à un aussi cruel outrage, je me retirai.
M. le Président : Qu'avez-vous entendu dire à Jaglin quand il vous a arrêté ?
M. l'abbé Jagault : Que les nobles et les prêtres seroient tous arrêtés.
M. le Président : Vous connoissez depuis long-temps Jaglin ; que pensez-vous, monsieur, de sa moralité ?
M. l'abbé Jagault : Monsieur le président, j'ai été le confesseur de Jaglin, j'ai exercé auprès de lui un ministère de confiance, il m'est impossible de répondre à votre interrogation.
M. le Président : Et sur Meunier ?
M. l'abbé Jagault : Les mêmes raisons m'imposent silence.
M. le Président : La Cour n'insiste pas.
(Source : Procès des conspirateurs de Thouars et de Saumur - Cour d'Assises de la Vienne - 1822)

René-Nicolas JAGAULT est décédé, à Thouars, le 23 mars 1835, à l'âge de 73 ans.

Pierre et René avait un autre frère, Jean-Baptiste, officier municipal, domicilié à Thouars, département des Deux-Sèvres et qui fut condamné à mort, le 27 ventôse an 2, comme conspirateur, par la commission militaire séante à Angers.